Mais ils ne purent conduire les choses comme
'') Gorstenccker, a h sq. , nionlre qu'il ressort du récit de Tacite étudié de près qu'Othon n'était pas sur la rive gauche du Pô avant le conseil de guerre. Sans doute ; mais Plutarque était-il capable d'une analyse aussi subtile ? — D'ailleurs Gerstenecker a raison sur ce point (cl'. Lozius, 90 sq.) contre Momniscn, Hermès, li,3io.
(-^ Cf. Kuntze, 8 sq.
TACITR ET PLUTAIÎQUE. 51
ils rauraiunl voulu, à cause de l'indiscipline et de l'insolence (les soldats, qui ne croyaient devoir obéissance à personne autre uue l'empereur, l'empereur qui tenait d'eux-mêmes son autorité. — Il n'y a pas dans Tacite de passage qui corresponde exactement à celui-ci. Mais il parle (87) du tort que faisait à l'autorité de Celsus, de Paulinus et de Gallus la prépondérance du préfet Licinius Proculus, et (II, 28) de l'esprit de sédition et de délation qui régnait dans l'armée d'Othon contre ces mêmes généraux.
0.;, 5, a/i-SS. Les troupes ennemies avaient les mêmes vices et pour le même motif. Mais, du moins, elles avaient l'expérience de la guerre et l'habitude des fatigues, tandis que la vie de Rome, oisiveté, théâtres, fêtes, avait amolli les autres. Insolents et vaniteux, ils se refusaient aux charges du service et couvraient leur incapacité d'un prétexte de dignité. — Ce parallèle des deux armées ne se trouve pas dans Tacite; mais Plutarque a pu aisément le tirer de son propre fonds ^^K Tacite raconte (11,2 7-8 0) la conduite séditieuse des soldats de Valens, l'un des deux généraux de Vitellius.
0., 5, 33 à la fin. Spurinna, ayant voulu contraindre ces soldats indisciplinés, fut sur le point d'être égorgé par eux. Ils l'accablèrent d'outrages et d'injures, l'accusant de trahir les intérêts de César. Quelques-uns même, en état d'ivresse, se présentèrent de nuit à sa tente et réclamèrent un congé pour aller l'accuser auprès d'Othon. — Tacite raconte celte sédition des soldats de Spurinna à sa place (I, 18) et en explique les motifs avec beaucoup plus de précision. Mais il ne dit rien de la démarche faite la nuit par les soldats ivres et menaçant d'aller dénoncer leur chef à l'empereur. Il paraît difficile de mettre tout cela sur le compte de Plutarque. Il y a plutôt communauté de source, et le récit grec, moins satisfaisant dans l'ensemble, complète sur ce point le récit latin '-'.
'-''> Cf. Lezius, 101 sq.
'-) Gerstenecker, 16, refuse toute autorité à ce passage de Plutarque, surtout parce qu'à cette époque Olhon n'était pas encore arrivé sur le théâtre do la guerre. (IVst vrai, répond Lezius, io3 , note, mais il était en route et approchait. D'ailleurs
0., (), 1-17. Ce qui améliora la situation ot fut utile à Spurinna, ce furent des injures adressées sous les murs de Plaisance à ses soldats assiégés par les Vitelliens assiégeants. Ceux-ci les traitaient d'histrions et de danseurs, de spectateurs des jeux Pylbiques et Olympiques, ignorants des choses de la guerre, fiers d'avoir tranché la tête d'un vieillard désarmé, Galba, mais qui n'oseraient lutter face à face avec des honuiies. Les Otlioniens furent tellement sensibles à ces injures qu'ils supplièrent Spurinna de commander, l'assurant qu'ils ne refuseraient travail ni péril quelconque. Malgré la violence de l'assaut et le grand nombre des machines de siège, ceux de Spurinna repoussèrent l'ennemi, qui subit des pertes graves, et sauvèrent une ville célèbre qui comptait parmi les plus florissantes de l'Italie. — Tacite (II, 21-22) fait du siège de Plaisance un récit beaucoup plus complet et plus exact. Le siège dura deux jours. C'est dans l'intervalle des deux attaques, au milieu de leurs préparatifs pour la journée décisive, qu'assiégeants et assiégés s'excitent, les uns dans leur camp, les autres dans la ville, en lançant des injures contre leurs adversaires. Les injures des Vitelliens ne sont donc pas entendues des Othoniens, bien loin qu'elles aient sur eux l'efî'et considérable dont parle Plutarque. La véritable cause du revirement qui s'est produit chez les Othoniens en faveur de Spurinna, Tacite nous l'a fait connaître aux chapitres 1 8 et 1 9 : ayant commis au moment de la révolte un acte de folle témérité qui aurait pu leur coûter cher, ils ont compris qu'il est bon d'obéir à un chef expérimenté. A côté de cette version, le récit de Plutarque est dramatique, mais invraisemblable. Il a mal résumé sa source, il a imaginé l'effet des insultes et la démarche des soldats auprès de Spurinna pour protester de leur courage et de leur ardeur. Voilà ce qui est très probable : il n'est pourtant pas impossible que pendant la première attaque, lorsqu'ils marchaient contre les remparts de Plaisance «aperti in-
il ne faut pas domanclor à des soldats ivres qu'ils se rendent un compte exact de la situation. Lezius conclut donc à une source secondaire. Pdil, ii, est d'avis que les deux récits se complètent et dérivent d'une source commune.
TACITE ET PLITVUQLE. 53
cantique . , . , ciho vinoquc prae^jraves ?i, les Vitellions aient lancé (les injures aux Othoniens, et que ceux-ci, exaspérés, aient demandé à Spurinna d'agir vigoureusement, de faire une sortie. En ce cas, Plutarquc compléterait Tacite'''. Mais, la première supposition étant de beaucoup préférable, je ne veux pas cbercher ici un argument en faveur de la communauté de source. Sur la violence de l'assaut et l'importance des pertes subies par les assaillants, les deux récits sont d'accord'-'.
0., 6, 17 à la fin. Les généraux d'Othon étaient pour les villes et les particuliers beaucoup moins malfaisants et fàcbeux que ceux de Vitellius. L'un de ceux-ci, Cécina, avec sa grande taille, son costume gaulois, ressemblait beaucoup plus à un barbare qu'à un Romain. Ce qui augmentait encore l'inconvenance de sa conduite, c'est que sa femme l'accompagnait, brillamment vêtue, à cheval, escortée d'une troupe de cavaliers. L'autre, Fabius Valens, était si cupide que ni les ennemis qu'il pillait, ni les alliés qu'il volait et par lesquels il se faisait faire des présents, ne purent l'assouvir. On trouvait même que c'était justement pour cette raison que sa marche avait été si lente et qu'il était arrivé après la première bataille. D'autres accusent Cécina: voulant avoir pour lui-même tout l'honneur de la victoire, il se hâta d'agir avant l'arrivée de Valens; sans parler d'autres fautes légères, il failht ruiner la fortune du parti dans une bataille qu'il livra à contretemps et où il ne se conduisit pas vaillamment. — On ne trouve pas plus dans Tacite ce parallèle des généraux que celui des troupes, dont Plutarque s'est servi comme d'une introduction au siège de Plaisance. Mais Tacite aurait pu en fournir tous les éléments. Il a déjà fait
'') Krauss, partisan de l'opinion que nous combattons dans tout ce paralièie, ajoute pourtant foi sur ce point au récit de Plutarque et pense, p. 12, que Plutarque a complété sa source principale, Tacite, au moyen d'une source secondaire.
'-' Le jufjoment sur l'importance de Plaisance est de Plutarque, Contre toute vraisoniblance Clason suppose. Plat. u. Tac, p. b-?., (|uo, par une méprise, il a atlrilmé à la ville ce que sa source. Tacite, dit, au chapitre 21, de l'amphifiiéàtre. CI'. Lozius, loC).