‹ Les sources de Tacite dans les Histoires et les AnnalesChapitre 54 sur 75 · I}.-)'! I.KS SOUHCKS DE TACITE · texte numérisé non relu

I}.-)'! I.KS SOUHCKS DE TACITE

Di'iisiis: f'slii li'adenda niorlc Dnisi. (|ua(' plnrimis inaximaequc lidci autioribiis momorata siinl rcUiiliTi, à propos du départ do Tibère (IV, 57): r^Cnusam abscessus quamcpiam seciiius plutnmos auctorum ad Sejani artes rettuli. v r^Plurimi» étant dans son vocai)ulairo plus fort que t^pleriquc", qu'il emploie dans le sens de fcniulli?', il faudrait conclure de ces deux passages qu'il a eu pour le règne de Tibère au moins quatre sources. Nous ne parlons, bien entendu, que des sources dont il a pu faire un usage courant, et non de celles qui ne comprenaient, comme les Guerres dp Germonie de Pline'" et les Mémoires de la seconde Agrippine'-^ qu'une partie des événements du règne. Les Mémoires d'Agrippine sont une source première. En fait de sources dérivées partielles, il ne nomme pour les six premiers livres que Pline. Il n'en nomme aucune pour les derniers livres, puisque les Mémoires d(^ Corbulon sont une source première.

Tacite nous met dans un grand embarras en ne nommant pour le règne de Tibère que des sources partielles, Pline et Agrippine. Quelles ont été ses sources générales? Nous en sommes réduits à passer en revue tous les historiens de cette épocpie, à nous demander qui ils étaient et ce qu'ils valaient, afin de voir par cet examen quels sont ceux d'entre eux dont il est vraisemblable que Tacite a fait usage. Peut-être n'arriv(M"onsnous pas ainsi à retrouver toutes ses sources : car il est possible à la rigueur, sinon très probable, que le nom de quelque historien de valeur ait péri avec ses œuvres. Mais ce qui n'est guère possible, c'est que cela soit arrivé aux plus remarquables historiens de l'époque, à ceux que Tacite dut mettre au premier rang parmi ses sources. Nous retrouverons donc, sinon toutes les sources de Tacite, au moins les plus importantes. Pour le règne de Néron notre tâche sera simple : il n'y a eu que trois sources et nous savons leurs noms. Nous les examinerons aussi, sauf Pline, que nous avons déjà étudié dans la première partie, li'exanien dos deux grou])es de sources nous pcnneltra sans doute di» fixer

^" VA. I, 69. — ^' CI', cliap. 1. *^ 11, n" •!.

lllSTOinKNS ANTKRIEURS A TACITE. 1555

les liiiiilcs où linissait l'emploi du premier et où roniinonçait r(Mii|)l(ti (lu second. Nous saurons de cette manière si, pour les règnes de Caligula et de Claude, Tacite a eu un troisième groupe (le sources, ou bien s'il est pass(^ sans intermc^diaire du premier au second, et, dans ce cas, quelle partie des deux règnes en ({uestion revient aux sources du règne de Tibère, quelle partie aux sources du règne de Néron. Tout cela fait, il nous restera à ('tablir, s'il est possible, un classement des sources de chaque groupe suivant l'importance du rôle que Tacite leur a fait jouer: ce classement fera l'objet d'(in chapitre sp('cial.

Parmi les devanciers de Tacite, les deux principaux historiens des premières années de l'époque impériale furent sans contredit Aufldiiis Bassus et Servilius Nonianus. Il nous sera facile de nous en convaincre et d'acquérir aussi la certitude que Tacite les a comptés au nombre de ses sources les plus importantes.

1. Les lettres de Sénèque à Lucilius furent ('crites dans les dernières années du célèbre philosophe, qui mourut en 65. Or Aufidius Bassus '^^ vivait encore quand fut écrite la trentième. Mais il était alors accablé par l'âge et épuisé par la maladie : (^ Bassum Aufidium, virum optimum, vidi quassum, aetati obluc-

lantem -, magno senectus et universo pondère incubuit. w

(A/j. , 3o, i). Il n'a pas dû survivre longtemps. D'un autre côté, nous savons par Quintilien (X, i, loa sq.) qu'il était un peu plus âgé que Servilius Nonianus : «Pauluni aetate praecedens eum. » La différence pouvait être de quelque dix ans. Servilius Nonianus, consul en 35 ''-^, était né sans doute dans les dernières années avant notre ère. De tout cela il résulte qu'on

' Sm \iili(lius liassus, cf. Egger, Examen critique, p. 170 s(|q. ; Harless, De l'(ilin>i >•! iiiliiliis, Bolui, i8.t3; (Hason, Tac. u. Stiet., p. Sq sqcj., 71 sqq.; Nipper- A^'^. Uhnn. Mm. , i. 17, p. /i38 s(|q., ol Inirod., p. «6; Teiinei-Scliwabe, n" -177, l'inol ■>. — Sur les ieltros l\ Luriliu^. ihuL, 11" -iSc), renvoi 5.

- CI. plus bas, n" 2.

.-iôi; LKS SOURCKS ])K TACITE.

[)(Mil limilcr approximativement la vie d'Aiifidius Bassus entre 10 avant J.-C. et Gô après. La faiblesse de sa santé, constatée par Sénèque''^, l'empêcha certainement d'avoir une carrière militaire. S'il eut une carrière politique, nous l'ignorons. Les soufï'rances physiques ne domptèrent jamais son ame courageuse; même dans sa vieillesse, il n'était pas abattu par le mal. (l'est toujours Sénèque qui nous l'apprend : w Bassus tamen noster alacer animo est. 55 II le devait à la philosophie : «Hoc philosophia praestat. » Ces indications de Sénèque, le titre de •<;virum optimums qu'il ajoute au nom de Bassus. l'amitié qu'il a pour lui, nous donnent la meilleure idée du caractère de l'historien. Un fragment de son ouvrage cité par Sénèque le Rhéteur (^Siins., VI, 18 et 28) nous renseigne sur ses opinions politiques : il admire la conduite et la mort de Cicéron. Il est certain que toute sa sympathie allait vers les institutions républicaines. Mais ce n'est pas à dire le moins du monde qu'il ait pris à l'égard du régime impérial l'attitude d'un opposant. Ses relations avec Sénèque font plutôt penser le contraire. Il a dû, comme tant d'autres'-', voir dans le principat un mal nécessaire et l'accepter avec résignation, se rendant bien compte que le retour au passé était impossible.

Aufidius Bassus avait-il écrit un seul ouvrage historique ou deux ouvrages historiques distincts? L'origine du doute est dans ce passage de Quintilien (X, 1, io3) : rsQuam (historiae auc-

toritatem) Bassus Aulidius egregie, utique in libris belli

Germanici, praestitit. 55 Nous savons'^' qu'il était l'auteur d'une histoire générale, d'un ouvrage annaUsti([ue d'oii sont tirés les deux fragments sur la mort de Cicéron cités par Sénècjue le Rhéteur. Les rdibri belli Germanici 5? dont parle Quintilien étaient-ils un ouvrage à part, ou simplement une partie du grand ouvrage? Mommsen '*' adopte la première opinion. Mais

^'' «Scis illum semper iiifirmi corporis et exsucci i'uisscî) (ibid.).

'-' Comiiie Tacite, en particulier.

'■■'' Cf. i"' partie, chap. m, S 11, 11" 1.

'") AbJwndl. d. sdchs. GeseUschaft d. Wlssensch. .3 (1861), p. 558.

IIISTOIUKNS V.NJTKlilKlKS \ TACITK. :{57

ia seconde (^st la plus accr(''(lit<'M' ' rt de lj('aiicou|) la plus \ruiscmblable : elle a clé livs suliclciiiciil défendue pur Nippcrdey. D'abord, d ne l'uni |)as s'étonner (|ue l'auteur d'une histoire jjénéraie uit composé aussi une histoire purticulière. Justement, le continuateur d'Aufidius Bassus, en même temps (ju'un ouvrage annalistique, a composé un ouvrage particulier sur les guerres de Germanie'-'. Jusqu'à preuve du contraire, pour un titre spécial, il est logique d'admettre un ouvrage spécial. Quintilien accorde le mérite d'une k auctoritas )? supérieure aux livres sur les guerres de Germanie : ne serait-il pas surprenant qu'une [)artie du milieu de l'ouvrage eut mérité cette distinction? Bien de surprenant, au contraire, s'il s'agit de deux ouvrages d'épo([ues différentes. D'ailleurs, pouvait- il y avoir dans le grand ouvrage de Bassus, dans ses Hislotrcs. des livres consacrés aux guerres de Germanie? Les historiens romains sont des annahstes, ils suivent l'ordre strictement chronologique: Bassus racontait donc les événements année par année. Or les guerres de Germarie ne forment pas dans l'histoire romaine une période à part. Prenons les années 16 avant J.-C. et 17 après, où les campagnes de Germanie sant importantes. Combien d'autres événements contemjjorains sont beaucoup ])lus importants! D'une part, l'annahste n'a pu isoler, dans un ouvrage d'ensemble, les guerres de Germanie pour leur consacrer entièrement un certain nombre de livres; d'autre part, s'il ne les a pas isolées, il est impossible que Quintilien uit appelé «libri belli Germanici» des livres oii se trouvaient mêlés aux campagnes de Germanie des événements aussi saillants ou même plus saillants. En réalité, il devait y avoir des récits de campagnes en Germanie un peu ])artout dans l'ouvrage de Bassus, comme il y eut un peu partout des campagnes en Germanie dans l'époque qu'il racontait; et on ne voit pas à quelle partie de l'ouvrage, même en ad-

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1558 LES SOUnCES DE TACITE.

mettant que Quintilien ait appelé «llbri belli Germanici^i des livres qui n'étaient pas exclusivement consacrés aux affaires de Germanie, cette désignation aurait pu spécialement convenir. Mommsen fait, à l'appui de son opinion, cette remarque, (|ue l'on cite dans l'antiquité les ctlibri belli civilisa? de Tite Live. Le rapprochement n'est pas du tout concluant : les guerres civiles formaient une période à part dans l'histoire romaine, elles avaient leurs livres à part dans les Annales de Tite Live. Auiidius Bassus, avait donc, comme Phne le fit un peu plus tard, composé deux ouvrages historiques, une histoire générale de Rome et une histoire des guerres de Germanie.

Lequel des deux était le premier en date? Du passage de Quintilien (|ui accorde la supériorité a l'histoire des guerres de Germanie au point de vue de l'Kauctoritas», on pourrait conclure qu'elle était postérieure à l'histoire générale. Mais cette conclusion n'a rien de nécessaire : le meilleur ouvrage d'un auteur n'est pas toujours le dernier. Il semble dilïicile d'admettre qu'Aulidius Bassus ait d'abord raconté les campagnes de Germanie à leur place dans un ouvrage d'ensemble et qu'il soit ensuite revenu dans un ouvrage spécial à ce sujet déjà défloré. On conçoit très bien, au contraire, qu'ayant écrit d'abord un ouvrage spécial, il ait écrit ensuite un ouvrage d'ensemble oii il retrouva, sans doute, et dut raconter de nouveau les événements qui faisaient le sujet du premier, mais avec beaucoup d'autres, seulement comme partie intégrante d'un tout très vaste : la matière était neuve dans son ensemble, sinon de tout point. Tacite aurait-il fait un récit à part des campagnes de son beau-père en Bretagne, si Agricola était mort postérieurement à la publication des livres des Histoires où ces campagnes étaient racontées à leur place chronologique et parmi les événements contemporains? Les Histoires déjà publiées l'auraient empêché, sans nul doute, d'écrire Y Agricola; V Agricola déjà publié ne devait pas le détourner de prendre pour sujet d'un grand ouvrage historique le règne de Domitien. Ce qui prouve f^ncoip mieux la prinrifé des Guerres de Germanie. rVst f[uo

lllSTUl\IEi\S AMKIUEUHS A TACITL;. m)

Bassiis, ayaiil poussé, comme nous 1(> verrons tout à riieure, son ;jrand ouvrage presque jusqu'à la tin de Claude, a du consacrer à ce grand ouvrage tous ses loisirs de malade jusqu'à sa mort, et n'aurait point, par conséquent, trouvi- dans les dernières armées de sa vie le temps de composer un autre ouvrage. Il est |)eu vraisemblable qu'il se soit interrompu à un moment donné dans la composition de son histoire générale pour composer l'bistoire spéciale des guerres de Germanie. Celle-ci est donc antérieure au règne de Caligula, puisque dans les Suasoriae de S('iiè(|iie le Rhéteur, qui mourut sans doute vers l'avènement (le Caligula'^', l'histoire générale est déjà citée.

Nipperdey pense que les «libri belli Germaniciw commençaient avec la guerre d'Arioviste, ou même avec l'invasion des Cimbres et des Teutons, et linissaient au rappel de Germanicus ( 16 après J.-C.)'-', date à partir de laquelle il ne s'est plus rien passé de saillant en Germanie jusqu'à la mort de Bassus. Cette opinion est bien préférable à celle de Knabe^^\ qui, insistant sur le singulier t? belli Germanici??, prétend qu'il s'agissait d'une seule guerre, celle de Germanicus. Mais cette guerre ellemême n'est pas unique : elle se compose d'une série d'expéditions. Même en restreignant ainsi le sujet de l'ouvrage, le singulier n'aurait pas son sens rigoureux. Il vaut donc mieux lui donner la signification la plus étendue. f^Bellum Germanicumw, c'est la guerre faite pendant de longues années par les Romains, sous les ordres tantôt d'un général, tantôt d'un autre, aux Germains. Ce ([u'il y a d'à peu près sûr, c'est que l'ouvrage contenait les campagnes de Germanicus, c'est-à-dire la partie des guerres de Germanie que Tacite avait à raconter dans les \n-

Ouant au grand ouvrage de Bassus, nous a\oi)s vu", à propos de son continuateur, Pline l'Ancien, ([u'il allait pres(pie jus([u'à

Cl. ■|'..ullrl-S.-liu;iiH., n" 0.69, et 1" |iMrlir, rliiip. m, S 11, u" 1. ■ Cr. I-Mcilc. II. -.(k

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