‹ Les sources de Tacite dans les Histoires et les AnnalesChapitre 50 sur 75 · XV · texte numérisé non relu

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;5/i(; I.KS SOUUGI':S DE TACITE.

prësiinicr (HmI aiiraiL pris les moines précautions si le cas sY'lail reproduil à d'autres endroits.

3. Il faut distinguer des témoignages oraux recueillis auprès do personnes qui, ou bien avaient vu ou entendu elles-mêmes, ou ]>ien avaient entendu raconter sur-le-champ par les spectateurs ou les acteurs, — personnes que l'historien qui les interloge connaît et dont il est en mesure d'apprécier l'autorité, — la tradition anonyme f'\ ces récits dont l'origine est incertaine, qui se transmettent de génération en génération, et que chacun répète sans que personne en prenne la responsabilité. Tacite lui a emprunté une version sur la mort de Drusus : «In tradenda morte Drusi, quae plurimis maximaeque fidei auctoribus memorata sunt, rettuli; sed non omiserim eorundem temporum rumorem, validum adeo, ut nondum exolescatj? (IV, lo). D'après cette version, l'eunuque Lygdus, suborné par Séjan, aurait accepté d'empoisonner son maître. Toutes les mesures prises, Séjan aurait, accusant Drusus de méditer un parricide, averti l'empereur d'éviter la première coupe qui lui serait présentée à la table de son fils. Tibère, dupe de cet artifice, aurait remis cette première coupe à Drusus, et le jeune homme sans défiance l'aurait vidée d'un trait, l'ortifiant les soupçons par cet empressement, car on crut que, dans son elfroi et dans sa honte, il s'était condamné lui-même à la mort qu'il avait préparée pour son père.

Tacite mentionne cette version, mais la réfute (IV, ii): «Haec vulgo jactata, super id quod nulle auctore certo firmantur, prompte refutaveris. Quis enim mediocri prudentia, nedum Tiberius tantis rébus exercitus, inaudito filio exitium ofFerret. idque sua manu et nullo ad paenitendum regressu? Quin potius ministrum veneni excruciaret, auctorem exquireret; insita denique etiam in extraneos cunctatione et niora adversum unicum et nuUius antc flagilii comportum utereturîw La version a donc contio ollo deux choses : elle est invraisemblable, cUo est ano-

TACITE ET LES SOU 11 CES PREMIERES. 3/i7

nyme. Au\ yeux de Tacite une Iradllion aiionyiue est, par cela même, suspecte. Nous pouvons être assurés qu'en dehors de ce passage les Annales ne doivent rien à une pareille source : si Tacite l'avait utilisée en d'autres endroits, il aurait pris soin, comme il le fait ici, d'en avertir ses lecteurs.

Après avoir réfuté la version anonyme. Tacite en explique l'origine et, dans cette explication, non seulement il affirme une fois de plus son incrédulité à l'égard de ce récit monstrueux, mais encore il en donne une nouvelle cause : «Sed quia Sejanus facinorum omnium repertor liaLebatur, ex nimia caritate in eum Caesaris et ceterorum in utrumque odio, quamvis fabulosa et immania credebantur, atrociore semper fama erga dominantium exitus. v Tacite sait que la renommée se plaît à entourer la mort des princes de tragiques circonstances. Il insiste encore, pour ôter définitivement à ces calomnies tout crédit dans l'esprit de ses lecteurs : la femme de Séjan, Apicata, les esclaves Eudémus et Lygdus, mis à la torture, ont fait connaître point par point la vérité sur ce crime : aucun écrivain n'a mis en cause Tibère, et cependant ils ont recherché, ils ont même grossi tous ses torts.

Mais puisque tant d'excellentes raisons démontraient à l'historien que la version anonyme était fausse, pourquoi l'a-t-il mentionnée? Il répond lui-même à cette question: «Mihi tradendi arguendique rumoris causa fuit, ut, claro sub exemplo, falsas auditiones depellerem peteremque ab iis, quorum in manus cura nostra venerit, ne divulgata atque incredibilia avide accepta veris neque in miraculum corruptis antehabeant. » Cette déclarai ion nous prouve que, du temps de Tacite, il courait dans le pubHc, au sujet des règnes précédents, une foule d'anecdotes (jui étaient accueillies avec faveur, malgré leur invraisemblance, grâce à leur caractère sensationnel. Tacite, non seulement n'a j)as la naïveté d'y croire, mais encore ne leur fait pas l'honneur (le h's mentionner pour les réfuter. Mais il tient à informer ses Icriciirs qu'il ne les ignore pas, qu'il les laisse de côté, parce qii il se préoccupe d'être vrai et non de flatter ce goût du public

pour le Irajjicjue, qu'ils doivent eux-mêmes repousser toutes ces frrossicres légendes. Et s'il clioisit pour faire cette déclaration l'occasion qui lui est offerte par la version anonyme sur la mort (le Drusus, plutôt qu'une autre, c'est que l'exemple lui paraît saisissant.

Quand la tradition anonyme se trouvait en désaccord avec ses sources écrites, Tacite l'a donc, sauf dans ce cas, négligée sans le dire''\ Si la tradition et les diverses sources étaient d'accord, comme il n'y avait pas lieu à doute, il n'y avait pas lieu non plus à citation. Il en était autrement si la tradition était d'accord avec une partie des sources écrites, tandis que l'autre partie de ces sources représentait une version divergente. Alors l'appoint de la tradition n'était pas négligeable et Tacite devait la citer. C'est ce qu'il a fait au chapitre 2 du livre XIV. Un inceste faillit être commis par Néron sur Agrippine. D'après Fabius Rusticus, c'est Néron qui aurait eu la pensée et le désir de ce crime. D'après Cluvius, Agrippine, aveuglée par l'ambition, aurait imaginé ce moyen infâme de conserver son ascendant sur Néron et aurait provoqué son fils. Où est la vérité? Du côté de Cluvius : car les autres sources écrites et la tradition donnent la même version que lui : rtSed quae Cluvius, eadem ceteri quoque auctores prodidere et fama hue inclinât. 5? Et, pour estimer exactement de quel poids la tradition a pesé dans la détermination de Tacite, notons bien que ce n'est pas une som'ce écrite, appuyée seulement de la tradition, qu'il préfère à une autre source écrite, mais une source écrite d'accord avec toutes les autres sources écrites, sauf une, et appuyée par surcroit de la tradition.

Le résultat de nos recherches sur l'emploi des sources premières dans les Annales est donc que toutes celles qui nous sont connues, documents olficiels, mémoires, témoignages oraux et tradition anonyme, n'y ont joué qu'un rôle insignifiant. Il est possible qu'il en ait existé d'autres qui nous soient inconnues,

^^' Cepenclanl il 110 peut pas s'enipécliei- de constaler que des bruits très défavorables courent sur le compte de L. Vitellius, dont il n'a pour le moment que du bien à dire (VI, 3 2).

TACITK I-:T les SOUMCI'S PHK;V11KI51-:S. ;î'i9

(|uo. par (woinplo. en dehors de (-'orbulon, de l'aulinus. de Vêtus et des personnes de la famille impériale, d'autres personnes encore aient écrit des mémoires. N'importe; ce que nous avons dit suffit à prouver que Tacite n'avait pas pour métliode do travailler d'après les sources premières.

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