AVANT-PROPOS
Malgré les promesses de son titre, cet ouvrage n'est rien moins qu'un traité de législation. C'est, avant tout, un travail historique, comparatif, destiné à faire ressortir l'importance des Coutumes locales du bailliage d'Amiens, une suite nécessaire des études auxquelles s'est livré l'éditeur pour expliquer et interpréter les textes de ce précieux recueil. Ses impressions personnelles l'ont conduit à avoir, sur l'origine des communaux et des communes, sur le pouvoir seigneurial et les principes de la ruralité, une opinion tout-à-fait en désaccord avec les idées reçues. C'est pourquoi il se croit obligé de communiquer au public, seul juge compétent en cette matière, les raisons sur lesquelles il la fonde.
Le projet de code rural que le Conseil d'Etat élabore
depuis six ans, ne tardera pas à être renvoyé au Corps législatif. Le hasard, pins que la volonté de l'auteur, fait de ce livre une œuvre de circonstance.
L'histoire la moins variée par les événements, mais la plus pittoresque, la plus intéressante et la plus instructive de toutes est, sans contredit, celle des classes rustiques. On l'a trop longtemps confondue avec celle du servage dont elle diffère essenlicUemcnt. C'est pour cela qu'elle a besoin d'être étudiée sur les lieux, par des hommes qui ont passé leur vie au milieu des souvenirs que ces lieux rappellent.
Déjà les patientes investigations des historiens et des archéologues locaux, commencent à dissiper les ténèbres du moyen-âge. La liberté se détache des ombres qui l'environnaient. A mesure que le voile se soulève, on s'aperçoit, avec étonnement, que ce n'est point dans les villes, mais dans les campagnes qu'elle a pris naissance, et que, même au milieu de la confusion des siècles intermédiaires, elle a toujours conservé ses formes natives et ses allures des premiers temps.
Cette vérité ne lardera pas à se manifester. Voici pourquoi :
L'exposé général de la situation de l'Empire, inséré au Moniteur du 19 février 1865, p. 160, constate que la publication dt% Inventaires sommaires des archives départementales avance rapidement, que 18 volumes sont livrés au public, que le travail de classification est terminé dans 64 départements.
Tant mieux 1 Le Gouvernement va pouvoir donner
une direction nouvelle et plus utile aux travaux des sociétés savantes. Chaque province où des documents d'une importance pratique, actuelle, auront été mis en lumière, trouvera dans les usages de son passé, des préceptes pour elle-même et des exemples pour les pays qui voudront les imiter.
Tous les départements qui possèdent des communaux, qui élèvent du bétail, qui pratiquent l'art de dessécher les marais, de féconder le sol par des irrigations, de fixer les sables des dunes, de se défendre, par des endiguements, contre la mer et les torrents, ont un égal intérêt à la divulgation des procédés à l'aide desquels ces résultats ont été obtenus. Il ne peut y avoir qu'avantage et profit pour tous ceux dont les produits sont semblables, dont le sol est fécondé par les mêmes moyens ou exposé aux mêmes dangers, à pouvoir faire la comparaison des usages d'autre fois avec les différents modes de mise en valeur, d'exploitation et de conservation employés aujourd'hui. Ce nouveau système d'enseignement mutuel aurait certainement un résultat utile pour tous.
Les documents relatifs à des droits de propriété et à des usages intéressant les communes et les particuliers, méritent quelque chose de mieux que la simple mention des Inventaires sommaires qui en révèlent l'existence. Toute la France voudra les connaître. Un recueil, par ordre de matières, des pièces les plus importantes, serait d'un immense secours pour l'Administration qui dirige les affaires du pays, pour les Conseils-généraux qui défendent les intérêts de leurs départements. Ces derniers ne refuseront pas leur concours, quand il leur sera démontré que cette publi-
cation doit réunir les matériaux du Corpus juris rustici de l'Empire français.
Toutes les régions de la France voudront coopérer à racconiplissomcnt de cette œuvre patriotique qui, en même temps qu'elle sera la glorification de leur passé, leur offrira un guide et des précédents pour les diriger dans l'avenir, et les préparer aux bienfaits de la décentralisation administrative.