‹ Les sources de Tacite dans les Histoires et les AnnalesChapitre 60 sur 75 · HISTORIENS ANTÉRIEURS À TACITE · texte numérisé non relu

HISTORIENS ANTÉRIEURS À TACITE

(les soufres partielles'". Servilius Nonianus et Aiilidius Hassiis ('(aient sûrement de ce nombre et tenaient les deux j)remières |»laces. L'emploi de Sénè(pie le Illiéteur esl aussi 1res vraiseml)lal)le. Adiis avons deux aulres noms : celui de (îlaude el celui de \ellenis l'alercidus: mais \\ ti'esl eiière possible de soiijm'i' jij a I un m à I auli'e. Tuscus lut liisloi-ieii, mais nous ne savons pas au jusle de quelle époque; (juant à Gaetulicus. nous avons (ont lieu de douter qu'il ait ét(; bistorien. Il faut donc nous rési- ;;ner à ne connaître que trois sources de Tacite pour le règne de Tibère, et ne pas trop regretter d'ignorer le nom des autres. })uis(pie les plus importantes sont parmi celles cpie nous connaissons.

Vulidius Bassus avait raconté les règnes de Tibèr(^ et de (îalifjula. en entier, avec la plus grande partie du règne de Claude, el le récit de Pbne l'Ancien commençait exactement là où linissaii celui de Bassus. L'ouvrage de Servilius Nonianus allait à peu près aussi loin que celui de Bassus, peut-être jusqu'à l'avènement de Néron. Cluvius avait peut-être raconté la mort de Caligula, il n'avait sûrement pas fait commencer son récit plus tard qu'à l'avènement de Néron. Fabius avait composé lui aussi bistoire complète de Néron. Les sources que Tacite avait hoisies pour le règne de Tibère le conduisaient donc jusqu'à elles dont il a fait usage pour le règne de Néron; et nous Tavons pas à rechercher un troisième groupe de s(»urces pour es règnes de Caligula et de Claude.

' Dé même, dans ce que nous disons des sources du règne de Ncion, non» \isoiis abstraction des sources partielles.

une

38Zi LKS SOIIUCKS l)K TACITE.

CHAPITKE JII.

<:lasseme>t des sources de tacite.

Les sources premières n'ont joué dans la composition des Annales qu'un rôle tout à fait accessoire : elles ont servi de loin en loin à contrôler ou à compléter les données fournies par les sources dérivées. Parmi celles-ci, qui ont été au nomore de trois pour le règne de Néron, en plus grand nombre pour le règne de Tibère, il faut distinguer des sources principales et des sources secondaires. Ce serait, en effet, une erreur de croire que Tacite a accordé la même importance à toutes ses sources, qu'il a opéré une fusion totale de leurs matériaux, que de plusieurs récits fondus ensemble il a fait un récit nouveau et bien indépendant, sinon en tant qu'éléments, au moins en tant que combinaison. Dans chacun des deux groupes, il y a eu une source principale, dont le récit a été la base du récit de Tacite. Les sources secondaires ne sont intervenues que de temps en temps, quand l'auteur a jugé qu'il valait la peine de contrôler ou de compléter la source principale; en un mot, dans les Annales, Tacite a suivi la même méthode que dans la partie conservée des Histoires, avec cette différence qu'il a eu dans les Annales une abondance beaucoup plus grande de sources secondaires.

1. Les citations de Tacite feraient croire, il est vrai, au premier abord, que, selon l'opinion traditionnelle, il a travaillé sur des matériaux considérables, les a combinés lui-même et n'a pas trouvé dans une source principale la masse déjà toute prête de son récit '^'. Mais l'étude des Histoires nous a mis en garde

'* Clason, Tac. u. Suel.. p. 3() sqq. , prétend au contraire démontrer par IVtnde des citations l'existence d'une source principale (pour les i -j premiers

(:i.\SSI'MI-\T DKS SOUHCKS \)E TACITl'. :58:)

(M)iilr(' celte illusion : elle nous ;i prouv(' (ju'il no faut pas s'adresser d'abord et eu toute confiance aux citations de Tacite, si l'on veut être renseigné sur sa méthode, puisque toutes ses citations ne sont pas des traces de recherches personnelles. Pourquoi admettrions-nous que Tacite, quia, dans les Histoires, mentionné d'après sa source des divergences ou des témoignages, comme s'il les avait constatés ou recueillis lui-même, s'est conduit autrement dans les Annales? La défiance est encore ici légitime : aucune citation ne doit être considérée comme directe, si elle ne paraît évidemment telle. En nous en tenant à cette règle, nous ne trouvons rien dans les citations des Annales qui soit incompatible avec l'hypothèse de la source principale. Les unes ne prouvent pas que Tacite ait fait lui-même les recherches dont il produit les résultats, les autres prouvent simplement qu'il a consulté plusieurs sources sur un point particulier. Quand il dit (I, i3), à propos de trois personnages qui avaient été désignés ])ar Auguste comme capables d'être empereurs ou comme ambitionnant cette haute situation : -De prioribus consentitur, pro Arruntio quidam Cn. Pisonem Iradidcrc. . . ^7, constate-t-il l'accord de ses sources sur les autres noms, leur désaccord sur le dernier, ou bien reproduit-il une mention d'accord et de divergence qu'il trouve dans sa source principale? On ne sait. Quand il déclare (IV, 10), à propos de la mort de Drusus : rAn tradenda morte Drusi, quae plurimis maximaeque fidei auctovihm memorata sunt, rettuli?'', il est manifeste qu'il a consulté plusieurs récits, mais cette citation et d'autres semblables ne nous ôtent nullement le droit d'affirmer que Tacite a composé l'ensemble de son récit d'après une seule source, puisque nous avons d'excellentes raisons de le croire.

2. Ces raisons nous ne les déduirons pas. ici comme dans les Histoires, de comparaisons détaillées entre le récit de Tacite et d'autres récits parallèles. Sans parler de Velleius. qui ne peut

livres). Il n'y a rien de solide dans son argumentation. — Sans autre argument que ces citations de Tacite, Ziegler, prog. de i88'i , dierrlie inversement à montrer qu'il a londu ensemble plusieurs récits.

38G LKS SOLIICES DK TVCITK.

t^vitleninirnl nous (lonner aucune indication sur la méthode de Tacite, la comparaison est |jossiJ)l(!, et a souvent été faite, avec Suétone et Dion. Tacite et Suétone "^ sont indépendants l'un de l'autre. Le biographe a beaucoup de choses cpie n'a point l'historien et, c[uoique, en général, tout l'avantage soit pour Tacite au point de vue de l'exactitude, il arrive cjue Suétone, dans des passages correspondants, d'ailleurs assez semblables, ou bien est en désaccord avec lui pour un fait précis, ou bien lui est supérieur : donc il n'a pas eu Tacite parmi ses sources. D'autre part, il serait impossible d'admettre c[ue l'historien , ayant à sa disposition, pour toute répoc[ue de?, Annales, d'excellents ouvrages historicjues, se fût adressé à un biographe, même si un argument chronologique ne tranchait pas la question : les Vies des Césars n'ont paru f[ue vers 120, les premiers livres des Annales furent composés et publiés entre 1 1 5 et 117 ^'-^ Mais les différences sont telles entre les deux récits, qu'il n'y a certainement pas eu communauté de source prnicqiale; ce qui ne veut pas dire

C' Lelimann, Claudius, p. /17 sqq., croit que Tacite s'est servi de Suétone. \ous montrons dans le texte l'invraisemblance de cette opinion. — Pour Sievers , Sludien zur Geschiclite der romischen Kaiser, p. /ig, Cornélius, p. 5 sqq., Suétone s'est servi de Tacite. — D'après Reichau, p. 38, Suétone a eu pour source surtout les Acta diurna, et Tacite les Acta nenntns. ^ous avons répondu d'avance à cette conclusion dans notre chapitre sur Tacite et les sources premières. — Weidemann, prog. de 1868, p. 92 sqq., est d'avis que, pour le règne de Tibère, les deux auteurs n'ont pas eu les mêmes sources. — Clason, Tac. u. Suet., p. 5i sqq., adhère à cette opinion, sans adopter tous les arguments de Weidemann : d'après lui, beaucoup de différences proviennent de l'inexactitude de Suétone ou de ses préoccupations de biographe. Pour le règne de Tibère, la source principale de Suétone est Servilius, celle de Tacite, Aufidius (p. 76). Il en est de même pour le règne de Claude (p. 5o sq.). Pour le règne de -\éron, l'une des trois sources de Tacite, Fal)ius plutôt que les deux autres, a été la source principale de Suétone (p. 20 sqq.). — D'après L. von Ranke, p. 336, Binder, p. 71, Thamm, p. 33 sqq., Suétone et Tacite ont eu, pour Tibère, une source commune. Mais Thamm ajoute qu'après la publication des Annales, Suétone a retouché son Tibère, déjà composé. — Ziegler, prog. de i885, p. 19 sqq., pense que Suétone et Tacite ont eu une source commune pour Claude, Cluvius sans doute. — H. Schiller, p. 33 sq., est du même avis en ce (pii concerne Néron. — Cotte bibliographie, incoiriplète assurénioiit , snllit ;'i donner une idée de la diversité des opinions émises.

'- CI', i" partie, cluip. 1 . ^ 1 . n" •> . ol cliap. 11, S 1. n" 2.

Cl. VSSHME.NT DES SOURCES DE TACITE. ;}87

pourlaiiL (|ii(.' ies deux (écrivains ne doivent l'ien au.\ mêmes sources' .

Entre Dion et Tacite '■'^\ la comparaison n'est guère possible que pour le règne de Tibère. Le règne de Caliguia manque entièrement dans les Annales avec les premières années de Claude, jusqu'en lij.A partir du chapitre 28 du livre LX, qui est consacré au règne de Claude, c'est-à-dire à partir de /ly, l'ouvrage de Dion ne nous est parvenu qu'à l'état de fragments '^'. Encore convient-il de remarquer qu'il y a une lacune considérable dans le cinquième livre de Tacite et cpie Dion, en général, omet ou résume très brièvement l'histoire des affaires extérieures, des expéditions militaires surtout ^^l Même dans les autres parties, son récit est beaucoup moins développé que celui de Tacite : il raconte en deux livres le règne de Tibère, qui en occupe six dans Tacite. En dehors des suppressions dont nous venons de parler,

" ,\insi. il me parait dillicile que ies citations identiques (Tacite, VI, 6, et Suétone, TiL. t)-]) du début d'une lettre de Tibère ne dérivent pas de ia même source.

t^' Knabe, p. ^lo, tient pour ia complète dépendance de Dion par rapport à Tacite, pour les livres LVII-LX (règnes de Tibère, de Caliguia et de Claude). Cornélius, p. 9 sqq. , adopte cette opinion pour toute l'époque racontée dans les Annales. — Eglii FeJdziige in Arménien (cité par Sickel, p. 5), affirme la même chose pour la guerre contre les Parthes sous le règne de Néron (LXII, 19 à 28). — Weidemann, prog. de 1868, trouve les différences trop grandes pour admettre la communauté de source entre Tacite et Dion. — D'après Haupt, Philologus, t. Uh, p. 182 sqq.. Tacite et Dion ont eu, pour Tibère, une source commune, mais non pas la même source principale. — Pour ce même règne, Reicliau, 38, admet l'indépendance de Dion et explique sa parenté avec Tacite par l'usage commun de Pline pour les guerres de Germanie et des Acia senatus pour le reste. .Sans parler des autres diiîicultés, cette opinion est réfutée par une déclaration de Dion lui-même (LUI, 19). — D'après H. Schiller, p. 99 sqq., il y a communauté de source pour Tibère et pour Xéron. — D'après Sickel, p. 87, Thamm,p. lo sqq., et 28, et Froitzheim, pour Tibère il y a communauté de source (Aufîdius Bassus). — C'est aussi l'opinion de Horstmann. — Pour Néron, Christensen pense que ni Suétone ni Tacite ne sont parmi les sources de Dion (p. 20 et 29), et que Dion a souvent avec Suétone une source commune qui n'est pas employée par Tacite (p. 78). — Pour Claude et Néron, Sickel (p. ii) pense que Dion a en pour source principale Pline, qui a été la source secondaire de Tacite.

'^> Même pour le règne de Tibère, Dion n'est pas complet : il ne dit rien des événements de aO et 27 (Tacite, ]\. fifi-Ffj).

' ri". Hoi'stmann . 1 o.

;{88 ij:s sourcks de tacite.

la (UdV'icncc d'élondue est particulièiemont frappante dans ies complos rendus des séances du sénat. Elle tient aussi à ce que Dion se renferme volontiers dans les généralités, donnant moins de relief que Tacite aux actions individuelles et produisant moins de faits précis. Parfois, au contraire, il se complaît à exposer longuement des choses insignifiantes, prodiges ou anecdotes (i'.

Dans ces conditions, les ressemblances entre les deux auteurs sont encore nombreuses et importantes; elles vont parfois jusque dans le détail et l'expression^-'. Elles ne peuvent s'expliquer que par l'usage d'une source principale commune ou par la dépendance de Dion. La plupart des philologues qui se sont occupés en dernier lieu de la question adoptent la première hypothèse, en faveur de laquelle ils font valoir, dans des passages correspondants semblables, une foule de traits particuhers à Dion, qui font corps avec le récit et n'ont pas du tout l'air d'être des intercalations. Cependant leurs conclusions sont loin d'être certaines. On peut leur opposer, entre autres arguments favorables à la seconde hypothèse, une prédiction faite par Tibère à Galba, qui se trouve dans Tacite (VI, '^o) : «Et tu. Galba, quandoque degustabis imperium??, et que Dion rapporte (LVII, 19), non pas, il est vrai, dans les juémes circonstances, mais en termes identicpies : Kaî crû tsqtz tyIs vyefjiovias yeva-rj^^K Ou la formule par laquelle Tacite introduit cette prédiction : «Non omiserim praesagium Tiberii de Servio Galba tum consule » , indique qu'il ne l'a pas empruntée à sa source ordinaire, que c'est une intercalation; alors, dira-t-on ([ue, dans le récit de Dion, c'est aussi une intercalation? La coïncidence serait merveilleuse. Ou bien il faut voir dans la formule de Tacit(\ non la trace d'une intercalation, mais l'excuse d'un auteur c[ui n'a pas l'habitude de mentionne)' les prodiges et les pr('sages; et l'anecdote provient

t'"' Cf. sur tous ces points li' liiivail de llmslinaiiii. W Cf. les parallèles établis par Kn.il/lioim , Tlianini, Sickel, e(r. '•'' D'après Suplono {G.. ^1) la pn'fliclioii aurait ètè iaitf par Aiifriistc : KolÎ ai, T)7< "'pX''» i'i(Mvv ^tpffip'y^iT. (^'<^st sans (IomIo lUH' iii(''|(risr.

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