CHAPITRE III
Les préliminaires de la passion.
Drcision pES AUTORITES JUIVES CONTRE JESUS
MedRi tat lode Ul oiled) 43 dae ME D6 pus LC. 02, 4-23)
Dans le récit johannique comme dans le récit synoplique, le premier épisode de Uhistoire de la passion est une décision prise par les autorites jJuives de faire mourir Jésus.
Mare (/4, 7. 2) raconte que lon est deux jours avant la Paque, et que les grands prétres et les Scribes cherchent a prendre Jésus par ruse pour le faire mourir. Ils ne veulent pas que ce soit pendant la féte pour éviter un mouvement du peuple.
Mathieu donne le méme reécit & quelques variantes pres (26, 1-5). Lindiecation chronologique, qui chez Mare se liait mal a la suite du récit, est remplacée par une déclaration de Jésus a ses disciples : « Vous savez que la féte de Paque est dans deux jours, et que le Fils de PHomme doit étre livré pour ¢lre crucifié. » Le projet des Juifs est transforme en une décision formelle prise a la suite d'une séance du sanhedrin qui se réunit chez le grand-prétre Caiphe.
Dans le récit de Lue (22, /-2) au lieu de Vindication chronologique precise il y a une phrase un peu vague « La féte des pains sans levain appelee la Paque était proche. » Lue parle, comme Mare, dun projet des Juifs et non @une décision réeguliére. Il ne dit pas qu’on veut s‘emparer de Jésus par ruse et avant la féte, mais conserve le détail qu’on craignait le peuple, bien quil ait plus de sens chez lui.
Les raisons qui ont déterminé Vévolution de la tradition synoptique ne sont pas difliciles & découvrir. Mathieu peut
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avoir été frappé de ce qu'il n’y avait aucune corrélation réelle entre la proximité de Ja Paque et la décision prise par les Juifs. Pouren ¢tablir une, il a incorpore Vindication chronologique a une déclaration de Jésus sur sa mort imminente. La relation entre cette déclaration et le projet des Juifs est claire. C’est parce que le moment est venu ot, d’apreés le plan divin, Jésus doit mourir, que les JuifsS se concertent contre lui. Pour que cette relation apparaisse plus netlement, le projet dont parlent Mare et Luc est devenu une décision réguliére.
La forme que Luc a donnée a son récit s’explique par le souci de mettre lépisode mieux d’accord avec la chronologie qu il adopte. C’est pour cela quil le place au moment ou « la Paque est proche » et quil supprime la décision des Juifs de ne pas faire mourir Jésus pendant la fete. L’intention de prendre Jésus par ruse a disparu de méme, mais lévangéliste anégligé de suppriner en méme temps Vindication qui Vexpliquait: « car ils craignaient le peuple. »
Y a-t-il un noyau historique dans la tradition recueillie par Marc? IL est peu probable que son récit provienne d'un milieu juif. IL a plutét pour origine des réflexions faites de bonne heure par les Chrétiens sur Vattitude des Juifs a V’égard de Jésus. L’arrestation de Jésus par ruse, avant la fete, permettait de leur attribuer le projet que Mare leur préte ici et quwil était naturel de relater au commencement dune histoire de la passion.
Le récit de Jean (47, 47-53) présente un certain nombre de particularités. Comme dans Mathieu, il y est question dune séance réguliere du sanhédrin. Cette réunion est provoquée par l’émotion qua produite la résurrection de Lazare. Les Juifs craignent que la foule ne s’attache a Jésus & cause des miracles quwil fait et que les Romains ne prennent ce prétexte pour detruire le peuple juif. Caiphe, le grand-prétre, — nommeé aussi chez Mathieu, qui dit que la séance a lieu chez lui — dit alors quil vaut mieux quun seul homme périsse pour tout le peuple. L’évangéliste remarque que c’est en sa qualité de grandprétre quil prononce cette parole prophétique. Il ajoute que Jésus ne meurt pas seulement pour le peuple juif, mais pour tous les enfants de Dieu. A partir de ce moment-la, les Juifs décident de faire mourir Jésus.
On découvre au premier coup doeil Pétroite parenté quil y aentre ce réecit et celui de Mathieu'. Des deux cétés Caiphe est le grand-prétre et Cesta la suite dune séance réguliére du sanhedrin qu’on décide de faire mourir Jésus. Le texte actuel de Jeanne peut avoir été Poriginal copié par Mathieu, car si le premier évangéliste avail connu la parole prophélique du grand-preétre, il se serait bien gardé de la supprimer. Il y a done lieu d’admettre que le récit johannique a pour source le récit de Mathieu ou un récit semblable a celui-la. Faut-il attribuer au rédacteur ou a@ une source parliculi¢re ce qui ne se trouve que dans le récit johannique, c’est-a-dire la mise de l’épisode en relation avec Vhistoire de Lazare, la cramte dune intervention romaine motivée par les miracles de Jésus el entin la parole du grand-prétre? La parole du grand-prétre est suspecte, non seulement a cause de son caractére théologique, mais encore parce que le petit morceau qui la contient (117, 49-52) appelle le grand-prétre Caiphe alors que, nous le verrons plus loin, la tradition primitive du quatri¢me évangile parait connaitre le grand-prétre sous le nom dHanne?®. Il y a la une séricuse raison de considérer, avec Wellhausen ®* et Schwartz’ ce peut fragment comme une interpolation, de la méme main que le dernier remaniement du proces. I est peu probable quill faille, avee Spitta®, relenir comme authentique la parole prononeée par Caiphe.
La maniére dont, au chapitre suivant (72, 70. 77). est rapportée une décision prise par le sanheédrin’ contre Lazare, donne.a penser que dans le recit primitif la decision des Juifs était bien provoquée par la résurrection de Lazare. Il est vrai que Vexpression employée : « Cet homme fait beaucoup de miracles » (17, 45), conviendrail alors assez mal*. Il y a certainement eu Ja quelque remaniement*; on ne peut
4. Cela empéche d’adopter lopinion de RENAN ( Vie de Jésus*, Paris, 1863, p- 363 .s., 379 s.), Vaprés laquelle il y aurail eu deux conseils Ltenus par les pretres.