LES SOURCES UK TACITE
/Vfricaiius e Saiiloiiis, Gallica civitate, Seius Quadratus : originem non rcpperi. Ncquc suni ignarus a plerisque scriptoribiis omissa multorum pcricula ot poenas, dum copia fatiscunl, aul ([iiae ipsis nimia et maesta fueraiit, ne pari laedio lecturos ad- (iccrent, verenlur. Nobisplcraquc digna cognitu obvenere, quam- (juam ab aliis iiicciebrala. w Ce que Tacite n'a pas trouvé dans ces nombreux écrivains dont il parle, il l'a pris, dit-on'^*, dans [es Aclascnalus. Si Tacite avait écrit «a scriptoribus omissa w, au lieu de «a plerisque scriptoribus omissa 57, et «a ceieris incelebrala?', au lieu de «ab aliis incelebrata 7?, cette conclusion serait légitime. Mais des expressions dont il se sert on doit conclure seulement que, trouvant la narration de certains écrivains trop peu détaillée, il s'est adressé à d'autres écrivains qui avaient pensé, comme lui, que d'autres détails valaient la peine d'être mentionnés. Sans doute on fait remarquer qu'ils étaient tout au long dans les actes du sénat, puisqu'il s'agit de procès jugés par le sénat. Mais ne pouvaient-ils pas tout aussi bien être adleurs, dans un ouvrage historique? Ce passage démontre, au contraire, que Tacite n'a pas eu recours aux comptes rendus officiels. Il n'a pas trouvé, nous dit-il, la patrie de Seius Quadratus: r<;Originem non repperi. w II l'a donc cherchée ; d l'a cherchée dans tous les documents qu'il avait sous la main. Or, à propos du procès de Quadratus, ce détail devait figurer dans les actes du sénat, comme il figure aujourd'hui dans nos comptes rendus des débats judiciaires. Puisque Tacite ne l'a pas trouvé, c'est que les actes du sénat n'étaient pas ici au nombre de ses sources^-'.
Un peu plus loin (VI, 4 7), Tacite raconte que le sénat reçoit communication d'une enquête contre Arruntius et deux autres accusés: «Sed testium interrogationi, tormentis servorum Macronem praesedisse commentarii ad senatum missi ferebant, nullaeque in eos (contre les trois accusés] imperatoris litterae suspicionem dabant invalido ac fortasse ignare ficta pleraque ob iuimicitias Macronis notas in Arruntium. n Sans doute, le rapport
' Wt'idniiiaïui , p. 7. — - Cr. (jlasoii, p. 107 sqq.
T\(;iTI': KT LKS SOCKCKS l'KI^^MlKlŒS. 315
(Ml ([ucslioii avait ét('î inséré dans les aclfs du si'iial cL il clait facile de constater dans ces mêmes actes l'absence d'une lettre de l'empereur sm' l'affaire pendante. Mais, dans le passage de Tacite, jjas un mot ne prouve qu'il ait eu connaissance du rapport et du silence de Tibère par les actes du sénat. Bien plus, rien ne prouve qu'il ait puisé ici dans une source dérivée des Acta senatus. Car si l'auteur du récit ([u'il a employé n'était pas lui-même sénateur, il avait pu être renseigné par le témoignage oral des sénateurs présents ^^'.
Nos adversaires s'appuient enfin sur un passage de II, 88, ainsi restitué par Mommsen : k Reperio apud scriptores scnatortisque eorundem temporum acûs Gandcstrii, principis Cbattorum, lectas in senatu litteras, quibus mortem Arminii proniittebat. . . responsumque esse... 5) S'il était certain que cette correction nous rendit bien le texte de Tacite, il résulterait de ce passage, comme de celui (XV, 'jh) que nous avons cité tout à l'iieure, la preuve d'une consultation toute locale. Mais ce n'est là qu'une conjecture très discutable. Les manuscrits donnent: « Reperio apud scriptores senatoresque eorundem temporum Adgandestrii, etc.» C'est surtout à cause de la liaison et scriptores senatoresque, des écrivains qui étaient sénateurs, v qu'on a tenté de modifier la leçon traditionnelle. Or Nipperdey ^'-' a trouvé dans les Annales (XVI, la) un exemple de liaison tout à fait semblable: «liberto et accusatori, l'affranchi qui était en même temps accusateur -ii . De plus, il a fait valoir contre la correction de Bezzenberger, v^senatusque eorundem temporum actis v , et la tentative analogue de Mommsen , une excellente raison : il va de soi que , si Tacite a consulté les comptes rendus, il a consulté les comptes rendus contemporains, et non d'autres. Ses correcteurs lui imputent donc une affirmation bien superflue, un grossier pléonasme. S'il est vrai que le texte de la vulgate est le bon, il faut, avec iVipperdey, voir dans ce passage la preuve qu'au contraire Tacite n'a pas décrit les séances du sénat d'après les documents origi-
'' Cr. (>laboiî, p. 1 lo s(|((.
' Cl', le cuinmentaiic à 11. bb, <jL Inliud., u'i.
;h() les sources de tacite.
iiaiix. Il est clair, en cffel, que Tacite a produit ici le ténioi|jnagc (iV écrivains qui étaient sénateurs à cette époque 5), parce qu'il n'avait pas sous les yeux le compte rendu officiel de la séance.
D'un autre côté, le passage de I, 8 1 , invoqué par Nipperdey '^' contre l'hypothèse d'un emploi considérable des Acta senatus, n'est pas aussi démonstratif qu'il le croit: «De comitiis consularibus, quae lum prirnum illo principe ac deinceps fuere, vi\ (piicquam iirmare ausim : adeo diversa, non modo apud auctores, sed in ipsius orationibus rcperiuntur. v Cette incertitude d'où ni les écrivains ni les discours de Tibère n'ont pu tirer Tacite, il lui était facile, dit Nipperdey, d'en sortir en consultant sur chaque élection consulaire les Acta senatus. Mais il semble ^^' que Nipperdey n'a pas vu nettement sur quel point porte l'incertitude de Tacite : elle porte sur les noms des candidats , comme l'indique la suite : «Modo, subtractis candidatorum nominibus, originem cujusque et vitam et stipendia descripsit, ut, qui forent, inlellegeretur; aliquando, ea quoque significatione subtracta, candidates hortatus ne amlntu comitia turbarent, suam ad id curam pollicitus est ; ])lerumque eos tantum apud se professes disseruit, quorum nomina consulibus edidisset; posse et alios profiteri, si gratiac aut meritis confidercnt. » De ce que Tacite avoue (|u'il n'est pas suffisamment renseigné, il ne faut donc pas conclure qu'il n'a pas lu les Acta senatus. Les candidats faisaient leur déclaration à l'empereur, sinon en droit, au moins en fait: cette liberté que Tibère laisse aux candidatures de se produire directement dans le sénat est illusoire. «Speciosa verbis, dit Tacite, re inania aut sulidola. 55 Si l'empereur ne nommait pas devant le sénat tous les candidats dont il avait reçu la déclaration, les noms seuls de ceux qu'il avait nommés figuraient dans les documents officiels, dans le compte rendu de la séance comme dans le texte de son discours. Même si Tacite avait lu les Acta senatus, il aurait dû s'abstenir de toute affirmation. Quant aux historiens contemporains, ils avaient pu compléter
"1 lutrod., j/i. (^) CL Clasoii, p. loG.
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1rs listes ollicicllcs p;ii' des rciiscijfiiciiiciils oraux, mais souvent pou surs ou en désaccord: l'un avait mentionné telle candidature pour telle année, un autre telle autre. De là les divergences signalées par Tacite. Enfin des discours de Tibère, avec leurs artifices variés et hypocrites, on ne pouvait rien tirer de certain. D'ailleurs, le passage ne prouve pas non plus que Tacite ait lu les Actri scnntns. Les discours de Tibère, qu'il cite ici et ailleurs, étaient insérés dans ce recueil, mais formaient sans doute aussi une collection à part, au temps de Tacite; nous y reviendrons tout à l'heure.
Ce qui donne un air spécieux à l'opinion que nous combattons, c'est que, dans le récit de Tacite, les comptes rendus des séances du sénat sont très détaillés, souvent même jusqu'au point de relater des choses qui nous semblent, à nous,' d'une importance très secondaire. Mais le développement donné à cette partie s'explique aisément sans qu'il soit besoin d'admettre l'emploi des Actn senatus. Tacite a eu pour sources un ou plusieurs écrivains contemporains qui, eux, traitant une matière neuve, avaient consulté les documents olïiciels, comme le fit Tacite pour les livres perdus des Histoires; qui, de plus, ou bien en leur qualité de sénateurs avaient fait appel à leurs souvenirs personnels, ou bien s'étaient renseignés auprès des témoins oculaires. Beaucoup de faits que la postérité, même immédiate, jugera insignifiants, ont plus d'importance aux yeux des contemporains : sous l'influence d'une telle illusion, les devanciers de Tacite devaient avoir composé des récits très circonstanciés. Tacite les mit à contribution aussi largement et avec aussi peu de scrupule que celui de Pline pour l'année des quatre empereurs.
Non seulement l'étendue qu'ont prise dans les Annnks les séances du sénat ''* n'est pas une raison de conclure à l'emploi des Acta senatus, mais encore un grand nombre de traits, dans les récils de ce genre, démontrent (ju'ils proviennent d'une autre
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''* Cr. la douxiôinc partie du n-avail de Iloiruianii.