TACITE ET LES SOIJUCES PREMIERES. 'M
lequel des Jeux esl le plus vraiseuil)l;il)le, que Tnrilc lui a emprunt/' seulement les d(''tails de ce genre et les a londus dans un récit directement tiré par lui-même des Acta semitus, ou bien qu'il lui a empnuité toute la matière du récit, avec lequel on remarquera, d'ailleurs, qu'ils font intimement corps?
Il n'y a pas lieu de s'étonner que Tacite n'ait point pris les documents olïiciels pour source principale dans les parties des Annales qui sont relatives aux séances du sénat. Ces matériaux avaient été exploités par ses devanciers. Les recherches étaient faites, il eut été superflu de les refaire, selon la doctrine des anciens: il n'y avait qu'à contrôler l'un par l'autre, s'il en existait plusieurs, les récits des débats sénatoriaux dérivés de la source première. Mais on peut se demander pourquoi, sans en faire sa source principale, Tacite n'a pas eu plus souvent recours aux Acla senatus. Ses devanciers les avaient-ils complètement épuisés? Non, sans doute : Tacite y aurait trouvé, par exemple, le lieu de naissance de Quadratus, renseignement qu'il jugeait intéressant.
ans ses sources
puisqu'il s'est donné la peine de le chercher da Sa conduite s'explique par le peu de confiance que lui inspirait ce recueil, qui avait un caractère officiel, dont le rédacteur était choisi par l'empereur et prenait soin d'arranger les choses au goût du maître. Nous savons par Tacite le nom d'un de ces rédacteurs : «Junius Rusticus componendis patrum actis delectus a (iaesare (par Tibère)», et les soupçons dont ce personnage était l'objet: «eoque meditationes ejus introspicere creditus» '''. En somme, directement les Annales ne doivent à peu près rien aux Acta senatus. Mais de cette source première proviennent, par l'intermédiaire des devanciers de Tacite, la plupart des renseignements qu'elles nous donnent sur les séances du sénat. Voilà un point sur lequel nous aurons à insister quand nous parlerons des devanciers de Tacite.
2. C'est à partir du premier consulat de (îésar (6 9 5-5 9) que furent rédigés les Acta senatus; il institua aussi à la même date
la coulumc do pul)Iicr les Actn diurna popuW^^K qui devinrent ('.fralemenl une source liislorique très importante. A l'époque irupériale, le contenu de ce recueil se divisait en trois parties'-': d'ahord les actes du gouvernement : décisions prises par l'empereur, les magislrats, le sénat; puis les faits et gestes de la famille impériale; enfin les nouvellt^s diverses de la ville: mariages et divorces, naissances et décès, construction et dédicace de monuments, publication d'œuvros littéraires, etc. Pas plus ([ue celle des comptes rendus du séiial, la rédaction du journal de la ville n'était une enlrcjirisi^ privé(^ : il avait un caractère oITiciel. Seulement, des particuliers pouvaient prendre copie du texte exposé en public et le distribuer à leurs abonnés, comme on fait de nos jours pour l(»s inun('ros d'un journal. L'original passait aux arcbives de l'Etal , oii il était à la disposition des écrivains, ainsi que, sous certaines conditions, les actes du sénat, qui, à partir d'Auguste, ne furent j)as livrés à la publicité (^'.
Tacite parle trois fois des Actn popidi. Au cbapitre 92 du livre XVI, Cossutianus Capito surexcite par les plus malignes insinuations la haine de Néron contre Tbraséa; entre autres choses il prétend que : -s Diurna populi Romani per provincias, per exercitus curatius leguntur, ut noscatur quid Thrasea non fecerit. v Dans un passage de XIII, 3i, Tacite indique nettement quelle différence il doit y avoir, à ses yeux, au point de vue du contenu, entre une histoire et ce journal : «Nerone iterum, L. Pisone consulibus, pauca memoria dignaevenere, nisi cui libeat laudandis fundamentis et trabibus, quis molem amphilheatri apud campum Marlis (iaesar extruxerat, volumina implere, cum ex dignitate populi Romani repertum sit res inlustres annalibus, talia diurnis urbis actis mandare. w Enfin Tacite atteste (III, 3) qu'il a consulté ce recueil pour les funérailles de Germanicus: «iMatrem
''^ Cl'., sur ceUe doul)lo iiisliUilion, Suélono, Cacs., 20.
(-> Cf. Ilùbner, op. cil. — Voir aussi J.-V. I.orlorc, Den joimum.r chct les Roiimim, Paris, i838.
(■■' Cf. Hw'Um>',A>ii;:/AG.
TACITK KT LI-S SOIIIICKS PRKMIKIIES. :m
Anloiiiaiii non apiid auctorcs rcriiin, ii(3m diurna aclornn» scrip- Itira rcperio ullo insigni ollicio functam. j?
Voilà donc bien démonirrc nne constdlaiion locale des Acla jjopuli, une consultation dont le r.''sultat, d'ailleurs, a été né- (jatif. Y a-t-il eu consultation générale, y a-t-il eu au moins une série nombreuse de consultations locales? Personne n'a soutenu, à ma connaissance, que Tacite ait dépouillé d'un bout à l'autre la collection du journal de la vill? pour les quatre règnes racontés dans les Annales. D'abord, les raisons qui l'empêcbèrent de cliercber ses matériaux dans les Acla senalus le détournaient aussi des Acta populi : ses devanciers avaient déjà exploité ce recueil pour leur époque, conmie il l'exploita lui-même pour la sienne dans les Histoires; c'était un recueil olliciel, dont les assertions avaient souvent peu d'autorité. De plus, c'était un ensemble très considérable et un véritable fouillis , oii les événements dignes de l'bistoire se perdaient parmi ceux qui n'avaient eu qu'un intérêt d'actualité. Nous avons entendu tout à l'beure Tacite '^^ en parler d'un ton assez dédaigneux. Enfin, il n'avait assurément pas sous les yeux le journal de la ville quand il a dit (I, ki) que le futur empereur Caligula était né en Germanie, dans le camp des légions commandées par son père : les Actes, au témoignage de Suétone [Calig., 8), donnaient comme lieu de sa naissance Antium.
Il est même fort douteux que Tacite ait eu fréquemment recours aux Acta populi pour un renseigHement de détail. Comme il affirme (VI, 7) c|u'il raconte bien des cboses que d'autres ont passées sous silence, «nobis pleracjue digna cognitu obvenere, quamquam ab aliis incelebrata?), Nipperdey conjecture que ces compléments pourraient provenir des Acta populi, qui contenaient un sommaire des séances du sénat, en particulier des procès: or Tacite fait cette déclaration à propos de procès. Mais les raisons que nous avons fait valoir, à propos de ce passage, contre l'emploi des Acta senatus, s'appliquent aux Acta populi : l'opinion
'') Ann., XIII, ;}i.
;i^2 LES SOIIIUIKS 1)K TACITI':. "
i-is(|m''(' p;ir Ni])|)f'i'(loy no serait admissible ([iic si Tacite aii- (lonrail ([iTil (•oiii[)l(U('ra Je réeit des mitres kisloriens , et. non celui d'autres historiens. C'est également faire une vaine conjecture ('' (|ue d'attribuer à une consultation directe des Ada populi des passages conjme ceux de II. 'm et 'i(), où il est parlé de réfection ou de cons(''cralie,n d'i-difices religieux, IL est vrai que le journal de la vilh^ avait mentionné à leur date ces travaux et ces cérémonies. Mais puisque Tacite, qui est pourtant assez difficile sur ce point '-^ les juge dignes de figurer dans ses AnnnJes, ses devanciers avaient bien pu leur faire le même honneur. En somme, l'emploi des Actn populi n'est établi c{u'en un seul endroit, au chapitre 3 du livre 111 : absence d'Antonia, mère de Germanicus, aux funérailles de son fds. Ici nous voyons très bien pourquoi Tacite a dérogé à ses habitudes. Cet effacement d'Antonia lui a paru très extraordinaire. Ce qui le prouve clairement, c'est qu'il s'efforce de s'en rendre compte par plusieurs hypothèses. Ne trouvant rien dans les sources littéraires et voulant en avoir le cœur net, il a lu dans les Acta populi le récit des funérailles de Germanicus ^^\