LE NIL DANS LE GANDA
Les gens du roi ont-ils le droit de piller hors du grand chemin f — Grant part pour le Nyoro et moi pour Rondogani. — Les rives du Nil. — Chutes d’Isamba. — Le Nil sort du lac Victoria parles chutes Ripon, qui terminent le canal Napoléon. — Impossibilité d’apercevoir le lac. — Entre les chutes Ripon et le palais de Mtésa, on trouve douze cours d’eau. — En descendant le Nil, mon escorte pille des Nyoriens. — A la frontière, la population se lève contre nous. — Je rejoins Grant qui, de son côté, a été expulsé du Nyoro. — Enfin Camrasi nous envoie chercher.
Le 7 juillet 1862, nous quittions Bandavarogo sous la conduite de Budja. Un lieutenant du gouverneur ou sakibobode la province occidentale, devait nous remettre soixante vaches à la première station, etCasoro, lieutenant du jumba ou grand amiral, nous procurer des barques quand nous serions arrivés au fleuve. Cependant il fallut menacer nos engagés de la bastonnade pour les décider à porter des fardeaux. Le résultat obtenu, nous mettons cinq jours à franchir, à tra-
vers un beau pays montagneux où les riches cultures alternent avec les jungles, une cinquantaine de kilomètres qui séparent la capitale d’une bourgade où l’on a tué un de nos hommes. Voici comment.
Nos marches étaient organisées de manière à se ressembler beaucoup. Lorsque nçus avions voyagé pendant un certain nombre d’heures, Budja désignait tel ou tel village où nous devions nous arrêter pour passer la nuit, prenant soin d omettre ceux qui appartenaient à la reine, afin de ne pas engager Mtésa dans une querelle désagréable, et choisissant, au contraire, de préférence, les localités dont les chefs avaient été îécemment arrêtés par ordre du roi. Partout où nous ariivions cependant, les villageois prenaient la fuite, abandonnant leurs jardins et tout ce qu’ils possédaient à la rapacité de notre escorte. J’avais peu à peu perdu tout espoir de mettre un terme à ces ignobles pratiques; le roi y prêtait les mains, et ses gens entraient toujours les premiers pour enlever, avec une effronterie sans pareille, les chèvres, les volailles, les peaux, les étoffes d écorce, les cauries, les perles de verre, les tambours, les lances, le tabac, le pombé, en un mot, tout ce qui leur tombait sous la main. C’était pour eux une vraie campagne de maraudeurs (1); mais ils finirent par y susciter des résistances qui coûtèrent, ainsi que je 1 ai dit, la vie à un de mes engagés.
La nécessité de rassembler les vaches que le roi nous donnait ayant rendu indispensable de faire halte
(1 p apres Baker, les choses se passent exactement de même dans le Nyoro. — J. B.
dans une localité où se trouve un de ses plus vastes pâturages, je m’étais mis en quête de quelque gibier nouveau et j’avais déjà blessé un zèbre, lorsqu’on vint m’apprendre qu’un nommé Cari, venait d’être assassiné à 4 kilomètres de l’endroit où nous nous trouvions. Ceci, malheureusement, n’était que trop vrai. Cari s’était laissé persuader, ainsi que quelques autres de mes hommes, d’aller à la picorée avec une demi-douzaine d’indigènes de notre escorte; et ils avaient choisi pour but de leur expédition certain village de potiers, attendu que Budja réclamait les vases nécessaires à la fabrication du vin de banane, le premier soin auquel on vaque dès que le camp est formé. Cependant, comme ils approchaient de cette bourgade où on ne voyait encore que des femmes, celles-ci, au lieu de s’enfuir ainsi que nos braves y comptaient sans doute, se mirent à crier haro sur eux, ce qui fit accourir les maris, disposés à se défendre vigoureusement. Nos gens ne songèrent plus qu’à jouer des jambes et se seraient tous échappés, si le pauvre Cari se fût montré un peu plus alerte, ou si sa carabine eût été chargée. Les potiers le rattrapèrent ; puis, le voyant pointer vers eux cette arme qu’ils prenaient pour une corne magique, ils le tuèrent à coups de lance et tout aussitôt prirent la fuite. Dès que la nouvelle du désastre fut arrivée au camp, un détachement fut expédié, qui nous rapporta le soir même le cadavre de ce malheureux et tous ses effets, car on ne lui avait rien enlevé.
Cet événement arrêta notre marche, Budja refusant d’avancer tant qu’un rapport n’aurait pas étf»
transmis régulièrement au roi. « Sans cela, disait-il, les populations encouragées par l’impunité deviendront intraitables. » De leur côté, les villageois bloquèrent notre camp. « Nous n’étions pas, affirmaient-ils, sur le grand chemin du Pays de Ganda et par conséquent personne n’avait le droit ni de s’emparer de leurs maisons ni de mettre leurs jardins au pillage. » Budja défendit donc qu’on m’accompagnât dans mes excursions de chasse; mais, comme le temps me semblait long, je n'en promenai pas moins mon fusil un peu partout.
Le 1 5 , au matin, nos gens étant allés chercher de l’eau, quelques naturels, placés en embuscade, leur ont décoché une javeline ; mais cette fois la réplique ne s’est pas fait attendre, car les « cornes, » c’est ainsi qu’ils appellent nos fusils, se trouvaient bien et dûment garnies, et deux d’entre eux ont été régalés de menu plomb. Dans la soirée, comme nous revenions de lâchasse, d’autres indigènes, également dissimulés dans un épais fourré, nous ont appelés pour nous demander ce que nous leur voulions : « N’est-ce point assez, disaient-ils, de nous avoir expulsés de nos maisons et de nos plantations, et de nous avoir réduits à vivre comme des animaux sauvages? » Jamais ils n’ont voulu croire, malgré toutes nos assurances, que nous étions purement et simplement des chasseurs, et fort éloignés de vouloir leur faire aucun mal.
Nous restâmes là jusqu’au 18, où nous nous décidâmes, par suite de l’état de la jambe de Grant, qui ne pouvait plus pour l’instant entreprendre de voyage expé-
ditif, à modifier tous nos projets. Il est convenu que Grant se rendra directement chez Camrasi avec les marchandises, le bétail et les femmes ; il emportera des lettres de moi et une carte qu’il fera tout aussitôt partir pour le Guéni, à l’adresse de Pétherick. Moi, cependant, je remonterai le fleuve jusqu’à sa source, c’est-à-dire jusqu’au point où il sort du lac, et je le descendrai, à partir de cet endroit aussi loin que la navigation sera possible.
Le lendemain, partis ensemble, nous nous séparons au bout de 4 kilomètres. Grant tourne à l’ouest, du côté de la grande route qui mène chez Camrasi, tandis que je me dirige dans la direction opposée, vers Rondogani, en traversant la Louajerri, grand canal d’épuisement qui a près de cinq kilomètres de largeur et qu’on passe à gué jusque dans le voisinage de sa rive droite ; là, nous dûmes monter en bateau, et les vaches se mirent à la nage, entraînant après elles ceux de nos hommes qui , nageurs malhabiles, préféraient s’accrocher à leur queue (1). La Louajerri est plus considérable que la Catonga , et aussi plus ennuyeuse à franchir ; cette besogne ne nous prit pas moins de quatre heures, pendant lesquelles des myriades de moustiques dévoraient nos épaules et nos jambes nues. On nous dit que la Louajerri prend naissance dans le lac et va rejoindre le Nil, droit au midi du
(1) Ceci rappelle une des bonnes scènes du Voyage de l'Atlantique au Pacifique, par MM. Milton et Cheadle, celle où M. O'B. traverse triomphalement une rivière en s’accrochant à la queue de Bucéphale. (Ed. fr. p. 283). — J. B.
LES SOURCES DU NfL 23ï
poiat où nous l’avons traversée (i). Le buffle sauvage, d’après ce qui nous avait été annoncé, devait abonder sur sa rive droite, mais nous n en vîmes aucun ; cependant le pays est couvert des jungles les plus favorables à la chasse, entrecoupées çà et là de beaux pâturages. Tel est jusqu’à Rondogani 1 aspect général de la contrée ; exceptons-en quelques sites favorisés où les bananiers poussent avec une extrême vigueur et qui sont cultivés aussi soigneusement qu’aucune autre partie du Pays de Ganda. Faute de guides, et trompés à dessein par les Houmas sournois qui sont ici en grand nombre, occupés à soigner le bétail du monarque, nous perdions à chaque instant le bon chemin; aussi n’arrivâmes-nous que dans la matinée du 2 1 à la station de bateaux vers laquelle nous nous étions dirigés.
Enfin, le 21 juillet, je me trouvais à Rondogani, sur les bords du Nil!... Rien déplus beau que le spectacle alors offert à mes yeux. J’y voyais réunis par la nature tous les effets de perspective auxquels vise le propriétaire du parc le mieux tenu : un courant magnifique de six à sept cents mètres de large, tigré çà et là de récifs et d’îlots, ceux-ci occupés par des huttes de pêcheurs, ceux-là par des hirondelles de mer et des crocodiles se chauffant au soleil ; il glisse entre de hautes berges recouvertes d’un épais gazon et derrière lesquelles, parmi de beaux arbres, nous pouvions voir
(1) Si nous ne nous trompons pas, la carte de M. Speke met le confluent de la Louajerri et du Nil au nord du point où le premier cours d’eau a été traversé. — J. R.
errer de nombreux troupeaux d’antilopes, tandis que les hippopotames renâclaient dans l’eau, et que, sous nos pieds, à chaque instant, floricans et pintades prenaient leur vol. Mlondo, le commandant du district, était, par malheur, absent de chez lui ; mais nous prîmes possession de ses huttes, fort vastes et bien entietenues, et, une fois installés en face du fleuve, nous pensâmes qu un séjour de quelque durée n’y serait vraiment pas désagréable.
Nous avions alors en lace de nous un pays qui, sous le rapport de la richesse et de la beauté, forme le contraste le plus complet avec le Ganda. C’est le Soga, dont les habitants sont armés de javelines courtes à larges pointes de fer, « mieux faites, disaient mes gens, pour déterrer les pommes de terre que pour guerroyer contre les hommes. » Comme nous avions pu en juger par la dévastation des campagnes que nous traversions depuis deux jours, les éléphants doivent abonder dans les environs; mais, tout récemment, il est venu du Nyoro une expédition de chasse qui les a renvoyés plus loin. Les lions sont aussi représentés comme trèsnombieux et très-hostiles à l’homme. Les antilopes abondent dans les jungles, et les hippopotames, qui hantent volontiers les jardins plantés de bananiers, se laissent rarement apercevoir à terre, bien qu’on 'les entende à chaque instant, ce qui tient sans doute à leurs habitudes vagabondes.
On nous annonce, le 24 juillet, de nouvelles cruautés commises dans le palais. Casoro, brodant sur ce thème, îaconte que les deux gouverneurs de province et
lesdeux commandants en chef, comme aussi tous les anciensgrands officiers du temps de Sounna, ont été mis à mort par ordre du jeune monarque. Il ajoute que, si Mtésa vient jamais à rêver que son père lui conseille de faire tuer n’importe qui, en le lui désignant comme un personnage dangereux, cet avis, plus ou moins authentique, est religieusement observé. J’ai voulu faire passer un message à Mtésa par un officier qui va lui rendre ses hommages ; mais, bien qu'il s’en soit formellement chargé, Casoro trouve fort plaisant que je compte sur une pareille assurance. « Si important que puisse être l’objet d’une communication quelconque, personne n’oserait enfreindre la règle qui interdit d’adresser la parole au roi, à moins que ce ne soit pour répondre à une question. »
Le lendemain, j’ai remonté la rive gauche du Nil, jusqu’aux chutes d’Isamba, tout au travers de jungles luxuriantes et de jardins pleins de bananiers. Nango, que je connais de vieille date et qui est à la tête de ce district, nous a régalés de bananes en compote et de poisson sec, le tout arrosé de pombé. Les éléphants le menacent souvent.de leurs visites à ce qu’il nous dit, « mais il prend soin de les écarter au moyen de talismans, car s’ils venaient à goûter une seule banane, ils ne quitteraient le jardin qu’après l’avoir complètement ravagé. » Nango nous a conduits ensuite aux chutes les plus voisines; elles sont trèsbelles, mais très-resserrées. L’eau du Nil court profonde entre ses rives couvertes d’épais gazons, d’acacias aux contours nuageux, et de cunvülvuli qui envoient
de toutes parts leurs guirlandes nuancées de lilas. Partout où le sol s’est affaissé sous l’action des eaux, on entrevoit un terreau rouge qui rappelle celui du comté de Devon. Le courant, arrêté ici par une digue naturelle, forme une espèce d’étang sombre et sinistre, où deux crocodiles, tout en se baignant, guettaient leur proie. L’ensemble du tableau était plus féerique, plus sauvage, plus saisissant que rien de ce que j’ai pu voir, à l’exception des décors de théâtre. En jetant un pont d’une rive à l’autre, et par un beau clair de lune, c’était bien le site le mieux adapté à une scène de brigands assemblés pour quelque hideuse entreprise. Nos engagés eux-mêmes semblaient sous le charme ; pas un ne fit mine de s’éloigner jusqu’au moment où la faim nous avertit que la nuit allait venir et qu’il était temps de chercher un abri.
Le 28 juillet, après bien des peines et en traversant un pays complètement ravagé par les éléphants, qui, après avoir mangé tout ce qui était mangeable, n’ont laissé debout ni une cabane ni un bananier, nous sommes arrivés au but final du voyage, sous la même latitude que le palais du roi Mtésa, et justement à soixante-quatre kilomètres de cette royale demeure, dans la direction de l’est.
Nous étions bien payés de nos peines, car « les Pierres, » c’est le nom que les indigènes donnent aux Chutes, nous offraient le spectacle le plus digne d’intérêt que j’aie rencontré dans le cours de nos voyages en Afrique. Quoique la marche eût été longue et fatigante, chacun a pris sa course pour en jouir plus vite.
Le paysage, si beau qu'il fût, n’était pas exactement tel que je l'avais imaginé, car la grande nappe du lac nous était dérobée par une pointe, un promontoire des hauteurs adjacentes; et les chutes, qui ont environ quatre mètres de profondeur sur 120 à i5o de largeur, sont coupées cà et là par des rochers. Néanmoins le tumulte des eaux, le bond fréquent des poissons voyageurs , les pêcheurs du Soga et du Ganda, venus en bateau et postés la ligne en main sur toutes les saillies de la roche, les hippopotames et les crocodiles promenant sur l’onde leur oisiveté endormie; au-dessous des chutes, le passage d’une rive à 1 autre, les tioupeaux qu’on menait boire aux bords du lac: tous ces détails, ajoutant leur charme vivant à celui dune riante nature, composaient un ensemble aussi attrayant que possible. Qu’eût-ce donc été si, à ce charmant point de vue, l’horizon infini du lac eût prêté sa grandeur.
L’expédition avait désormais atteint son but. Je voyais l’antique Nil sortir du lac Victoria. Je m’assurais que, selon toutes mes prévisions, ce grand lac donne naissance à la rivière sacrée sur laquelle a flotte Moïse enfant. Je regrettais, il est vrai, que mille et mille retards inévitables m’eussent empêche d aller examiner, à l’angle nord-est du lac, ce détroit mentionné si fréquemment, qui l’unit à un autre lac ou les gens du Ganda vont chercher leur sel, et d’où s ecoule vers le nord un second fleuve entourant le Soga d’une véritable ceinture d’eau. Mais je n en étais pas moins reconnaissant envers la Providence pour ce quelle m’avait permis d’accomplir, car enfin j avais
vu par moi-même une bonne moitié du lac (i) et sur le reste, je m’étais procuré des renseignements qui me permettaient d’éclaircir lespoints essentiels à la science géographique.
Résumons maintenantles notions acquises, et voyons au juste ce qu’elles valent.
Il résultait pour moi, d’informations soigneusement contrôlées, que, sur la rive orientale du lac, il y a autant d’eau, peut-être même davantage, que sur le bord opposé. Son extrémité la plus reculée forme, après tout, le vrai point de départ du Nil , se rapprochant fort du troisième degré de latitude sud, ce qui donne au fleuve, mesuré en ligne droite, l’étonnante longueur de trente-quatre degrés, soit près de quatre mille kilomètres ou une étendue supérieure à la onzième partie de la circonférence du globe (2). Si maintenant, de cette extrémité méridionale, nous longeons la rive occidentale jusqu’au point où émerge du lac la grande branche du Nil, nous ne trouvons qu’un tributaire de quelque importance, et c’est la rivière Kitangoulé ; de cette même pointe, si nous suivons la côte opposée jusqu’au détroit qui joint les deux lacs, il n’y a, paraît-il, aucune rivière dont on puisse tenir compte. Les Arabes voyageurs déclarent en effet, à l’iinanimité, que, depuis le revers occidental du neigeux Kilimand-
(1) Voilà une assertion qui n’est guère d’accord avec les faits, puisque, à l’exception de la partie méridionale, visitée dans un précédent voyage, Speke n’a vu en réalité que la baie Murchison et ses environs immédiats. — J. B.
(2) Il faut comparer à celui-ci le rapport de sir S. Baker. — J. B.
Les chutes Ripon (page 238).
jaro jusqu’aux points où le lac est traversé par le premier et aussi par le second degré de latitude sud, il existe des lacs salés, des plaines salées, et des hauteurs pareilles à cellesdel’Ounyamouési; mais ils disent aussi que cette contrée n’est traversée par aucun grand cours fluvial et que, durant leurs voyages de commerce, ils en sont réduits à faire de longues marches pour trouver oà et là quelque misérable petit ruisseau. De plus, ceux d’entre eux qui, durant le dernier interrègne, ont pénétré dans le Soga par le détroit en question, affirment n’avoir pas traversé de fleuve.
Reste à vider la question de ce « lac salé » que je crois fermement être un lac d eau douce, attendu, je l’ai déjà dit, que les naturels désignent comme lacs salés tous ceux oü ils trouvent soit des couches salines, soit des îlots plus ou moins salpêtrés. Le docteur Krapf, parvenu en vue de la montagne Kénia, recueillit de la bouche des indigènes « qu’il existait au nord de cette montagne un grand lac salé;» ils lui dirent aussi « qu’une rivière coulait entre la Kénia et le Nil. » S’il n’a pas été trompé sur ce dernier point, il doit indubitablement exister quelque rapport entre la « rivière » dont il parle et le « lac salé » dont en m’entretenait ; on en trouverait de même, selon toute probabilité, entre le lac salé qu’on me signalait et celui qu’on lui a dit porter le nom de Baringo (i). Du reste, à quelque point de vue qu’on 1 envisage, cette question, qui demeure indécise, n intéresse et ne con-
(i) On peut se demander si ce nom ne serait pas la corruption de Bahr (mer) d’Ingo. — H. S.
tredit en rien ce fait, bien établi, que le point de départ du Nil est sous le troisième degré de latitude sud, au même endroit où, dans le cours de l’année 1 85 8, je signalais l’extrémité méridionale du lac Victoria.
J’ai donné aux chutes en question le nom de Ripon, emprunté au noble président qui, pendant les préparatifs de mon expédition, dirigeait les travaux de la Société royale de Géographie. Le bras d’eau, ou crique, d’où sort le Nil, a reçu celui de canal Napoléon, en témoignage de respect et par reconnaissance pour la Société Géographique Française, qui m’avait décerné sa médaille d’or à cause de la découverte du lac Victoria, au moment même où je quittais l’Angleterre. Un phénomène, tout d’abord, me laissait quelque perplexité : le volume de la Kitangoulé me semblait aussi considérable que celui du Nil; en revanche, l’une coule très-lentement, l’autre avec une grande vitesse, et je ne pouvais dès lors établir un jugement bien précis sur leur importance relative.
Mécontent de la première esquisse que j’avais faite en arrivant, je n’ai pu m’empêcher de la recommencer, le 29 juillet; ensuite, comme l’état de l’atmosphère chargée de nuages ne se prêtait pas aux travaux nécessaires pour déterminer la latitude, et comme l’officier du district me vantait la vue qu’on a sur le lac, du haut de cette colline qui nous le dérobe, je parlai de nous y rendre; mais Casoro, bien que je l’eusse gratifié de peaux d’antilope nsounnou et de quelques pintades pour son dîner, s’opposa formellement à ce pro-
Chutes du Nil, dites de Karouma (page 239).
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jet, sous prétexte qu’on ne pourrait jamais rassasier ma curiosité.
Il me sembl e qu’avec une femme et des enfants, un yacht et un jardin , une ligne et un fusil, je vivrais ici fort heureux, tant le site me paraît' charmant. C’est l’idéal du séjour qu’on peut souhaiter à des missionnaires. Ils n’auraient pas à craindre la famine, le pays est si fertile! Et, s’ils apportaient quelques notions agricoles, on leur enverrait bientôt des centaines d’élèves. Inutil e d’insister là-dessus.
Outre les pêcheurs à la ligne, je voyais un certain nombre d’individus, armés de lourdes et longues baguettes à l’extrémité desquelles deux pointes de fer sont fixées et forment fourchette, se diriger vers un rocher au-dessous duquel le poisson fatigué semble volontiers chercher refuge. Ils lancent ces espèces de fourches, dont ils ont soin dé retenir le manche, et font ensuite descendre les plongeurs pour dégager la proie et ramener le pesant engin.
Le 3i juillet, cédant au mauvais vouloir de la pluie et de Casoro qui persistaient à me faire obstacle, je me suis décidé à revenir sur mes pas, et j’ai employé quelques jours à chasser agréablement dans cette admirable région. Le 5 août, nous nous sommes installés dans la résidence de Mlondo, dont les femmes ont abondamment pourvu à notre subsistance, que variaient d’ailleurs et la chasse et la pêche, pendant l’absence de Casoro et de Bombay qui partirent le ier août pour aller voir Mtésa. Bombay et Casoro sont revenus le io à Rondogani. Ces honorables messagers ont tra-
versé, pour se rendre au palais, jusqu’à douze cours d’eau, tous fort importants (entre autres, la Louajerri), et qui sortent tous du lac. Dès le lendemain du jour où ils m’avaient quitté dans le Kira, ils ont obtenu une audience royale. Mtésa s’étant imaginé que Bombay venait lui annoncer ma mort, résultat de quelque attaque inopinée, apprit avec beaucoup de surprise que rien de semblable 11'était arrivé, mais que les officiers du Rondogani s’étaient montrés intraitables, ne voulant se soumettre qu’à l’autorité du gouverneur.
Irrité de leur désobéissance, le roi fit arrêter, séance tenante, ce grand officier qui se trouvait présent :
« Qui donc est le roi? s’écria-t-il avec chaleur, si les ordres de cet homme-ci sont préférés aux miens ! » Puis se retournant vers le sakibobo lui-même , il lui demanda «de quel prix il entendait payer son pardon? » Celui-ci, comprenant que sa vie ne tenait qu’à un fil, répondit sans hésiter qu’il fixait sa rançon à quatrevingts vaches, quatre-vingts chèvres, quatre-vingts esclaves, quatre-vingts vêtements d’écorce, quatrevingts charges de beurre, autant de café, autant de tabac, autant de tous les produits du Ganda. L’importance de l’amende qu’il s’imposait le fit remettre en liberté.
Enfin Casoro a réussi à nous procurer des barques. De notre côté, nous avons mis à mort deux vaches et préparé leur viande pour le voyage, puis nous avons distribué aux femmes de l’endroit, pour payer leur hospitalité, quelques poignées de verroteries. Ces femmes
sont presque toutes du Nyoro et ont été capturées par Mtésa, qui les a plus tard assignées à Mlondo. On leur a, dès leur jeune âge, disent-elles, arraché une partie de leurs dents (tantôt quatre , tantôt six des incisives inférieures) , « parce qu’aucun naturel de ce pays ne laisse boire dans sa coupe, à moins que cette opération n’ait été pratiquée. » Le même usage existe dans le Soga.
Nous nous sommes embarqués le i3 août. Cinq bateaux, chacun de cinq planches reliées ensemble et calfeutrées par des lambeaux d’étoffe d’écorce, constituaient la flottille sur laquelle je suis monté avec douze engagés, Casoro, ses pages, et des rameurs peu nombreux, pour me rendre dans le Nyoro , chez le grand roi Camrasi.
Bientôt le fleuve , fort différent de ce qu’il était audessous des chutes Ripon, participe à la fois de la rivière et du lac. Sa portion centrale est dégagée de tout obstacle, mais ses rives ontune large bordure de grands roseaux, derrière la cime desquels on voit s’abaisser, en pente douce, les berges revêtues de gazons verdoyants. Spectacle charmant et digne d’intérêt , dont le souvenir nous serait resté fort doux si , moins d’une heure après notre départ , Casoro n’avait déshonoré le pavillon britannique par de véritables actes de piraterie.
Un convoi d’habitants du Nyoro, sur une douzaine de canots monoxyles ou creusés dans un arbre, avait remonté le fleuve pour trafiquer avec leurs voisins du Soga. Leurs embarcations étaient chargées d’étoffes
d’écorce, de poisson séché, de bananes cuites et crues, de pombé, etc. Descendus à terre , ils prenaient un dernier repas avant de s’en retourner. Casoro, voyant ceci et cédant tout à coup à un caprice puéril , enjoignit à nos rameurs de naviguer droit sur eux, sauta lui-même à terre , et mit en fuite les Nyoriens avant que j’eusse eu le temps de me reconnaître. Puis il livra au pillage la propriété de ces hommes que nous avions tout intérêt à nous rendre propices , puisqu’ils devaient, avant peu, devenir nos hôtes.
Nous étions encore sur le territoire de Mtésa, et je trouvais assez surprenant que les étrangers s’y fussent hasardés ; néanmoins, dès que je sus à quoi m’en tenir, je fis restituer par nos bateliers tout ce qu’ils avaient pris; je rappelai les Nyoriens pour les commettre à la garde de ce qui leur appartenait, et j’exigeai de Casoro la promesse formelle qu’il ne se livrerait plus à de pareilles fantaisies , sans quoi le voyage en commun deviendrait impossible.
Rembarqués un peu plus tard, nous nous arrêtâmes à quelque distance pour passer la nuit sur la rive appartenant au Ganda , ce qui permit à ceux que nou avions insultés de prendre les devants , malgré notre supériorité de marche. J’en étais fort contrarié , mais aucun raisonnement ne put décider Casoro à supprimer cette halte inutile. Nous étions au dernier village de la frontière du Ganda, et avant de pousser plus loin, il fallait obtenir de Nyamyonjo , le préposé de Camrasi, la permission de pénétrer dans le Nyoro. Mes guides réclamaient donc une halte ^qui me permît de
tâter le terrain et qui d’ailleurs, à leur avis, était conforme aux lois de l’étiquette. Mais je pensais que Grant devait avoir aplani tous ces obstacles, d’accord avec Camrasi. Quant à Nyamyonjo, Bombay partit pour le prévenir dès dix heures du matin ; et nous ne franchîmes la frontière qu’après cinq heures du soir.
Je me flattais donc d’autant plus d’achever cette partie du voyage sans mettre pied à terre , et d’avoir seulement à me laisser emporter au courant du Nil , que Camrasi m’avait fait promettre , par Kidgouiga, des barques pour nous transporter au Gani, où, selon les bruits répandus , les vaisseaux de Pétherick stationnaient pour m’attendre; mais il en fut de cet espoir comme de beaucoup d’autres, sur cette terre africaine, fertile en déceptions de tout genre. Au bout de peu d’instants, un canot de grande dimension, garni d’hommes bien vêtus et bien armés , fut signalé comme venant droit à nous. Nous avançâmes, et il prit la fuite comme si notre attitude l’effrayait. Nos équipages forcèrent de rames, et le sien d’en faire autant, les tambours de part et d’autre marquant la mesure, ce qui donnait à cette poursuite un caractère tout à fait belliqueux. Les Nyoriens, cependant, supérieurs en nombre , gardèrent l’avance qu’ils avaient sur nous. Comme le soleil se couchait, au moment où nous allions arriver à la résidence de Nyamyonjo, nous vîmes, sur un rocher, près du fleuve, un certain nombre d’hommes armés, bondissant, babillant, bran* dissant leurs lances, tout à fait à la manière des guerriers du Ganda. Je les pris d’abord pour tels , et sup-
posai qu’ils nous faisaient bon accueil; mais un regard jeté sur le visage effaré de Casoro m’eut bientôt fait comprendre que, tout au contraire, ce langage animé, ces gestes violents étaient des menaces directes, un défi formel de descendre à terre.
A mesure que nous avancions, la berge, s’élevant toujours, se couronnait de huttes et deplantations, devant lesquelles se tenaient groupés ou alignés des hommes en costume de guerre. A un moment donné , le canot que nous avions jusque-là poursuivi, nous présenta le flanc et se joignit aux démonstrations menaçantes des gens qui garnissaient le rivage. Je ne pouvais m’imaginer qu’il y eût là rien de sérieux; je croyais à une simple méprise, et, debout dans la barque, le chapeau à la main, je manifestais soit par mes paroles, soit par mon attitude, mes intentions pacifiques, sans toutefois produire le moindre effet. « On avait entendu, me criait-on, le bruit d’un tambour, et nécessairement la guerre devait s’ensuivre. » Des deux côtés du fleuve, les tambours de Camrasi donnaient à la population tout entière le signal de courir aux armes. Les choses prenaient donc un aspect redoutable. Pour surcroît de complications, un second canot, rempli de gens armés , sortit des roseaux que nous avions laissés derrière nous, comme si on prétendait nous couper la retraite , et celui qui nous devançait venant à notre rencontre, nous nous trouvions à peu près bloqués. Nous retirer de conserve semblait être notre unique chance de salut, mais il commençait à faire nuit et l’équipage de mes barques était insuffisant. Je
donnai l’ordre de naviguer au plus près les uns des autres, et de battre ainsi en retraite, offrant des munitions de guerre en guise de stimulant. Tous me suivirent, en effet, sauf une des barques dont l’effroi semblait paralyser la manœuvre, et qui virait sur ellemême à la manière des canards blessés.
Les Nyoriens, quand ils nous virent chercher notre salut dans la fuite, se mirent à crier d’un groupe à l’autre : « Vous voyez.... ce sont des femmes.... Ils se sauvent, tâchons de les rattraper!... » De mon côté, je ne cessais d’encourager mes hommes : « Ne nous quittons pas, leur commandais-je incessamment... Venez chercher de la poudre!... » Et je chargeais mon fusil à petit plomb, ce qui égaya Casoro lui-même : « Est-ce à ces gens-là, demandait-il, que vous destinez cette grenaille?... — Comme à des pintades, » répliquai-je; et il éclata de plus belle. Malheureusement, je m’aperçus que ma flotte ne naviguerait pas longtemps de conserve. Un des bateaux, que j’avais pourvu de munitions, faisait force de rames pour se mettre hors de portée, sans s’inquiéter autrement de rester auprès de moi; un autre préférait l’abri des roseaux et leur ombre protectrice à la pleine eau du milieu, que je regardais, quant à moi, comme plus favorable au jeu de nos mousquets. L’obscurité toujours croissante ajoutait maintenant aux embarras de notre situation, et les Nyoriens, que nous entendions sans les voir, gagnaient sur nous de quart d’heure en quart d’heure. Celle des barques qui cherchait, comme je l’ai dit, à se dérober le long des roseaux, fut l’objet de la première attaque:
on lui lança des javelines qui, par bonheur, au lieu de frapper nos hommes, allèrent tomber dans l’eau. J’entendis ensuite le bruit des grappins à l’aide desquels nos ennemis voulaient se saisir de leur proie : « Au secours, seigneur blanc; au secours! criaient mes gens; c’est à notre vie qu’on en veut!... » — « En avant, en avant!... nous aurons bon marché de ces gens-là!... » répondis-je. Mais l’équipage que j’encourageais ainsi demeurait immobile et comme fasciné par la terreur. On aurait pu nous sabrer en détail, l’un après l’autre, sans rien changer aux dispositions de ces misérables gens du Ganda, qui se bornaient à gémir et à répéter lâchement : « Mère! mère! venez à notre aide! » Trois coups de fusil, partis de la barque harponnée, terminèrent alors le combat. Les Nyoriens, pris à leur propre piège, virent tomber deux d’entre eux, l’un tué, et l’autre blessé. On les entendit alors se dire que, « puisqu’ils n’avaient pas affaire à leurs semblables, ils préféraient ne pas insister; » et ils se retirèrent, en effet, nous laissant libres de remonter le fleuve sans nous avoir porté le plus léger dommage.
Mais quêtait devenu Bombay, pendant tout ce temps? Il ne nous rejoignit que beaucoup plus tard, et nous raconta, fort agité, ce qui lui était advenu. En entrant avant midi dans le village de Nyamyonjo, il avait demandé cet officier, qui se trouvait absent pour affaires et dont on l’avait prié d’attendre le retour. Les villageois, cependant, réunis autour de la hutte où on l’avait provisoirement installé, le questionnaient au sujet du vol commis la veille, et dont les victimes
avaient déjà porté plainte. Bombay leur répondit « que le seigneur blanc y était complètement etiangci , et qu’après s’y être opposé de tout son pouvoir, il avait obtenu des bateliers la restitution de tous les objets dérobés. »
Moyennant ces explications, les paysans s’étaient éloignés pour ne reparaître qu’à la tombée du jour. Ils demandèrent alors à Bombay, avec une effronterie sans pareille, « pourquoi il s’obstinait a demeurei chez eux sans y avoir été invité? » ajoutant qu’ils mettraient le feu à la hutte, s’il s’entêtait à vouloir y passer la nuit. Bombay, décidé à ne pas bouger, déclara qu’il avait mission de parler à Nyamyonjo,et qu’il ne s’éloignerait certainement pas avant de 1 avoir vu :
« Soit, lui fut-il répondu, vous êtes averti maintenant; le reste vous regarde. » Et Bombay, ainsi que les gens du Ganda qui l’escortaient, furent derechef laissés à eux-mêmes. Bientôt les tambours battirent; on vit se hâter dans toutes les directions des hommes armés de lances et de boucliers, et enfin, les détonations de nos armes à feu leur ayant fait deviner ce qui se passait, Bombay et ses compagnons, sortis de la hutte, s’élancèrent à travers les jungles sans oser se confier aux chemins battus : aussi m’arrivaient-ils épuisés de fatigue, les pieds en sang, le corps labouré d épines.
Le lendemain 1 5 août, quand je voulus pousser en avant, personne ne voulut me suivre. Il fallut donc rebrousser chemin. Le 16, j’étais retourné sur les bords de la Louajerri. Deux journées furent employées à rechercher sans guide les traces de Grant. Enfin, après
maints et maints renseignements, plus ou moins contradictoires, qui nous étaient parvenus sur le compte de Grant, nous avons entendu, dans la soirée d’hier, le roulement lointain de ses tambours; mais ce matin, quand nous pensions le rejoindre, il venait déjà de repartir. On nous affirmait qu’il retournait au palais de Mtésa. Je ne savais, quant à moi, ni ce qui lui était arrivé, ni quelle interprétation donner à sa conduite. Insister sur la conclusion d’un traité, réclamer la réponse due à la reine, me semblait l’unique alternative qui nous restât; j’écrivis donc à Grant, pour obtenir sur ce point des renseignements positifs, et j’attendis ensuite des nouvelles, qu’il vint fort obligeamment me porter lui-même. Nous nous trouvâmes donc réunis le 19 août.
« Il venait, me dit-il, de quitter le Nyoro, où on lui faisait attendre éternellement et inutilement des indications sur les moyens de poursuivre notre route. Il 1 avait quitté, d’ailleurs, en vertu des ordres exprès de Camrasi, jugeant que l’obéissance était le meilleur moyen d’arriver au but que nous nous proposions. On élevait, contre nous, deux objections principales : la première, tirée de ce qu’on nous disait anthropophage»; l’autre, de ce qu’en abordant le pays par deux points différents, au sortir d’une contrée habituellement hostile, nos intentions pouvaient sembler suspectes. Si nous étions arrivés en droite ligne de chez Roumanica, jamais on n’aurait songé à se méfier de nous. »
Ceci pris en considération, il devint dès lors évident
à mes yeux que le souverain du Nyoro, ce « Père de tous les rois, » était au fond un pauvre être, inquiet et méticuleux, à demi effrayé par nos allures inusitées, mais tourmenté surtout par la crainte des voisins, qui depuis nombre d’années mettaient à sac ses domaines. Puisqu’il est clair que nous eussions été amicalement reçus, arrivant par la route du Caragoué, il devient nécessaire de parlementer de nouveau. D’ailleurs nous voici réunis dans le Ganda, et cette circonstance doit nous affranchir en partie des soupçons qui pesaient sur nous quand nous marchions par deux routes différentes.
Le 20, au milieu de toutes nos incertitudes, nous vîmes arriver, fort à propos et comme s’ils eussent été dans le secret de nos vœux, d’abord Kidgouiga , cet ancien ami, qui, dans le palais de Mtésa, m’avait garanti naguère les intentions favorables de son roi ; puis Vittagoura, commandant en chef de Camrasi; tous deux chargés de nous dire que leur roi désire vivement notre visite. Quant aux naturels du Ganda qui nous •escortent, ils sont libres de nous suivre ou de rester chez eux. « Jusqu’à présent, continue la députation, Camrasi s’était méfié des assurances de Budja et du but amical assigné par lui à votre voyage; mais tous ses doutes se sont dissipés quand il vous a vus quitter le pays à première sommation. Les traficants venus du nord sont encore au Guéni. Nous n’avons jamais ouï dire qu’aucun Anglais, aucun étranger naviguant sur le Nil, ait manifesté le désir de pénétrer dans notre pays, dont l’accès n’aurait certainement pas été
îeiusé. Quant à Baraca, il est parti pour le Caragoué, emportant une dent d’éléphant que Camrasi envoie à Roumanica. »
En conséquence, il fut convenu que, le 23, Budja franchirait avec nous la frontière, pendant que plusieurs de ses gens et des miens iraient expliquer à Mtésa la situation où nous nous trouvions et les différentes questions qu’elle soulevait.