‹ Les sources de Tacite dans les Histoires et les AnnalesChapitre 63 sur 75 · VJ'2 LES SOURCES DE TACITE · texte numérisé non relu

VJ'2 LES SOURCES DE TACITE

rail entre ses trois sources et de les nommer là où elies ne seraient pas d'accord. II n'a pas toujours tenu sa promesse : c'est qu'entraîné par la source principale, il a souvent perdu de vue les autres.

Voilà donc l'existence d'une source principale démontrée pour le règne de Néron. Si Tacite, sans y être obligé; a suivi cette méthode dans les derniers livres des Annales, après l'avoir déjà suivie dans les Histoires, il est évident qu'il l'a suivie aussi dans l(^s premiers livres; si, à la fm comme au début de sa carrière d'historien, il s'est conformé à l'usage, il n'y a pas dérogé au milieu. Parmi ses sources pour le règne de Tibère, il en est une également qui lui a fourni la grande masse de son récit.

1 . Quelle est cette source ? Il faut la chercher parmi les devanciers de Tacite qui nous sont connus et ne pas songer à quelque annaliste dont le nom aurait péri avec son ouvrage. Tacite s'est naturellement adressé à celui qu'il jugeait le meilleur; or les meilleurs historiens de Tibère avant lui. nous le savons par deux témoignages dont l'un est sans doute celui de Tacite lui-même, par Quintilien et par le Dialogue des Orateurs, c'étaient Aulidius Bassus et Servilius Nonianus. Sénèquele Rhéteur, tout estimable fju'il a pu être, ne saurait entrer en ligne de compte. On doit aflirmer sans hésitation que la source principale fut Aufidius Bassus ou Servihus Nonianus; il est beaucoup plus chfficile de se lécider entre les deux'^l

Ni l'un ni l'autre n'est cité comme source par Tacite : il ne nomme, dans toute cette partie des Annales, que deux auteurs, Pline et Agrippine, qui n'ont pu être que sources secondaires. 11 est vrai qu'il parle de Servilius Nonianus et de sa renommée

^'' Avec plus ou moins d'hésitation, c'est Aufidius Bassus que désignent tous les philologues qui admettent l'existence d'une source principale : Clason, Tac. u. Suct., 58 sq,, 7.3 sqq. ; Fioitzheim , 38; Thamm, 3;j; Sickel, 87; Horslniann, 07.

CLASSEMENT DES SULlUiES DE TACITE. ;5y3

(rhlstorien'", mais sans intli(|Ut'r d'un seul mut (|u'il s'en est servi, et d'une façon tout accidentelle, à propos de sa mort, qui est mentionnée comme celle de tous les personnages illustres. Aufidius Bassus est mort lui aussi sous le règne de Néron. Pourquoi Tacite ne lui a-t-il pas fait l'honneur d'une notice nécrologique? Sans doute parce que ses sources pour le règne de Néron s'étaient abstenues de mentionner cette mort : Aufidius Bassus n'était qu'un écrivain, Serviiius Nonianus était de plus l'un des personnages émincnts delà société romaine, «princeps civitatis^?, comme dit Pline l'Ancien.

De cette différence il n'y a donc pas lieu de conclure en sa faveur dans la détermination de la source principale. Ils se recommandaient tous les deux également au choix de Tacite par leur (jualité de contemporains, et la célébrité de leur œuvre historique était sensiblement la même. Enfin leurs récits finissaient à ])eu près au même point.

Nous avons déjà remarqué, en étudiant le rôle des sources premières dans la composition des Annales'^'~\ que les comptes rendus des séances du sénat, par l'étendue et par la précision du détail, dénotent un auteur qui non seulement a travaillé d'après les procès-verbaux olliciels, mais encore a été témoin oculaire, c'est-à-dire sénateur, ou tout au moins a été renseigné par des témoins oculaires. Certains traits, comme ceux que nous avons signalés alors, se conçoivent beaucoup mieux, il faut le dire, si l'auteur du récit original a été sénateur, que s'il a été simplement confident d'un sénateur. Or Serviiius Nonianus remplit la première condition : il a eu un cursus lionorum sénatorial. Aufidius Bassus la remplit-il? La faiblesse de sa santé, qui l'empêcha d'avoir une carrière militaire, n'était pas un obstacle absolu pour la carrière politique •'*'. Pourtant, dans l'incertitude où nous sommes sur ce point, nous pourrions être tentés d'incliner vers Serviiius. Le fait qu'il a été consul sous Tibère ne saurait être invoqué contre lui : Tacite, qui avait été préteur sous Domitien,

39/» l.KS SOURCES Db] TACITK.

(levait èlrc bien convaincu qn'iine telle faveur n'avall pas alti'îré l'impartialité de l'historien.

2. xMais voici quelques considérations qui font, à notre avis, pencher la balance du côté d'Aufidius Bassus. Quintilien, quoiqu'il lui reproche des défaillances, le préfère en somme ùServilius Nonianus, lui reconnaît un mérite qui manque à son rival et qui dut faire impression sur Tacite : aQuam (historiae auctoritatem) . . .Bassus Aufidius egregie . . .praestititw, tandis que Servilius est fc minus pressus quam historiae auctoritas postulat "^5, Sans doute l'auteur du Dialogue n l'air de les considérer comme tout à fait égaux'-'; mais si cet auteur est bien Tacite, c'est Tacite jeune homme; et la différence f[ue signale Quintilien est de celles qui frappent surtout les hommes mûrs : Tacite ne put manquer de l'apercevoir à l'époque où il composa les Annales. Bassus avait plus de ressemblance avec Tacite que Nonianus : n'est-il pas naturel de penser qu'entre deux historiens de grande valeur il choisit celui chez lequel il trouvait plus de cette gravité que Pline le Jeune admirait déjà dans son éloquence'^' et que nous admirons dans son œuvre historique? D'un autre côté, le développement donné par Tacite au récit des campagnes de Germanicus nous a porté à conjecturer, avec assez de vraisemblance, croyons-nous, que Tacite s'était servi de l'ouvrage spécial d'Aufidius sur les guerres de Germanie'^'. Si l'ouvrage spécial de Bassus a été la source principale d'une partie déterminée des Annales, il est bien probable que son grand ouvrage a été la source principale des Annales, en général, pour toute l'époque qu'il embrassait. Enfin , il convient de signaler, sans y attacher trop d'importance, ce fait que Cassiodore a pris pour source, là où Tite Live lui a manqué, non pas Servilius, mais Aufidius'^' : n'est-ce pas jusqu'à un certain point l'indice que le jugement de

(') X, 1, loo. sq.

(••" Chap. 3 3.

'^' Ep., II, 11, 17 : f . . . Tacilus ploquentissime el, (juod exiinium orationi «•jus inest , aE[j.vùs. ■■>

■'' Cf. chap. II, !^ II. Il" I .

''^ Cr. Momnisoii, \hha,ull. ,1. srHn. CeseU.. otr. , p. Yc^y

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