‹ Les sources de Tacite dans les Histoires et les AnnalesChapitre 35 sur 75 · Je lis a · texte numérisé non relu

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a-Mi LES SOUUCMS DE TACITE.

alil com('(mIiimL'5, cl piir l'aiilciir du Didlnfnœ, (jiii le désigne, en même temps que Secundus el Aper, par les mols''^ «disertissimorum, ut nostris tempori!)us, lioininumv, et «praestantissimis viris77. — SI dans les élo^jes (jue lui décernent ses interlocuteurs, i! faut faire la part de la politesse, il n'en est plus de même pour ces dernières appréciations. Elles s'accordent bien avec la façon dont Tacite parle de Messalla dans les Histoires : ^ Magnam co die. . . eloquentiae. . . faraam Vipstanus Messalla adeptus est. . . 7' (IV^ /12). Cependant Quintilien, qui loue à plusieurs reprises Secundus^'-', ne le nomme jamais; il est vrai qu'il ne nomme pas non plus Aper. Tacite n'aurait pas pu dire, en parlant de Pline et de Messalla, r celeberrimos auctores habeo» (III, 5i), si la renommée de Messalla ne lui avait pas survécu. L'ouvrage de Messalla, dont Tacite s'est servi, dut être composé dans les derniers temps de Vespasien, sous Titus, ou dans les premiers temps de Domitien. Si nous avons eu raison d'affirmer '^' que Tacite n'a pas fait usage des récits partiels déjà utilisés par sa source principale , la publication fut postérieure à la composition des Histoires de Pline. Il s'en faut d'abord que cela soit improbable en soi : Messalla n'avait pas vingt-cinq ans en 70. De plus, la façon dont Tacite le nomme à côté de Pline (III, •28) prouve bien que Pline ne l'avait pas consulté : «Hormine id ingenium, ut Messalla tradit, an potior auctor sit C. Plinius, qui Antonium incusat, haud facile discreverim??. Tacite, cela est manifeste, n'a trouvé dans Pline qu'une version, celle qui accuse Antonius, et, par conséquent, Pline n'a pas lu Messalla; car, avec son exactitude scrupuleuse d'érudit, il se serait fait un devoir de mentionner l'opinion défavorable à Hormus, quitte à la réfuter, s'il la trouvait fausse '*'. Or Pline, investigateur soi-

(-) fnst. or., X, 1, 130 sq.; 3, 13 sqq.; XU, 10, 11.

f*' Cl. chap. IV, Si, 11° 3.

<''' On pourrait objecter que Pilne a lu Messalla, mais (pi'à dessein il a chargé Antonius, qui n'était pas bien en cour, et s'est gardi' de nonnner Hornuis, l'avori do Vespasien; tout cela par l'eiret de sa partialité fl.nii'iiin'. Mais n'est-il pas plus naturel de penser qu'en vertu de cette partialité l'iiiio aurait rolevé, pour la i'('-

LES SOUUGES SECONDAIKES DE TACITE. 235

(riiciix, aurait certaincmenl lu Messalla, s'il l'avait pu. L'ouvra^je dv Mossalla parut trop tard, non seulement pour que Pline s'en servît dans son travail préparatoire, mais même pour qu'il le connût au cours de la conq)osilion et fit des relouches d'après celle source: c'csi-à-dire (ju'il parut au plus tôt dans les dernières années de \ espasien. De ce que les interlocuteurs de Messalla n'v font aucune allusion dans le Dialogue, alors que luimême fait allusion à une vie de Julius Africanus par Secundus (c. lA), on peut conclure qu'il ne l'avait pas encore publié en 75. D'un autre côté, il est impossible, à cause de l'indication chronologique «scriplores temporum, ([ni ^ poticnte rerum Flavia domo, moninienta belli hujusce com^osueruntv (^Hist. , II, 101), qu'il l'ait publié après la mort de Domitien, à qui, d'ailleurs, il ne survécut sans doute pas. (Jette publication ne fut-elle pas provoquée par celle des Histoires de Pline, Messalla, témoin oculaire et acteur d'une partie des événements de 69, trouvant sur certains points le récit de Pline incomplet ou erroné et voulant le rectifier?

Il ne doit pas être, avons-nous vu''', regardé comme un historien proprement dit. Il n'avait raconté qu'une partie de l'année G 9. Puisqu'il est nommé par Tacite seulement dans le récit de la guerre des Flaviens contre les Vitelliens et qu'il a pris part à

l'utcr, raccusation lancée par Messalla contre Hormus? 11 est vrai que, relativement à l'incendie du Capitole, il n avait pas mentionné (cf. plus haut, S i, n" /i) la version défavorable aux Flaviens, version ([u'il connaissait sans aucun doute; mais le cas n'est pas le nièmi' : ("lUiil une tradition anonyme qui accusait les Flaviens de l'incendie (cf. Tarile, Ilist., IH, 71 : rrcrebrior faman); l'accusation contre Hormus à propos du pillage de (Irémone était représentée par luie autorité précise, par un écrivain qui n'était pas le premier venu.

C) Cf. chap. III, S I, 11° 5. — Mais il s'agit bien d'im ouvrage, et non de simples communications orales que Tacite aurait reçues de Messalla; Clason, Tac. II. SiieL, p. 88, le démontre sans peine contre Eckstein, Prole^. in Tac. dial., 17. La formule de citation: ffut Messalla tradit;5 (III, 28), est concluante. Tacite n'aurait pas ainsi parlé si Messalla avait fait oralement le récit de la bataille à lui-même ou à un autre. Messalla est qualifié anctor (III, 95); or Eckstein prétend que Tacite ne désigne jamais ainsi un écrivain; il se trompe : cf., pour ne citer qu'un exemple, Agric, jo: ffLivius. . ., Fabius Rusticus. . . , oloquenlissimi auclores. »

i)3G LES SOURCES DE TACITE.

celte guerre, il est naturel de croire (jue son ouvrage en était une relation. Messalla racontait ce qu'il avait vu; il ("crivait ses Mémoires. A la fin du Dialogue, il constate lui-même qu'il a souvent déplu par Tindépendance de ses jugements. Mais le contexte montre qu'il s'agit de jugements littéraires : ceux à qui le fervent admirateur des anciens a déjà déplu, et déplaira encore si son entretien avec Maternus, Aper et Secundus, vient à être divulgué, ce sont les orateurs contemporains, à qui il fait tant de reproches. Il n'est pas question le moins du monde de vérités franchement dites aux puissants du jour. Sans doute Messalla préfère à bien des points de vue le passé au présent, et il ne s'en cache pas : les mœurs de l'époque républicaine valaient mieux, selon lui; en particulier, autrefois on élevait mieux les enfants '''. Mais ce sont là des considérations sociales, et non politiques; la dynastie flavienne n'est pas mise et ne peut pas être mise en cause. En un mot, il n'y a rien, dans le langage de Messalla, qui soit incompatible avec la qualification d'écrivain partial pour les Flaviens i^HisL, II, ici). D'autre part, ayant combattu pour les Flaviens et écrit sous les Flaviens, Messalla a eu de bonnes raisons de leur être favorable , à eux et à leurs partisans.

2. Voyons maintenant quel usage Tacite a fait de son livre ^'^\ Si le passage auquel nous venons de faire allusion (II, loi ) se rapporte bien à Messalla en même temps qu'à Pline, les deux auteurs étaient d'accord sur les motifs de la trahison des officiers vitelliens, et Tacite a contrôlé ici Phne par Messalla. C'est la première trace, et encore n'est-elle pas absolument certaine, que nous trouvions de Messalla : le récit de la guerre contre Vitellius commence à peine. Après avon* décrit exactement (III,

(" C. 98 sq.

(-) Clason, Tac. u.SueL, p. 88sq(|., pt Nisseii, Rlicin. Mas., I. -16, p. oaS sqq. , 534 sqq., réduisent Messalla au rôle de source très secondaire, même pour la campagne des Flaviens contre les Vitelliens; de même Bellezza, p. 817 sqq. Beckurts, qui n'est pas convaincu que Messalla ait raconte seulement cette partie de Tannée 69, lui attribue pour celte campagne un rôle [)lus important, presque celui de source principale, p. '18 scjq.

ti 1 ) l'ordre tie bataille des troupes llaviennes pour le combat de nuit devant Crémone, Tacite passe à l'armée viteUienne et fait précéder de cette formule les indications qu'il donne sur son ordre de bataille : r.Ordinem agminis disjecti per iram ac tenebras adseverare non ausim, quamquam alii tradiderint» (III, 22). (le pluriel pourrait faire croire qu'il a trouvé ses deux sources d'accord et qu'il les contredit toutes les deux. Mais un tel scrupule est assez improbable; il est plus logique de penser (|ue l'une des sources était précise et affirmative, tandis c[ue l'autre hésitait ou avouait son ignorance. Tacite, mis en éveil, trouva que cette hésitation ou cet aveu était bien naturel, vu les circonstances, et à son tour il hésita. Mais était-ce Pline ou Messalla qui affirmait? C'était Pline sans doute. Messalla, qui avait raconté les choses en témoin et en acteur, à un point de vue personnel, devait constater que la nuit les empêcha, lui et ses camarades, de distinguer l'ordre des ennemis. Pline, qui, en historien, avait pris des informations de tous côtés, crut pouvoir donner des indications précises. Quant au pluriel, il est emphatique, comme celui de la formule : t^Invenio apud quosdam auctores» (II, Sy) '^*; dans les deux cas. Tacite l'a employé pour se dispenser de mettre en lumière, quand il n'avait à lui faire que des reproches, le nom du père adoptif de son ami intime. — Dans le passage que nous venons d'analyser, la formule de citation n'a rien (jui nous oblige rigoureusement à admettre l'emploi de Messalla ; nous l'admettons , parce qu'il s'agit déjà de la bataille de Crémone, dans le récit de laquelle nous allons voir que Messalla est cité deux fois. — Un désaccord entre les deux sources est constaté (III, 28) relativement à la responsabilité du pillage de Crémone : ^Hormine id ingenium, ut Messalla tradit, an potior auctor sit C. Plinius, qui Antonium incusat, haud facile discreverim. 75 Ici Tacite, ne voulant pas prendre parti, nomme les deux auteurs pour laisser à chacun d'eux la charge de son affirmation. Il met leur nom propre au

^'> Cf. plus liant, « 1, rf o. . .

nn LES SOURCES HE TACITE.

lieu (Timo (Ic'sijjnalioii {j('néral(\ parce qu'il n'est pas arrcU' par un scrupule comme celui dont nous parlions tout à l'heure : la citation ne contient de blâme ni pour l'un ni pour l'autre; les autorités, dans l'esprit de Tacite, se contre-balancent. — Au chapitre suivant (III, 29), par rinter omnes auctores constat», Tacite mentionne l'accord des deux sources relativement au nom du soldat flavien qui entra le premier dans le camp retranché des Vitelliens. Les désaccords entre les deux récits devaient être fort rares et presque tous insignifiants. Quant aux accords, Tacite ne les a signalés que s'ils étaient frappants, comme ici : il s'agit d'un nom propre, et du nom d'un simple soldat de la 3" légion, (], Volusius : c'est un détail très précis, qui aurait pu manquer dans l'une des sources; — ou bien si le fait raconté était assez extraordinaire pour qu'il convînt de produire l'accord des sources comme une garantie. — C'est le cas du chapitre 5 1 . Tacite raconte une chose monstrueuse : un cavalier s'est vanté d'avoir tué, dans la dernière bataille , son frère qui servait parmi les ennemis , et il est venu demander une récompense aux généraux. Quelque incroyable qu'elle soit, cette monstruosité est garantie par l'accord des sources : « Celeberrimos auctores habeo.» Il n'est pas probable que le pluriel soit ici emphatique et désigne seulement Messalla ou Pline : comme Tacite ne reproche rien à la source, aucun scrupule ne pouvait l'empêcher de la nommer "'. — Pendant la bataille qui précéda l'assaut du camp retranché et de Crémone, un fils tua, sans le connaître, son père. Tacite raconte

(') Nissen, Rhein. Mus., t. 26, p. 587, croit que « celeberrimos auctoresn désigne Messalla seul. L'intercaiatiou est visible, dit-il : celte anecdote serait mieux à sa place aux chapitres 33 ou 35. — Il n'en est rien; l'anecdote serait inutile, pour ne rien dire de plus, à la place qu'indique Nissen; là où elle est, elle vient fort à propos pour compléter la peinture do l'état dos esprits chez les Flaviens. Tacite a intercalé seulement la digression ffceterum et prioribus civium bellis. etc.n, comme il l'affirme lui-même (cf. plus haut, S i, n" 5). Celte affirmation : trSed haec aliaque ex vetere meinoria potila, (|iiolii'iis res locusquo exonipla recli aul solacia mali i^oscel, haud ahsuiili' nirinoialiiums-i , ne convient évidemment qu'à la digression sur l'époque do Cinna (o\ votero momoria), à l' anecdote du soldat qui, ayant tué son Irère, au lieu de roclainor le prix du meuriro, se suicida («exempla recli aul solacia mali?i).

le l'ait d'après Mcssalla seul : r. Rem nomiiiaquc auctoro Vipslano Messalla tradamw (111, 26). Cette citation est la seule de son espèce : elle nous prouve que Messalla n'a pu fournir à Tacite beaucoup de détails nouveaux, de quelque importance du moins. Avec Messalla, Tacite n'a pas enrichi Pline, il l'a contrôlé ; et ce contrôle, il l'a exercé sur la source principale pour tout le récit de la guerre'^'.

On a voulu^-' donner à Messalla un rôle plus important, en faire la source principale, non pas de toute la partie conservée (les Histoires, mais de la campagne des Flaviens contre les Vitelliens, c'est-à-dire des deux tiers du troisième livre. Il est invraisemblable, dit-on, que Tacite ait tiré un parti insignifiant des renseignements fournis par un homme qu'il estimait beaucoup, qui, ayant pris part aux opérations militaires, était tout à fait en mesure d'en donner une description exacte et vivante. Nous répondrons qu'excellent témoin pour le détail, Messalla n'était pas la meilleure source pour l'ensemble des opérations stratégiques et même de la seule bataille de Crémone : dans cette bataille son rôle précis et limité de combattant l'avait absorbé; après cette bataille, quand la guerre se fit sur plusieurs théâtres, il ne connut bien que la partie des opérations où il fut mêlé. Même pour un fait de la bataille, la responsabilité du pillage, Tacite contre-balance son autorité de témoin oculaire parcelle de

' A|iiùs avoir racontt- la moii du centurion Afircstis, Tacite ajoute (III, 5i) : •Ouidiim jn-;>a A ilollii interi'ectum , de lîde constantiaque eadem Iradiderej^. Cette iviii,ii(|iiM, d'il Nissen (587), se rapporte vraisemblablement à Messalla. Rien n'est iimiiis MU' : il est bien plus probable qu'ici, comme en tant d'autres endroits, Tacite reproduit simplement une citation de la source principale. Le rapprocljeuient que ÎVissen l'ait, pour appuyer sa conjecture, entre le récit du suicide d'Agrestis et celiu d'un soldat d'Othon, raconté par Suétone (0., 10) et [jar Dion (LXIV, 11), autrement que par Piutarque (0., i5), ne prouve pas -'[rand'chose. — Nissen [ibid.) considère aussi comme une trace de l'emploi de -Alossalla ce passage de III, 2 3 : trStatim confossi sunt, eoque interciderc nomina : di' l'acto baud ambigitur.?: Ici encore la forme de la citation rend la conjecture Mon incertaine.

-' Beckurts, 48 sqq; cl', aussi Nipperdey-Andresen, Introd., i>f) s([., etWolfl', l.iirod., G sq. Mais ces deux derniers n'admettent pas, comme Beckurts, la coniniunauté de source.

Pline : c'ost donc que Plino racliète par sa qualilé de source principale son infériorité d'absenl.

On a indiqué spécialement certaines parties du récit comme étant empruntées à Messalla, quoique Tacite n'en ait rien dit. Par exemple, les premières opérations entre Antonius et Cécina (III, 9,sqq.) sont racontées avec beaucoup de détails par Tacite. Or Messalla y assistait. De plus, Dion, qui a selon toute vraisemblance puisé lui aussi à la source commune, Pline, n'en parle pas. C'est que Tacite en a emprunté le récit à Messalla. Le silence de Dion ne prouve rien: son récit, très sec d'ailleurs, nous est parvenu pour toute cette époque à l'état de fragments et d'abrégé. L'abondance des détails dans Tacite prouve seulement que Pline s'est informé avec soin. C'était, avons-nous remarqué plus haut, un des caractères distinctifs de ses Histoires. — Tacite, qui ne reproduit qu'après avoir pris soin de dégager sa responsabilité, les indications précises données par d'autres ou par un autre, «rquamquam alii tradiderint», sur l'ordre de bataille des Vitelliens (III, 22), décrit au contraire avec assurance et netteté celui des Flaviens, indique particulièrement la nature du terrain occupé par la 7^ légion Claudienne, celle-là même que commandait Messalla (III, 2 1) : rcdein septima Claudiana agresti fossa (ita locus erat) praeniunita??. N'est-il pas tout naturel d'admettre que la source est ici Messalla? Point du tout. (Jes détails précis ont été fournis par un témoin oculaire, par un combattant flavien; mais ils peuvent aussi bien avoir été fournis à Pline par un combattant flavien quelconque, que par Messalla à Tacite. Pline n'a pas plus assisté à la première bataille de Bedriacum qu'à celle-ci, et cependant la description qu'en donne Tacite n'est pas moins détaillée et vivante '^l Faudra-t-il supposer que là encore il a consulté directement un témoin oculaire ? Les ressemblances frappantes de son récit avec celui de Plutarque démontrent que la consultation a été faite par la source commune ^'^'. Le terrain occupé par la légion de Messalla

(') H, Ai-Zi3. Cf. Plutarque (0., n) et notre parallèle à cet endroit.

'•-' Cl. aussi Plutarque (0., 1 '1 ) : Ovtw ^èv ol zsXeïaloi t2v -capaj £f of/éi'i'c

esl décrit, dit-on, avec une précision (|iii dénote Messalla luiraénie derrière Tacite. Mais le terrain occupé par les autres légions llaviennes est décrit avec tout autant de précision. Que l'on relise Tensemble du morceau : rc Sistere terliam decumam legionem in ipso viae Postumiae aggere jubet, cui juncta a laevo septima Galbiana patenti campo stetit, dein septima Claudiana agrosti foss;) ( ita locus orat) praemunita; dextro octava per aperluDi limili'iii. inox Icrlia donsis arbustis intersaepta. 75 Tacite n"en dit [)iis plus pniir l;i septième légion Claudienne que pour les antres. — Dans la question de responsabilité du pillage, Pline avait pris parti contre Antonius (III, 28]. Donc tous les endroits de Tacite qui sont favorables à ce général proviennent de Messalla et non de Pline : ainsi le passage de III, Sa, où Tacite prend la défense d'Antonius à propos de la destruction de Crémone, n'est pas de Pline, Peut-être est-ce encore à Messalla, toujours pour la même raison, qu'il faut rapporter la peinture de la conduite énergique d'Antonius dans les préliminaires de la bataille entre Crémone et Bedriacum (III, 16 sqq,). Messalla, séduit par les brillantes qualités de son général, n'en avait dit que du bien. Il n'est pas étonnant que Pline ait pris parti contre lui: tandis que les autres chefs llaviens, Hormus entre autres, jouissaient à la cour de Vespasien d'une grande considération, Antonius était tenu à l'écart par Mucien comme un rival dangereux, par Mucien aussi puissant que Vespasien. Par contre, les jugements défavorables à Antonius seraient tous de Pline : ainsi (III, 1 1) l'accusation d'avoir fomenté dans un but intéressé les deux séditions de l'armée du Danube. Quand Tacite prend un parti moyen (III, 78) : ^Nec defuere qui Antonium suspicionibus arguèrent tamquam dolo cunctantem post sécrétas Vitellii epistulas. . . Alii ficta baec et in gratiam Muciani composita ... ?^ il faudrait admettre qu'il mentionne les opinions divergentes d

d-nayyéXXouai -yevéadai ii)i< !x'i-/r}v. (lettc consultation dos témoins oculaires, ce n'est pas l^lutarque qui Ta l'ait 0. Son récit est trop semblable à celui de Tacite. C'est donc Pline, et Pline faisait à cet endroit la citation reproduite par Plutarque.

Hirl LES SOURCES DE TACITE.

Pline et de Messalla. Toiii pela n'es! que conjectures sans solidité et sans vraisemblance : rien ne nous autorise à supposer que Messalla ait dit seulement du bien, et Pline seulement du mal d'Antonius, que l'un ait été assez ébloui pour voir les seules qualités, et l'autre assez partial pour montrer les seuls défauts de ce général. Dans la citation de III, '78, les temps employés par Tacite font bien voir qu'il s'agit d'opinions émises par les contemporains, au moment môme où se passaient les choses : «Nec dcfuere qui arguèrent 55, et non de versions empruntées à des sources différentes. Si Tacite avait trouvé ici Pline et Messalla en désaccord, pourquoi ne l'aurait-il pas dit expressément, comme il l'a fait à III, 28? — Tacite raconte en défail les relations secrètes de Cécina avec les Flaviens au début de la guerre, avant sa trahison (III, 9). Le contenu des lettres qu'il analyse ne laisse guère de doute sur les intentions de Cécina. Tout ce passage n'est- il pas en contradiction avec les tendances bien connues de la source principale et ne faut- il pas le rapporter à une autre source, à Messalla? Pline avait déguisé la trahison de Cécina : se peut-il qu'il ait donné tant de détails sur des intrigues qui la rendent manifeste? Non, Pline n'avait pas déguisé la trahison de Cécina; elle ne pouvait pas être déguisée; il l'avait excusée, ce qui est tout autre chose, en la couvrant de prétextes honorables; et Messalla, officier flavien, en avait fait, sans aucun doute, autant. S'il y a dans le passage de Tacite des mots durs pour le traître, ce n'est pas à l'influence de Messalla qu'il faut les attribuer, mais à la réflexion personnelle de Tacite, qui a reconnu et signalé la partialité de ses sources (II, 101). C'est un point que nous traiterons dans le chapitre cinquième'''.

Nous n'avons pour le moment qu'à constater le fait qui résulte de toute cette discussion. Le récit de Messalla a été pour Tacite une source très accessoire. Il a servi surtout de moyen de contrôle; le plus souvent Tacite l'a trouvé d'accord avec la source principale. Les détails complémentaires qu'il en a tirés sont fort

■^^ Cf. chap. V, S m.

peu de clioso. Plino a gard»';, ici comme ailleurs, son rang de source principale : il ne faut songer ni à une cession momentanée de ce rang au n'cit de Messalla, ni à une fusion de ce récit partiel avec le récit de Plinr.

1. La digression sur Sérapis (IV, 83-8/i] ne peut pas être attribuée à la source principale, à cause de la formule par la- (|uclle Tacite l'introduit : rrOrigo dei nondum nostris auctoribus celebrata??. Mais jusqu'où s'étend l'emprunt fait à la source secondaire? Il n'est guère admissible que Pline, racontant la visite de Vespasien au temple de Sérapis et le miracle qui l'accompagna, n'ait pas cru devoir fournir à ses lecteurs romains quelques renseignements sur la divinité qui donna au nouvel empereur une telle marque de sa bienveillance. Il ne se serait tu que s'il n'avait rien su. Or, même si sa préfecture de la qq*" légion en Egypte'^' fut postérieure à la composition de ses Histoires, ce qui n'est pas prouvé, il ne devait pas être tout à fait dépourvu de documents sur Sérapis, ayant servi en Orient auprès de Titus, ayant peut-être même séjourné à Alexandrie à l'époque où s'y passaient les merveilles en cjuestion, avant la campagne de 70^"^'. Il y avait donc ici dans l'ouvrage de Pline une digression sur Sérapis. Tacite l'a-t-il purement et simplement remplacée par la sienne? Après avoir exposé en détail comment, d'après sa source secondaire, Sérapis fut apporté et installé à Alexandrie, Tacite ajoute : wHaec de origine et advectu dei celeberrima. Nec sum ignarus esse quosdam qui... n Cette façon d'amener les versions divergentes et les autres détails qu'il va mentionner démontre qu'il y a ici changement de source. S'il continuait à reproduire la même source, il n'userait pas de la formule : «Nec sum ignarus ... 57 , qui dénote ses propres investigations, une initiative prise par lui; il dirait quelque chose comme : «Sunt

^') Cette préfecture est la dernière fonction de son cursus dans l'inscription d'Arados; cf. Mommsen, Hermès, t. 19, p- 6i4 sqq. '^' Cf. ihid., ainsi que notre chapitre m, S 11, n" 3.

2/j/i 1J<:S SOURCES Dl!] TACITK.

tamcii <nii. . . perhiboant. ;5 11 revient donc, sans la nommer, à la source principale, à laquelle remontent les formules de citation qui suivent : fcquosdam; alii. . . perhibent, Muiti.... quidam . . . , plerique . . . , plurimi . . . conjectant. v Avec tout son appareil d'érudition un peu pédantesque, ce passage convient bien à Pline. Ce qui confirme notre conjecture, c'est qu'il nous fournit la matière d'un rapprochement avec V Histoire natureUe. Tacite y parle de Mempliis, qu'il qualifie ainsi : '•c . . .inclutam olim et veteris Aegypti columenjj. Pline (V, 9, 5o) appelle Mempliis : w ...quondam arx Aegypti regumw. Avant les quelques lignes sèches et ternes qu'il trouvait dans la source principale. Tacite a donc placé, grâce à sa source secondaire, un long et brillant récit. Il ne faut pas prendre à la lettre son affirmation : «Origo dei nondum nostris auctoribus celebratajj; elle signifie seulement qu'aucun auteur latin n'a encore raconté la chose en détail, comme il va le faire.

Quelle est la source secondaire? rr Aegyptiorum antistites sic memorant?^, dit Tacite. S'agit-il d'une communication orale qui lui vient directement^'' ou indirectement des prêtres égyptiens? Les points obscurs sont encore nombreux dans sa biographie : il se peut qu'avant d'écrire cette partie des Histoires il ait visité l'Egypte. Une inscription récemment découverte '-' nous apprend qu'il a été proconsul d'Asie, au plus tôt en 109'^^ et, au cours de son voyage pour aller prendre possession de sa province ou pour revenir à Rome, il a pu avoir la curiosité de contempler les merveilles des bords du Nil; mais, selon toute probabilité, à cette date, le quatrième livre était déjà composé'^'; il faudrait songer plutôt à un voyage antérieur. D'ailleurs, le récit est long, très circonstancié; il renferme plusieurs noms propres; en un

('' C'est i'opinion vers laquelle incline Nissen, Rhein. Mus., t. 26, p. .o'ii.

(^' Cf. G. Doublet et G. Deschanips, Insa-iptions de Carie, dans le Dulletin de correspondance hellénique , 1890, p. 621 sqq.

('' Son consulat est de 97, suivant fopinion vulgaire, de 98, suivant J. Asbacli (cf. Nipperdey-Andresen , p. 10). Depuis Tibère, entre le consulat et le proconsulat, l'intervalle était en moyenne dt.' douze nu treize ans.

'.'■''' Cf. chap. I, S 1, n° 2.

mot, il donne l'impression d'un original écrit c^t non parlé; il semble avoir été composé après une lecture et non après une simple audition. La formule même de Tacite : ccnondum nostris auctovibus celebrata??. primvr (|ii<> l'ouvrage n'était pas latin. . Tandis <(ue les autres vcisioiis antiques de la légende de Sérapis'^' sont en désaccord, même sur les points les plus importants, avec le récit de Tacite, la concordance est, au contraire, l'rapp.iiili' cil! IV I (' récit et la version de Plutarque (/)e Isicle et Osinde. -iS I. Les deux auteurs racontent de la même manière le songe du roi Ptolémée, qui a recours, pour en avoir l'explication , aux personnes de son entourage grec ; celles-ci apprennent de voyageurs qui ont été dans le Pont que le dieu du songe se trou\e à Siuope et répond à Jupiter Dis; Ptolémée envoie une ambassade à Sinope; les négociations avec le roi de Sinope traînent longtemps; puis le dieu se transporte miraculeusement de Sinope à Alexandrie. 11 n'y a aucune divergence; mais Tacite est, en général, de beaucouj) le plus détaillé : il dit seul que Ptolémée consulta d'abord sur le songe les prêtres égyptiens, fcquibus mos talia intellegerej?; cpi'avant de se décider à envoyer des députés au roi de Sinope, il reçut un second avertissement du dieu; que le roi de Sinope s'appelait Scydrothémis; il fait seul un récit circonstancié des négociations. Son indépendance par rapport à Plutarque est évidente. D'un autre côté, Plutarque le complète parfois; il nomme seul un des voyageurs qui ont été dans le Pont : Sosibios. et deux des ambassadeurs envoyés à Sinope : Soteles et Dionesos; il mentionne seul un incident de leur voyage, non pas ici, mais dans son traité De sollertia animalium, 36. En un mot, l'explication naturelle de la parenté des deux récits est la communauté de source. Or Plutarque nous apprend qu'après l'arrivée du dieu à Alexandrie il y eut une délibération entre Ptolémée et ses conseillers (le récit de Tacite ne va pas jusque-là), parmi lesquels il nomme, avec l'Eumolpide Timolheus, mentionné par Tacite au moment de la consul-

''' VA'. Krall, p. 'U. (IVst à lui que j'onipriuilo loiil rv développement.

2/i(; Li':s s()Uiu:i':s de tacite.

talion sur le sonjjc, le {jrand prêtre égyptien Manethon. Nous savons, d'antre part^^', que ce Manethon avait composé un ouvrage, Upà (SiG'kos, sur la mythologie égyptienne, en particulier sur Isis, Osiris, A])is et Sérapis. Cet ouvrage, comme les kiyvnliKot. du même auteur, était sans doute la traduction grecque de récits égyptiens. Plutarque cite à plusieurs reprises Manethon comme source dans son traité De Iside cl Osiridc (9, /19, 62); il est à peine croyahle que, pour un événement aussi important que l'introduction de Sérapis à Alexandrie, Plutarque se soit adressé à une source autre que Manethon, contemporain, témoin oculaire, acteur même. D'où hi conclusion, au moins très probable, que la lepà (3i£Xos de Manethon est la source commune de Plutarque et de Tacite (-).

2. Il y a lieu de rechercher si Tacite n'a pas fait usage de sources secondaires dans ses autres digressions sur l'Orient. Nous trouvons au commencement du deuxième livre une digression sur le temple de Vénus Paphienne. Elle est introduite par la formule (II, 2) : ^Haud fuerit longum initia rehgionis, templi ritum, formam deae (neque enim alibi sic habetur) paucis disserere. 77 La digression occupe tout le chapitre suivant. Tacite ne s'en attribue pas l'initiative : il s'excuse seulement d'interrompre son récit. Entre les formules à cause desquelles nous avons revendiqué pour Tacite certaines chgressions et celle-ci, il y a une différence essentielle. Les autres contiennent toutes un verbe à la première personne par lequel Tacite indique clairement son intervention. Ici le verbe est à la troisième personne; il n'y a pas dans la formule le moindre indice d'une source secondaire. La digression elle-même, qui atteste et une minutieuse curiosité d'antiquaire et un plaisir très vif à parler de tout ce qui concerne Titus (elle est motivée par la visite de Titus au

'■' Cr. Krall, p. 3 sq.

'^' H ne faut pas s'étonner que Tacite ne nomme pas Manethon , mais le désigne par la périphrase frAegypiiorum antistiles»; aux yeux d'un historien romain et de ses lecteurs, ce qui donnait de l'autorité à la version, ce n'était évidemment pas le nom de cet Egyptien, mais sa qualité de piètre.

LES SOURCES SECONDAIRES DE TACITE. 2/i7

lem[»le de Paplios), convient très bien à l'auteur de ['Histoire naliurUe, au serviteur dévoué des princes flaviens. Nous pouvons répéter ici ce que nous disions tout à l'heure à propos de Séraj)is : il n'est guère possible que Pline ait raconté la visite de Titus à Paplios sans faire connaître à ses lecteurs l'origine et les particularités du culte de Vénus dans cette ville. Il a dû luimême visiter Paphos pendant son séjour en Orient. H y a recueilli les communications orales qui sont introduites dans le texte de Tacite par ccfama recentior tradit??, et opposées aux traditions plus anciennes, revêtus memoria?;. Tacite a pu lui aussi visiter Paphos, mais plus tard '^', après avoir composé cette partie des Histoires '->. Entin, dans {"Histoire luilurelk, Pline donne sur le temple de Paphos un détail (II, y G, 210) : k Célèbre fanum habetVeneris Paphos, in cujus quandam arcam non impluit57, qui se retrouve, avec une difîerence insignifiante, dans la digression de Tacite : «Nec ullis imbribus, quamquam in aperto, madescunt (altaria). w Tout nous porte donc à croire que la digression sur Vénus Paphienne n'est pas une intercalation '•'■. 3. Il est absolument incontestable que dans les Histoires de Pline il y avait, avant le récit de la guerre qui se termina par la ruine de Jérusalem, une digression sur les Juifs et la Judée. Si Tacite a cru devoir faire précéder d'une introduction historique et géographique (V, 2-1 3) le récit de cet événement essentiel, à plus forte raison Pline, contemporain des faits, ami du vainqueur, officier de son état-major, a-t-il dû avoir la même pensée. Il n'est pas moins incontestable que, dans son ensemble, la digression de Tacite n'est autre chose que la reproduction de celle de Pline '*>.

(') A l'époque de son proconsulat d'Asie; cf. un peu plus liaut.

^-' Sur la date des premiers livres, cf. chap. i, S i, n° a.

'■'' Nissen, RIiein.Miis., t. 26, p. 535 sq. , incline à penser, à cause de la formule initiale, que cette digression est une intercalation empruntée à la même source que la digression sur Sérapis. Clason, Tac. n. Suet., p. 90 sq., est d'avis , comme nous, qu'elle appartient à Pline.

('"' Nissen, Rhein. Mus., t. 26, p.5/ii sqq., et Clason, Tac. u. Suet., p. 92 sq., revendiquent la digression pour Pline. Nissen ne fait exception que pour un dé-

2/i8 LES SOU ne ES DE TACITE.

D'nhord. par son coiilciui, «'lie convienl parraiUîmciit à IMiiic Elle est très {léfavoral)lc aux Juifs; elle abonde en erreurs. En un mot, elle est telle qu'il fallait l'attendre de la part d'un Romain, hostile et méfiant à l'égard de tout ce qui est étranger, et cela par instinct comme tous ses compatriotes, mais, de plus, ami et auxiliaire de l'homme qui a dompté la résistance acharnée et détruit la capitale des Juifs. Ce Romain, ayant à parler des Juifs, a naturellement laissé de côté les sources juives ou sympathiques aux Juifs, pour s'adresser aux sources malveillantes *^'. Tous les renseignements que renferme la digression de Tacite, Pline a été mieux à même que personne de se les procurer; car non seulement il a pu lire, comme le premier venu, les ouvrages qui traitaient de la matière, des ouvrages alexandrins sans doute et, par conséquent, peu favorables aux

lail ilonl nous parlerons tout à l'Iieure. Cette opinion est coniliatlue par Detlefsen, op. cil. — Dieckmann conjecture, mais sans ie pronxci. (|iu' la source est ici Mucien; p. iG sq. — Nous verrons tout à l'iieuro (|iic. scUm loiile probabilité. Tacite a réuni en ime seule deux digressions de Pline

('' Il n est pas facile de savoir au juste à quelles sources IMiue avait puisé ses renseignements sur les origines et les institutions des Juifs. Il avait sans doute consulté des ouvrages alexandrins. En dehors du grand-prêtre égyptien Manetlion (ni" siècle avant J.-C), Josèphe cite Chaeremon et Lysimacbos (Contra Apionem, I, lit, 26-33; II, 2; Ant. Jttd, I, 3, 9. — Conira Apionem, I, Sa sq. — Ibid., 1, 3/1 sq.: II, 2 et 1/1). La di|;i('ssimi di' Tarilr, liclic en erreurs, oflre de grandes ressemblances avec ce que ,ln>riiii.. ikhis l.iil niiniiiiliv de Lysimacbos et de Chaeremon. Ils pourraient bien a\i;ii .■!'• pinuil lis suuices, non pas de Tacite, comme l'atrirment WollV d llri;iins |irlni-(i (faprès Hausrath, Neulestamentarische Zeitgeschichte , t. I, p. i.")7 )- mais de l'Iinc Ce qu'il y a de sûr, c'est que la source ou les sources de Pline n'i'laii'ul ni juives ni amies des Juifs, qu'elles étaient fortement intluoncécs par la liadiliiMi i;;\pli(iini'. Diodore de Sicile (Bibl. frag., io), qui a pour soinri' lli'caliM' (r\!iil(ic. i-,| moins fabuleux. Justin, XXVI, 1, a d'autres meurs; son iVcil ne (|rMi\c pa-, de la même source que celui de Tacite. — Poni' la (li".( linlinu du |ia\->, (hiIiv If- dncuments écrits, Pline a eu ses connaissances diiccli's d îles comunniicalicms orab's de personnages comme Vespasien, Titus et d'autres, qui l'avaient peut-être mieux exploré que lui. — Quant aux événements les plus récents de l'histoire des Juifs, les campagnes de Vespasien en 67 et 68 lui étaient connues par les mêmes témoignages oraux, et peut-être même directement : car il est possible qu'il y ait pris part. 11 n'a sans nul doute utilisé en aucmie façon Josèphe, qui écrivait ses Guerres de Judée sous le règne de Vespasien , à peu près en même temps que Pline ses Ilistoires : cf. Gonira Apionem, [,9, et De vita sua, 6.5.

séculaires ennemis de rKgvple. mais encori» il a vu Je pays, la \ille, le leniple; il a é(é, peiulant le siège, le collaborateur de Tihcriiis Alexander. un juif renégat, chef d'état-major de Titus '". Tacite, qui savait dans quelles excellentes conditions Pline s'était trouvé pour être renseigne sur les Juifs et la Judée, pouvait-il songer à chercher ailleurs les matériaux de sa digression, à ([uitter sa source ordinaire à un endroit où elle offrait tant de garanties? La formule qui annonce la digression : r^Sed quoniam famosae urbis supremum diem tradituri sumus, congruens videtur primordia ejus aperirc (V, 3), ne contient, pas plus que celle dont nous parlions tout à l'heure à propos de Vénus Paphienne, l'allirmation d'une initiative personnelle : l'auteur explique une particularité de composition, l'interruption du récit; mais il ne dit pas un mot (|ui permette de supposer qu'il a fait ici ce que la source principale n'avait pas songé à faire, ou que la source de ce (pii suit n'est pas celle de ce qui précède.

La digression de Tacite est à la fois historifjue et géographi([ue. Pour la partie historique, elle contient : l'histoire des Juifs depuis les origines jusqu'à leur établissement en Judée, avec un aperçu de leurs institutions et de leurs mœurs (2-5); l'histoire des Juifs depuis la domination des Assyriens et des Mèdes jusqu'aux victoires de Vespasien qui obligent la résistance à se renfermer dans Jérusalem ( 8 , à partir de r, Duni Assynos 5?. . . — 10); des détails historiques sur le temple (im, de r^Provtdcrant condi tores '■^ à "scililiosius agelxmt^i); l'histoire de ce qui s'est passé dans Jérusalem pendant l'année 69, où la guerre civile a empêché les Romains de poursuivre leurs avantages (1 a , depuis i^ i\am pcrvicacissimus ...■■' — 1 3 , jusqu'à « liane adversus iirbem. . . 7}). Pour toute cette partie historique, les rapprochements que fournit YHistoire naturelle sont insignifiants. Il est fait mention de la pr('sence de Pompée en Judée : «Pompeio res

'" Sur ce |itM's()nnfi[f(', cl'. L(''oii Renier, Mémoire sur les o/Jiciers (jiil assistèri'nl au conseil de guerre leim jiar TiIks, avant de livrer l'assaut du leuipte de Jérusalem, dans les Mémoires du rAcotléiuie îles inscriptions et belles-lelires. I. '!(>, n'' ])arlie, p. 296 S(jq., cl MonimM'M, Hernies, l.tg, p. 6'-llt sqq.

^(Tcnlc circa Jiulacam" (XXXllï, lo, 3()), et de son Iriomphe sur les Juifs (XII, 26,11 1). On pont comparer : ce Piomanorura primus Cn. Pompeius Judaeos donmit. . . w (9). A propos des caprices de la fortune, Pline fait allusion au triomphe de Ventidius sur les Parthes (VII, ha, 10A); il est aussi question dans Tacite (9) de Ventidius et de ses exploits contre les Parthes"'. La rareté et l'insignifiance de ces rapports n'ont rien de surprenant : dans sa continuation d'Aulidius Bassus, Pline avait dit tout ce qu'il importait de dire sur l'histoire des Juifs ''^'; si la nature du sujet l'avait forcé d'y revenir d;ms son nouvel ouvrage, il y serait revenu et n'aurait pas craint de se répéter. S'il n'avait pas eu déjà l'occasion de parler longuement des Juifs, il est bien vraisemblable que, en quelque endroit de Y Histoire naturelle, il aurait trouvé le moyen d'exposer ce qu'il en savait. Ayant fait ailleurs l'emploi de ces connaissances, d'une part, et, d'autre part, n'étant pas dans la nécessité de s'en servir une seconde fois, il s'abstint. Une appréciation générale qu'il a émise sur les Juifs, et que nous avons rapprochée plus haut^^' d'un passage équivalent de Tacite, nous montre que tous deux avaient de ce peuple la même mauvaise opinion : «Nec quicquam prius inbuuntur quam contemnere deos (transgressi in morem Judaeorum)», dit Tacite (5); et Pline: cdudaeagens, contumeUa nurainum insignisw (XIIl, U, ZiG)^*l

'') Notons encore dans Tac, V, 5, ce dclail sur les Egypliens : ffAegyptii plelaque animalia veneranluz'iî, et V, i : frAe<;yplii Apin colunt", dont on peut rapprocher Pline, VIII, hC), \%h : trlios in Aegypto eliani numinis vice colitur; Apin vocant», et XXX, ii, 99 : crAegypti magna pars scarabaeos inter numina colit.»

'"-' En particulier, il s'était expliqué sur le rôle joué par Moïse dans l'exode et dans la législation des Juil's (cl. Tacite, V, 3 sq.). Il ne le nomme dans VHist. nat. que comme l'ondateur d'une nouvelle secte de mages; XXX, 1, 11.

'■') Cf. chap. ni, S m, n" 3.

(*) En divers endroits de cette partie historicjue il y a des citations de témoignages ou de versions divergentes. Elles sont fréquentes aux chapitres 2 et 4, et leur accumulation convient bien à la tournure d'esprit de Pline. Une seule est l'indice certain d'une intercalation de Tacite : « Multitudinem . . . accepimus» (le nombre des assiégés) [chap. i3]; cf. plus haut, Si, n" /j. (rAccepimusn n'a pas la même valeur au chapitre ^i : il indique siuiplemenl une reprise de ce (jui a été

LES SOURCES SECONDAI UES DE TACITE. i>51

Pour la partie géographique, la digression de Tacite conlieul d'abord une description de la Judée (6-8 jusqu'à v^Dum Assyriosv), ensuite des détails sur la situation et sur les fortifications de Jérusalem et, en particulier, du temple (i i , depuis «5«/ urhem nrduamv — i 9 , jusqu'à ^t Proviclerant condilorcsv). V Histoire naturelle ne donne rien que l'on puisse rapprocher de ces derniers détails. Mais, ici encore, il n'y a nullement lieu de s'étonner. D'une part, Pline, dans sa continuation d'Aufidius, n'avait pu faire un n'-cit intelligible du siège de Jérusalem sans avoir au préalable fourni les renseignements essentiels sur la ville, et il avait dû les fournir avec d'autant plus d'abondance et d'autant plus volontiers qu'il parlait en témoin oculaire; d'autre part, le plan de ÏHistoire naturelle ne comportait pas un retour sur ces détails déjà donnés'". Il en est tout autrement pour la description géographique de la Judée : elle avait sa place tout indiquée dans l'ouvrage, tel que l'avait conçu Pline'-'; de plus, les occasions ne manquaient pas à l'auteur de revenir isolément sur telle ou telle curiosité naturelle du pays. Aussi avons-nous constaté que d'assez nombreux rapprochements peuvent être établis entre l'encyclopédie de Pline et cette partie de la digression de Tacite'-^'. En général, les deux écrivains sont d'accord, parfois

dit au chapitre 2 : ffJudaoos, etc.-' — Uiio autre pourrait l'aire songer d'abord à ua travail personnel de Tacite: tfPlurimi auctores consentiunt . . . n (3). Mais ces nombreux auteurs Tacite ne dit pas qu'il les a trouvés lui-même d'accord, que la consultation a été directe.

'') Il est vrai qu'à la rigueur Pline aurait pu placer une description du temple de Jérusalem dans le livre XXXVI. Au chapitre i4, il décrit le temple de Diane à Ephèse, mais il s'interrompt dans cette description avant de l'avoir épuisée : tt Cetera ejus operis ornamenta plurium librorum instar optinent, nihil ad speciem iMtarae pertinentia. n Non seulement il ne peut, pas songer à énumérer toutes les merveilles de ce genre, mais encore il se voit obligé d'écourter l'exemple qu'il a choisi. Dans ces conditions, il ne devait évidemment pas songer à reprendre une description déjà faite par liù dans un autre ouvrage.

(-> Les livres IH à VI sont consacrés à la géographie.

'^' Cl', chap. m, S m, n° 3. — Ajoutons encore ceux-ci, Tacite, V, 6 : ttBalsamum modica arbor??; Pline, XII, 2.5, ii3 : rrProceritas intra bina cubita subsistit«. — Tacite, ibid., et Pline, ibid., 118, usage médicinal du baume. — Tacite, ibid. : ftFruges noslrum ad rnorem praele^'que eas bahamum el palmaen :

Î>:r2 LKS SOUllCES Di: TACITE.

iiK'iiic jiis(|at' dans l'expression. Si la ressemblance n'est point narlout pins saisissante, cela s'e\pli([ue. a\()ns-iioiis dil''^ par ce fait que les deux ouvrages de Pline sonl (llstincls et que des matériaux nouveaux sont entrés, avec les connaissances déjà ac- (|uises et utilisées, dans la composition du plus récent des deux. La description géographirjue de la Judée commence dans IMine ^-^ (V, lA, 70) et dans Tacite (V, 6) par une délimitation du pays. Les deux auteurs sont d'accord; mais Tacite, plus précis, indique la position des pays limitrophes, tandis que Pline se borne à les nommer. Pline énumère seul les divisions de la Judée. — Dans Tacite, nous trouvons ensuite quelques détails sur les habitants et le climat, ([ui manquent dans Phne. — Les détails qu'il donne sur les principales productions du pays , le baume et les palmes, sont donnés par Pline* ailleurs, en deux passages séparés : il parle du baume à Xll, -2 5 , 111 sqq., et des palmes à XIII, h, 26 sqq.; il est plus riche en détails que Tacite, mais, en somme, leur ressemblance est ici très visible et il n'v a entre eux aucune divergence. — Tacite confond le Liban et l'Antiliban : il attribue au premier les neiges éternelles et la source du Jourdain, qui appartiennent au second '^l Pline distingue (V, 18. 77) les deux montagnes, mais ne parle pas des neiges éternelles; quant à la source du Jourdain, il la nomme (V. 15,71 : c^Orilur e fonte Paniade??) sans dire dans quelle montagne elle se trouve. — La description que fait Tacite du cours du Jourdain est plus exacte sur un point : il dit que le lleuve traverse deux lacs avant de se perdre dans l'Asphaltite ^'l Pline (V, 1 5 ,

Piine, ibùL, 1 1 i : -• . . . halsaïuuin uni fcrraruiri Jiidaeae concessuiir' , et XIII, i, 16 : ffJudaea vero iiickila est vcl nia;{is palmis. . .v; 27 : rNidla est in Italia sponte genitan.

C Cf. chap. III, S m, n' 3.

'-> Autres passajjes de Pline sur les iiontières de la Judée : XII, 3i,' loo; XXXVI, s6, 190.

^^' Cf. le coinmeutaire de Heraeus à ce passage. Josèplie fait d'ailleurs la même confusion, ce qui prouve c[ue le nom de Liban était appliqué couramment à l'ensemble de ces montagnes; cf. Anl. JiuL, V, 1, 93; Del. Jud., IH, 3, 5.

<''' Cf. Josèpbe, Bel. Jud., III, in, 7; IV, 1, 1. Voir aussi, à ce jjassage do Tacite, le commentaire de Heraeus.

-yi) parle seul des niéandres du Jourdain, mais ne nieiilionne (|u'un lac avant l'embouchure, celui de Génésareth. — Les deux descriptions du lac Asphaltite nous ont déjà fourni '" la matière d'un rapprochement très intéressant. Il n'y a rien dans celle de Tacite que ne contienne celle de Pline (V, iG, 79); Pline donne exactement les dimensions du lac, que Tacite se borne à qualifier d'immense, et ajoute d'autres détails qui ne sont pas dans Tacite. — Tacite indique pour la récolte du bitume le procédé étrange que Pline indique ailleurs (VU, i5, 65); la description de Tacite est la plus détaillée et la plus précise; les ressemblances, que nous avons déjà signalées'-', sont frappantes jusque dans l'expression. — Mais Tacite décrit ensuite un autre procédé, beaucoup moins étrange, dont Pline ne parle nulle part. Nous y reviendrons tout à l'heure. — La plus grande partie du chapitre 7 (depuis vHaud procul inile campiv jusqu'à ^Al Belus amnisii), description des plaines stériles et désolées qui sont voisines de la mer Morte, n'a pas non plus d'équivalent dans l'Iiiir. i';ir contre. Tacite ne dit rien des Esséniens (Pline, V, 17, 7.3 j. — Le Bélus, sur l'embouchure duquel Tacite donne des détails très semblables, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer '^^ à ceux de Pline (V, 19, 70, et XX.WT, 26, 191), appartient d'après Tacite à la Judée, d'après Pline à la Phénicie; les deux opinions ne sont pas incompatibles, puisque le cours supérieur du fleuve est en Judée, son cours inférieur en Phénicie ^^\ — Tacite dit seul que la plus grande partie de la Judée est en vdlages , et donne sur l'importance de Jérusalem (8) plus de détails que Pline *^'; mais Pline nomme seul (V, i/i, 70; i5, 71; 16, 72; 17, 73) plusieurs autres villes ou localités de la Judée.

En somme, il est évident que Tacite n'a pas eu pour source

'') Cf. chap. III, § III, 11° .3.

(^) Ibid.

(•^) Ibid.

^"^ Cf. Heraeus, à ce passage de Tacite.

^^' Comparons Tacite (V, 8) : crHierosolynia gonti caput", et Pline (V, 1^, 70) : ffHierosoiyraa longe clarissinia urbiurn Orienlis, non Judaeae modo.-?

25/t LES SOURCES DE TACITE.

VHhloirc nnlnrelk. Mais los diflV'ronros no sont pas tollos que nous devions conclure aussi qu'il n'a pas eu pour source la continuation d'Aufidius , si l'on veut bien admettre que dans son second ouvrage Pline ne s'(''tait pas borné à reproduire, sur les mêmes sujets, le premier. Nous n'hésitons donc pas à affirmer que, pour l'ensemble de sa digression sur les Juifs et la Judée, Tacite n'a pas eu d'autre source que sa source principale ordinaire. Il n'y a même qu'un endroit où l'emploi d'une source secondaire soit manifeste. Pline mentionne et décrit un seul procédé pour la récolte du bitume. Tacite en donne deux. Il n'est pas possible de croire que Pline connaissait le second, celui dont il ne parle pas dans YHistoire naturelle, et qu'il en avait parlé dans ses Histoires : ses affirmations réitérées ''' relativement à la vertu bizarre du flux menstruel n'auraient pas été, dans ce cas, aussi catégoriques. Tacite, moins crédule que lui, mis en éveil par l'invraisemblance de la chose, s'est renseigné ailleurs. Après avoir décrit la récolte du bitume comme Pline, il ajoute: «Sic veteres auctores v ; cette formule indéterminée désigne la source principale et les autorités qu'elle avait pu produire. Puis il introduit la seconde version par «Sed gnari locorum tradunt. . . y> S'agitil d'une communication orale (-' ou de renseignements tirés d'un ouvrage? Quels sont les voyageurs, témoins oculaires, dont Tacite rapporte le témoignage? Nous l'ignorons. De ce qu'il ne produit pas de nom propre, on peut conclure ou qu'il tenait le détail de voyageurs sans notoriété, dont le nom n'avait pas d'importance, ou qu'il l'avait trouvé dans un ouvrage dont l'auteur, n'ayant pas vu lui-même le pays, citait le témoignage des voyageurs, en

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