‹ Les sources du récit johannique de la passionChapitre 36 sur 62 · ANNONCE DU RENIEMENT DE PIERRE · texte numérisé non relu

ANNONCE DU RENIEMENT DE PIERRE

(Jean 13, 36-38. Cf. Mc. 14,,96-31. = Mt. 26, 30-35 == Le. 22, 34-34.)

L’annonce du reniement de Pierre (73, 36-38) est racontée par Jean comme conséguence d’une question de Papotre qui demande a Jésus : « Seigneur ott vas-tu? » Jesus lui répond : « Ou je vais tu ne peux me suivre mais tu me suivras plus tard. » A quoi Pierre réplique : « Seigneur, pourquoi ne pourrais-je te suivre? Je donnerais ma vie pour toi. » C’est alors que Jésus déclarve : « Tu donnerais ta vie pour moi? En verité, je te le dis, le cog ne chantera pas que tu ne m/aies renié trois fois. »

Dans les synoptiques, le reniement de Pierre est aussi annoneé a la fin de la soirée. Mathieu et Mare placent leépisode apres que Jésus et ses disciples sont sortis pour se rendre a la montagne des oliviers. Lue le place encore dans la chambre haute, d’aceord sur ce point avec Jean. Mare et Mathieu introduisent le récit par une déclaration de Jésus : « Tous, vous vous scandaliserez, car il est écrit: Je frapperai le berger et les brebis seront dispersées. Mais quand je serai ressuscilé je vous préccderai en Galilée. » Pierre lui répond : « Méme si les autres se scandalisent, moi je ne me scandaliserai pas: » a quoi Jésus répond; « Je te le dis (aujourd'hui, Mce.),

celle nuil méme, avant que le cog ail chanté (deux fois Mce.), tume renieras trois fois. » Pierre répond : « Méme s'il me fallait mourir avec toi, je ne te renierais pas. »

Dans Lue, le récit est sensiblement different. Jésus s’adressant a Pierre lui dit que Satan a demandé a le cribler, mais quil a prié afin que sa foi ne défaille pas. « Quand tu seras converli, continue-t-il, affermis les fréres. » En réponse a’ cette parole de Jésus, Pierre sé déclare prét a le suivre en prison et jusqu’a la mort. Jésus lui répond : « Le cog ne chantera pas aujourd’hui que ta maies par trois fois nié me connailre. »

La parenté du récit johannique avee les synoptiques résulte de la prediction @un triple reniement avant le chant du coq. On peut signaler un point de contact particulier entre le réecil de Jean et celui de Mare et de Mathieu. L’avertissement de Jésus y est donné en réponse a une déclaration preésomptueuse de Pierre. Dans le récit de Luc, comme dans celui de Jean, Pierre se déclare prét & donner sa vie pour Jésus. On peul done présumer que le quatriéme évangile a connu les trois récils synopliques et a suivi tantot Pun, tantot Pautre.

Ce qui appartient en propre a levangeéliste, c'est Pintroduction de son récit. Pierre y manifeste Vintention de suivre son maitre, et Jésus lui declare qu'il ne le peut encore, mais qu il le pourra dans la suite. Comme c'est vers la mort que Jésus marche ace moment-la, nous avons ici une allusion au martyre de Pierre, analogue a celle quil y a dans lappendice de lévangile (2/7, 78-79). Il wy a done rien la qui repose sur une tradition ancienne. On peut en conclure que le reécit johannique de Vannonce du reniement provient de la combinaison des récits synopliques avec une tradition sur le marlyre de Pierre, qui avait cours dans le milieu ot: lévangile a été composé. Le rapprochement ainsi opéré avail pour effet (atténuer ce quil y a d’odieux dans la conduite de Pierre, par une allusion & sa fidélité ullérieure. Une correction analogue avail déja été faite dans lévangile de Luc, par allusion a la conversion de Pierre et & son role pour convertir ses fréres (Luc 22, 32).

Corssen! a montré qu'on ne pouvail voir dans le fragment

1. Corssex, Die Abschiedsreden Jesu in dem vierten Evangelium, Z. N. T. W., 1907, p, 122.

13, 36-38 un élément primitif du récit johannique. Dans ce moreeau, en effet, les disciples ont compris que Jésus va a la mort, tandis que la suite (/4, 5) prouve quils ne le savent pas

encore.

Il y a done une analogie certaine entre le récit johannique et le récit de Lue pour annonce de la trahison de Judas et la prédiction du reniement de*Pierre. Il nous reste a voir quelle relation il peut y avoir entre les deux récits pour les deux groupes paralléles : lavement des pieds. lecon d’humilité (Jean). Préparation du repas, céene, dispute de préséance

(Luce).

Nous pouvons, dés Vabord, écarter le récit synoptique de la Paque. Il nest pas nécessaire de s'appuyer sur ce fait quil ap- =

partient & une couche tres secondaire de la tradition, pour supposer que Jean a ulilisé une source ot il ne se lrouvait pas. L’évangéliste avail dexcellentes raisons d’omelttre ce récit sil le connaissail. Il contient en elfet, une donnée chronologique qui contredit le systeme quwil adopte et auquel il attribue un sens profond.

Le LAVEMENT bDEs Preps

(Jean, 13, 1-11.)

I faut attribuer a episode du lavement des pieds une autre portée que celle @un symbole @’amour et dhumilité'. Le fait a, dans le récit johannique, une importance capilale, comme le prouve la déclaration faite a Pierre. Quant a son sens précis, il échappe a intelligence des assistants; ce nest que plus tard quils comprendront (7/3, 7). La discussion entre Jésus et Pierre prouve que le geste de Jésus a une valeur intrinseque comme moyen de purification. Enfin il s’agit dun acte ‘ qui doit étre répété (73, 14 s.). Malgré Pordre précis que con- | tient le récit johannique, il*n’y a aucune trace dans Van- ; cienne église, au moins a lPépoque des origines, d’un rite de s ce genre*. En absence de tout sacrement du lavement des :

1. Lorsy, p. 709. Contre JEAN REVILLE, p. 238 et Zann, p. 534. 2, Le plus ancien témoignage relatif a Vusage du lavement des pieds des pauvres le Jeudi saint se trouve chez Augustin. Cf. P. Tscuackert, art. Fusswaschung, dans R. E., V1, p. 324s.

pieds, Pordre de répeétition donne par Jésus ne peut viser quautre chose. Les lecteurs du quatriéme évangile, mieux avertis que nous du symbolisme johannique, ne devaient pas se méprendre sur ce point en lisant le récit du lavement des pieds.

Cette interpretation est confirmeée par les diflicultés auxquelles on se heurte si l’on essaye (interpréter Pépisode dune manieére littérale. Jésus déclare a Pierre : « Celui qui est lavé 1a plus besoin qu’on lui lave rien sinon les pieds! » (/0). IL y a la une allusion a un acte accompli antérieurement, on ne voit pas lequel, car ilne peut étre question des ablutions juives. La phrase : « Vous étes purs mais non pas tous, » ne peul se ‘apporter a la purelé matérielle et rituelle. Si Von admet au contraire que le texte vise autre chose, tout est clair. Le bain auquel il est fait allusion, c’est le baptéme. L’aflirmalion que lun des apotres n’est pas pur vise Judas. La souillure des pieds quil est nécessaire d’effacer représente les pécheés poslérieurs au baptéme dont Vhomme doit étre purific.

Il faut enfin relever cette phrase: « Tu ne comprends pas encore ce que je fais, mais tule comprendras par la suile. » (13, 7). Tout, dans Vhistoire de la passion, étant dominé par Vidée de la mort imminente du Christ, il West’ pas téméraire de penser que l’épisode du lavement des pieds est une allégorie dont le sens profond ne pourra étre reconnu qu/apres la mort de Jésus. Quand on se souvient que, pour le quatrieme évangéliste, [eucharistie nest possible qu’apres Ja mort du Christ, on est ameneé a conclure que le récit du lavement des pieds est une allégorie de Veucharistie*. L’allégorie a été substituée au récit historique parce que, pour lévangeéliste, tant que le Christ n’était pas mort, leucharistie n’étail pas possible.

Cette conclusion est confirmce par le fait que le récit johannique ne fait qué concréliser ce qui, dans le récit de Lue, était donné sous forme denseignement. « Je suis au milieu de vous comme celui qui sert, » dit Jésus (Le. 29, 97). Ilha sutli au quatriéme évangélisle de Lransposer cette parole en un acle, pour créer un épisode dans lequel Jésus remplit les fone-

1. Ce texte est le plus probable, bien que certains manusecrits comme s. C. (or. 0G) ne donnent pas « sinon les pieds. »

2..-Mauricre GoGurL, ?ELucharistie, p. 195 s. Bruno Bauer, II, p. 197. Loisy, p- 714 s. HOLTZMANN-BAUER, p. 237.

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fone du plus humble ee esclaves. ue racontait Vinstitution 7 Nore! de la céne et rapportait une lecon d@humilité donnée par ae Jésus a ses disciples. Jean a réuni les deux choses en une; : de Ja legon de Jésus il a fait un acte, et ue cet acle une Rises gorie de Veucharistie. | ae Ainsi, le récit johannique de la derniére soirée, si différen qu il soit au premier abord du récit synoptique, ne suppose > pas d’autre source que ce récit dont il mest en définitive — qu une élaboration théologique. :

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