I.KS SÛURCKS DE TACITE
honneurs; voici ce (juo Tacite nous apprend sur son compte quand il mentionne sa mort avec celle de Domilius Ai'er, en 5 y (XIV, 19) : « Sequuntur virorum inlustrium mortes, Domitii Afri et M.Servilii, qui summis honoribus et multa eloquentia vigiierant; ille orando causas, Serviiius diu foro, mox tradendis rehus romanis celebris et elegantia vitae : quam clariorem effecit, ut par ingenio, ita morum diversus. î? C'est évidemment lui qui est le M. Serviiius consul en 35. d'après Tacite (VI, 3j) et d'après Pline l'Ancien [H. N., X, Go, 120). D'un autre passage de Pline (H. N., XXXVIl, 21, 81 sq.) il résulte qu'il était rarrière-petit-fils de Nonius Struma, que le poète Catulle s'indignait de voir assis sm- la chaise curule, et le petit-fils du sénateur Nonius, qui fut proscrit par Antoine à cause d'une pierre précieuse d'un très grand prix dont il était possesseur. Pline appelle ce sénateur Nonius i:uivus Servili Noniani, quem consulem vidimusv. Pline étant né en a 3 et l'historien ayant été consul en 35, c'est évidemment de lui qu'il s'agit. M. Serviiius, consul en ^56 (3 après J.-C), était sans nul doute son père. Le surnom deNonianus qui lui est donné par Pline dans ce dernier passage, par Quintilien (X, 1, 102) et par le Dialogue lies Orateurs (chap. 23), indique, ou bien que Serviiius était son père seulement par l'adoption, ou bien que sa mère s'appelait Nonia *^'. (]'est à son père qu'en 1 y Tibère concéda la part qui lui revenait à lui-même dans l'héritage du chevalier Pantuleius, çtnobilitatem utriusque (de Serviiius et de Lepidus, ({u'il fit entrer en possession d'un autre héritage) pecunia juvandam praefatus?7 (Tac, Ann., 11, A8). II est encore nommé par Tacite (111, 22), en 20, «M. Servilium e consularibus», à propos du procès de Lepida. (}uant à l'historien, le premier passage de Tacite (XIV, 19) nous apprend qu'il se signala d'abord comme orateur et (pi'il se fit toujours remarquer par la distinction de sa vie. bien supérieur au point de vue du caractère à son égal par l'éloquence. Domitius Afer, (jui était d'ail-
Ci I.a |)n-iiiu'iv o|,li,ioii ..si c.ll,. ,1,. TrulTol, Paiih/ lical Emykjindw. Vj, p. 1120. n'-S: la Mr.m.lr, .vil,, .rivnn'r. l"C. 'H.
HISTORIENS ANTKIUKUIIS \ TACITK. .'565
ieiirs un (liste |)(M-.s()nii;i;n' (Tac. I\. .V.? : ^ Prospcriorc chxiiiontiao quam inorum faiiia l'iiilw). Porso, le poète satirique, respectait Servilius comme un père "•. Il était l'un des hommes les plus en vue de la noblesse romaine, et c'est bien à lui que se rapportent ces mots de Pline, qui parle visiblement d'un conlemijorain : t^ M. Servilius Nonianus, princeps civitatis, non pridem. . . . . 11 (//. A,, XWIII, 2. 2f)). (ïonsul en 35, sous Tibère, il a dû naître tout à fait dans les dernières années avant notre ère. Mort en 09, il a très bien pu être entendu par Quint ilien (wqui et ipse a nobis auditus est 55).
Servilius Nonianus ne s'est occupé qu'assez tard d'écrire l'histoire romaine; c'est du moins ce que semblent indiquer ces mots de Tacite : «Servilius diu foro, mox tradendis rébus romanis celebris. v II n'a donc pas commencé son ouvrage avant le règne de Claude, et, sans nul doute, c'est de lui et de cet ouvrage qu'il s'agit dans le passage suivant de Pline le Jeune (Ep-, U i3, 3): ttMemoria parentum Claudium Gaesarem ferunt, cum in Palatio spatiaretur audissetque clamorem, causam requisisse, cumque dictum esset recitare Nonianum, subitum recitanti inopinatumque venisse. 55 — Nous ignorons quel était au juste son sujet. De ce que Quintilien et le Dialogue des Orateurs l'associent à Aufidius, on conclurait volontiers que leurs Annales embrassaient à peu près la même époque. Il y fi tout lieu de croire qu'avec les règnes de Tibère et de Caligula il avait raconté celui de Claude ou tout au moins les premières années de ce prince; car il lui survécut assez longtemps. Nipperdey croit, et avec beaucoup de vraisemblance'"^*, que ce passage de
(') rfColuit iil palrcni Scrviiiiun \oniaiiuiii. -i (Vie de Perse, altr. à Suétone; éd. Reill'erscheid , p. 7 a .s<j. )
(-' Quoi qu'eu dise Knal)e, 22. — Tlianun, p. 47, croit, que dans ce passage de Suétone, et ipse se rapporte, non à l'Iiistorien, mais à Tibère. C'est impossilile : Suétone n'a pas liesoin d'insister sur la présence de Tibère; la chose n'aurait pas pu se passer s'il n'avait pas été là. Et ipse indique donc Lien que l'annaliste en question a été témoin oculaire. — F. Biicheler (Rhein. Mus., t. ia , p. ^78)3 cru reconnaître une citation, sans importance d'ailleurs, de Servilius Nonianus dans un passage de Charisius, GL, 1, 1/4 5, 39.
;5()(i ij:s soincKs dk tacite.
SiK'Ione [Til)., (Ji) pst un(> citatioti de .\oiiiamis : rAniiallbiis suis vir ronsufaris inseriiit, freqiionti ([iiondam convlvio. ciii ot ipsc alïiierit, iriteiTogalum eum (Tiberium) subito et clare a (juodam nano astante mensae intor copreas, cur Paconius majestatis reus tam diu viveret, statim quidem pctulantiarn linguae objurgasse, ceterum post paucos dies scripsisse senatui ut de poena Paconi quam primum statueretw. Du moins, nous ne connaissons pas d'autre historien de Tibère qui remplisse la double condition de consulaire et de contemporain.
La haute situation que Servilius Nonianus occupa dans la société romaine de son temps, cette situation de «princeps civitatis57, suivant l'expression de Pline l'Ancien, le mit en mesure de connaître, mieux que personne, l'ensemble des événements des règnes de Tibère, de Caligula et de Claude. Les matériaux de son ouvrage devaient donc être excellents et riches. Pour la forme, l'auteur du DialogKc le place, nous l'avons vu. à côté de Bassus, et les oppose tous deux aux anciens annalistes Sisenna et Varron. C'est dans la bouche d'Aper, le défenseur des modernes, qu'il met cette appréciation. Mais si Tacite est bien l'auteur du Dialogue, Aper exprime ici l'opinion de Tacite : «Multa eloquentia viguerant'5, dit-il dans les Annales en parlant du même Servilius et de Domitius Afer. — Quintilien Rappelle (\, i, 102) : «Clari vir ingenii et sententiis creber, sed minus pressus quam historiae auctoritas postulat, v II était éloquent, dans l'histoire comme dans ses plaidoyers, mais de cette éloquence préoccupée avant toute chose d'être brillante et ingénieuse, qui se substitua dès le commencement du premier siècle à celle de Cicéron et souleva des clameurs d'admiration dans ces lectures publiques où fut applaudi, nous l'avons vu tout à l'heure, l'ouvrage historique de Servilius. Il a commencé son ouvrage, il a raconté sans doute les règnes de Tibère et de Caligula, sous le règne de Claude; s'il a raconté celui de Claude, l'.'est après l'avènement de Néron : du vivant de l'empereur il aurait été obhgé de flatter, et il n'a pas flatté, puisque Tacite fait une mention purement élogieuse de sa réputation d'historien.
illSTOHlKNS .\NTEI'.li:i US A TACITK. ;iG7
Aynnt écrit l'Iiisloirc tic ces trois princes après leur mort, il appartenait, comme Auiidius Bassiis, au groupe des liistoriens inspirés f. recentibus odiis??. Le consulat dont Tibère l'avait liotjoré ne l'empêcha pas de mettre sa cruauté en lumière, si la citation de Suétone que nous avons transcrite est bien un extrait de ses Histoires. Que Tacite les ait eues parmi ses sources ('t en ait fait un grand usage, cela n'est pas douteux : nous en avons pour garants, non seulement la réputation de Nonianus, mais encore l'hommage qu'il rend lui-même à son talent.
3. Sénèque le Rhéteur^'' avait composé, nous dit son fds {De vita patris, III), cdiistorias al) initie bellorum civilium paene usque ad morlis suae diem 55 , c'est-à-dire à peu près jusqu'à l'avènement de Caligula; car il n'a pas dû survivre longtemps à cet avènement: n(' vei's 700 de Rome, 54 avant Jésus- (^hrist. il avait alors, en 07. environ fjuatre-vingt-dix ans. A coup sûr. il était mort quand son lils fut exilé, en !x?>^-K II y a tout lieu de croire que Suétone emprunte à son ouvrage historique cette version sur la mort de Tibère [Tih., 70 ) : rtSeneca eum scribit, intellecta defectione. exemptum anuluni quasi alicui traditurum parumper tenuisse, dein rursus aptasse digito, (^t compressa sinistra manu jacuisse diu immobilem, subito, vocatis ministris ac nemine respondente, consurrexisse, nec procul a lectulo deficientibus viribus concidisse. ?5 Son fds nous apprend aussi que cet ouvrage n'avait point paru du vivant de l'auteur, qu'il était même encore inédit. Ce fut donc lui qui le publia, comme Pline le Jeune devait être plus tard l'éditeur des Hislotres de son oncle. Auiidius Bassus a fait paraître son histoire par parties; Servilius Nonianus en a lu publiquement des passages; Sénèque n'a pas recherché comme eux la renommée littéraire.
C'est (l('jà là uni' garantie. De plus. Sénè(pie le Rh('teur (Hait, '•omnie les deuv autres et nuMUo plus conqjlètemcnt (|Ui' les <lou\ autres, le contemporain des l'Vi'ni'inrnts qu il avait racon-
'' a. Eggor. i;i7 sq.j.: T.'nli;>l-Sdn\ ;.!).■, u' ali;,. -' a. Sénèque le Pliilo^. , \»l Unir. , 2 , 'i s(|.