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L'Outambara est un district voisin du Bogoué

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Le succès de Texpédition dépend, en effet, des achats que je pourrai trouver à faire.

l^'^et 8 décembre. — Je n'avais pas trop présumé de mes marchands. Ils veulent me vendre la rassade la plus commune sur le pied de quatre-vingts dollars la frasilah*. C'est environ deux mille cinq cents pour cent au-dessus des prix de Zanzibar; mais ils disent à cela que la vente de l'ivoire amené sur la côte leur assure les mêmes bénéfices. Je pousserais volontiers jusqu'à cinquante dollars, mais s'ils ne veulent pas accepter ce dernier prix, je tâcherai de traiter avec Roumanika.

Eft échange d'une coiffure de perles dont je l'ai gratifié pour le dédommager d'un fusil, objet de ses convoitises, —et que mes principes bien arrêtés en cette matière ne me permettaient pas de lui offrir, — Nnanaji m'avait envoyé un bouvillon et plusieurs pots de pombé. Mes gens ont profité de l'occasion pour se griser de la manière la plus absurde. Baraka s'est même permis de battre une de nos femmes, — ivre d'ailleurs comme il l'était luimême, — ce qui a provoqué dans tout le campement un tumulte inénarrable.

De l'eiiquête ouverte à ce sujet, il résulte que cette femme, exploitant la mutuelle jalousie de de Bombay et Baraka, s'est mise avec tous deux sur le pied d'une coquetterie réglée. Ce jour-là, elle affichait hautement ses préférences pour Bombay, et Baraka, exalté par la boisson, s'était vengé comme nous venons de le dire. Je ne pus le convaincre de ses torts séance tenante, car il prétendait être dans son droit, et Bombay faisait valoir, avec un certain fonds de vérité, la supériorité de son zèle, de son dévouement, comparés à l'égoïsme de Baraka. Pour ce dernier, je n'étais qu'un téméraire libre de risquer sa vie, mais sans aucun droit sur celle des autres : pour Bombay, au contraire, un maître omniscient, sur la parole duquel on pouvait et on devait se hasarder à toutes sortes d'entreprises.

3. décembre, — Roumanika est parti ce matin pour une montagne située au-delà du petit « Windermere » , laquelle domine l'Ingézi-Lagéra, c'est-à-dire la rivière qui sépare le Kishakkadu Karagoué. J'ai manifesté le désir d'étudier à fond le système hy-

1 . La frasilah , nous le rappelons ici , représente un poids de trente-cinq à trente-six livres. Elle est considérée, en bloc, comme le tiers du quintal.

draulique des montagnes de la Lune, et mon hôte veut me montrer comment la Kitangoulé s'alimente aux dépens de plusieurs petits lacs et de vastes marécages. Parti à la pointe du jour, il a pris la route de terre, mais il m'engage à le suivre en canot, et je trouve en effet, au bord du lac, mes embarcations déjà prêtes. Elles sont si petites, qu'en sus des deux rameurs, c'est à peine si deux personnes peuvent y trouver place. Nous nous frayons passage,avec plus ou moins de peine, à travers l'épaisse forêt de roseaux qui recouvre cette partie du lac ; mais une fois en pleine eau, nous jouissons d'un spectacle magnifique. Un épais gazon recouvre la croupe des monts qui nous entourent ; çà et là des groupes d'accacias aux formes indécises et presque nuageuses. Sur un sol plus haut, et par conséquent plus éloigné, quelques beaux arbres isolés, parmi lesquels se distingue, disséminé de part et d'autre, le gigantesque aloès médicinal. Arrivés dans le second lac, au pied de la montagne que nous devons explorer (la Moga-Namirinzi), un dernier coup de rame nous lance sur la plage où nous attendent plusieurs rangées de spectateurs respectueux, à la tête desquels est Nnanaji. Je débarque avec la gravité d'un souverain, au bruit d'une musique assourdissante, et, précédé par elle, nous nous rendons auprès de Roumanika, installé, pour nous recevoir, dans son palais des frontières. Drapé dans une peau d'antilope-nzoé, il nous accueille avec son sourire habituel. Le dîner, servi à rinstant,-se compose de bananes cuites et de pombé ; au dessert, une pipe d'excellent tabac. Roumanika n'est pas insensible à l'idée de voir son nom popularisé par mes écrits; il semble pris d'un beau zèle pour la géographie, et me conduit au bord de la Kagéra, où nous retrouvons, à ma grande surprise, les canots que nous avions laissés sur le lac, de l'autre côté de la montagne. Ceci démontre d'une manière victorieuse, et par le fait même de la navigation, les rapports qui existent entre ces réservoirs des hautes terres et les diverses rivières par lesquelles s'assèchent les. différents pics des montagnes de la Lune. La Kagéra est, en elle-même, un cours d'eau profond et bien ahmenté; cependant elle est loin déjouer le principal rôle parmi ceux qui déversent dans la Kitangoulé le trop plein des vallées montagneuses ; je pus donc juger au premier coup d'oeil quel puissant tributaire possède le 'Victoria N'yanza, dans la seconde des rivières que je viens de nommer.

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Comblé de joie par toutes ces découvertes que je devais à Roumanika, je cherchais un moyen de lui faire partager mon bonheur, et je m'adressai au docteur K'yengo pour savoir de lui ce que je pourrais trouver de plus agréable à Sa Majesté, parmi tous les objets dont elle me savait propriétaire. J'appris alors que la carabine-revolver, destinée d'abord à Mtésa, était l'objet de ses désirs les plus vifs. Il me l'aurait même demandée, n'eussent été certains scrupules de délicatesse hospitalière. Je me promis aussitôt de la lui offrir, et ce fut avec cette idée que je le quittai pour aller rejoindre Grant, tandis qu'il passait la nuit auprès du tombeau de son père Dagara, s'étant décidé à lui sacrifier un bœuf dès le lendemain matin.

4 décembre. — Roumanika est rentré chez lui dans son carosse de cérémonie, lequel consiste en un grand panier couvert, fixé à deux très-longues perches et porté sur les épaules des gens de l'escorte. Je suis allé lui offrir ma carabine, avec un bon assortiment de munitions. Ce n'est pas sans une joie extrême qu'il est devenu le possesseur d'une arme si extraordinaire. Elle lui garantit, semble-t-il penser, un irrésistible ascendant sur ses ennemis en général, et en particulier sur son frère Rogéro, contre lequel sa rancune subsiste tout entière. Il a voulu m'y associer en me racontant, sous le sceau du secret, certains détails qui se rattachent d'une manière plus ou moins authentique à l'histoire moderne du Karagoué.

Il paraît qu'à la mort de Dagara, son cadavre, comme ceux de tous ses prédécesseurs, fut cousu dans une peau de vache et placé sur une barque abandonnée ensuite aux eaux du lac. Trois jours après, la décomposition éiant commencée, on alla chercher trois des vers qu'elle avait engendrés, pour les rapporter au palais, où ils furent placés sous la garde de l'héritier présomptif; mais, au lieu de rester ce qu'ils étaient, l'un d'eux fut métamorphosé en lion, l'autre en léopard, le troisième en un" bâton; après quoi le corps du roi fut porté sur la montagne Moga- Namirinzi, où le peuple, au lieu de l'enfouir, construisit une hutte au-dessus de lui. On y fit entrer de force cinq jeunes filles et cinquante vaches, puis, toutes les issues solidement barricadées, on les y laissa mourir de faim.

Vint ensuite la question de la succession à la couronne. Devant les trois prétendants, — Roumanika, Nnanjgi et Rogéro, —

les dépositaires provisoires de l'autorité royale firent apporter un petit tambour symbolique, — léger, à vrai dire, comme une plume, — mais qui, une fois chargé de talismans, devint tout à coup d*un poids trop considérable pour que personne pût le soulever de terre, sauf l'homme en qui les Esprits reconnaîtraient l'héritier légitime du roi défunt. Or, Roumanika fut le seul des trois frères à qui réussit cette épreuve décisive : — tandis que les deux aulres s'épuisaient en vains efforts, il enlevait de terre, sans la moindre peine et du bout du doigt, le tambour mystérieux.

Le docteur K'yengo, — supposant que tous ces prodiges ne suffisaient pas pour constater à nos yeux la légitimité de son souverain, — crut nécessaire de renchérir sur cette mythologie douteuse. Il me raconta que, même après Tépreuve du tambour, on avait obligé les compétiteurs à s'asseoir Fun après Tautre sur un point du territoire national, où le sol, en pareil cas,s'élevant comme un télescope qu'on ouvre, les porte graduellement jusqu'au ciel. Une fois là, celui dont les Esprits ratifient la prétention au trône redescend vers la terre par un série d'affaissements qui n'a rien de périlleux. Lorsqu'il en est autrement, la cime élastique retombe tout à coup, et le prétendant que les Esprits renient risque fort d'être écrasé dans sa chute. Roumanika, confirmant les paroles du docteur, avouait s'être tiré de cette épreuve le plus heureusement du monde. Je me permis de lui demander si, une fois parvenu dans les hautes régions atmosphériques, il n'avait pas ressenti un froid assez vif. Et comme il répondait par l'affirmative à cette question dont la bizarrerie le faisait rire, je le priai de m'expliquer les lois naturelles qu'une occasion si favorable l'avait mis à même de constater. Ceci rendit le roi et le docteur tout à fait perplexes, et le dernier, s'apercevant bien que je raillais, crut remédier à quelque bévue en revenant sur ce qu'avait- dit son prince : « Non, non, reprit-il, c'est une grande chaleur que vous avez dû éprouver, car plus vous montiez, plus vous vous rapprochiez du soleil. »

5 décembre, — Roumanika, ce matin, m'a fait remettre un jeune nzoé (vjater-bock ou tragelaphus Spekii)^ que ses bateliers avaient pris tout exprès pour moi, par ordre de leur maître, dans les grands roseaux qui encombrent la partie supérieure du lac. Je désirais particulièrement examiner cet animal, sur le

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compte duquel Mousa et les Arabes de Kazeh m*avaient fait des contes assez étranges. Je le trouvai, après examen, fort proche parent du léché^ ou antilope d'eau, signalé par Livingstone sur le lac Ngami ; seulement, au lieu d*étre zébrée, sa robe offrait quelques légères tigrures, et la longueur de sa pince* doit lui rendre à peu près impossible de courir sur la terre sèche. Sa fourrure, en revanche, parfaitement adaptée à Thumide élément où il aime à vivre, est d'une longueur et d'une solidité remarquables. Les indigènes la préfèrent, comme durée, à celle de toute autre espèce d'antilope. Le nzoé se nourrit exclusivement de ces épis ébouriffés que produisent les grands roseaux du genre papyrus; il boit et mange sans la moindre gêne, gardant habituellement une attitude assez paisible, — mais chargeant avec une sorte de férocité toute personne qui s'aventure dans son voisinage trop immédiat.

Dans la soirée, Roumanika nous pria, Grant et moi, d'assister à son c lever de la nouvelle lune ; » c'est une cérémonie qui se renouvelle chaque mois, et dont l'objet parait être de constater combien, parmi les sujets du roi, lui gardent une irréprochable loyauté. A notre arrivée dans l'enclos du palais, nous vîmes tout d'abord une corne d'antilope bleue {bUwe-bock) garnie par K'yengo de poudre magique et piquée dans le sol, la gueule tournée du côté des domaines de Rogéro. Dans la seconde cour nous trouvâmes trente- cinq tambours rangés sur le sol, et derrière chacun desquels se tenait un homme armé de deux baguettes. Nous étions attendus par un groupe de jeunes princes et de grands dignitaires tout prêts à nous accompagner dans le troisième enclos, où Roumanika était accroupi par terre sur le seuil de sa principale hutte, nous laissant entrevoir, à demi cachée par le portail, sa physionomie toujours souriante. Il avait sur la tête une tiare de verroteries, du centre de laquelle, juste audessus du front, s'élevait un panache de plumes rouges. Deux mentonnières, également en verroteries, descendant de ses tempes, allaient s'enrouler autour de son cou, de manière à former une espèce de cravate. On nous fit signe de nous asseoir à terre près de Nnanaji, qui remplissait les fonctions de maître des cérémonies, et du groupe de grands officiers qui se tenait à l'inté-

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