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LE PAYS DE GANDA

Droit de provision exercé en faveur des hôtes du roi. — Exécutions préalables pour assurer leur tranquillité. — Nyamgundou sert de guide à ma caravane. — Usurpation d'insignes.— Masaka et le pokino. — La Mouérango. — Nyama-Goma. —

Joie de Mtésa à la nouvelle de mon arrivée. — La Myanza.

Bandaouarogo, résidence royale. — Comment l’Ouddou est devenu le Pays de Ganda. — Gouvernement despotique. — Funérailles royales. — Succession au trône. — Hiérarchie de fonctionnaires. — Le roi ne peut mal faire. — Nyanzig. — Sorcières royales. — Audiences. — Cour de justice. — Étiquette. — Retraite religieuse. — Couronnement.

Comme nous étions ainsi arrêtés à la frontière du Ganda, nous vîmes arriver, le 23 janvier, un officier nommmé Maribou. Il était chargé de m’avertir que Mtésa, poussé parle désir de voir des hommes blancs, lui avait confié le soin d’aller dans le Caragoué chercher Grant et de l’amener coûte que coûte. Je profite de cette occasion pour écrire à mon compagnon de se mettre en route, s’il le peut, avec nos marchandises

les plus précieuses. « Il devra se méfier des propos qui circulent sur les difficultés du voyage dans le Ganda. Les malades y sont admis sans le moindre scrupule, et les âmes s’y promènent fort bien sans caleçons, n’en déplaise aux contradicteurs. S’il est hors d’état de se mouvoir, je le prie d’attendre que je sois arrivé chez Mtésa. Je remonterai le lac et la Kitangoulé pour l’aller chercher, ou du moins, je prierai le roi de lui envoyer des barques, son voyage par eau devant nous permettre d’explorer le lac plus à notre aise. »

Un certain nombre de messages plus impérieux les uns que les autres ont fini par ramener Maoula, que je force enfin à se mettre en marche. Il nous conduit tout droit chez lui, dans une résidence très-agréable, où il met à ma disposition une hutte vaste et bien tenue. Grâce à lui, nous avons, mes hommes et moi, des bananes à discrétion : « Maintenant que nous voici dans le Ganda, me dit notre hôte , vous n’aurez plus à payer votre nourriture. Partout où vous passerez la journée, l’officier du district doit vous pourvoir de bananes; à défaut de ceci, vos gens pourront en cueillir dans les jardins, car telle est la loi du pays en ce qui concerne les hôtes du roi. Quiconque serait surpris vous faisant payer la moindre chose, soit à vous soit à vos gens, encourrait un châtiment exemplaire. » En conséquence, je suspendis immédiatement la distribution quotidienne des rassades. Néanmoins j’avais à peine pris cette mesure que tous mes gens se déclarèrent ennemis de la banane. « Les habitants, prétendaient-ils , peuvent se contenter de cette nourri-

ture à laquelle il sont habitués; mais un régime pareil ne saurait apaiser notre faim. »

Maoula, voyant que je prépare tout pour la marche, me supplie de prendre patience et d’attendre le retour du message envoyé au roi. c’est-à-dire une dizaine de jours, tout au plus. Quoique révolté de ce retard absurbe, il faut bien me résigner à dresser ma tente ; je refuse en revanche ses bananes, et mes gens, à qui je distribue des verroteries, comme par le passé, ont ordre d’acheter chaque jour leur ration de grain.

Cependant Maoula, peut-être avec l’espoir de m’empêcher d’avancer, s’est rendu chez un de ses amis pour y passer quelques jours; mais je ne devais pas être forcé de l’attendre.

Dès le lendemain, Cachouchou, qui, de la part de Roumanica avait annoncé ma visite au roi du Ganda, me venait dire , par l’ordre de ce dernier , que « le prince éprouvait un tel désir de nous voir, qu’à la nouvelle de notre arrivée prochaine , il avait fait exécuter cinquante notables et quatre cents individus de basse extraction, attendu que, selon lui , s’il n’avait pas déjà reçu la visite des hommes blancs, la faute en était aux dispositions querelleuses de ses sujets ». Effectivement Mtésa m’adressait, en même temps que Cachouchou, deux de ses chefs, avec l’ordre d’amener ma caravane et celle du docteur Kyengo.

Ensuite j’ai vu arriver notre ancien ami Nyamgundou, qui avait le .premier informé Mtésa de notre séjour dans le Soui et de l’intention que nous avions de lui faire une visite : « C’est donc bien vrai , s’était

écrié le monarque plein de joie ;l’homme blanc veut me voir! » Et il avait fait remettre à Nyamgundou quatre vaches pour qu’elles me fussent conduites sans retard, en lui recommandant de m’amener vers lui au plus tôt.

Nyamgundou prétend me laisser continuer mon voyage sous l’escorte de Maoula et aller lui-même chercher Grant au Caragoué. Cela ne me convenait pas, et je lui dis naïvement que, las des procédés de son indigne collègue , je renonçais à marcher sous sa conduite. Nyamgundou m’offrait alors de me laisser quelquesuns de ses « enfants» pour me servir ae guides, ajoutant que « les ordres du roi ne seraient pas remplis, si une partie de ma caravane restait en arrière. » Nous argumentâmes ainsi longtemps, moi pour le garder, lui pour exécuter à la lettre la mission dont il était chargé. Je fis valoir en dernier lieu mon autorité, supérieure à celle de mes « enfants », et ceci termina la discussion. Il fut convenu que nous partirions dès le lendemain matin, aussitôt que les vaches sei aient airivées de Kisouéré.

Néanmoins, le lendemain, Nyamgundou n’avait pas encore paru à l’heure dite. Je voulus partir sans lui et je donnai l’ordre de lever le camp. Bombay s’y opposa, si grossièrement que, pour conserver mon autorité, je fus obligé de lui asséner trois coups de poing, dont le dernier lui fit jaillir le sang du nez. C’est la première et la dernière fois que j’ai dû recourir dans ce voyage à une correction manuelle; mais j’y ai été forcé car, pour maintenir la subordination hiérar-

chique , je ne pouvais pas faire fustiger Bombay par un de ses subalternes.

Longeant ensuite les montagnes à notre gauche, et laissant a droite une vaste plaine coupée de nombreux étangs , nous nous arrêtâmes dans un village situé au pied d’une petite élévation , du haut de laquelle j’aperçus, pour la première fois depuis mon départ de Cazé, les eaux du lac Victoria. Nvamgundou me traitait avec une courtoisie charmante 5 il ne manquait jamais de s’agenouiller en m’adressant la parole , et avait mis tous ses « enfants » sur le pied de veiller sans cesse au bien-être du camp.

Sauf la traversée des étangs, pénible quelquefois, et dans tous les cas trop fréquente, le voyage s’est continué dans d’excellentes conditions à travers de fertiles jardins, dont les maîtres se sauvaient au bruit de nos tambours, certains d’être arrêtés et punis s’ils se permettaient de jeter les yeux sur « les hôtes du roi. » Leurs huttes dans les villages nous sont assignées, à moi et à mes hommes , sans autre cérémonie. Les Nyambos de l’escorte y pillent tout ce qui leur convient, et j’ai grand’peine à les arrêter, car ce sont là, disent-ils, des représailles qu’ils exercent contre les gens du Ganda qui, mainte fois, dévastèrent le Karagoué. D ailleurs les lois du pays où nous sommes leur reconnaissent le droit de vivre sur l’habitant, et les Nyambos ne me voient pas d un bon œil restreindre l’exercice de ce droit.

Durant une halte que nous faisions pour attendre les femmes de Nyamgundou , un beau jeune homme

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