‹ Les sources de Tacite dans les Histoires et les AnnalesChapitre 33 sur 75 · II · texte numérisé non relu

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des cvi'nenionls de Gf) et de 70 ('tait peu d(3 chose relativement j\ l'ensemble. Les témoins oculaires qu'il avait entendus ou qu'il avait pu entendre, Verginius, Vespasien, Titus et les autres, Pline les avait entendus aussi'", étant assez curieux et assez soigneux pour faire une enquête scrupuleuse. Tacite ne put que glaner après lui, et il ne glana pas grand'chose, s'il faut en juger par la rareté des passages que nous avons été en mesure d'énumérer. Mais ces investigations orales lui servaient au moins à apprécier dans certains cas la sûreté de sa source principale. Le récit des miracles de Vespasien à Alexandrie (IV, 81) est emprunté à la source principale, puisqu'il se retrouve dans Suétone {^Vesp., 7). Si nous n'avions pas Suétone, nous pourrions croire que Tacite le doit à des témoins oculaires : «Utrumque qui interfuere nunc quoque memorant, postquam nullum mendacio pretium.55 En réalité, ce qu'il a cherché et trouvé auprès des témoins oculaires, c'est seulement la confirmation du récit merveilleux de Pline.

5. Il arrive assez souvent que Tacite intercale dans sa narration des digressions plus ou moins longues et de diverse nature. Mais sont-elles toutes de lui? Pour un certain nombre d'entre elles la question n'est pas douteuse, soit parce qu'elles portent sur des faits dont Pline n'a pas pu avoir connaissance, soit parce que Tacite affirme c|u'il en a pris l'initiative. Après avoir raconté comment Domitien échappa aux Vitelliens lors de la prise du Capitole, Tacite ajoute que, sous le règne de son père, t^-potiente rerum pâtre w, il fit bâtir un petit sanctuaire à Jupiter Conservateur sur l'emplacement de la maison où il avait trouvé une cachette, et que, plus tard, sous son règne, «imperium adeptus55, il éleva un grand temple à Jupiter Gardien. Le premier seul de ces deux faits pouvait se trouver dans Pline, qui mourut sous le règne de Titus. La digression, si Pline avait mentionné le premier fait, comme tout porte à le supposer, se réduirait à ces

('> 11 va de soi que Vespasien et Titus, par exemple, firent plus de ronfidences à Pline qu'à Tacite, si toutefois ils en firent à Tacite.

mots'" : wMox imperium adcptiis Jovi (àislodi tcmpliini in[jens seque in sinu dei sacravit?? (lll, 'y /i]. — A propos du rôle que Baebius Massa joua dans l'assassinat du proconsul d'Afrique, L. Piso, Tacite (jualific ainsi ce triste personnajje : «Jam tune optimo cuique exitiosus et inter causas malorum, quae mox tulimus, saepius rediturus?? (IV, 5o). L'allusion vise des faits que Pline n'a pas connus, les délations de Baebius Massa sous le règne de Domilien'"-'. — Tacite annonce (IV, 67) qu'il racontera à sa place chronologique, c'est-à-dire à l'époque où la ruse fut découverte, comment Julius Sabinus échappa neuf ans à la mort : r^Sed quibus artibus latebrisque vitam per novem mox annos Iraduxerit, simul amicorum ejus constantiam et insigne Epponlnae uxoris exemplum suo loco reddemus. 55 La cachette de Sabinus fut découverte seulement en y 9, quelque temps avant la fin de Vespasien, qui le fit mettre à mort ^^\ Le fait fut donc connu de Pline, mais trop tard pour être inséré dans la continuation d'Aufidius, qui était alors achevée depuis plusieurs années. Il faut pourtant avouer qu'à la rigueur Pline aurait pu faire à ce propos une retouche sur le manuscrit encore inédit. Mais il est j)lus vraisemblable que nous avons affaire à une intercalation de Tacite et que la version de la source était celle-ci : rt . . . villam , in quam perfugerat, cremavit, illic voluntaria morte interisse creditus. v — Pour les trois digressions dont nous venons de parler, comme il s'agit d'événements qui ont été de notoriété publique. Tacite n'a pas eu besoin de consulter une source secondaire orale ou écrite : il a puisé directement dans ses connaissances personnelles.

Pour achever de démontrer que les deux armées othonienne

'') Suétone parle deux fois (Vit., i5, et Domil., 1) de l'inceadie du Capitole sans dire un mot des deux temples de Domitien. Dans l'énuraération des édifices bâtis par "Domitien [Domil., 5) il mentionne seulement le temple de Jupiter Custos : «Novam autem excitavit aedem in Capitolio Custodi Jovin, sans faire allusion aux motifs de l'érection.

(^) Sur Baebius Massa, cf. Pline le J., Ep., III, i; VI, 29; VII, 33; Tacite. Af^ric, 45; Ju vénal. Sut., I, 3.^.

^•; Cf. Dion, LXVI, 3 et 16; Plutarque, AmaU, a.ô.

±2ft LES SOI'IUIF.S l)l' TVCITK.

et vilcllit'iiiic no sonjfoaioiil millcmcnl à une solution paciruino. Tacite fait une digression sur les progrès de i';uiil)ilioii à Home (II, 38). Comme nous savons ([u'il conil)at ici rojiinion de la source, nous serions sûrs que la dignission csl de lui, même si la foriuule par laquelle il la lormine cl s'en excuse n'attestait pas son initiative : «Sed me veterum novorumque nu)rum reputatio longius tulil; nuncadrerum ordinciu redeo. ?i — Tacite raconte (111, .')!) que, pendant la guerre des Flaviens contre les V^itelliens, un cavalier tua son frère, (jui servait dans le parti ennemi, et osa demander pour ce meurtre une r(''Conq)(Mise à ses chefs. Puis il continue ainsi : cdjeterinn et priorihus civium bellis par scelus inciderat. w Dans le coml)at livré contre Cinna, près du Janicule, un soldat de Pompée tua son frèr(% mais ensuite se suicida. Ce rapprochement n'a pas été fait par Pline. Il est de Tacite, qui a trouvé l'anecdote dans Sisenna : crut Sisenna memorat??. La citation nominale est déjà une garantie de recherches personnelles; de plus. Tacite, en déclarant qu'il fera de semblables digressions, toutes les fois qu'il en aura l'occasion : «Sed haec aliaque ex vetere memoria petita, quotiens res locusque cxempla recti aut solacia mail poscet, haud absurde memorabimus57, alîirme par là-méme qu'il a pris l'initiative de celle-ci. Rien ne prouve que, dans la partie conservée des Histoires, l'occasion dont il parie se soit présentée de nouveau. — Dans la séance du sénat, rcquo de imperio Vespasiani censebant^i (fV, G ), Helvidius Priscus prononça un important discours. Le chapitre .") et la ])lus grande partie du chapitre 6 sont une digression sur les antécédents de ce personnage. La phrase qui l'introduit ne laisse aucun doute sur l'initiative de Tacite : ftlles poscerc videtur, quoniam iterum in mentionem incidimus viri saepins memorandi, ut vitam studiaque ejus et quali fortuna sit usus, paucis repetam. 55 Tacite connaissait Helvidius et par l'ouvrage d'Herennms Senecio'^', et par des témoignages oraux, et sans doute aussi directement. — Il faut encore attribuer à Tacite la digression

LES SOURCES SECONDAIRES DE TACITE. l^-25-

sur les Balaves par laquelle il commence le riVit de la guerre (le Civllis (IV, 1 2), non pas à cause de la formule : çt [d hélium qulbus causis ortum . . .altius expedlam ^i : elle indique seulement que Tacite a reporté ici la première mention détaillée de res troubles de Germanie, dont la source avait parlé au moment où la première nouvelle en était parvenue à Rome, après la bataille de Crémone, pendant que les Flaviens marchaient sur la rapitale (cf. III, A6 : «Turbata per eosdem dies Germania . . . Id bellum cum causis et evenlibus . . . mox memorahimus " -^ ); mais la ressemblance est telle entre ce passage et un passage de la Genname (ch. 29). qu'il n'est pas possible de le revendiquer j)Our la source principale. r^Batavi'-' non multumex ripa, sed insiilam Rheni amnis colunt. Chatlorum quondam populus et secJi- (io)ie (Jomestica in eas sedes transgressus, in quibus pars Romani imperii fièrent-', est-il dit dans la Germanie; et nous lisons dans les Histoires ; rr . . .Batavi, donec trans Rhenum agebant. pars Cfiattorum, seditione domestica ^u\si , extrema Gallicae orae . . . simulque insulam juxta sitam occupavere. quam mare Oceanus a fronte, Rhenus amnis tergum ac latera circumiuit, v Comparons encore : «rManet honos et antiquae societatis insigne; nam nec tributis contemnuntur nec publicanus adlerit; exempti oneribus et collationibus et tantum in usum proeliorum sepositi, velut tela atque arma, bellis reservanturr), et : «Nec opibus (rarum in societate validiorum) adtrilis, viros tantum armaque imperio ministrant. " Que Tacite ait eu le passage de la Germanie sous les yeux quand il a écrit le passage des Histoires, cela n'est pas douteux. Mais il a eu aussi une autre source : les détails qu'il donne ensuite sur les services rendus à Rome par les cohortes

'■'> Cf. la forniuie par laquelle il introduit le récit de la révolte des légions de Germanie contre Galba (I, 5i) : rNunc initia causasque motus Vitelliani expediam.'n La source avait placé ce récit beaucoup plus tôt. Cl. le parallèle de Tacite et de Plutarque à Plut., G., 9->.

'■-' Dans YHist. nat., IV, i5, 101, Pline dit seulement : "In Rbeno autem ipso. . . nobilissima Batavorum insuia. . .v Un peu plus loin (17, 106) il nomme encore les Bataves, sans ajouter aucun nouveau détail. Il en avait sans doute parlé longuement dans ses Guerres de Gmnanie; cf. plus bas.

i>2r. LES SOURCES DE TACITE.

balavrs iic sont pas dans la (Icrm/nur, non plus que les détails sur leur hal)ileté dans le maniement du cheval ^^', rpii terminent h) chapitre. Toute cette partie, pour laquelle la Germanie ne fournit pas de développement parallèle, se trouvait-elle dans la source principale? Il est peu vraisemblable qu'elle eût donné ainsi des renseignements historiques sur les Bataves, sans les introduire par quelques renseignements géographiques. Pline, ayant eu occasion de parler des Bataves dans son ouvrage antérieur, les Guerres de Germanie, s'était sans doute abstenu ici de toute digression. Mais il peut se faire ([ue les Guerres de Germanie soient la source où Tacite a puisé et les détails donnés d'abord'-^ dans la Germanie et reproduits dans les Histoires, et ceux qui manquent dans la Germanie. — Un peu plus loin (IV, A8), avant de raconter l'assassinat du proconsul d'Afrique, L. Piso, Tacite fait une digression sur l'administration de celte province. Son initiative est garantie par la fornmle : ccEa de caede quam verissime expediam, si pauca supra repetiero ab initio causisque talium non ahsurda. 55 La digression occupe tout le reste du chapitre. — Les chapitres 83 et 8 /i du même livre sont, à propos de la visite de Vespasien au temple de Sérapis, une digression sur l'origine de ce dieu. Elle est introduite par la formule : ^ Origo dei nondum nostris auctorihus celebrata : Aegyptiorum antistites sic memorant.5; Elle est donc bien de Tacite, au moins pour la plus grande ])artie. Nous consacrerons à cette digression

^'' «Erat et domi dilectus eques, praecipuo nancli stucUo, arma equosque retinons integris turmis Rhemim perrumpere». Entre ce passage et celui de Piu- I arque (0., 13, à propos de la part prise par les Bataves vitelliens à la bataille lie Bedriacum) : E/o-< ^è repfjLavôov Itiitsïs apialot, vfjaov olxoîjviss i-no toïj l'vvov 'aspippeoiJiévnv, la ressemblance n'est nullement frappante ; Plutarque sait sur le compte des Bataves ce que lout le monde en savait de son temps. Il ne taat donc pas songer ici à la communauté de source. D'ailleurs, Plutarque se trompe : les Bataves qui prirent part à la bataille de Bedriacum n'étaient pas des cavaliers (cf. Tacite, Hist., II, 3 h sqq. et ^3).

(-) Suivant l'opinion commune , la Germanie est antérieure aux Histoires. — Il est généralement admis que les Guerres de Giniuiuic do Pline ont été parmi les sources de la Germanie de Tacite ; cf. en jjarliculii^i', 'Jdciti Gi-niumia, erkiàrt von U. Zernial, Berlin, Weidmann, 1890, p. 9 sqq.

mit' ('(iidc spéciale ot nous verrons que les dernières li^jnes du (liapilre 8'i doivent être considérées comme dérivant de la source principale. — Dans l'étude en question, nous verrons aussi à qui il faut attribuer la digression sur Vénus Paphienne, amenée par la formule : rcHaud fuerit longum initia religionis, templi ritum, formam deae. . .paucis disserere^? (II, 9). — Quant à là grande digression sur les Juifs et la Judée, ainsi annoncée : «Sed quoniam famosae urbis supremum diem tradituri sumus, congruens videtur pritnordia ejus aperire?? (V, 9), elle fera aussi l'objet d'une étude à part. — Pour toutes celles d'entre ces digressions dont l'attribution à Tacite est dès maintenant certaine, il a eu recours à ses connaissances générales sur l'histoire romaine, principalement à ce qu'il savait déjà avant d'entreprendre ses Histoires.

Reste un assez grand nombre de digressions que Tacite ne s'attribue pas et dont le contenu ne nous fournit aucune indication certaine sur leur provenance : car elles sont relatives soit au passé, soit à l'avenir immédiat, à celui auquel la source principale avait pu elle-même faire allusion. En voici la liste ''^ :

I. hli. Vilelliiis trouva plus de 120 placets de gens qui deinaudaient une récompense pour avoir joué un rôle dans le meurtre de Galba. Il en fit rechercher et punir tous les auteurs (à propos (lu meurtre de Galba).

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