MAuRICE GOGUEL, p
histoire de la passion, il en résulte que Jean a connu nos évangiles sous leur forme actuelle, celui de Luc en particulier.
Mais s'il a emprunté aux synoptiques le récil de langoisse de Jésus, Jean ne la pas introduil dans sa narration sans lui faire subir des moditications importantes.
L’épisode est dabord simplifié. Au lieu de rapporter comme Mare et Mathieu une triple priere, Jean, comme Luc, en donne une simple.
Au lieu de mettre dans la priere lacceptation de la volonté de Dieu, si cette volonté ne peut pas étre changée, Jean mel dans la bouche de Jésus une parole qui suit cette priere et Vefface : « Cest pour cette heure que je suis venu. » Jésus n’altend pas une manifestation de la volonté de Dieu pour se soumettre, il accepte lui-méme ce qui résulte de sa-mission ; par suite Pépisode de Vintervention de lange recoit un autre caractere. Ce nest pas pour soutenir Jesus que Dieu répond asa priere, si lon peut appeler priere ce que rapporte Jean, c est pour servir de signe au peuple. L’épisode est emprunte au réecit de Luc, mais transforme.
Entin Vépisode est déplacé. Au lieu d’étre rapporte avant Varrestation, & un moment ot Jésus est seul avec quelquesuns de ses disciples, il a lieu en présence du peuple, immédiatement apres entrée a Jérusalem.
Sur aucun des points ot: le récit johannique se sépare des synopliques, on ne peut admettre qu il ail conserve la tradition primitive. Les transformations quil a fait subir aux reécits de ses devanciers lui ont été diclées par sa conception de la mort du Christ. Le Christ johannique ne pouvait pas demander a étre délivré de la mort. Sil avail prononcé une parole dans laquelle semblait exprimé le trouble de son ame, et si Dieu y avait répondu, ce n’avait pu étre que pour Pinstruetion du peuple. Il fallait done que Pépisode fit transporté a un moment ot Jésus était encore au milieu de la foule.
Il y adone dans Jean 12 trois récits qui proviennent de la tradition synoptique et qui représentent une élaboration secondaire de cette tradition.
On peul encore noler dans ce chapitre quelques fragments empruntés a la tradition qui a fourni histoire de Lazare, ou
introduits par le rédacteur pour’ combiner avec cette hisloire ce quil lirait des synopliques.
Ceci écarté, il reste :
le Demande des Grees et déclaration de Jésus sur sa mort (12, 20-26).
2° Déclaration de Jésus sur le jugement du monde (72, 31-304 }.
3° Réflexions de Pévangéliste sur Vinerédulité du peuple (12, 36b-44).
4° Déclarations de Jésus sans indication de lieu ni de moment; elles ne sont que le commentaire et la confirmation des réflexions de lévangéliste (12, 45-50).
Ces deux derniers moreeaux viennent certainement du redacteur. Il y a de méme un développement theologique spéciliquement johannique dans la parole sur le jugement du monde et la déclaration de Jésus sur la valeur de sa mort.
Il faut ajouter a cela que rien windique ot et pour quel public Jésus parle, ce qui rend bien difficile de considérer son discours comme historique. Nous verrons done dans ces morceaux deux interpolations’. On pourrait se demander si elles proviennent Pune et Vautre de la méme main ou sil ne faut pas attribuer le discours de Jésus aun plus jeune interpolateur qui aura voulu confirmer les réflexions de Vévangeliste*,
Le morceau 77, 24 s. sinspire trop directement dune parole de la premiere épitre de Paul aux Corinthiens (/ Cor. 15, 36) pour avoir une autre origine que la théologie paulinienne. Il nest pas possible de déterminer si le rédacteur auquel on doit ces morceaux est celui qui a donnée a lévangile sa forme actuelle, ou [un de ses devanciers.
La Question pes Grecs (Jean 12, 20-26.)
Spitta® a fail remarquer que la venue des Grecs a Jerusalem
1, Scuwarrz, p. 184 Il ne pense pas quelles appartiennent a la plas jeune couche de la tradition, C'est un point sur lequel il nous parait diflicile de se prononcer.