‹ Les sources du NilChapitre 8 sur 18 · I IO · texte numérisé non relu

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dermere (i), » à cause de la ressemblance que Grant lui , trouvait avec celui de nos lacs qu’on appelle ainsi. I C’est un de ces nombreux réservoirs où viennent se | concentrer les eaux des montagnes environnantes, * pour s’écouler ensuite dans le lac Victoria par le lit de la Kitangoulé.

Voulant rendre au monarque de ce charmant pays les f honneurs qui lui étaient dus, j’ordonnai à mes hommes ] de déposer leurs fardeaux et de tirer une salve de mousqueterie. Comme nous défilions ensuite devant 1 les portes du palais, nous fûmes invités à y pénétrer | sans retard, le roi n’ayant rien de plus pressé que de | nous faire accueil. Grant et moi, laissant notre bagage I au dehors, mais escortés par Bombay et par quelques- 1 uns de mes enrôlés les plus âgés, nous nous dirigeâ- | mes, à travers de vastes enclos parsemés de huttes, du I côté d'un édifice au toit incliné, construit par les Ara- 1 bes pour que le roi pût y traiter à son aise les affaires 1 publiqu.es. C’est là que nous attendaient, assis sur le sol et les jambes croisées, le roi Roumanica ainsi que son frère Nanaji, tous deux de grande taille et de noble aspect. Le monarque portait simplement la choga noire des Arabes et, pour tout ornement, des bas de cérémonie en perles de différentes couleurs; plus, des bracelets ou manchettes de cuivre artistement travaillées. Nanaji, médecin de très-haute volée, était couvert de talismans, fixés à la grande pièce d’étoffe à damier dans laquelle il se drapait. A côté d’eux étaient cou-*

(i) Le Windermere est un des lacs anglais du Cumberlar d". — H. S.

chées des pipes massives en terre noire. Un peu en arrière, accroupis et immobiles, étaient les fils du roi, six ou sept gamins en jupons de cuir, ayant de plus noués sous le menton de petits charmes destinés à leur procurer de bons rêves. La première bienvenue du roi, qui nous fut adressée en bon idiome du littoral, était empreinte d’une chaleureuse cordialité. Il ne nous fallut qu’un instant pour comprendre que les gens avec lesquels nous nous trouvions maintenant ne ressemblaient en rien aux grossiers indigènes des districts voisins. Ils avaient ces beaux visagés ovales, ces grands yeux, ces nez à haute courbe qui caractérisent l’élite des races abyssiniennes. Après une poignée de mains tout à fait anglaise, qui est aussi dans les usages de ce pays, Roumanica , souriant toujours , nous pria de nous asseoir à terre en face de lui. Il voulait savoir ce que nous pensions du Caragoué, de ses montagnes, qui, selon lui, devaient être les plus belles du monde, et du lac, qui, sans nul doute, excitait notre admiration. Il nous demanda aussi en riant, car il en savait toute l’histoire, ce que nous pensions de Souvouarora et de notre réception dans le Soui. Je profitai de l’occasion pour lui remontrer qu’il devrait, dans l’intérêt même de son royaume, mettre un frein à la rapacité de Souvouarora, dont les taxes abusives empêchaient les Arabes d’arriver jusqu’au Caragoué et lé privaient ainsi de mille objets précieux, qu’on lui apporterait de toutes les parties du monde si cet obstacle était écarté. Le roi s’informa des moyens que nous avions pour trouver notre chemin sur tous les points du globe, ce

qui nous conduisit à de longs détails sur l’étendue proportionnelle de la terre et des eaux, la capacité (la force) des navires qui portaient jusqu’aux éléphants et aux rhinocéros destinés à nos ménageries. Nous l’étonnâmes aussi beaucoup en lui apprenant que notre pays était au nord du sien, et que nous venions cependant, en nous fondant sur les assurances de son ami Mousa, lui demander passage pour nous rendre dans le Ganda. Le temps s’écoulait avec une rapidité merveilleuse durant ce premier entretien; mais, comme le jour baissait, il fallut songer à notre installation, et, profitant de l’option qui nous était laissée, nous allâmes nous établir, à l’extérieur du palais, dans un endroit ayant vue sur le lac, dont l’aspect nous avait charmés.

Un des jeunes princes, à qui on avait recommandé de veiller sur nous, ne m’eut pas plus tôt vu installé dans mon fauteuil de fer, qu’il courut rendre compte à son père de cette nouveauté merveilleuse. Cela me valut une invitation à me rendre sans retard au palais pour montrer « l’homme blanc » sur son trône, et dans tout l’appareil de la dignité royale que me conférait un siège si honorable. J’obéis, quelque peu à regret, dédommagé cependant par la joyeuse admiration de mon hôte, par son intelligente curiosité, par la confiance enfin qui s’établissait entre nous : — « Oh! ces blancs, ces blancs, s’écriait-il avec un hochement de tête significatif, que ne savent- ils pas et que ne peuvent-ils accomplir f »

Je profitai de l’occasion pour glisser un mot contre

les préjugés superstitieux par suite desquels les Houmas nous refusaient du lait (i). Le roi me répondit que « ces idées avaient exclusivement cours parmi les classes pauvres, et qu’il mettrait bien volontiers à notre service le produit quotidien d’une de ses vaches. »

On m avait assuré que, par une délicatesse d’autant plus louable qu’elle lui est plus personnelle, Roumanica serait froissé si je m’acquittais trop promptement envers lui du droit de passage. Néanmoins, un jour, voulant ne pas me montrer insensible aux traitements géneieux dont je suis I objets il m’a paru convenable d'offrir au roi mon pistolet-revolver, le premier qu’il eût jamais vu, et qui avait produit sur lui une impression surprenante. Je suis donc allé le trouver dans la hutte qui constitue sa résidence particulière. La propreté, l'élégance relative et le bon entretien de cette demeure m’ont vraiment surpris. La toiture est soutenue par des poteaux parfaitement réguliers auxquels sont attachés des trophées de lances et de javelines. Les unes ont des manches de fer et des pointes de bronze, les autres se composent de pointes de fer et de manches de bois; toutes sontartistement travaillées. Un

(0 Ils craignent, à ce qu’il paraît, pour leur bétail l’influence funeste, de quiconque, ayant mangé soit du porc, soit du poisson, soit de la volaille, soit une espèce de fève appelée mahara-

goué , viendrait ensuite à boire le lait de leurs vaches. H. S.

Cette explication rend compte d’un préjugé qui s’étend trèsloin vers le nord ; car sir S. Baker l’a rencontré fort souvent durant son voyage de Khartoum au lac Albert. Je ferai aussi observer que la réponse de Roumanica n’est pas d’accord avec 1 opinion qui considère les Houmas comme les riches propriétaires, comme l’aristocratie, du Caragoué. — J. B.

grand écran mobile, en tresse de paille élégamment ouvragée, formait cloison et divisait la chambre en deux portions inégales; on voyait, sur la paroi opposée, à titre de simple ornement, de petites ancres d’airain et des modèles de vaches exécutés en fer, dans des proportions fort réduites, par les Arabes de Coufro.

Ma visite nous a été rendue, le soir, par Roumanica et Nanaji, dans un but politique. Le premier venait nous demander d'user de cette magie qui nous fait retrouver notre chemin à travers le monde pour tuer son frère Rogéro,qui réside, m’a-t-il dit, sur une montagne dominant la Kitangoulé. Les deux princes se prélassant sur nos sièges avec une indicible satisfaction, je n’ai pas cru indiscret de leur demander quelques renseignements plus précis et plus détaillés sur l’objet de cette étrange requête. Voici le résumé de ce qu’ils m’apprirent.

Dagara, leur père, avant de mourir de vieillesse, commit l'imprudence de dire à la mère de Rogéro que ce dernier, bien que le cadet de la famille royale, avait toutes les qualités requises pour faire un excellent monarque. Saisissant au vol cette suggestion irréfléchie, la reine en question éleva son fils dans l’idée qu’il gouvernerait un jour le pays, malgré la loi de primogéniture qui règle la succession au trône, et ne s applique qu’à ceux des enfants du roi qui sont nés depuis son avènement. Dagara mourut laissant les trois fils déjà nommés, et qu’il avait eus de trois mères différentes. Aussitôt s’élevèrent des contestations dans lesquelles Nanaji prit le parti de Roumanica, et Rogéro se vit

expulsé par ses deux aînés. Soit crainte, soit affection, il n’en avait pas moins rattaché à sa cause une bonne moitié de ses compatriotes ; et, comptant sur son influence, il leva une armée pour disputer l’autorité royale à ses frères. Nul doute qu’il ne l’eût emporté sur eux sans l’intervention de mon ami feu Mousa,qui, avec une générosité sans pareille, employa tout ce qu’il avait d’ivoire à s’assurer le concours des esclaves armés de mousquets que les négociants arabes entretenaient à Coufro. Ces puissants auxiliaires mirent provisoirement obstacle aux conquêtes de Rcgéro ; mais il n’en a pas moins juré de réaliser ses projets ambitieux dès que les Arabes auront quitté le pays, et c’est en vue de ces hostilités éventuelles qu’on invoquait notre sorcellerie pour mettre fin à ses jours. Nous déclinâmes modestement le pouvoir qu’on nous supposait; mais le roi, ne voyant là qu’une défaite, employa mille subterfuges pour en arriver à ses fins. Revenant sur d’imprudentes paroles, il repoussait toute idée de fratricide comme en opposition avec les moeurs du pays. «Si je parvenais à lui livrer Rogéro, il se bornerait, respectant sa vie et même sa liberté, à lui faire crever les deux yeux pour le mettre hors d’état de nuire. »

Quelques jours plus tard, comme je lui avais donné, avec un bon assortiment de munitions, ma carabine, qu’il avait reçue avec une joie extrême en pensant que je lui procurais ainsi une supériorité irrésistible sur tous ses ennemis et en particulier sur Rogéro, Rou- 'iianica a voulu, dansl’entramement de sa satisfaction,

me faire confidence, sous le sceau du secret, de quelques détails qui complètent les précédents.

Il paraît qu’à la mort de Dagara, son cadavre, comme ceux de tous ses prédécesseurs, fut cousu dans une peau de vache et placé sur une barque abandonnée ensuite aux eaux du lac. Trois jours après, la décomposition étant commencée, on alla chercher trois des vers qu’elle avait engendrés, pour les rapporter au palais, où ils furent placés sous la garde de l’héritier présomptif ; mais, au lieu de rester ce qu’ils étaient, l’un d’eux fut métamorphosé en lion, l’autre en léopard, le troisième en un bâton ; après quoi le corps du roi fut porté sur la montagne Moga-Namirinzi, où le peuple, au lieu de l’enfouir, construisit une hutte au-dessus de lui. On y fit entrer de force cinq jeunes filles et cinquante vaches , puis , toutes les issues solidement barricadées , on les y laissa mourir de faim.

Vint ensuite la question de la succession à la couronne. Devant les trois prétendants, Roumanica, Nanaji et Rogéro,les dépositaires provisoires de l’autorité royale firent apporter un petit tambour symbolique, léger, à vrai dire, comme une plume, mais qui, une fois chargé de talismans, devint tout à coup d’un poids trop considérable pour que personne pût le soulever de terre, sauf l’homme en qui les Esprits reconnaîtraient l’héritier légitime du roi défunt. Or, Roumanica fut le seul des trois frères à qui réussit cette épreuve décisive : tandis que les deux autres s’épuisaient en vains efforts, il enlevait de terre, sans la

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