‹ Les sources de Tacite dans les Histoires et les AnnalesChapitre 59 sur 75 · W CI. L, VI · texte numérisé non relu

W CI. L, VI

W Cf. Teuffel-Schwabe, n" 287, renvoi 1.

'^> Fabius ne put guère se mettre à l'œuvre qu'après la mort de Néron, et son travail de préparation ou de composition dut lui prendre plusieurs années; il est donc impossil)le que ce double travail ait été terminé au moment où les deux autres bistoricns de Néron, Pline et Cluvius, étaient eux aussi à l'œuvre: r'esl-à-dire qu'en somme les trois ouvrages furent contemporains.

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Nous inoiis vu " (|iie rouvi'ii{;v de l'ahius, coihmic celui de (Muvius, ne dépassait pas la fin de raunce G8. Il conipreuait (•(Miainemcnt tout le règne de Néron : Fabius est cité trois fois par Tacite, au chapitre 20 du livre Xlli, pour un événement de -")."), tout à fait au début du règne; au chapitre â du livre XIV et au chapitre (5 1 du livn; W , en ce dernier endroit pour un événement de 65. Remontait-il pUis haut que le règne de Néron? Nipperdey pense qu'il racontait aussi le règne 'de (îlaude -' : car il avait décrit la Bretagne (Agric, chap. 10), et l'expédition de Claude, en /j3, dans cette île négligée depuis seize ans, fournissait à l'auteur une excellente occasion de placer ce développement géographique. Mais il reconnaît que la description de la Bretagne pouvait aussi avoir été faite par Fabius à propos de la grande révolte qui éclata sous le règne de Néron, en 61 (Tac, XIV, 29). Ceci est bien plus vraisemblable ^^^. Sûrement, Fabius et Cluvius n'avaient pas raconté tous les deux le règne de Claude : Tacite ne signale leurs divergences qu'à partir de Néron; il les aurait signalées plus tôt, s'il avait pu plus tôt comparer leurs récits. Si l'un des deux avait raconté ce règne, ce n'était probablement pas Fabius, trop jeune pour avoir sur Claude autant de connaissances personnelles que Cluvius, mais très bien renseigné sur son successeur, grâce à l'amitié de Sénèque. Son récit du règne de Néron empruntait à cette amitié un intérêt tout particulier : Sénèque l'avait renseigné en détail, il lui avait appris surtout ce qui se passait dans le Palatium. D'ailleurs Fabius a pu avoir lui-même une carrière politique : à défaut de preuve certaine, il nous est permis de le supposer, quand Tacite dit que, grâce à l'amitié de Senèque, «floruit??. Mais ne fut-il pas poussé, par son affection et sa reconnaissance pour son protecteur, à la partialité? Tacite le soupçonne de trop louer Sénèque (XIII, 20) : ^Sane Fabius inclinât ad laudes Senecae. . . » A cet endroit, Fabius prétend ([ue. sans l'inter-

''j 1" partie, cliap. iv, S i, a" 1.

^^> C'est aussi Tavis de Ziegler, prog. de 188Z1, p. kl

'^' C'est l'opinion adoptée sans liésilalion par Clasou et Sclmiidt.

vciitioii (II' S('iiè(|iie, Biirriis aurait été r('vo{jué. Cluvius et Pline ne (lisonl pas ([uo sa situation ait été menacée. Fabius attribue la pensée de l'inceste, non à Agrippine, comme Cluvius et les autres, mais à Néron (XIV, 9). Cette opinion vient encore sans doute de Sénèr[ue, nommé précepteur de Néron grâce à la protection d'Agrippiné. Le détail que Tacite lui emprunte ( XV, 61) est relatif à la mort de Sénèque. Si Fabius s'est montré un peu trop favorable à Sénèque et, par suite, à Agrippine, il a dû aussi avoir une tendance à noircir Néron, qui avait d'abord éloigné de la cour, ensuite fait périr son ami; il a dû être inspiré par cette haine dont parle Tacite, «recentibus odiis?'.

La valeur littéraire de l'ouvrage de Fabius était grande, au jugement de Tacite, qui le proclame le plus éloquent des modernes, titre qu'il donne parmi les anciens à Tite Live (^Agnc. , t o). C'est à lui aussi que se rapporte, sans aucun doute, l'allusion de Ouintilien (X, 1, 10/1) : trSuperest adhuc et ornât aetatis nostrae gloriam, vir saeculorum memoria dignus, qui olim nominabitur, nunc intellegitur '*>. v II ne faut évidemment pas songer à Tacite : Vliislltution oratoire a été publiée sous le règne de Domitien '-' et Tacite ne s'est fait connaître comme historien que sous Trajan. Il ne faut pas songer non plus à Vipstanus Messalla : il n'avait publié qu'une simple relation de sa campagne contre les Vitelliens , et rien ne prouve d'ailleurs qu'il vécût encore au temps où écrivait Quintilien '^\ L'éloge convient parfaitement à Fabius, à qui Tacite décerne l'épithète d't< eloquentissimus recentium». L'expression f^ superest adhuc ?? , qui montre qu'il s'agit d'un vieillard, s'accorde aussi très bien avec son âge.

3. Nous connaissons toutes les sources dont Tacite s'est servi pour le règne de Néron : Fabius, Pline, Cluvius. Mais nous ne connaissons pas toutes celles qu'il a eues pour le règne de Tibère. Il en a eu, avons-nous dit, au moins quatre, sans parler

'* Lo reste tlu passage : rrHa])et amatores, etc.w, se rapporte, non à P'abius,

mais à Creniutius. Cf. le texte de Halm, et >iipperdey, Philol., t. 6, p. 198.

'-> Teuffel-Scliwabe , n° 3 a. t.

'^' Cf. 1" partie, cliap. iv, S 11.

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