‹ Les sources de Tacite dans les Histoires et les AnnalesChapitre 42 sur 75 · TACITE ET LES SOURCES PREMIERES · texte numérisé non relu

TACITE ET LES SOURCES PREMIERES

Dans la composition des Histoires, Tacite n'a pris pour base de son travail les sources premières qu'à partir du moment où il s'y est vu contraint. Quand, arrivé à l'époque tout à fait contemporaine, il a été abandonné par le récit de Pline l'Ancien, ([uand il n'a plus trouvé d'ouvrage historique qu'il pût refondre, il a travaillé directement sur les matériaux réunis par lui-même. Les événements que contiennent les Annales appartenant, comme ceux qui sont racontés dans la partie conservée des Histoires, au passé, aux temps déjà traités avant Tacite par d'autres historiens, il est naturel de penser que Tacite a composé les Annales et les premiers livres des Histoires d'après la même méthode; que, pour les règnes de Tibère, de Caligula, de Claude et de Néron, il s'est borné à refondre ses devanciers. Il est d'autant plus naturel de le penser, que telle était la coutume des anciens, que l'ami le plus intime de Tacite, Pline le Jeune, formule cette méthode sans avoir l'air de la trouver discutable le moins du monde, sans avoir l'air de soupçonner qu'il puisse en exister une autre '^^. On ne refait pas les recherches déjà faites, on en profite; s'il y a plusieurs ouvrages historiques sur la même époque, on les compare, on les contrôle l'un par l'autre, mais on ne remonte pas aux sources premières. Non seulement nous n'avons aucun motif de croire que Tacite ait été d'un vis

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différent, mais encore nous sommes en mesure de dcmonlrer pour les Annales, comme nous l'avons fait pour les flislotres, (ju'il a donné parnn ses sources aux sources premières une place insignilianle.

1. La plus importante des sources premières était, sans contredit, les Ada ,scnatus'^^\ Le recueil des comptes rendus du sénat contenait, en elFet, pour toutes les affaires politiques, judiciaires ou autres, traitées dans cette assemblée, avec l'énoncé officiel de la question mise en délibération par le président et de la décision prise par l'assemblée, une analyse des opinions développées par les divers membres ({ui avaient profité de leur tour de parole'-', les discours ou lettres des empereurs, les acclamations dont ils avaient été l'objet. Ce n'était pas tout à fait, on le voit, l'équivalent de notre compte rendu sténograpbique des débats parlementaires, mais c'était plus que notre compte rendu analytique.

Tacite a-t-il pu se servir des Acta senatus pour composer les Annales? Il atteste lui-même une fois qu'il les a consultés (XV, 7/1). 11 s'agit d'une séance du règne de Néron, il n'y a pas la moindre raison de croire à une impossibilité pour les règnes précédents. Mais en a-t-il fait un usage considérable'-^^? Non, il les a seulement feuilletés, s'arrêtant aux séances les plus intéressantes ou à celles sur les(|ueiles il ne trouvait pas dans sa source des détails satisfaisants. Ce qu'il leur a directement emprunté est, sans nul doute, fort peu de chose. Le seul endroit

^'* Cf., sur ce recueil, surtout Hùbner, De senatus populi/juc romani aclis, et Mommsen, Rômisches Sla,atsrecht, t. II, p. 863 sqq.

'-' Sur ce point, i' opinion de Hiibner est confirmée par une inscription ([iie cite Hoflmaim (p. 2), et qui est empruntée à Ephem. epig., t. II (187.")), p. 273 sq.

^^'1 L'affirmative a été soutenue par Prutz, Karsten, Reichau, et surtout Weidemanu, prog. de 1869; — ^^ négative par Nipperdey-Andresen , Introd., p. aS; Ciason, Tac. u. Suet., io5 sqq.; Holl'maun; Thamni, 3i sqq.; Horstmami, io sqq.

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où l'emploi du ces Jociiiiictits soit prouvé csl celui dont nous venons de parler, et que voici : «Uepcrio in commcntariis senatus Cerialem Anicium, consulem designatum, pro sententia dixisse ut teniplum divo Neroni quam malurrime publica pecunia poncretur. ?5 Cette proposition fut faite à la séance du sénat qui suivit la répression sanglante du complot de Pisoii. Tacite la mentionne en dernier lieu et l'introduit par une formule de citation. Elle ne fait pas corps avec le reste du récit : c'est une simple addition. Il est manifeste que l'emprunt se borne au détail ainsi annoncé et que la séance a été racontée d'après une autre source.

Tous les autres endroits d'où l'on a voulu tirer la preuve (|ue pour les séances du sénat, c'est-à-dire pour une bonne partie de l'bistoire intérieure, les Acla senntus ont servi à Tacite de source principale, ou bien ne prouvent rien, ou bien même prouvent plutôt le contraire. — A propos d'une séance (III, (j/i ) où les sénateurs ont décrété des cérémonies solennelles pour la guérison de Livie, Tacite fait cette déclaration générale (^J5) : «Evequi sententias baud institui, nisi insignes per bonestum aut notabili dedecore. 5) Il n'a pu, dit-on'^*, opérer ce triage et distinguer l'important de l'insignifiant que s'il a eu le tout sous les yeux, et le tout ne se trouvait pas dans une autre source (jue les Acta seiiatus. Cette dernière alïirmation est exacte, la première est exagérée. Tout ce qu'on est en droit de conclure des paroles de Tacite, c'est qu'il a travaillé d'après une source ([ui donnait, sinon toutes les opinions émises dans le sénat, au moins un très grand nombre de ces opinions, parmi les([uelles beaucoup ont paru à Tacite assez insignifiantes pour qu'il ait pris sur lui de les élaguer. L'enqoloi direct des Acta scnatus n'est donc pas ici plus vraisemblable (|ue l'emploi d'un ouvrage bistorique très détaillé.

Racontant les procès qui suivirent la cbute de Séjan, Tacite s'exprime ainsi (VI, y): «xTractique sunt in casum eundemJulius

'> VVeidi-'iuauu, [>. 7.

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