LKS S 01] H CES DE TACITE
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Des trois sources du règne de Néron, l'une, Pline l'Ancien, a élé étudiée dans la partie de ce travail cj[ui est consacrée aux Histoires; nous avons dû y traiter aussi certaines questions relatives à Cluvius, Il nous reste donc à compléter notre étude sur celui-ci et à dire ce cpie nous savons de la troisième source, Fabius Rusticus.
1. Cluvius Rufus*^* est né, au plus tard, dans les premières années après Jésus-Christ, puisqu'il a été consul sous (îaligula, mort en /ii '-l 11 eut pour collègue, dans cette magistrature, P. Clodius'^', mais nous n'en connaissons pas la date. Josèphe lui donne le titre de consulaire à la mort de Caligula; il était parmi les sénateurs présents au théâtre le jour du meurtre de cet empereur, et il fut favorable à ce meurtre, s'il n'en fut pas le complice. Quand Néron chanta pour la première fois en public, à Rome, le consulaire (îluvius Rufus lui servit de héraut et annonça cju'il allait chanter Niobé'^l Tacite (^Hist., IV, A3) lui fait rendre cet hommage par Helvidius Priscus, au début du règne de Vespasien : «A laude Cluvii Rufi orsus, qui, perinde dives et eloquentia clarus, nulli umquam sub Nerone periculuni facessisset. » Sa conduite est opposée dans ce passage à celle du délateur Eprius Marcellus. Au commencement de 6f), il était gouverneur de l'Espagne citérieure (^Hist., 1, 8) : k Hispaniae praeerat Cluvius Rufus. vir facundus et pacis artibus, belHs inexpertusr; (IV, 89) : tt Citeriorem Hispaniaui ostentans (Mu-
'■' Cf. Aipperdey, Introd., p. 27; Sclimidt , p. 7 sqq.; Clason, Tiw. n. Suel. , p. 5, p. 16 sq. , p. 38 sq. ; Mornmsen, Hermès, t. 'i , p. 3i8 sqq.; Beliezza, p. 3o8 sqq.; i" partie de notre ouvrage, chap. m, S i, n° 3; Teufl'ei-Schwabe , n»3i4.
'2' Josèphe, Anliq., XIX, 1, i3.
'3) Corp. Imcr. Lat., X, 836.
**' li s'agit tiien d'un spectacle donné à Rome. Les indirntioiis de Siiélone sont très précises; cf. les premières lignes de Néron, ar. D'après Dion. LXIIl, l'i, c'est pendanl le voyage de Néron en Grèce que C>luvius remplit cet emploi. Les deux versions ne sont pas incompafihies.
lllsr(»i;ii:\S WTKIIIHI lis \ TACITK. Ml
ririi à Anl()iiiii> l^riiniis) disccssii (iluvii liiili \acii;inp7 '". A|)irs la mort de Galba, il se déclara d'abord pour Otlion; mais aussitôt après il passa à Viteliius, non par préférence, n)ais par crainte et nécessité (I, '76). Il eut à réprniier la tentative du procurateur othonien d'Afrique, Aibinus, sur l'Espagne (II, 58). Il abandonna sa province pour venir rejoindre à Lyon Viteliius, (Ml route vers Rome, et il dut alors se défendre contre un atîrancbi de l'empereur, Hilarius, qui l'avait dénoncé comme avant songé à faire de l'Espagne, pour lui-même, un Etat indépi'ndanl. Il eut gain de cause : r^Cluvius comitatui principis adjectus, non adempta Hispania, quam rexit absens75 (II, 65). A Rome, il assista comme témoin, avec Silius Italiens, aux négociations secrètes entre Viteliius et Flavius Sabinus, frère de Vespasien (III, 65). En 70, Mucien offre sa succession à Antoiiius Primus, qu'il veut éloigner de Rome : wCiteriorem Hispaniam ostentans discessu Cluvii Rufi vacuam?' (IV, 89). Nous ignorons la date de sa mort. Nipperdey pense qu'il est mort au commencement de 70 et remplace, dans le texte ([ue nous venons de citer, « discessu w par ^^ decessu». Cette correction est inutile '-'. Sans elle le texte de Tacite s'explique fort naturellement : Viteliius a laissé à Cluvius le titre de gouverneur d'Espagne, mais Chivius ne gouverne pas effectivement la province, elle est en ri'-alité sans gouverneur, wvacuar. Mucien veut à tout prix se débarrasser d'Antonius : il l'enverra prendre possession de cette province, qui ne peut pas rester indéfiniment sans autre chef ipi'un gouverneur honoraire. Les gouvernements de provinces n'étant pas donnés à perpétuité, Mucien peut disposer de l'Espagne, du vivant même de Cluvius, sans léser en rien les droits de celui-ci ou même lui faire injure. L'éloge qu'Helvidius Priscus fait de Cluvius au sénat ne prouve pas davantage qu'il soit mort à ce moment (IV, /i3); tout au plus prouve-t-il que Cluvius n'assistait pas à cette séance, ou plutôt donnc-t-il lieu
' Cl. l'Iufarque, 0. , 3.
- Kilo csl jidoptée par Dieckm;iiin. p. i-'. Avant >ipperdey, Knat»', p. •^6. '•! FiorriliaKK. rioff -'iç)0 de sa Litl. rom., avaiorii omis la mémo opinion.
do lo supposer. Cluvius a poussé son récit historique jusqu'à la mort de Néron '^^ : il est probable ([u'il n'a pas commencé à raconter ce règne avant d'en avoir vu la fin. Dans les derniers mois de 68 aurait-il trouvé assez de temps pour composer, même en admettant (ju'il en eût préparé d'avance, au fur et ;\ mesure, les matériaux, une œuvre aussi considérable? L'annf'e ()9, si agitée, ne lui laissa guère de loisirs et surtout de tranquillité d'esprit. Pour qu'il ait pu achever son ouvrage, il faut donc (|u'il ait vécu au moins toute l'année -yo. Nous reconnaissons, avec Mommsen, qu'il ne survécut probablement pas à Vespasien '-'.
Son ouvrage histori([U(' n'est jamais cité par les grammairiens, et Quintilien, dans sa liste des grands historiens romains, ne nomme pas plus Cluvius Rufus que Pline l'Ancien : ds sont compris dans cette désignation générale : «xSunt et alii scriptores boni?) (X, i, io/i). Il est cité deux fois par Plutanpie. dans tes Questions romaines (107), sur l'origine du mot «histrio55, et dans la vie d'Othon (3)'^\ Il est cité deux fois aussi par Tacite |)our le règne de Néron (^Ann., XIII, ao, et XIV', -j ). Nous avons démontré que Cluvius n'avait pas dépassé de beaucoup, s'il l'avait dépassée, la mort de Néron, que son récit n'allait vraisemblablement pas au delà de l'année i]^ * . Oii commençait-il? Mommsen prétend qu'il avait raconté la mort de Caligula et s'explique ainsi seulement que Josèphe ait inséré dans le récit de cette mort une anecdote, insignifiante en soi. relativ(^ à Cluvius : Josèphe a eu Cluvius lui-même pour source. Si cette conclusion est fondée'-', l'ouvrage de Cluvius aura cer-
^'' Cr. 1'" partie, cliap. m, § i, 11" 3.
'•-> Consul sous Caligula, avant /ii, il devait être très âgé déjà en 70.
■''' .Nous avons expliqué (1" partie, chap. m, S i, n" 3) que cette citation ne prouvait pas du tout une consultation directe, quelle avait été empruntée à la source commune.
(« Cf. ibid.
*^"' ^lipperdey penche vers la même opinion. Clason (38 sq. j croit qu'il commençait avec le règne de Néron. — Cf. plus loin, chap. m, S ni, n" 3 à la fin.
llISTOniK.NS ANTKIUELUS \ TACITI-:. 37'J
iainfinont ('Ir mis à ((inlnljuli^tn aussitôt (|iie possible par Tacite, qui Qii fait, nous le verrons bientôt, ie plus grand cas. \ous pouvons dire, avec certitude, que Cluvius a joué un rôle important dans la composition de la partie des Annales qui est consacrée au règne de Néron.
(>luvius n'était pas un homme de guerre : ^\\v. . . pacis artibus. bellis inexpcrtus'5, dit Tacite (///si., I, 8). Mais il s'était fait une brillante réputation d'éloquence (I, 8 : « vir facundus. . . v; IV, ho : Kcloquentia clarus»). Son ouvrage historique devait donc avoir une certaine valeur littéraire : on voit pourtant ([ue Quintilien lui préférait Bassus et Nonianus, puisqu'il ne l'a pas nommé. Sa qualité de contemporain, sa situation de sénateur, la place qu'il a occupée dans l'entourage de Néron, son expérience des affaires politiques, l'ont mis en mesure d'être bien rtMTseigné. Modéré et circonspect, il a su vivre à la cour d'un Caligula et d'un Néron; il a même accepté de remplir, quand l'empereur est devenu histrion, le rôle de héraut; il a prudemment abandonné Othon pour Vitellius, dès qu'il a vu que la fidélité au premier, pour lequel il devait du reste avoir une médiocre estime, serait dangereuse. Mais il ne faudrait pas, d'après tout cela, concevoir une trop mauvaise opinion de son caractère : s'il n'avait pas l'énergie un peu raide d'un Thrasea Paetus ou d'un Helvidius Priscus, sa probité était inattaquable : il était resté étranger aux délations, il n'avait nui à personne. Ce ([ui prouve qu'il jouissait d'une grande considération, c'est la façon dont tourna l'accusation que lui intentait Hilarius, affranchi de Vitellius : f^ Auctoritas Cluvii praevaluit, ut puniri ultro libertum suum Vitellius juberet?? (II, 65); c'est surtout sa présence aux négociations secrètes entre Flavius et Vitellius , qui n'eurent que deux témoins. L'idée qu'il se faisait des devoirs de l'historien, nous savons combien elle était haute par cette déclaration (jue, d'après Pline le Jeune {Ep., IX, 19, 5), il fit un jour à Verginius Rufus : « Scis, Vergini, quae historiae fides debeatur : proinde si ([uid in historiis meis legis aliter ac velis, rogo ignoslas, •• Kcrivant l'histoire de Néron sous Galba et sous Vespa-
:m LES SOURCES UE nciTE.
si<'n"', il n'cLit pus à altérer la vérité par prudence. L'altéra-t-ii par liaine, ctrecentibus odiis??? C'est possible; mais Tacite ne se livre jamais contre lui à la moindre polémirpie.
H. Fabius Rusticus^"-' a été l'ami de Sénèque le Philosophe : «Sane Fabius inclinât ad laudes Senecae, cujus amicitia floruit 5? (Tac.,i«n., XIII, 9o). Il vivait encore en 108 ou io(), s'il est bien, comme le pense Nipperdey, le Fabius Uustirus qui est nommé à côté de Tacite et de Pline le Jeune dans le testament de Dasumius'^l Et alors il serait aussi, probablement, le Rusticus à ([ui Pline adresse la lettre 2 3 du livre IX, écrite vers la même époque. Il aurait donc été sensiblement plus jeune que Sénèque, qui mourut en 65, à l'âge d'environ soixante ans'^^. Nous n'en savons pas davantage sur sa vie.
Fabius Rusticus avait écrit son ouvrage historique sous Vespasien ou Titus '^*. En effet, une citation de ïAgricola (chap. 10) montre qu'il partageait sur la configuration de la Bretagne une erreur de Tite Live, qui fut rectifiée lors de l'expédition d'Agrico!a en Calédonie, la sixième et la septième année de son gouvernement [Agric, 3 5 et 38), c'est-à-dire en 83 et 84, puisque Agricola, consul en 77, fut envoyé en Rretagne à sa sortie de charge (^Àgrlc, f)).
Quoique Fabius ait écrit sous Vespasien ou Titus, on conçoit très bien que Tacite l'appelle r recensa; il est «recens 55 par rapport à Tite Live, que Tacite lui oppose comme ancien et qui a écrit sous Auguste.
(') Egger afFirme, p. 210, sans aucune preuve, qu'il écrivit sous Domitien et lui refuse à cause de cela toute auforit('.
<^' Cf. Nipperdey-Antlresen, Introd., p. 27 sq. ; Sclimidt, p. 6 sq. ; Clason, Tac. u. Suet., p. A sq., 17, 38 sq. , 87 sq. ; Hellezza, p. 817; Teuflel-Schwabe, n" 3 1 i , renvoi à .