Scuttrer, oug. cifé, ef. HoLYZzMANN-BAUER, p
6. Comme elle suflit, par exemple, 4 Mar Ducnesne qui ecrit au sujet dela conciliation des données synoptiques et johanniques : « Je lai essayé apres tant d'autres (de les concilier). Mieux vault reconnaitre que sur ce point nous ne sommes pas en mesure de concilier les évang¢listes » (/istoire ancienne de VE glise, Paris, 1906, I, p. 288, n. 3).
Nous prendrons d’abord le récit de Mare, puis nous examinerons ce qui est particulier & Mathieu et a Lue.
La premiere indication chronologique relative a la passion se trouve, dans le récit de Mare, au commencement du chapitre 14, Le narrateur, parlant du dessein des autorités juives de faire mourir Jésus, mais non pendant la fete de peur de provoquer un tumulte parmi le peuple, donne cette indication “Hy 70 RATYO XO TH AGUUA wets dvO husous (14, 1). Cette indication a parfois surpris car elle rapproche deux choses qui, en fail, n’étaient pas identiques : la Paque qui se célébrait le 14 Nisan au soir et les Massot qui commengaient & ce moment-la et duraient sept jours. Il nest pas nécessaire que Péyangéliste ait commis la méme erreur que Lue qui, par le terme de « féte des Azymes qu'on appelait Paque » (Le. 22, 7), identifie purement et simplement les deux choses. Ce qui importe, pour le narrateur, c'est de donner une indication chronologique, or le moment ou se célébrait la Paque était aussi celui ot). Von commengait & manger des Massol. L’évangéliste pouvail donc prendre la « Paque et les Massot, » e’esti-dire le soir du 14 Nisan comme point de depart de son indieation chronologique. Le terme de « Paque et Massolt, » désigne done le moment oti se eélébrait le repas pascal, c’est-a-dire la soirée du 14 qui commengail la journée du 15'. Sur ce point. tous les exégétes sont daccord. Ils ne le sont plus sur la question de savoir comment doivent-ctre interprétés les mots werx 690 nusoxs. Holtzmann® soutient que dans les passages Me. 8, 31; 9, 31; 10, 34, le terme de « aprés trois jours » signitie exactement la méme chose que « le troisieme jour, » terme qui est employé dans le passage parallele de Mathieu; le troisieme jour serait alors le surlendemain. « Apres deux jours » signifierait done le lendemain; Lindication de notre texte se rapporterait au 13 Nisan. Loisy reconnait que Mare semble viser ici le 12 Nisan, Vinterprétation de Holtzmann ne lui parait done pas naturelle. Il ajoute cependant : « Mais comme Mare admet pour la résurrection Péquivalence des formules « apres trois jours » et « le troisiéme jour, » il se pourrait que « dans deux jours » signifiat le deuxiéme jour, c’est-a-dire
1. HourzMann (71. C., B, p. 171) pense quil faut entendre Laprés-midi du
44 Nisan parce que ec’était a ce moment quon sacrifiait lagneau. 2 HOLTZMANN Gault) pod, ef. p. 84.
le lendemain et que le récit eommencat en réalite le mercredi 131. »
Celle interprétation nous parail appeler diverses observations, La parfaite é¢quivalence de Vexpression « aprés trois jours » et de ’expression « le troisieme jour » nest nullement établie. Mathieu et Lue ont ici corrigé les données de Mare qui leur sert de source. La preuve, en quelque sorte matérielle, en est fournie par le passage Mt. 27, 63 qui fait allasion a annonce de la résurrection « apres trois jours. » Si Mathieu et Lue ont corrigé le texte de Mare, ¢ est que ce texte n’exprimail pas exactement ce quils voulaient dire et cest 1a une preuve que les deux expressions « aprés trois jours » et « le troisiéme jour » ne sont pas parfaitement équivalentes. La méme conclusion résulte Cun passage d’Osée dans lequel le teeme de « apres deux jours » correspond a celui de « le troisiéme jour ®. »
D’apres cela, il ne faut pas donner a « apres deux jours » le sens de « le jour suivant, » mais celui de « le troisiéme jour » ou « le surlendemain® ». C’est done le 12 Nisan qui est visé*.
Les autorités juives se proposent de faire périr Jésus, mais pas pendant la féte de peur de provoquer un tumulte parmi le peuple (Mc. 14, 7, 2). Les mots « pas pendant la féte » peuvent signifier avant ou aprés la féte. A priori le sens de « ayant la féte » est plus satisfaisant, car Jésus n’était venu a Jérusalem que pour la Paque et si on tenait ’ s’emparer de lui, il fallait se hater @agir de peur que, la fete terminée, il ne retournat en Galilée. En fait, Jésus n’a pas été arrété apres la féte, done ou bien il la été avant, ou bien les Juifs ont mo-
4. Lotsy, Les Evangiles synoptiques, Paris, 1907, 1908, IL, p. 490.
2. « Aprés deux jours, il nous guérira, le troisicéme jour nous nous leve-
rons » (Osée 6, 2). Ce serail une erreur que Vimaginer que les traditions relalives aux apparitions du ressuscité ont eu de bonne heure une fixilé absolue et que, par conséquent, pet%, cvo tugozs doive avoir le méme sens que TH | soity ‘jusoa. Un passage comme Mt. 19, Go prouve quwune tradition faisait rester Jésus 3 jours et 3 nuils dans le sein de la terre.
3. B. Weiss dans Meyer, IIs, p. 226. J. Wertnausen, Das Evangelium Marci, p. 114 E. KLrosrenmann dans [Handbuch de Lisrazmann, Il, p. 118.
4, Quelques exégétes comme B, Wriss* et Loisy™* croient pouvoir préciser de quel jour de la semaine il s'agit. Ce mest possible que sion prend pour établi que le Jeudi est le 14 et par suite que Jésus a pris avee ses diseiples le repas pascal.
* B. Werss, dans Meryen If, p. 226.
** Lotsy, Ho. Syn., Il, p. 114,
difié leur plan daection. Rien mindique qwils Vaient fait ow ne permet de comprendre pourquoi ils Vauraient fait. On a pensé, il est vrai, que la démarche faite aupres deux par Judas pouvail les avoir déterminés & agir plus tot quils ne le projetaient. Mais, d’apres le récit de Mare, Judas ne parait pas avoir apporté aux Juifs un plan concerté, puisqu’il est dit qu il eherchait comment il pourrait le leur livrer dans des condilions favorables (Me. 74, 77). IL est done probable que Jésus a été arrété avant la fete’.
Aprés avoir parlé de la décision prise par les Juifs le 12 Nisan, Mare rapporte lonction de Béthanie (Me. 14, 3-9), sans doute daprés une autre source®. Dans sa pensée, cet episode se place le méme jour que la réunion des Juifs. Il n’y a aucune raison dassigner une autre date a la trahison de Judas qui semble avoir été primilivement en relation étroite avec le complot juif (Me. 14, 72-16). Apres ces événements vient le récit de la préparation du repas qui ne peut se placer que le jeudi 14 Nisan, puisque c’est un repas pascal qui est préparé et que ce jour-li est la veille de la mort de Jésus. Si ce sys- | teme chronologique était aussi celui qui domine le passage 74, 7 lavant-veille de la Paque serait le mardi, mais alors la journée du mercredi serait enti¢rement vide, ce qui ne laisserait pas d’étre un peu étrange dans une semaine dont le commencement et la fin sont si remplis. Cela est peu vraisemblable et il parait plus naturel d’admettre que le 12 Nisan a été un mercredi et que, par suite, dans le systeme chronologique supposé 77, 7 par la Paque était le vendredi et non pas le jeudi. Cette conclusion est entiérement confirmée par le récit que Mare donne du début de la semaine. Les é¢événements qu il rapporte sont exactement distribués en journées, a la tin de chacune desquelles Jésus se retire & Béthanie, Aucune de ces journcées ne pouvant étre un sabbat, il faut penser qu'il s’agit du dimanche, du lundi et du mardi. Dans ce cas la journée racontée dans le passage Mc. 74, 7s. quine peut pas étre identique a celle racontée par 14,728. ne pourrait étre qu'un mereredi. Il faut, il est vrai, remarquer que cette distribution des événements de la semaine de la passion en journées n/ap-
1. WeELLHAUSEN, Das Evangelium Marci, p. 114. 2. Maurice GOGURL, p. 254 s.
partient pas a la couche la plus ancienne de la tradition synoptique, Mathieu ne l'a peut-étre pas connue!. Elle nen fournit pas moins une indication quwil serait illégitime de négliger et qui nous renseigne au moins sur la maniére dont le second évangéliste a concu la chronologie de la passion.
Le récit du repas lui-méme est rattaché a ce qui précede dune maniére un peu particuliére. Au verset 76, on lit que les deux disciples envoyés par Jésus préparent la Paque comme il leur avait été ordonné. I] nest pas dit quils soient, & un moment quelconque de la journée, revenus auprés de Jésus etil nest pas croyable quils Vaient fait, car les préparatifs du repas ont dt les absorber jusquiau moment de se mettre a table. Cependant au verset 17, Vévangéliste dit que, le soir élant venu, Jésus vient avec les douze, comme si deux dentre eux navaient pas élé envoyés en avant. Ce détail prouve que les deux récits de la préparation et du repas ne proviennent pas de laméme source. Il n’est done pas certain a priori que ce repas ait été un repas pascal, non pour l’évangéliste, mais pour lauteur de la source a laquelle son récit est emprunteé. Nous avons essayé de montrer ailleurs que ce qui est dit du repas luirméme s’accorde mal avee Uhypothése d’apreés laquelle Jésus aurait célébré la Paque avec ses disciples.
Dans le récit de la prediction du reniement de Pierre, un détail peut viser le rituel pascal : c'est Vallusion au Hallel chanté par Jésus et par ses disciples avant de quitter la salle ott ils avaient pris leur repas.
Dans la suite il n’y a plus dindication chronologique mais les évéenements qui sont racontés peuvent diflicilement s’étre déroulés une nuit de féte*. On se représente malaisément une foule de Juifs courant aprés Jésus pour s’emparer de lui a Vheure méme oti ils auraient dt manger le repas pascal. Une réunion du sanhédrin la nuit de la féte est plus inyraisemblable encore, car ici il ne s‘agit plus seulement de gens du peuple et de subordonnés, mais de Vélite religieuse d’Israél a laquelle il est bien diflicile de préter un tel mépris des usages