I.A SOUHCK IMJINCIPM.K DK TACITK
Fahius lùislicus, il \ a loiit lien de croire (ju'il ii'a\ail pas (!('passi' la morl de ÎNS'i'on "'. — La soui'ce coimmiiie a\ai( llalh' les Flaviens et leurs amis. Elle est cerlaiiiemeul au nombre des historiens à qui Tacite reproche d'avoir excusé la traliison des olliciers vitelliens, en faisant une action noble et patriotique de ce qui fut un crime intéressé. Pline était un partisan dévoué de la dynastie ilavienne : à Rome, il travaillait dès le point du jour avec Vespasien; il fut son procurateur dans les provinces; il a dédié son Histoire naturelle a. Titus, sous les ordres duquel il avait ])ris part au siège de Jérusalem; il était commandant de la flotte de Misène quand il périt dans la fameuse éruption du Vésuve'-'. — Enfin, la source commune avait le goût des phrases à eiî'et, des ornements de rhétorique; ses tendances, en matière de style, n'étaient pas sans rapport avec celles de Tacite. Ces caractères se retrouvent dans YHistoire nnlurelle de Pline ^^K 2. On a cependant fait plusieurs objections contre l'attribution du rôle de source commune à Pline l'Ancien. Celle de Lange ''J ne mérite pas qu'on s'y arrête longtemps. Parce (jue Tacite, dans le récit du siège de Crémone, n'adopte pas purement et simplement l'opinion de Pline sur la responsabilité du pillage, mais lui oppose celle de Vipstanus Messalla, et reste indécis (III, 28), Lange refuse de croire cpie Pline soit la source principale de Tacite. Mais l'idée de source principale n'implique pas celle de reproduction aveugle et passive. Tous les historiens anciens se sont permis de contredire parfois leurs sources, même principales. Ils ne les citent guère que dans deux cas : s'ils sont en mesure de les rectifier, soit par leur propre raisonnement, soit par leurs recherches dans les sources secon-
'-'> Nous ic iiKintrerons tout à riieurc, diap. iv, l; i.
'•^) Cf. Su6L, JhiQm., éd. I^otli, p. ;i(io; éd. Ileidci-sdicid, |.. ij-i; Pline le Jeune, Ep., III, .5, 9; VII, iG et ao; Momnisen, Hennis, I. hj, p. Ijhh s(]q.
(^' Sur les rapports de Pline rAncien et de Tacite au point de vue de la langue et du style , cf. Dràger, Syntax und Slil des Tacitus, avec Johann Miillcr, Der Slil des àl- UrenPliuius. Pour faciliter la comparaison. Joli. Mnller ;i sui\i le plan de l)in;;er.
*'"' Lange combat Nisseii, partisan de j'iiiie, dans les ji;i;;es ,^7 sipp L'olijrclidn que nous rél'utons est à la ])aoc .'13,
:>02 LES SOlincES l)K TACITK.
(laii'cs, cl, s'ils )i(>, veuloni |)iis prendre la rcspojisahilllé d'une alllrmalion. Le doute de Tacite prouve simplenienL, et celte preuve n'était pas du tout nécessaire, ([u'cn ado|)tant Pline pour source principale, il n'avait pas entendu abdicpier sa liberté d'appréciation et son droit de contrôle.
3. Detlefsen ^" constate, par une série de rapprochements entre les Histoires de Tacite et Y Histoire naturelle de Pline, que les deux ouvrages offrent peu de ressemblance aux endroits où ils traitent des mêmes faits. De là résulte, lui semble-t-il, qu'il devait y avoir aussi divergence entre les Histoires de Tacite et celles de Pline, ([ue Pline n'est pas la source principale commune. Mais cette conclusion n'est point légitime. VHistoirc naturelle et la continuation d'Autidius Bassus étaient deux ouvrages bien distincts faits avec des matériaux différents. Sans doute Pline a cité quelquefois'-', très rarement cependant, le second dans le premier; mais presque toujours, quand il a eu à parler dans le premier de choses dont il avait déjà été question dans le second, il en a parlé d'après d'autres sources, d'après de nouveaux renseignements. Ce travailleur acharné n'était pas homme à vivre sur son acquis : nous savons par lui-même ''^' de ([uelles vastes recherches son Histoire naturelle est le fruit : rcVi-
ginti miha rerum dignarum cura lectione voluminum
circiter duo milium ex exquisitis auctoribus cenlum in-
clusimus xxxvi voluminibus, adjectis rébus plurimis ([uas aut ignoraverant priores aut postea inveneratvita??. Faut-il s'étonner que, travaillant sur une telle masse de matériaux, il n'ait pas dit, à propos d'un fait ou d'un objet, exactement ce qu'il en avait dit auj)aravant? On s'explique de même qu'il n'y ait trace, ni dans Tacite, ni dans Plutarque, ni dans Suétone, de certains détails historiques f'' qui sont donnés par \ Histoire naturelle. Ces détails,
"J Philologiis, t. 3/i, p. ho sqq.
'"-* Deux l'ois, liv. II, 199 et ti^;?. '•■'^ Préf. de VHist. iiaL, 17.
W Sur Julius Vindcx (XX, iGo), sur Gallia (111, ;<7), sut OiIkui (XHl, -jj), •sur Vilelllus (XXXV, iG3). Cf. Detlelsen.
rares d'ailleurs et sans importance, Pline ou bien les ignorait quand il composa sa continuation d'Aulidius Bassus"^, ou bien avait oublié de les mentionner. Il ne se pique pas de tout savoir; il reconnaît que sur le sujet même de ['Histoire naturelle, qui lui a coûté tant de recherches, bien des choses ont pu lui échapper'-> : ttNec dubitamus multa esse quae et nos praeterierint. Homines enim sumus, et occupati olhciis, subsicivisque temporibus isla curamus v
De tels rapprochements entre Tacite et ÏHistoirc naturelle on ne peut donc tirer aucun argument sérieux contre l'attribution à Pline l'Ancien du rôle de source principale. On ne peut pas non plus, il est vrai, en tirer, comme essaye de le faire Nissen*^', u]ie preuve positive en faveur de cette opinion. Cependant entre Pline et Tacite il y a des ressemblances intéressantes à noter, parce qu'elles viennent à l'appui des preuves plus solides déjà lournies. Les deux ouvrages de Pline étaient bien distincts, disions-nous tout à l'heure, et Phne n'était pas homme à vivre sur son acquis : de là les divergences entre VHistoire /laturcllc et la continuation d'Aulidius. Mais il se servait de cet ac(pns, du fond ancien toujours enriclii par ses nouvelles recherches, et entre les deuv ouvrages il y avait évidemment des points communs. Puiscpi'il n'y a aucune apparence que Tacite ait lu X Histoire naturelle, ou tout au moins qu'il l'ait consultée en prenant des notes pour ses Histoires, en certains endroits où la ressemblance est frapj)ante entre le texte de Phne et celui de Tacite n'auronsnous pas le droit de l'attribuer à l'usage d'un intermédiaire commun, la continuation d'Auhdius IJassus? Usage très différent sans doute de la part des deux auteurs : Tacite avait le livre sous les yeux; Pline se rappelait ce (pi'il contenait, ou, tout au plus, le rouvrait de loin en loin.
Dans la digression de Tacite ( Hist., Il . 3 ) sur le temple de Vé-
"> Pour CCS détails, Pline ne renvoie pas à ses Uiiitoiie>>, counne il le l'ail par deux lois à propos de choses concernant le rèjjne de Néron. t-) Préf. dcVHisLnat., 18.
'') Rlwiii. Mus., t. 3(), p. .")ii sq.
mis l^^|)lli('llllt;, jioiis li-oiivons la iitciilioii de rc l'ail iiicrvcilhuix : «INcc iillis iinbribiis,(niani(|iiaiu iii apci-Lo, iiia(l('sciiiil(allaiM'a).55 l^linc le meiilioiine aussi (11, ()(>. -jio) : «(Iclebre fanum liabet Vonci'is Paphos, in cujus (jiiandain aream non inipluit. 57 — A propos de l'incendie du Capilole sous Vitellius, Tacite parle do la prise de Rome par Porsenna (III, 7 a). Nous retrouvons cette tradition de la défaite des Romains par les Etruscpies, si dili'éreute de la fameuse légende patriotique, dans Pline (XXXIV, 16, 1 3()). — Au même cbapilre. Tacite constate que Sylla reconstruisit ie Capitule, mais ne le dédia pas : «Curam victor Sulla suscepit, neque tamen dedicavit : boc solum febcitati ejus negatum w. ce Hoc tamen nempe felicitati suae defecisse confessus est, quod Capitolium non dedicavissetw, dit Pline (VII, hS ^ i38). La ressemblance est ici littérale: seulement Pline rapporte un mot de Sylla et Tacite présente la même idée comme une réflexion personnelle. S'il ne s'agissait pas d'un mot bistori(|ue dont Tacite a très bien pu avoir connaissance par une autre voie que par sa source principale, ce rapprochement serait décisif. — Voici deux jugements tout à fait semblables sur les Juifs : ccNecquicquam prius imbuuntur quam comtemnere deosii (Tac, V, 5): ce Gens contumelia numinum insignis?? (Pline, \III, /i , /iG). — La même digression de Tacite sur les Juifs et la Judée fournit matière à d'autres rapprochements avec des passages épars dans l'ouvrage de Pline. Tacite décrit ainsi le procédé employé pour recueillir le baume (V, 6) : «Ut quisque ranuis intumuit, si vim ferri adhibeas, pavent venae; fragmine lapidis aut testa aperiuntur. 15 Pline (XII, 96, 1 15) : ednciditur vitro, lapide, osseisve cultellis; ferro laedi vitalia odit, emoritur protinus. lî — A propos du lac Asphaltite, on lit dans Tacite
(V, G) : « neque pisces aut suetas aquis volucres pati-
tur. Inertes undae superjacta ut solido ferunt; periti imperitique nandi perinde attolluntur. Ceiio anni hilnmcn ('[jerit. ... Nec abscindere aère ferrove possis : fugit cruorem rcslciiiqiic infcctam sanguine, quo feminae per menses exsolvuutur-?. Pline (V, iG, 79) : rcAsphaltites nihil praeter bitumen gignit. unde et nomen.
\A soiiiici': piîiNciPAij-: de tacite. :>():>
Aiilliini coi'piis ni)im;iliiini recipll . Iniirl rnmoliquc flniliinl. Inde laiiiii iiiliil in co mer;;!. -^ (\il, i T) , (15) : «(Juin cl l)itmnen sc- (|iia\ ;ili(»(|iiin ac Icnta iialura in lacii Judiieac qui vocalur As- [)liallil(', et ccrto tempore anni supernatans non quit sibi avelli ad onnieai conlactiim adliacrcns, praeterquam filo quod taie virus mfcceril.ii XXVIII, 7, 80 : ccTum l3itum(?n in Judaea nascens sola liac vi (lesann- monslruel) superari, filo vchUs contactae, ut docuiniiis '". '■> — Sur les sa])les de l'embouchure du Bélus, Tac. , \ , 7 : r. (lirca cujus os lectae harenae admixlo nitro in vitruni excocuntur; moJicum ici liliis et egerentibus inexliaustum^i. Pline (V. 1 () , 7.5 ) : c'^ Belus vitri fertiles liarenas parvo litori miscens. ?? (\\\\1, 26, 191) : " Quingentorum est passiuim non amplius litoris spatium, i(!([ue lanlum niidla per saecula gignendo fuit
vitro. Fama est (mercatores) glebas nitri subdi-
disse. Quibus accensis permixta barena litoris 75
Detlefsen trouve un autre argument contre Pline dans ce passage de Tacite (II, 5o) : ^Ul conquirere fabulosa et ficlis oblectare legentium animes procul gravitate coeptioperis crediderim, ita vulgatis traditisque demere fidem non ausim. Die, quo Bedriaci cerlabatur, avem invisitata specie apud Piegium Lepidum celebri luco consedisse incolae memorant, nec deinde coetu bominum aut circumvolitantium alitum territam pulsamve, donec Olbo se ipse interficeret; tum ablatam ex oculis : et tempera repulaiitibus initium (inemque miraculi cum Otbonis exitu compelissew. La mention de ce prodige n'est pas empruntée à la source principale : c'est l'avis de Nissen ^■-', à cause de la formule par laquelle elle est introduite et de ce fait que ni Plutarque ni Suétone, qui ont pourtant le goût des prodiges, ne parlent de celui-ci. Or il était raconté dans Pline. Pline n'est donc pas la source principale commune. Pour prouver qu'il était bien raconté dans Pline, Detlefsen cite ce passage de l' Histoire naturelle (X, /19, 107) : «Venerunt in Italiam lîcdriacensibus
''■ Cr. aussi II, 1 02, 226 : frNiliil in As[ilinllil(' Jnrlafao lacu qui Iiilunicn {jiffuit mergi potesl.55
'-' lUxein. Mit s., (. 2(), p. f).'?:).
Ix'Ilis civilihus Iraiis l^uliim et novae aves jj La preuve
csl, loin dV'Irc décisive. Que l'oiseau dont la présence à Regium licpiduin, d'a|)rès le récit de Tacile, coïncida avec les derniers jnoments d'Othon, soit un de ceux dont Pline signale l'apparition à cette époque dans la haute Italie, cela est très vraisemblable. Mais que Pline ait eu connaissance du prodige en question, qu'il en ait parlé dans sa continuation d'Aulidius, ce rapprochement ne sullit pas du tout à le démontrer.
Nous croyons cependant, ])our notre part, qu'il l'avait raconté et que Tacite n'a pas eu recours ici à une source secondaire. C'est-à-dire qu'après avoir montré que, même si l'on admettait le premier terme du raisonnement de Detlefsen, à savoir que le récit en question ne dérive pas de la source principale, on ne serait pas obligé d'admettre sa conclusion, nous repoussons maintenant ce premier terme. Ce qui nous porte à croire que Tacite reproduit ici sa source principale, c'est d'abord la
formule elle-même : w Ut conquirere fabulosa procul gra-
vitate coepli operis crediderim, ita vulgatis traditisque demere lidem non ausim.55 Tacite proteste (ju'il n'a pas de goût pour les anecdotes de cette sorte, qu'il ne les recherche pas : cela revient à dire qu'il n'a pas pris ce prochge dans une source secondaire; il l'a mentionné parce qu'il l'a trouvé garanti par l'autorité de sa source principale. Voilà, nous semble-t-il, le véi'itable sens de cette déclaration. De plus, le prodige est mentionné aussi
par Dion (LXIV, i o) : ottov yé (près de Crémone) (^dcn
'Zffpo Tïjs u.d)(ri$ âWa is (pavnvai crYt{ieî(x Kai tivcl opviv ê^otiaiovy o7To7ov ovTTOJnoTS éfjjpaKaŒiv, £7ri TuroWàs viiépots G(pBnva.i. Dion a trouvé dans sa source la mention, plus ou moins détaillée, d'autres prodiges que celui rpi'il raconte, ('ette source n'est donc pas Tacite; il y a communauté de source. Est-ce communauté de source secondaire? Alors les deux auteurs auraient, au même endroit, intercalé le même détail; ce qui serait très extraordinaire. Il y a donc communauté de source principale. Ueste à expliquer le silence de Plutarque et de Suétone : il est surprenant, en effet, dans l'hypothèse où nous nous plaçons, que ni
riiii ni Taiilro n'ait parl(' do la clioso. L'inlcn'-I (|ii'ijs onl pris an ivcil nirnic de la mort d'Olhon a sans doiilo délonrné lonr allcnlion de celte circonstance accessoire.
h. Les adversaires de Pline'" croient avoir trouvé nn argument irréfutable contre lui dans deux passages parallèles de Tacite et de Plutarque. Après avoir consolé et rassuré son neveu, Otiion. en le congédiant, le met en garde contre le danger que |)ourrail lui faire courir sa qualit(! de neveu d'un em[)ereur :
^t neu patruum sibi Othonem fuisse aut oblivisceretui"
um(|uam aut nimium meminisset ?'. (Tac, II, /i8). — ... {xrhz STTiAaôsaOai 'aavTtxTtaai [xv'ts ayav [xvrjçjiovsveiv, oii Ka/crapa ^eïov é'cr;^£?. (Plut., 0., iG). Or Suétone raconte (^Dom., lo) cpie Domitien lit périr ce neveu d'Otbon, Salvius (locceianus, ccqnod Otbonis imperatoris patrui sui diem natalem celebraverat57, c'est-à-dire précisément parce qu'il n'avait pas tenu compte de la sage recommandation que, d'après Tacite et Plutarque, son oncle lui avait faite en mourant. Il serait merveilleux (ju'Otbon eût si bien prévu l'avenir; en réalité, il n'a pas dit cela; c'est un historien, écrivant après la mort de son neveu, ([ui le lui a fait dire: cette recommandation n'est pas autre chose qu'une prédiction après coup. Or Pline est mort en 79, sous le règne de Titus. Il n'est donc pas la source commune, (ie n'est pas seulement contre Pline que porte l'argument, c'est aussi contre la communauté de source. Gocceianus est mort sous Domitien, nous ignorons en quelle année; mais il importe peu. Sous Domitien on n'écrivait pas l'histoire. L'inventeur de la prédiction d'Olhon composa son ouvrage au plus tôt sous le règne de Nerva, à partir de 96. Mais les premiers livres des Histoires de Tacite sont des premières années du n" siècle. Est-il vraisemblable que Tacite ait reproduit, et de très près, un ouvrage tout à fait contemporain? Non. Par conséquent il n'y a pas communauté de source entre Tacite (;t Plular(|ue. L'inventeur de la
^') Ce sont, avec Lange et Detiefsen, lîeckurts, p. Gg sq., et Dieckiiinnn, p. 10 sqq. Celui-ci, cependant, admet Pline comme source principale de Plutarque et comme source secondaire de Tacite.
iOS LES SODUCIvS l)K TACITE.
pn'diclioii (rOllion n'est niiliv (|ii(" Tacilr. <"l IHiilarqiio l'a copiée (laiisTacil.-'î.
(icKc ()l)|('(li()ii a lellciiioiit ('imi jNisscii qu'il a iniajfiiK', pour la comballre '-', une rcvisidn de IMino l'Ancic^n par son héritier cl ('(lilcur Pline le Jeune, i^es Ilisloires de Pline, revues et retoucli(',es, n'auraient paru qu'après la mort de Cocceianus. Nous avons déjà montré l'invraisendilance de cette conjerture, à l'appui d(^ laquelle Nisscn n'apporte aucun motif sérieuv'^'. Elle est d'ailleurs inutile. La reconmiandation d'Olhon se trouvait dans les Hisloircs de Pline l'Ancien, telles (|u'il les avait lui-même rédigées. Othon avait prévu ce qui arriva en ellet; il n'avait ])as Lesoin, pour le prévoir, d'être prophète. Il se rappelait le sort de presque tous ceux qui, sous les règnes précédents, soit par leurs hautes qualités, soit par leur parenté avec la famille impériale, avaient porté ombrage au tyran. Il craignait pour Cocc(Maiuis la vengeance de Vitellius. Il s'efforçait de rassurer son neveu, et non sans quelque apparence de raison : Vitellius. à (pii Othon avait conservé toute sa famille, ne ferait-il pas grâce au neveu d'Othon? Ne tiendrait-il aucun compte au neveu de la promptitude avec laquelle l'oncle s'était donné la mort, renonçant volontairement à la lutte encore possible? Mais il fallait soigneusement éviter la colère du vainqueur; il fallait ne pas trop se rappeler celui qui allait mourir, faire oublier qu'il laissait après lui un neveu. Les paroles que Tacite et Plutarque prêtent à Othon n'ont rien d'invraisemblable : si seulement il a eu de la mémoire et du bon sens, il a pu |)arler ainsi. Othon avait prévu ce (pii arriva, avons-nous dit; il eût été plus exact de dire qu'il avait prévu quelque chose de plus probable que ce qui arriva. Le danger qu'il redoutait pour Cocceianus, il le redoutait de la part de Vitellius , son rival et son ennemi : il re-
'') La ressemHanco frappante des doux passafijes no pormet pas de sontjor. si la communauté de source est écartée, à une invonlion parallèle et indépendante do Plutarque.
'-) Ou mieux pour la prévenir, car elle n'avait pas encore été laite, à ma connaissance, quand il l'a combattue par avance {[ihcin. Mus., t. fîG, p. hh/\ sqq.).
■* Cr. Lange, /is sqq., et plus haut S ii, n" î>.
I,\ SOCRCE PRINCIPALE DE TVCITE. -20\)
(loulail une vonj'ï'ancc porsonncllc. (loccciamis |i('rll viclinic de la s('iil(' m(''fiaiic(^ d'iiii tvran onibraKciix, de Domilictt. (|ui n'avail coiilrc Ollioii et sa faiiiillo aiiriiiic raison spirialc (riiiiniili('. ,"). On a ()l)j('c(('' cnliii ' (|iii', si vi'amionl 'Facile a\ail eu |)()iir soiiicc principale IMine rVncieii. le silence de Pline le Jeune à ce sujet serait J)ien ('tranec. élanl donne- surloni (\[h' les occasions ne lui nianepièrent pas dans ses leltr(^s de faire allusion an rappoi'l des deux historiens : il \ esl, en ed'et, plus (Tinie l'ois (piestion des Uisloircs de Facite et des Hisloircs de IMine l'Ancien '-l Mais pourquoi el dans (piel sens Pline ie Jeune aurait-il fait (piehpie allusion de ce genre? La conduite de Tacite à l'e'ijard de son devancier méritait-elle en fpiel(|ue chose iVrin' signalée? Y avait-il lieu d'en parler avec une nuance de hlàme? Pline le Jeune était trop ami de Tacite et trop homme du monde pour se permettre rien de pareil. D'ailleurs Tacite faisait ce rpie Pline le Jeune lui-même, de son propre av(ni^^', aurait fait en semhlahh» cas : racontant une épofpie dont une partie avait (Ué lrait(''e avant lui, il se dispensait de réunir les matériaux pour cette partie, et son devancier lui servait de source principale. Fallait-il au contraire le louer d'avoir choisi Pline l'Ancien pour source principale et faire de ce choix un titre de plus à celui cpii en avait été honoré? Non, puisque Tacite n'avait pas choisi Pline r Ancien, qui était alors, nous allons insister sur C(^ point, le seul historien des règnes de Galba, d'Othon, de Vitellius et de Vespasien. Tacite avait donc fait une chose ordinairi^ et en (piehpie sorte ni'cessaire. dont il ne valait p;is la peine de parler. Pline le Jeune devait se borner et se borna à rendre hommage, pour leurs UK'rites d'historien, et à son oncle et à son ami '^^
('i Laiifjo, n.Mkuils, Dipclvinanii, f'tr.
(■^) Itf, 5; V, 8; \l, l(i; \tl, ;i3.
'■•1 Cf. lalol(r('à(:apilon(V, 8, ir»).
^'') Il faut laisser do côté, coinino peu iirohanls, pliisiiMiis des ar^jiuiipuls (pft; Msson (.ô;^9 s((((. ) a produils pour d('Miioulr('r i\w' [H'ww osl la sdurco principale I-aii{fo, Dcllolsrii cl Borkuris n'ont pas on do pciur à 1rs r^'inlor. — Il s'on faul do l)oaiicou|> cpii' (ont soit solido dans i'ar{jiniioiil;iiioii (h- (llasoii (Tac. u. StiPt., p. 8; srpi. ) on linonr do Plin.'. — B.-Ijozza, p. ;i i i s.|<[. , n-api.orlo rini do noino.ui.