MJO LES SOURCES DE TACITE
son premier grand ouvrage nous en a convaincus, devait la préférer aussi. Et nous allons démontrer qu'il l'a préférée.
à. Nous avons trouvé dans Tacite [HisL, I, i3), dans Suétone (^Ollion, 3) et dans Plutarque i^Galha, i()), trois récits des relations d'Othon avec Néron, les deux premiers très sommaires, le troisième beaucoup plus riche en détails, mais identique au fond avec les deux autres. Ces trois récits dérivent de la source principale commune, ils représentent la version de Pline l'Ancien. La voici en quelques mots. Néron aimait Poppée, mariée alors à Crispinus. N'osant encore, par égard pour sa femme Octavie et par crainte de sa mère Agrippine, l'installer au Palatium, il chargea son ami Othon de la suborner, de la détacher de son mari et de l'épouser. Mais le partage déplut à Othon, qui s'était mis lui aussi à aimer Poppée; et Poppée n'était pas fâchée, paraît-il, de le voir jaloux. Un jour qu'Othon était absent, elle refusa de recevoir Néron : était-ce habileté de femme qui veut se rendre plus désirable, ou bien lui répugnait-il d'épouser Néron, quoique par coquetterie elle fût heureuse de l'avoir pour amant? Othon, dans cette rivalité, courut danger de mort. Grâce à l'intervention de Sénèque, Néron se contenta pourtant de l'exiler loin de Poppée, dans le gouvernement de la Lusitanie. Suétone ne raconte pas comme Plutarque l'incident de l'exclusion, et la divergence provient sans doute, avons-nous dit, d'une méprise de Plutarque. Suétone dit qu'Othon, jaloux de Néron, non seulement refusa de lui envoyer Poppée un jour qu'il la demandait, mais le laissa lui-même à la porte malgré ses menaces et ses prières.
La façon dont Tacite raconte les mêmes faits dans les Annales est toute différente (XIII, h'b et /i6). Poppée était mariée au chevalier romain Crispinus. Elle se laissa séduire par Othon, jeune, riche, et qu'elle savait être très avant dans les bonnes grâces de l'empereur. Le mariage succéda bientôt à l'adultère. Comme on le voit, ce n'est pas pour le compte de Néron qu'Othon épouse Poppée, c'est pour le sien; et ce n'est pas Néron qui songe le premier a rjpvpnir l'amant Hp Popprr, rVsf Poppée qui espère.
CLASSEMENT DES SOlIWiES DE T\C1TE. :V.)\
Ijràce aux relations de son mari avec renipereur, devenir la niaitresse de Néron. Othon, soit imprudence d'amoureux, soit pour enflammer les désirs de Néron et augmenter encore son crédit en l'admettant au partage de sa femme, vante chez l'empereur les qualités de Poppée. Mis en goût par ces éloges, Néron la fait venir; elle feint d'éprouver pour lui une violente passion; puis, quand elle le sent bien épris, elle redevient fière, elle parle de ses devoirs de femme mariée, de son attachement pour Othon, bien supérieur par les sentiments et le genre de vie à Néron, qui s'est avili dans les amours de l'affranchie Acte. La comédie réussit à souhait. Othon perd d'abord les bonnes grâces de l'empereur, puis il est envoyé comme gouverneur en Lusitanie.
Tacite avait suivi la version de Pline dans les Histoires, il en a suivi une autre dans les Annales. De là nous tirerons tout à l'heure la conclusion que Pline n'est pas la source principale de Tacite pour le règne de Néron; ce que nous en concluons ici, c'est que Tacite a eu une source principale pour le règne de Néron. Nous savons en effet qu'il a eu trois sources pour ce règne : Pline, Fabius et Gluvius. S'il les avait placées toutes trois sur la même ligne, si son récit était la fusion de leurs trois récits, la version de Pline serait mentionnée. Puisqu'il l'a tout à fait négligée, les trois sources n'ont pas joué un rôle d'égale importance : l'une a servi de base, les deux autres n'ont été mises à contribution que subsidiairement. Qu'on n'essaye pas d'expliquer la conduite de Tacite en disant que peut-être Pline avait signalé les deux versions et que notre auteur, trouvant ses deux autres sources d'accord sur la dernière, l'a adoptée et a considéré la première comme fausse et négligeable. Pline n'avait certainement donné qu'une version, la première : car ni dans les Histoires, ni dans Suétone, ni dans Plutarque, qui est pourtant très détaillé, il n'y a trace de version divergente. De cette comparaison si instructive entre les Annales et les Histoires il faut tirer encore une conséquence à laquelle nous reviendrons bientôt. T<icite avait promis (Mil. -'.o) dr iiojcr les diMM-geiH'i's (|ii il Irouvi'-