Toile bleue d'origioe iadienne
d'importance > pour s'être mêlé de ce qni ne le regardait pas. > L'iDsubordinalioD est trop patente, trop audacieuse pour qu'on puisse la tolérer. Un des bergers, garrotté au préalable, comparait devant mon tribunal. Ce iîn matois se rejette sur ce qu'il ne peut répondre d'un vol commis par d'autres, Ecoutant qu'il ne saurait reconnaître pour chef un homme que le sheik, par simple caprice, a désigné comme tel. Je le fais attacher pendant la nuit à un arbre voisin, en lui laissant pressentir pour la matinée suivante une vigoureuse flagellation. T.e rusé coquin change alors de langage : ■ Il m'est prouvé maintenant, dit-il, que notre chef a été nommé par vous : cela suf&t; je lui obéirai désormais. > Et à peine ces paroles prononcées, on voit accourir dans le camp les trois chèvres qui manquaient, — sans que personne, bien entendu, puisse dire d'où elles viennent.
7 octobre, Thoumba-Lhéré. — Le chef de cette petite boui^de accepte, sans trop de réclamations, trois mètres de merkani et deux de kiniki, hongo médiocre sans doute, mais en rapport avec le peu d'importance de notre hôte. Les pagazis se mettent en grève. ■ Us ne bougeront pas, disent-ils, si je ne leur donne chaque jour, en place de rations, un foundo, c'est-à-dire dix colliers de perles, que Ladha leur a promis de ma part, à compter de la quatrième marche. > Pure invention pour mettre ma générosité h l'épreuve, car ni le sheik, ni moi, ni personne autre n'avons entendu parler d'un pareil contrat. J'ai accompli en revanche tous les rites du départ, gratifié le kirangozi d'une chèvre, ainsi que c'est l'usage pour rendre le voyage heureux; — j'ai pendu un dollar à son cou en signe d'investiture, — et je lui ai donné quatre mètres de merkani pour qu'il put festojer ses camarades. Après un échange de paroles assez dures, les choses restent en l'état, selon la mode africaine.
8 octobre! ^uhougoui. — Les pagazis ont refusé de se mettre en route à l'heure fixée, pour nous forcer à subir leurs conditions. Nous avons pris les devants, suivis seulement de nos Vouangouana. Sur ce, les pagazis de crier comme un seul homme : — «Le maître est parti, nous voilà responsables de son bien. Dépéchonsnous de le suivre, car, au fait, il est notre père. • Et tous ont hâté le pas pour nous rattraper. En longeant les bois et les cultures qui entourent Huhougoué, nous remarquons la teinte rougeàtre du sol et les nombreuses excavations pratiquées par les
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cbercbears de copal.—ReDcontre d'une caravane quiporteàla cAte une quantité de dents d'éléphant, à chacune desquelles on a suspendu des clochettes. Leur carillon sonore nous l'avait signalée de loin. Parmi les pagazis qui la composent, je retrouve des hommesquim'ottt accompagné au M'yanza lors de mon premier voyage. Compliments chaleureui de part et d'autre. Un sahari et quatre mètres de merkani ont suffi au chef de Huhougoué, qui n'est pas un seigneur de grande importance.
9 octobre, Mouhonyéra. — Il a fallu s'arrêter ici en pleine jungle pour satisfaire au vœu de la Société royale de géographie, qui, trouvant sur ses cartes une pointe de mer indiquée de ce côté, m'a prié de vérifier ce qu'il en pouvait être. Aucun vestige n'annonce que ce terrain ait été jadis submergé ; point de cailloux, un riche humus tirant sur le rouge, où les arbres, les broussailles, le gazon poussent en abondance. Nous apercevons pour la première fois, droit au couchant, la chaîne de montagnes parallèle à la côte orientale; elle s'étend au nord par delà la rivière Pangani jusqu'à l'Ousoumbara et au Kilimandjaro, et au sud, avec une flexion qui la ramène vers l'ouest, elle va rejoindre au del& de la Loufigi, le N'yassa méridional. Ce qu'elle devient au delà de ces deux points extrêmes ne m'est pas mieux connu qu'au reste des mortels.
Ce soir, à défaut de ■ sultans > qui nous vinssent harceler, huit des hommes que nous avait donnés Saïd-Majid ont encore pris la clef des champs; de plus, ajoutant le vol à la trahison, ils ont emmené avec eux toutes nos chèvres, au nombre de quinze : perte éminemment regrettable, car si les pintades, les pigeons verts, les colombes peuvent à la rigueur nous sufGre,les Hottentots ont besoin d'une alimentation plus substantielle, et comme ils vivent de nos restes, ils doivent s'attendre k faire diète. NosVonangouana ne les prennent plus au sérieux et traitent les prétendus soldats comme des enfants. L'un d'eux, voyant l'autre jour un petit ■ Tôt > ' qui, sans pouvoir y parvenir, s'épuisait en efforts pour charger une de ses moles, l'enleva de terre avec son fardeau, l'assit en équilibre sur sa tète et le promena ainsi par tout le camp, malgré la résistance du pauvre diable qui se démenait tant et plus, au milieu des rires universels. Après quoi il le dé-
B . AbrivialioD [amiliére du mot HoUtntot.
posa sur le sol , chargea la mule en deux temps , et termina par deux ou trois caresses amicales, qui, de la part d'uo hercule pareil, avaient un caractère passablement dédaigneux.
10 octobre, Sagéséra. Envoyé, mais sans résultat, un détachement de Bétoutchis sur la trace de nos déserteurs et de nos chèvres. Kiiongo (M. le Trou),phan2é de Sagéséra, vient nous offrir ses hommages etdu riz. Le sheik prétexte une maladie pour n'avoir pas à régler notre compte avec ce personnage. Bombay s'en charge et lui fait accepter, avec un dabouani, quatre mètres de cotonnade américaine. La force dont je dispose me donne ledroit de résister à des exigences ridicules, et je n'entends pas préparer des embarras aux voyageurs futurs, par des prodigalités dont s'autoriseraient plus tard ces hobereaux de race noire. Je cherche en vain la rivière Moukondokoua, donton m'avait parlé dans le cours de la première expédition comme venant se joindre à la Kingani, dans le voisinage de Sagéséra. M. te Trou, qui ne voyage guère , ne peut me donner aucuns renseignements à cet égard. Sauf la Kingani, nulle autre rivière ne lui est personnellement connue, siée n'est la Vouami, qui traverse l'Ouzégoura et dont l'embouchure se trouve à Outondoué, entre les ports de Wliindi et deSaadani.
Pour mettre un terme aux désertions des hommes du sultan Majid, j'ai vainement tflché de les amalgamer avec les Vouangouana. Ils s'y refusent obstinément, et le camp indigène est resté composé de groupes à part. Ces clubs de deux à dix hommes ayant appartenu au même maître, ou nés dans le même village, ou désirant conserver intact un lien de fomille dont ils ont seuls le secret, font table commune, lit commun, et au besoin révolte commune. N'ayant pu réussir à les fondre l'un dans l'autre, j'écrivis quelques ■ billets d'émancipation > et, réunissant les hommes du sultan , je lis un choix des meilleurs i qui je délivrai comme récompense ces précieux documents. Je leur annonçai ensuite que, dorénavant, leur paye et leurs gratifications seraient sur le même pied que celles des Vouangonana. J'ajoutai que les autres jouiraient du même bénéfice dès qu'ils l'auraient mérité par leur conduite; d'un autre câté, venant à déserter, ils apprendraient que j'avais* le bras assez long pour les faire arrêter et jeter en prison s'ils osaient se montrer sur la côte.
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1 1 octobre, Mtàtoulaniro. — C'est ici que le chemin sur lequel Doas sommes rfgoiat la ligne de Mboamaji et celle de Kondoucbi, qui traversent l'Onzaramo central et par lesquelles, lors de la première expédition, s'était accompli mon voyage de retour. Les mines à fleur de terre, creusées pour l'extraction de la gomme copal, cessenleo cet endroit. Le palmier (iâum ne va pas plus loin; les grands aigres, au riche feuillage, qui décorent le plateau inférieur, sont remplacés par le mimosa ; la pente de la Kingani n'est plus aussi forte, et au lieu de cdtoyer une berge escarpée, nous nous trouvons dans une espèce de parc en rase campagne, où les antilopes ont libre carrière, où on rencontre de temps en temps le zèbre et le buffle, et où les pintades abondent.
IS octobre, Matamombo. — 13 octobre, Dégé La Mhora. — A la sortie du parc que nous traversions naguère, nous nous sommes trouvés dans la portion la plus fertile de l'Ouzaramo. C'est ici qu'a péri un Français, M. Maizan, chef de la première expédition européenne qui se soit aventurée dans ces parages. J'ai obtenu, de l'assassin lui-même,— le sous-chef Hembé,— les détails les plus confidentiels sur le meurtre dont il a été le principal agent. Une longue impunité lui fait supposer que le souvenir en est à peu près éteint, et il en parle sans craindre les suites d'une indiscrétion. II n'a fait en somme, dit-il, en tuant U. Maizan, qu'exécuter les instructions écrites de son père Mzoungéra, un des dihouans delatiite. Il est donc évident que l'attentat dont le voyageur fut victime a été tramé par les trafiquants arabes, et dicté à ceux-ci par la jalousie que leur inspire tout Européen dont les efforts tendent, plus ou moins directement, à mettre au jour les mystères . de leur commerce, à faire connaître les sourcesde leursimmenses profits. Le sultan de Zanzibar et le consul anglais, protecteurs zélés de H. Maizan, lui avaient donné pour guide et pour assistant llodien Mousa, l'un des négociants les mieux accrédités dans le pays. Malheureusement, après une marche ou deux, la maladie d'un de ses compagnons ' obligea M. Maizan i s'arrêter, et Mousa , dont cette halte gênait tes affaires, dut le quitter au bout de huit à dix jours. Leur séparation fut le coup de mort du malheureux
1. Nous ne CToyoïu manquer k aucune couTeuance eo iodiquint ici une varânU au texte du capitaine Speke. Le eompaanoa de H. MaJzan était, paralt-il, w.*eompagn«i et cette femme se trouvait dans cet état que la pudeur britinniqua indique comme ■ digne d'intérti. >
bk VOYAGE AUX SOURCES DU NIL.
voyageur, assassiné peu après, comme il a été dit dans le récit ~ de notre première expédition.
14 et 15 octobre, Kinouiia. — Nous nous arrêtons au pied de la première montagne qui se soit ofîerte h nous depuis que nous avons quitté la càte. Le dihouan ou chef se montre fort poli. En échange de deux chèvres dont il nous a fait cadeau, il reçoit sans observations un dabouani et huit mètres demertani. Notre escorte béloutchi nous devenant inutile, je la renvoie avec tous les échantillons d'histoire naturelle que nous avons recueillis sur la route et un compte rendu de nos premières journées de voyage.
Le 16 seulement, nous nous remettons en route, et, à travers un territoire couvert de Jungles où le gibier abonde, nous arrivons, en nous écartant légèrement de la Kingani, jusqu'à la rivière Mgéta, qui lui apporte le tribut de ses eaux. Entre la bifurcation de ces deux courants qui le bornent à l'est, — et l'Ougogo, le premier pays du plateau central qui forme sa limite occidentale, àunedistance d'environ cent milles, — se trouve l'Ou-sa-gara {pays de Gara). Il est borné au nord par la Moukondokoua (cours supérieur de la rivière Vouami), et au sud par la ïtouaba, grand affluent nord de la rivière Loufigi.
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Halte et chasse dans les moiitag:ne3. — Intrigues de maître Baraka. — Petites misères et dâceptioDS. — Changement d'itiaéraire. — La modération punie. — Une revanche. — Le pain de singe et la liberté !
Par uoe peote insensible à l'oeil, nous nous sommes élevés à 500 pieds au-dessus du cours de la rivière, et nous avons devant nous, en deux lignes détachées, une chaîne de montagnes qui s'étève en certains endroits à S ou 6000 pieds. Elles sont habitées par une race à demi pastorale, àdemi agricole, qui, partout oii on peut se procurer de l'eau, partout où on est à l'abri de ces guerres qui sont en détîniUve de véritables chasses \ l'homme, sait faire pousser des moissons abondantes; les habitants, timides et farouches, pauvrement vêtus et de mine affiunée, perchent sur les hauteurs les plus inaccessibles; NMifdei-onMflm. leurs villages se composent de huttes coniques, plus ou moins nombreuses selon que leurs cheEs ont plus ou moins d'influence. Fort peu sont en état de se procurer des étoffes ; la plupart onb un vêtement que j'appellerais volontiers un • jupon
d'herbe'. > Au lieu de mettre les caravanes à contribution, ils s'enftiient généralement k leur approche, et aucune promesse, aucune avance ne peut les décider à risquer la chance d'une de ces trahisons qu'ils ont tant et tant de fois subies.
Le 16 et le 18 Turent des journées de balt« et de chasse. Le gibier était abondant, et bien qu'une grande partie des animaux blessés parvint à s'enfuir, le camp fut amplement pourvu de venaison. Par malheur, nous ne pâmes atteindre, dans ce vaste parc où nous tes savions en grand nombre, ni éléphants, ni rhinocéros, ni girafes, ni buftles, ni anliiopes, ni zèbres, — sans parler des lions et des hyènes.
Ici se manifestèrent pour la première fois les mécontentements et le fâcheux caractère de maître Baraka, le général en chef de nos Vouangouana. Cet homme, — d'une intelligence remarquable, et qui aurait pu nous être si utile, — devint peu à peu, par son ambitionet sa jalousie, le fléau de notre caravane. La confiance que nous accordions à Bombay et au sheik Saïd lui pesait sur le cœur. Convaincudesa supériorité, il prétendaitse les subordonnerpeu àpeuetdevenirl'homme indispensable, le factolumde l'expédition. Son premierpasdans cette voie fut de monlrerassez d'insolence pour que le capitaine Grant, dont il était le valet de chambre, dût renoncer àl'e mployer comme tel. On lui donna Frij pour remplaçant, et cette combinaison au premier abord sembla lui convenir tout àfait; mais sous cette apparence de satisfaction se cachaient un désappointement et des rancunes dont je n'eus le secret que quelques mois plus tard. J'y reviendraien temps et lieu .
19 et 20 octobre, Kirourau. — L'état hygiéniquedenos Holtentots devient de plus en plus mauvais. Le capitaine Grant est pris de la fièvre*.
21 octobre, OtMilAoumi. — 22, ffozou. — Je voudrais presser notre marche pour arriver le plus tdt possible à Zoungoméro, où une halte de quelques jours me serait nécessaire pour fixer, par des observations astronomiques, la longitude du revers oriental de VEast Coasl Range*. Nos porteurs, que l'abondance de nourriture