LES SOUUCES DE TACITE
l('s. (ie ([lie nous avons do ses ('crits dénole un esprit droit, un jugement sur, un Romain de la vieille école, admiratcin- du style de Cicéron, peu enclin aux exagérations du l)i';iii langage à la mode. Moins brillant que ceux de Servilius et d'Aulidius, son ouvrage devait moins attirer Tacite. Nous sommes certains (ju'il ne l'a pas placé au premier rang parmi ses sources. Il ne donne qu'une version sur la mort de Tibère, et ce n'est pas du tout celle de Sénèque (/l?m., VI, oo). Il la donne sans bésitation, comme n'en connaissant pas d'autre ou du moins comme bien convaincu qu'elle est la vraie. Si Sénèque avait été l'une de ses principales sources, il aurait tout au moins mentionné la divergence et indiqué l'origine de la version préférée ^^^. Mais il ne faudrait pas aller jusqu'à conclure de ce fait que Tacite ne s'est absolument pas servi de Sénèque : il a pu l'avoir parmi ses sources secondaires.
li. L'empereur Claude, outre ses Mémoires, dont nous avons déjà parlé ^-', avait écrit deux ouvrages historiques'^', l'un en deux volumes qui commençait après le meurtre du dictateur César : «Initium autem sumpsit historiae post caedem Gaesaris
dictatoris Prioris materiae duo volumina reliquit??;
l'autre en quarante et un volumes qui commençait après les guerres civiles : «Sed et transiit ad inferiora tempora coepitque
a pace civili Posterions (materiae) unura et quadraginta
reliquitw (Suét., CL, lu). Son récit devait donc aller assez loin et peut-être jusqu'à son avènement : l'ouvrage annalistique aurait ainsi rejoint les Mémoires, les huit volumes de Vita sua, dont parle également Suétone. Nous savons, toujours par Suétone, que dans sa jeunesse il avait eu pour maître Tite Live. Son discours conservé sur les tables du musée de Lyon nous montre qu'il ne manquait pas de savoir, mais que son savoir était bien indigeste et bien pédantesquc; que, comme écrivain,
''^ Cf. Clasoii, Tac. u. Siiet., /i3. Mais il va lro|» loin en disant qn'il est douteux que Tacite ait consulté Sénèque.
W Chap. i,§ II, n" 1.
■''' Sans parler de ses ouvrages historiques jjrecs; ci'. Suétone, (!l., !i-\.
UISTOMIKNS WTKMIEUKS \ TACITK. :}G9
li étail lourd et ('nijjliati(|ue. Sun ouvrage n'aurait certainement guère plu à Tacite, si Tacite l'avait consulté. Mais l'a-t-il consulté? Ayant pour cette époque des sources telles que Servilius Nonianus et Aufidius Bassus, il ne dut pas élre tenté de s'adresser à un lionnne dont il avait une si mauvaise opinion au point de vue intellectuel, et qui, de plus, en sa qualité d'empereur, n'avait pas pu faire une narration impartiale des règnes de ses |)ré(l(''cesseurs. Les Histoires de Claude no l'attirèrent pas plus que ses Mémoires.
5. Les ouvrages historiques d'Aufidius Bassus, de Servilius Nonianus et de Claude (^Histoires et Mémoires) embrassaient, ou peu s'en faut, toute l'époque comprise entre la mort d'Auguste et celle de Claude; l'ouvrage de Sénèque le Rhéteur contenait au moins tout le règne de Tibère. Les sources dont il nous reste à parler ont une bien moindre importance au point de vue de l'étendue. Ce sont VHistoire romaine de Velleius Paterculus et VHistoire des guerres de Germanie de Pline l'Ancien.
Velleius Paterculus^'' a servi sous les ordres de Tibère : c'est lui-même qui nous l'apprend. Il est parti pour la Germanie avec Tibère, en /» après Jésus-Christ, comme préfet de cavalerie; il est devenu ensuite légat de légion, et en cette double qualité il a été pendant huit ans k caelestissimorum ejus ope-
rum spectator et adjutor^j (II, io4, 3). Il a pris
place dans sa litière (i i 4, 2). Il a eu le bonheur d'accompagner son triomphe (en 12) : «Triumphus quem mihi fratrique meo inter praecipuos praecipuisque donis adornatos viros comitari contigit75 (1 2 1, 3). En 1 /i , son frère et lui ont été désignés préteurs, connue candidats de l'empereur, les derniers candidats recommandés par Auguste, qui mourut cette année-là, les premiers candidats recommandés par Tibère : crMilii fratrique
meo, candidatis Caesaris, destinari praeloribus contigit,
consecutis ut necpie post nos (juemquam divus Augustus, neque
'' Sur VeHeius Paterculus, d. surtout les prolég. de redit. Krilz, Leipzig, i8io. — Egger, 120 s(|([.; Reicliau, G s([., lo sq((. , i () s([. ; Andriessen, ■'2 sqf|.: Tliamin, 3 sqrj. , Af) sqq. . n'apportent rien de iùen intéressant.
;',70 LES SULir.CKS DE TACITE.
juitr nos (JacScU- coniiiiendarct TilxM'iiis^i (iq/j. A). E'oiivra|fe, dans son ensomble, est une histoire romaine, on d(Hi.\ livres. dej)uis les origines jusqu'à l'époque contemporaine. Elle est dédire an consul M. Yinicius. Le consulat de M. Vinicius étant de .')(). nous avons ainsi la date de la composition. Déjà la partie antérieure à Tibère nous donne une très mauvaise opinion de \ elleius comme historien. Ses recherches sont superficielles, ses jugements historiques pleins de partialité et d'arbitraire, les' coniradictions même n'y sont pas rares; tout son intérêt se concentre sur les individus; il n'a pas assez d'intelligence pour apercevoir la connexion des événements. Quand il arrive à César et à Auguste, il prodigue les flatteries. Mais pour louer Tibère, aucune expression ne lui parait assez forte : il se livre à une véritable débauche de superlatifs. Toute la lin de l'ouvrage, à partir de II, 9/1, n'est qu'un panégyricpie de ce héros. Ce (pii l'excuse jusqu'à un certain point, c'est qu'il a vécu auprès de Tibère pendant ses meilleures années, qu'il a été comblé de ses bienfaits, qu'il a écrit avant les derniers jours du règne, les plus sombres. Il loue aussi Germanicus, qui fait partie de la famille impériale, mais il glisse rapidement sur les rapports de Tibère avec lui et n'en parle qu'en termes évasifs. Qu'il se soit l'ait illusion ou cp'il ait volontairement altéré la vérité, son témoignage, bien qu'étant celui d'un contemporain, ne mérite aucune confiance. L'écrivain ne vaut guère mieux que l'historien. Ce n'est pas un véritable écrivain : il n'a pas de talent naturel, sa jeunesse et son éducation ne l'ont pas préparé à ce métier; c'est un soldat amateur de littérature. De plus, il a voulu terminer vile son ouvrage pour être en mesure de l'offrir à Vinicius consul. Cette hâte explique ses nombreuses négligences. La lourdeur, la monotonie, la vulgarité, l'emphase de son style viennent de son incapacit(\ Ce qui l'a rendu encore pire qu'il n'eût été de lui-même, c'est l'influence de la mode : il a recher- <dié, en imitateur maladroit, les expressions poétiques, les pensées brillantes, les antithèses subtiles, les alliances de mots imprévues; il est ridicule dans sa coquetterie.
lIISTOniKNS ANTKRIEURS A TACITE. 371
Velleliis ;i|)parlienf ('vidcmment au premier des deux groupes d'historiens définis par Tacite î''; écrivant sous le règne de Tibère, il a défiguré l'histoire de cet empereur, mais par affection plus encore «pie par crainte. Tacite s'en est-il servi? Ni l'esprit ni la forme de l'ouvrage ne lui plaisaient à coup sûr, et nous pouvons affirmer f[ue, s'il l'a consulté, il ne l'a consulté que rarement et avec précaution. 11 est même fort douteux qu'il en ait fait usage dans cette mesure. Remarquons qu'à plusieurs reprises*-' il reproche à ses sources d'avoir dénigré Tibère et (pic jamais il ne leur reproclie de l'avoir flatté; ce qui nous porte à croire que toutes étaient défavorables à Tibère. S'il avait eu Velleius parmi ses sources, même secondaires, n'auraitil pas trouvé une occasion de flétrir sa partialité, lui qui a protesté dans les Histoires contre les tendances flaviennes de Pline l'Ancien'^'? Tacite avait lu Velleius, il l'avait jugé; il ne songea pas à s'en servir, quand il se mit à raconter le règne de Tibère.
6. Nous sommes surs, au contraire, qu'il s'est servi des (ruerres de Germanie de Pline l'Ancien*'^'; dans quelle mesure, nous le verrons plus tard ^^\ Bornons-nous pour le moment à constater qu'il cite (I, 69) «C. Plinius, Germanicorum bellorum scriptor,57 pour un épisode des campagnes de Germanicus. A quelle époque Pline avait-il composé cet ouvrage? Dans la liste chronologique dressée par son neveu [Ep., III, 5), il se place avant les «Studiosi très, 5? le traité de rhétorique, «in sex volumina propter amplitudinem divisi,?? que suivent «i^Dubii sernionis octo,'" écrits pendant les dernières années de Néron. Il est précédé par «Do vila Pomponi Secundi duo, 55 écrits après la mort de Pomponius; mais nous ignorons la date de cette mort'*^'. Tout ce que nous pouvons conclure de cette chronologie
(') Ann., I, 1.
*-' Cf. surtout IV, II. Nous y reviendrons, chap. iv, S ir.
(^) EisL, II, joi.
W Aous avons déjà dit un mot de cet ouvrafje, i"" partie, cliap. iv, § i, n° 3.
'^' Cf. chap. m, S iv, n" 9.
("' Sur ce personnage , qui fut célèbre de son temps comme poète tragique , cf. Tacite, V, 8; XII, 27 et a8, Cf. aussi Nipperdoy-Andresen, à V, 8.
'M-2 I.KS SOIIUCKS 1)K TACITi:.
rolalive, c'est (|ii(' V Histoire des ^>iiciri'.s de (lennanie l'ut achevée au plus tard dans les premières années du règne de Néron. Pline le Jeune nous fournit une autre indication qui concerne l'époque oii l'ouvrage fut commencé : «Inchoavit cuni in Germania mililaret. 55 Nipperdey'^' conjecture, non sans vraisemblance, qu'il servait encore en Germanie sous le commandement de Pomponius Secundus, l'ami'-' dont il devait plus tard écrire l'éloge, c'est-à-dire en 5o'^'. Il y servait déjà en 4 7 : car s'il a vu le pays des Chauques [H. A., XVI, 1,2), c'est, sans nul doute, qu'il a pris part celte année-là '*' à l'expédition de Corbulon dans ce pays. 11 n'est arrivé en Germanie qu'après /12 : il raconte en témoin oculaire un fait qui s'est passé pendant la construction du port d'Ostie (IX, 6, \k S!{.), qui eut lieu en /la '^'. Il a écrit en Germanie son premier ouvrage, r. De jaculatione equeslriw, alors qu'il était déjà c^praefectus alae-^; l'idée de raconter les guerres de Germanie n'a dû lui venir à l'esprit qu'après un séjour de quelques années dans le pa\s, ([uand il le connaissait et, par suite, s'intéressait davantage aux événements qui s'y étaient passés. — C'est donc au plus tôt vers 45, sous le règne de Claude, qu'il a commencé son histoire. A cette époque, Aufidius Bassus avait plus de cinquante ans. Si les r^libri belli Germanici?? sont le premier ouvrage de cet historien et s'il est mort vers 60, après avoir composé un ouvrage plus considérable, une histoire générale, il est certain que la priorité lui appartient. C'est pour cela que Pline avait senti le besoin d'excuser son entreprise et avait raconté dans sa préface ^*'' le songe dont parle son neveu : Klnchoavit som-
nio monitus : adstitit ei (juiescenti Drusi Neronis effigies, qui
'■' Inirod., a 5.
'-' ff A quo singulariler amalus hoc nicmoriae amiri (juasi (:lel)iliim munus ex- Polvit.?î Pline le J., £/;., lit, 5, 3.
(31 Cf. Tacite, XII, 27 et q 8.
W Cf. Tadte, XI, 18.
W Dion,LX, 11.
<" Pline le Jeune ne dit pas formellement que son oncle avait raconté ce songe
dans la préface ou ailleurs; mais cela est fort probable (Ep.. III, Ti, A).
IIISTOHIKNS A NT K ni Kl IIS \ TACITK. 373
(icrinaiiiac liitissiiiio vidor ihi pî'riil. (!oiiiiiicri(lal)at iiiciiioriaiu suam, oral)al(|uo ut se al) injuria oblivionis adsorcrct. 5) H peut se faire que Pline ait trouvé le récit de Bassus trop peu élo[jieu.v j)our Drusus'^^; mais ce qui le choqua surtout et l'cngafjea à reprendre un sujet tout récemment traité, quoi(|ue depuis le moment où Bassus s'était arrêté, depuis le ra])pel de Germanicus sans doute, il ne se fût pas produit en Germanie d'événement bien important, ce fut l'inexactitude des clcscri|)tions géographiques de Bassus. Nous aurons occasion d'en reparler ^"^K
Pline le Jeune nous renseigne aussi sur l'étendue et le sujet de l'ouvrage : r Bellorum Germaniac viginti (libri), quibus omnia quae cum Germanis gessimus bella coUegit. ?5 Suétone <-^> est entièrement d'accord avec lui : « Bella omnia quae unquam cum Germanis gesta sunt, xx voluminibus comprehendit.55 Pline l'Ancien remontait donc jusqu'aux origines, jusqu'à l'invasion des Gimbres et des Teutons, et. au lieu de s'arrêter comme Aufidius au rappel de Germanicus, poursuivait son récit jusqu'aux événements tout à fait contemporains. Mais nous avons vu'''' qu'il n'est pas du tout vraisemblable que, sous Vespasien, il ait repris l'ouvrage achevé au plus tard sous Néron, pour y ajouter la guerre de Civilis : cette guerre avait sa place toute mar([uée dans un autre ouvrage que Pline composait alors, sa continuation d'Aufidius Bassus. 11 faut entendre, dans les textes de Pline le Jeune et de Suétone, toutes les guerres de Germanie depuis les origines jusqu'à l'avènement de Néron à peu près. Pour le fond et pour la forme, il ne devait pas y avoir de différence bien sensible entre la valeur de ce premier ouvrage historique et celle de l'histoire générale que Pline écrivit quelque vingt ans plus tard. Nous renvoyons donc à ce que nous avons déjà dit de celle-ci''"'.
'■'' Sur l'ouvrage de Bassus, cf. plus haut, S i.
(2) Cf. chap. III, S IV, n" G.
(a) Fragm., Reiiïerscheid, p. 93 sq. = Roth, ;joo. D'aiilonrs, Suétono a sans doute pris ce renseignement dans Pline ie Jeune.
^*' Quoi qu'en dise Clason, Tac. u. Suet., 76 et 9^1, dont l-'roitzlieim a dé(H signalé Terreur, p. Sh sqq. Cf. 1" partie, rbap. iv. ? i, n" 3.
t'' Cf. i" partie, chap. m, ^11.
Sj/i LES SOURCES DE TACITE.
7. Suétone [Calig., 8) rapporte une version de Cii. Lenliilus Gactulicus'^' sur le lieu de naissance de Caligula : t^Cn. f.entulus Gaelulicus Tiburi genitum scribit. 55 II ajoute un peu plus loin : t^Gaetulicum refellit Plinius, quasi mentitum per adulât ionem, ut ad laudes juvenis gloriosique principis alicjuid (^tiam e\ urbe Herculi sacra sumeret. w Quant à Pline, Suétone lui emprunte aussi et réfute ensuite une version sur le même fait : K . . , Plinius Secundus in Treveris, vico Ambitarvio. supra Confluentes; addit etiam pro argumeuto aras ibi ostendi niscriptas : Ob Agrippinae puerperium.55 L'ouvrage de Plino (|ue cite Suétone est sans nul doute YHisloire des guerres de Germanie : Pline avait parlé du lieu de naissance de Caligula à propos du séjour de Germanicus et de sa famille en Germanie; Tacite en parle lui aussi, beaucoup plus vaguement, il est vrai, dans le récit de la grande révolte qui suivit la mort d'Auguste (I, /il). L'ouvrage de Gaetulicus était antérieur aux Guerres de Germanie de Pline, il avait (3té coniposé pendant le règne de Caligula : voilà tout ce que nous apprend la citation de Suéloiio. Mais était-^ceun ouvrage bistorique? Gaetulicus est connu cominf poète '^^. Rien ne prouve qu'il ait été aussi historien, pas même la citation de Suétone : elle peut fort bien se rapporter à f[uelque poème, à un ?<: Carmen de expeditionibus Romanoruui contra Germanos et Britannos», comme le conjecture 0. Jahn'^*. Si Gaetulicus n'a pas été historien, il n'est ])oint parmi les sources de Tacite : il n'est pas possible, en effet, d'admettre (pi'ayant à sa disposition des récits histori(|ues tels que ceux de Servilius et de Bassus, Tacite se soit adressé, même suhsidiairement, à un poète.
La même considération doit nous faire écarter Pedo Albinovanus. ViQ poète ^^' avait pris part à l'expédition de Germanicus.
'' Sur (iaetulicus, ci'. Egger, iG8 sqq. Voir aussi tes indications biograpliiques de Taciie, IV, h'i et h(\\ VI, 3o (avec les notes de Mpperdey à ces endroits): flo Dion, LX, 32, et de Suétone, CL, g.
-' Cf. ies témoignages dans Teuffei-Scbwabe, n" 291, renvoi i.
■'^ Proleg. zu Persius, p. cxlii, note i (éd. de l'erso, Leipzig, tH'i'.]).
t^^ Cf. Teu(fe]-Srlnval.e, ti° 252. renv. a-C).
IIISTOUIENS .\NTKrJKl RS V TACITI-:. 375
coiiuiie Kpracrectiis o(juiliini (Tac. I, 70), et, prohabloiiieiit , il avait célébré dans une épopée les exploits de son général; c'est ce <|ui semble résulter d'un passage de Sénèque le Rhéteur {Suas., I. i h) : " Latiiii declamalores in descriplioncm Oceani non niniis vi.'jueruiit . . . Nemo illorura potuit tanto spiritu dicere quanlo Pcdo, qui, navigante (iermanico, dicit . . . •>■/ Suit ini fragment de vingt-quatre hexamètres. Hôfor'i -^ prétembi ({••couvrir dans celte épopée la source de Tacite pour la campagne de Germanicus, en 16 après Jésus-Clirisl. La nalure d'une telle source expliquerait, dit-il, la faiblesse du co!/; (('clinique dans la narration de l'historien et aussi le ton. (pii est celui d'un panégyrique; ce sont là des défauts, mais ce cpn nous dédommage, c'est que nous avons la tradition d'un témoin oculaire. Hôfer se trompe : la description des côtes de la mer du Nord, dans Tacite, ne dénote pas du tout l'emploi d'un t(''moin oculaire comme source : nous y reviendrons à propos du i-(jle joué par l'ouvrage de Pline sur les guerres de Germanie -. Quant aux caractères de la narration de Tacite, la sympathie pour Germanicus, qui est très manifeste, prouve que la source lui était favorable, mais rien de plus; la faiblesse du c(jt('' technique est commune à tous les récits de guerres (|ui s(^ trouv(nit dans les Histoires et dans les Annales^^K
Pour être complet, disons encore un mot d'un certain Tuscus. \ous savons par Sénèque le Rhéteur {^Suus., II, 2-2) qu'il avait iiiil un ouvrage historique dans la première moitié du premier siècle, mais nous en ignorons le sujet. Il est bien invraisemblable, si Tuscus avait traité une partie de l'époque qui est racontée dans les Annales, que Tacite lui ait donné une place (pielconque parmi ses sources, puisque Sénèque le <[ualifie ainsi : r.Homo quam improbi animi, tam infelicis ingonii. ''
'' Paul Hofcr, Der Feldznp; des Gennnnicint un Jahre iG n. Cli.; cl. Ihiv-iuuis Jahresb., I. 89, p. i.ô6 sqq., et t. /i8, p. a6-! sq([.; fl Knok<', Din KriPir.'iziiire ilex (krrn. iiiDeutschland, Berlin, i885.
-> et", chap. m, S iv.
•'^ Nous avons déjà cité le mot de Mommsen , qui appollf Tnciic -!(> ninins niiiilairo des Iiistoricnsn {Hist. rom., ÎX, p. 5.3o).