‹ Les sources de Tacite dans les Histoires et les AnnalesChapitre 36 sur 75 · VII, 1 5, 60; XXVIII · texte numérisé non relu

VII, 1 5, 60; XXVIII

'^) C'est ropinion de Nissen, Rhein. Mus., t. 9 G, p. 5^4 3 : Tacite aurait emprunté ce détail à la source qui lui avait fourni la digression sur Sérapis. Nous avons réfuté par avance cette conjecture; cf. plus haut, § 11, n° 1. — En qualifiant de (T gnari locorum» celui ou ceux qui lui ont fourni la seconde version. Tacite ne s'exprime pas assez nettement. Pline aussi était trgnarus locorum n : il avait sans doute vu le lac Asphaltite; mais il n'avait pas assisté à la récolte du bitume : voilà en quoi il se distinguait dos nouveaux témoins invoqués par Tacite.

sorte (ju'il n'y avait pas intérêt à le nommer lui-même'^'. Pour les autres détails de cette digression géographique qui ne sont pas dans Pline, nous n'avons aucune raison de croire qu'ils proviennent aussi d'une source secondaire : dans sa continuation d'Auiidius, Pline avait décrit la Judée plus longuement que dans YHistoire naturelle; l'étendue donnée à cette première description fut sans doute même un motif ({ui le porta à abréger autant que ])ossible la seconde sur tous les points où il ne pouvait rien dire de nouveau'-'.

Tacite ne s'est servi en aucune façon de Flavius Josèphe'^'.

^'> De ce que la source est qualifiée ffveteres auctoresn, il résulte que, s'il s'agit ici d'iui écrit, et non de témoignages oraux, cet écrit devait être tout récent. 11 ne faut donc songer ni à Vespasien, ni à Mucien (sur les écrits de ceux-ci, voir pins haut, S I, n° 3), ni à M. Antonius Julianus (cf. plus bas, S iv, n° 2).

'-' Tacite ne dit pas un mot des Esséiiiens, sur lesquels Pline s'étend assez longuement et donne les d(''lails los plus merveilleux. L'ampleur relative de ce développement contraste avec la sol)rii'|i' du reste de la description géographique (V. là sqq., 70 sqq.). Il n'était sans doute pas question des Esséniens dans la ( oiitinuation d'Aufidius.

-"^ La question des rapports de Josèphe avec Tacite et Pline a été diversement lodlue. Lehmann, p. .36 sqq., pense que Tacite s'est servi des Guerres de Judée, mais non des Antiquités juives, et qu'il a combiné le premier ouvrage avec VHis- Inire naturelle. Mais les ressemblances de Tacite avec Pline s'expliquent par l'emploi des Histoires de Pline, et celles de Tacite avec Josèphe par le fait que Pline a pu se renseigner aux mêmes sources, souvent orales, que Josèphe. Il a connu nnssi Josèphe lui-même, afl'ranchi de Vespasien, et s'il ne l'a vraisemblablement pas lu, il a pu au moins l'interroger sur certains points géographiques. C'est là 11' système de Clason, Tac. u. Suet., p. 99 sqq. D'après Nissen, Rliein. Mus. , t. 26, l>. ')!i2 sq. , il y a communauté de source entre Josèphe et Pline : la source com- 11111110 est, pour la description de la Judée, Mucien. Mais cette affirmation si [irt'cise est bien contestable : est-il possible qu'im Juif ait demandé des renseignements sur son propre pays à l'ouvrage d'un Romain? Beckurts, p. 69 sqq., croit que, pour les événements d'Italie, la partie des Guerres de Judée qui offre, d'après lui, le plus de ressemblances avec Tacite, Josèphe a eu pour source la source commune de Tacite, Piutarque, Suétone et Dion, directement ou par l'intermédiaire d'un Grec. Cette source commune ne pourrait être alors les Hisloires de Pline, qui n'ont paru qu'après sa mort, c'est-à-dire au plus tôt sous Titus, tandis que les Guerres de Judée ont été composées sous Vespasien (cf. Ciint. Apionem, I, 9, et De vita sua, 65). Quant aux événements d'Orient, les concordances n'ont rien de frappant entre Josèphe et Tacite; Josèphe s'est servi de ses propres connaissances et de témoignages oraux. Beckurts ne parle pas de la description de la Judée.

256 LKS SOURCES DK TVCITi:.

Son liosliliU; à IV'gJird des Juifs csl manifcslc : il ik; dos ail iiidlo mcnl éprouver ie désir de se renseigner sur eux à des sources juives. Nous avons en effet des raisons sérieuses de croire qu'il ne l'avait pas consul [(' pour le récit du siège de Jérusalem. Josèphe raconle (/>t'/. JiuL, VI, /i, 3) fpu> ïilus fut d'avis, dans sou conseil de guerre, qu'il ne fallait pas détruire le temple. Or, dans sa CItronique (II, 3o, 6), Sulpice Sévère, qui a eu recours à Tacite '^^ fait soutenir à Titus l'opinion contraire. Tout au plus Tacite aurait-il pu songer à consulter Josèplie pour la partie géogra[)liique de sa digression. Il y a même deux passages de cette partie qui, au premier abord , semblent dériver de Josèpbe, tant la ressemblance est frappante : la description du lac Asphaltite et delà récolte du bitume, et celle des champs sodomitiques. Voici les détails qui appellent surtout le parallèle: Tac, V, 6; rcPeriti imperitique nandi perinde attolluntur ?7 ; Jos., Bel. Jud., IV, 8, li : Ov£(J7racTiav6s éxéXevcré Tivots trov v&ïv ovk STric/la.fxévûJv, Ssdév-as ottictco zàs ■)(/îpa$, pi(privai xa-và tov (3v9ov' Koà crvvéêtj zsdvrot.s èitivyj^aaQai . . . — «Hune (bituminis liquorem)manu captum, quibus ea cura, in summa navis trahunt»; WpO(7e.'ka'ùvovTS5 Se oî Trjs XiyLvrjs àpyotrai, xou Spao-aSixsvoi tov (Tvvecrlroros iXKOvai eis jà andCpii. — Tac, V, y : r Haud procul inde campi, quos ferunt olim uberes magnisquc urbibus habitâtes fulminum jactu arsisse; et manere vestigia terramque ipsam, specie torridam, vim frugiferam perdidisse. Nam cuncta sponte édita aut manu sata, sive herba tenus aut flore ut solidam in speciem adolevere, atra et inania velut in cinerem vanescunt. 55 TeiiviS. Se v '^oSoixiiis avTri , zjOtAat (xsv svSaifJicov yrj xoi.p7rôjv T£ êvsKana) rj/s^axà 'ZSÔXeis '!Ssptov(7Îas, vvv Se xexoLvyiévn 'zsàcra.. Oacji Sk cos Si' àcyéèeiav olxïjTopcov xspaiivol? xaT£(pXéyri. Ka-1t yovv £T< Xe/4'ai'a lov Q-ei'ou -zsupbs, xai TsévTZ [xsv 'zsôXeMv îSsïv axiàs, £Ti Se xàv xoîç xapTiots a-rroSiàv àva.ysvvcofxsvtjv, o'i Xpôoiv (jièv eypvai loîs êScoSifiois b[ioiav, Spz-i^ayiévwv Se yepcnv eh

(') Cela a été démonlré par Bornays, Ueber die Chromk des Suljncius Seveni^, Berlin, i86i, p. /i8 sqq. — Cf. Renan, UAntéchrist, 3'= édit., Paris, 1878, p. Su, et Mommsen, Histoire romaine , t. n, p. i3/i.

xairvov àvaXvowai Kai léÇipav. Pliiio, avons-nous dil, n<' parlo pas (les champs sodomiticpios. Do pins, les deux descriptions se suivent immédiatement dans Tacite comme dans Josèphc '". Malgré tout, nous persistons à afïirmer que Tacite ne s'est pas servi de Josèphe. N'ou])lions pas, d'abord, que, si certains détails de Tacite ont une ressemblance frappante avec Josèphe, d'autres, par contre, ont une ressemblance non moins frappante avec Pline. Ensuite, la description de la récolte du bitume est, en somme, plus précise dans Tacite que dans Josèphe; les détails que voici : « Ater suapte natura liquor et sparso aceto concretus innatat...; inde nullo juvante influit oneratque donec abscindasr, n'ont pas d'c^quivalent dans Josèphe. La description des champs sodomitiques est, en général, plus précise dans Josèphe, et cependant il n'a rien qui corresponde à ces mots de Tacite : «Nam cuncta sponte édita aut manu sata, sive hcrba tenus aut flore . . . adolevere. 5? Ce n'est donc point par la dépendance de Tacite qu'il faut expHquer ses ressemblances avec Josèphe; la parenté des deux textes est très indirecte : Tacite a reproduit Pline, qui s'était renseigné aux mêmes sources que Josèphe ou à

Ides sources analogues.

Ce n'est pas en un seul endroit de Pline, mais en plusieurs, Il que Tacite avait trouvé la matière de sa digression sur les Juifs et la Judée. En effet, PHne, dont l'ouvrage historique comj prenait le règne de Néron, avait eu à raconter, à leur place i! chronologique, c'est-à-dire en 6 y et en 68, les deux campagnes il de Vespasien contre les Juifs, et, avant ces deux campagnes, la l défaite et la mort du légat de Syrie , Cestius Gallus , avec la révolte des Juifs contre le procurateur Gessius Florus, qui avait motivé l'intervention armée du légat, événements auxquels Tacite fait allusion au chapitre 10'-'. Dans ces conditions, Pline, qui,

O Pour être rigourouseiiiciit exact, il faut dire qu entre les deux il y a dans Josrplie quelques détails sur les usages du bitume et dans Tacite la seconde viTsion sur la récolle du bitume. Remarquons en passant qu'il ne faut pas songer ici à Josèphe, comme on serait tenté de le faire, en lisant la qualification ••({nari locorum»; il ne connaît et ne rapporte (jue la première version. -> Cf. aussi II, /i.

258 LKS SOCIICES l)K TACITE.

<'criv;uil apirs la (Ipslruclion de Ji'riisîjlcm, savait ([iiclle importance aurait dans la suite de sou ouvrage la guerre dont il commençait le récit, ne s'(''tait-il ])as cru obligé, sans doute en relatant l'arrivée du général spécialement chargé par Néron de cette guerre, Vespasien, de décrire le pays et de raconter l'histoire du peuple jusqu'à cette époque? C'était la place tout indiquée pour une telle digression et on ne concevrait guère que Pline l'eût différée jusqu'à la place où. elle se trouve dans Tacite. L'original des chapitres 2-9 de Tacite (origines, institutions et mœurs des Juifs; leur histoire et, en particulier, leurs rapports avec Rome jusqu'au règne de Néron; description de la Judée) était donc une partie de la continuation d'Aufidius qui se rapportait au règne de Néron. Le chapitre 10 presque tout entier (les Juifs et Rome pendant le règne de Néron) est un résumé très succinct des récits détaillés que l'annaliste Pline avait faits des njémes événements à leur place chronologique. Dans l'introduction dont Pline avait fait précéder le récit du siège de Jérusalem, Tacite n'a trouvé que les détails sur la ville et le tcm])lc, et sur ce qui s'est passé dans Jérusalem pendant l'année 69, où l'attention des Romains était absorbée par la guerre civile (chap. 1 1 à 1 3 ). Si l'on admet comme fondées ces observations , on s'explique de la façon la plus naturelle le plan, d'ailleurs un peu bizarre, que Tacite a suivi dans sa digression. Il expose d'abord les origines des Juifs (2-8); quand il arrive à l'époque de leur établissement en Judée, il dit ce qu'il sait de leurs institutions et de leurs mœurs (3-5) et il décrit leur pays (6-7)- Puis il reprend leur histoire et la conduit jusqu'aux événements de 67 et 68 (8-10). Tout cet arrangement est très logique. Mais ensuite, au lieu de passer immédiatement au récit de ce qui s'est produit dans Jérusalem en 69, et à la description de la ville et du temple , il raconte les premières opérations de Titus contre les assiégés (11)"'. Que Pline eût ainsi procédé, cela n'avait rien

'" Josèplie raconto les querelles iiitesllnes des Juifs clans Jérusaiem pendant l'année 69, avant do parler de ranlvi'e de Titus devant la ville, ainsi cpie cela était naturel; IM. huL, \\\. \, .liai.. 1.

LES SOU 11 CES S ECO NT) A m ES DE TACITE. 250

(l'élrange : ayant placé ailleurs tout li; développement qui, dans Tacite, vient immédiatement avant la mention des premières hostilités contre Jérusalem, il ne coupait pas ainsi une digression. Dans Tacite, au contraire, la première partie de la digression auiait du attirer la seconde'^'. S'il en a été autrement, c'est que Tacit(! a subi Finlluence de sa source. Cette bizarrerie de composition est donc une nouvelle preuve que la digression sur les Juifs et la Judée dérive, au moins dans son ensemble, de la source principale.

1. En résunK', la part des sources secondaires est minime, du moins la part que nous pouvons leur attribuer avec certitude. Or le parallèle de Tacite et de Plutarque nous a fait voir une telle fidélité de Tacite à l'égard de la source principale que, partout où l'emploi des sources secondaires n'est pas démontré avec certitude, nous avons le droit de n'y pas croire. Nous avons aussi le droit de ne pas regarder comme des preuves sûres de cet emploi les citations de témoignages ou de versions divergentes, sauf les cas exceptionnels dont nous avons parlé et oii l'initiative de Tacite est manifeste, puisque le parallèle de Tacite et de jl Suétone nous a permis de constater une fois que Tacite ne s'était ! pas fait scrupule de transcrire les citations de sa source princii pale.

I En partant de ces principes rigoureux, mais légitimes, nous il ne trouvons dans le premier livre qu'une seule trace de source i\ secondaire : la digression sur l'administration de l'Egypte depuis 'il Auguste (chap. 1 1). — Le deuxième livre nous en fournit égaleil ment une seule : la digression sur les progrès de l'ambition à 1 Rome (chap. 38). L'une et l'autre sont empruntées, non à une

C' Tacito inclùjue ciairoincnt (|uo sa digression ne se termine qu'avec le clia-

1 pitre i3. Comparons la l'ormule du commencement (;?) = «Sed quoniam famosae

urhis supremum diem tradiluii sumus, congruens videtur primordia ejus aperiren,

avec celle que nous trouvons vers la fin du cliapifrc i3 : rrHanc adversus urbeni

genlem(|ue (^aesar Titus. . . ccrtaie staluit.n

iGO LES SOURCES DE TACITE.

s()iiiH*e sccondaii'i; prrcise, mais aii\ connaissances {jt'nc'rales de Tacite sur l'histoire romaine. — On peut dire que le troisième livre se divise en deux parties : la guerre des Flaviens contre les Vitelliens,et ce qui se passa à Rome ou dans le reste de l'empire pendant cette guerre. Pour la première partie, de beaucoup la plus considérable. Tacite a eu une source secondaire, Messalla, dont l'ouvrage ne lui a presque rien fourni de nouveau, mais lui a permis de contrôler Pline. De plus, il a emprunté à l'historien Sisenna une anecdote sur les guerres civiles du temps de Pompée (III, 5i). Pour l'autre partie. Tacite doit à la tradition orale le récit de la mort de Blaesus (III, 38 et 89), une version sur l'incendie du Capitole (III, 71), la mention de la joie que causa à Mucien la mort de Sabinus (III, 7 5). Enfin, dans ses propres connaissances sur l'époque contemporaine, il a pris quelques détails sur le temple de Jupiter construit par Domitien (III, y/i). — Le quatrième livre et ce que nous avons du cinquième comprennent trois séries d'événements : ceux de Rome, ceux de Germanie, ceux d'Orient. Dans la première série, la digression sur Helvidius Priscus (IV, 5 et 6) a été tirée par Tacite de ses connaissances personnelles. Dans la seconde, la digression sur les Bataves dérive peut-être, en partie directement, en partie par l'intermédiaire de la Germanie, des Guerres de Germanie de Pline. Elle occupe le chapitre 1 2. Au chapitre 67, il y a une autre digression, de quelques lignes, sur l'avenir de Julius Sabinus, pour laquelle Tacite a puisé dans ses connaissances générales. Dans la troisième série, sur un point, les miracles de Vespasien (IV, 81), l'autorité de Pline est corroborée par l'affirmation désintéressée de témoins oculaires qui vivaient encore au temps de Tacite; une digression sur Sérapis (IV^ 83 et %k) est intercalée d'après une source écrite alexandrine, Manethon; un détail (le nombre des Juifs enfermés dans Jérusalem) est emprunté à la tradition orale (V, i3); une version sur la récolte du bitume (V, 6) est donnée soit d'après des témoignages oraux, soit d'après une source secondaire qui citait les témoins oculaires. Une digression sur la province d'Afrique (IV, /i8], dont Tacite

i\ tioiivf' I;i iiiiilière clans ses connaissances générales sur le passé, u!ie allusion à l'avenir de liaebius Massa (IV, 5o)sous Domitien, pour laquelle il n'a eu à consulter que ses souvenirs personnels, font partie d'un récit qui ne rentre dans aucune des trois séries énumérées plus haut.

Les résultats de cette analyse, qui réduit en somme à fort peu de chose la part des sources secondaires, n'impliquent nullement, nous le verrons dans le chapitre suivant, une attitude servilc de Tacite par rapport à sa source principale. Ils n'impliquent pas davantage de sa part un manquement à ses devoirs d'historien: encore une fois ^^^ Tacite les a conçus et remplis selon l'idée que son époque s'en faisait, et il ne faut pas lui faire un crime de n'avoir pas été en avance de plusieurs siècles sur ses contemporains. Tant qu'il eut à raconter des événements qu'un autre, Pline, avait racontés, il se borna, conformément aux idées de son temps, à le contrôler et à le compléter quand il en eut le moyen; dans ce but, avec les quelques matériaux accessoires dont nous venons de parler, il employa surtout, nous le verrons bientôt*-', ses réflexions et son jugement personnels; Pline lui servit sans doute de source principale jusqu'à l'année 7 1 '■^'. Nous avons déjcà dit*^' qu'il ne songea pas à le contrôler pour le siège de Jérusalem par Josèphe : le témoignage de ce Juif lui paraissait trop suspect. Mais il put le contrôler par M. Antonius Julianus, autre officier de l'armée de Titus, autre témoin oculaire, qui avait écrit, probablement sous le règne de Vespasien, à l'époque même où Pline composait ses Histoires, un ouvrage intitulé De Judaeis où il devait raconter les événements récents auxquels il avait pris part ^^\

(') Cf. chap. i,§i, n° /i.

(-) Cf. chap. V, S iH.

<^' Cf. chap. III, S II, n" 1.

■'' Cf. pius haut, S III, n° 3.

'■''> Ce personnage est nommé par Josèplie {Bel. Jud, M, 3) parmi ceux qui assistèrent au conseil de guerre où Titus prit une décision relativement au temple de Jérusalem. Il fut parmi ceux qui en conseillèrent la destruction. 11 était alors procurateur de Judée. II y a tout lieu de croire qu'il publia son ouvrage, pour

'2()i LKS SOURCES DE TACITE. i

2. Lorsque le récit de Pline cessu, la besogne de Tacile devint plus pénible. Il lui fallait faire désormais le travail de préparation dont la source principale l'avait jusqu'alors dispensé. Tout nous porte à croire qu'il s'acquitta de sa nouvelle tache avec soin et conscience. A son tour il se mit à fouiller la collection des Acta scnatns et des Ada d'mrna. Pour une époque tout à fait contemporaine, qui n'avait encore été l'objet d'aucun ouvrage historique en règle, ces documents d'ordre public étaient la source fondamentale. Tacite les consulta soigneusement. «Demonstro itaque, lui écrit Pline le Jeune '^* à pro[)os du procès de Baebius Massa, jug(i sous Domitien, quamquam dili[rmtiam. tuamfugcre non possit, cum sit in public i s actis.v — Il ne s'est pas contenté, cela va sans dire, des renseignements qui lui venaient de cette source oflicielle ; il a fait appel au témoignage des particuliers qui avaient agi ou qui avaient vu. Il a certainement tiré parti des détails que son ami lui donne dans cette lettre sur le procès de Baebius Massa, Si Pline le Jeune les lui a fournis spontanément, c'est que, pour une autre circonstance, Tacile avait provoqué ses confidences : il s'était adressé à lui, comme à la meilleure de toutes les sources, pour savoir au juste et en détail de quelle manière périt Pline l'Ancien dans la fameuse éruption du Vésuve, et pour avoir, d'une façon générale, des renseignements précis, ceux d'un témoin oculaire ([ui faillit en être victime, sur cette grande catastrophe dont le tableau devait être une des parties les plus brillantes des livres que nous avons

qu'il eût loulo son actualité, peu de temps après les événements, en sorte (pie Pline lui-même put peut-être s'en servir. Dans ce cas Tacile l'aurait sans doute laissé de côté. Pline ne le cite point parmi les sources de l'Histoire naturelle. — Quoi qu'il en soit, il ne faut pas songer avec Bernays, Ueher d. Chronik d. Sulp. 5ei'. ,p. 56, à en faire la source principale de Tacile pour le siège de Jérusalem : la qualité de témoin oculaire, qui seule aurait pu lui valoir la préférence de Tacite , on sait maintenant que Pline la possédait aussi. — Cf. , sur Julianus , TeulTel- Schwalje, n" 3i4, renvoi 7; voir aussi Tillemont, t. 1, p. 588. — Si Tacite a laissé de côté Josèplie, il ne s'est pas servi davantage de Juste de Tibériade, l'ennemi de Josèphe, qui pidilia seulement sous Domitien son Histoire de la l'^uerrc des Juifs. Cf. Jdsèjilie, Do vita sua, 05; Tillemont, t. 1, p. 587.

"î VII, ;»', 3.

LES SOURCES SEG()M).\1HES DE TACITE. i2G;')

inallieiireusemciit jxm-cIus. «Petis ut tibi aviinculi mei exiliim scril)am, ijiio vcrius Iradcrc [)Osleris possis^''^^, dit Pline h' Jeune en commençant le récit bien connu de la mort de son père adoplif. 11 s'arrête dès qu'il a raconté cette mort : w Intérim Miseni ego et mater. . . Sed nihil ad historiam, nec tu aliud quam de exitu ejus scire voluisti. Fincm ergo faciam'-'. v Mais Tacite ne l'entend pas ainsi : il prie son correspondant de reprendre la narration interrompue, de lui faire connaître les émotions ressenties et les dangers courus par lui-même. Et Pline écrit une seconde lettre '^^ : «Ais te adductum litteris, quas exigenti tibi de morte avunculi mei scripsi, cupere cognoscere quos ego Miseni relictus (idenim ingressus abruperam), non solum metus, verum etiam casus per- Uilerim. lî — Agricola avait certainement donné à son gendre une foule de renseignements précieux sur toute cette époque, en j)articulier sur la conquête de la Bretagne ^^'. — De même que Tacite a interrogé Pline sur la catastrophe du Vésuve, il a dû interroger tour à tour, sur les événements que chacun d'eux connaissait d'une façon spéciale , les nombreux personnages avec lesquels il fut en relation. — Il voulait être renseigné avec abondance, mais aussi avec sûreté. Ses scrupules d'historien nous sont révélés par ces mots qui terminent la première lettre de Pline sur l'éruption du Vésuve : « Unum adjiciam : omnia me quibus interfueram quaeque statini, cum maxime vera memoranlur, audieram persecutum^^l 35

Les trois lettres de Pline sont déjà des sources écrites. Tacite en a eu d'autres. Les empereurs Vcspasien et Titus avaient laissé des mémoires '*^'. Il dut certainement les lire. Il lut aussi cet

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