‹ Les sources du NilChapitre 6 sur 18 · TOI · texte numérisé non relu

TOI

ses yeux. Au tond cle cette vallée, couverte d’épais ombrages, un courant d’eau limpide s’élance dans la direction du Nyanza. Une végétation luxuriante et variée, des arbres magnifiques, parmi lesquels on distingue le gracieux palmier qui porte le nom de pandana, des jardins de bananiers, des plants énormes d’indigo sauvage et de chardons, font de ce coin de terre une espèce de paradis touffu, par delà lequel on entrevoit une rangée de cônes rougeâtres aux sommets dénudés, sillonnés du haut en bas par de longues traînées blanches, et qui ressemblent comme deux gouttes d’eau à des volcans récemment ouverts. Plus loin encore, et dominant le tout, sont les collines du Caragoué et du Kichacca, tapissées d’herbages opulents.

Au moment où nous reprenons notre marche, le sentier que nous suivons est traversé tout à coup par un oiseau appelé khougota, ce que le vieux Nasib proclame, avec un naïf enthousiasme, comme un présage certain de voyage heureux. Après avoir passé la rivière, nous recevons, assis sur ses bords, la visite des habitants du vallon. Jamais je n’ai vu nudité si complète que la leur. Les jeunes fiiies elles-mêmes, parvenues à l’âge de puberté", s’exposaient hardiment à nos regards, sans la moindre arrière-pensée de mal. De là, nous arrivâmes à l’établissement de Vihembé, le dernier qu’on rencontre avant de franchir les limites du Soui. Nos guides avaient droit à un salaire que Nasib fixa lui-même.

Peu après, nous vîmes accourir un messager de Souvouarora. Mécontent du cadeau stipulé par ses su-

balternes, ce prince nous ordonnait de revenir sur nos pas,« et, si nous nous permettions d’enfreindre à cet égard sa volonté souveraine , nous allions rencontrer une armée qui nous barrerait le passage. » Inutile de dire que ces vaines paroles ne nous arrêtèrent pas un instant.

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