‹ Les sources du récit johannique de la passionChapitre 44 sur 62 · Spirra, p · texte numérisé non relu

Spirra, p

synoptique. Il est peu probable qu’ils aient fait partie de la tradition johannique primitive. I] faut ajouter a cela que rien ne justifierait Pintroduction des Romains au moment de larrestation de Jésus dans un récit qui, comme celui du quatriéme évangile, tend nettement A alténuer les responsabililés des autorités romaines dans Vhistoire de la passion.

2° La scéne du baiser de Judas racontée par les trois synoptiques ne se trouve pas dans le récit de Jean'. Le quatriéme évangéliste raconte que Jésus s’avance a la rencontre de la troupe et demande : « Qui cherchez-vous ? » On répond ; « Jésus de Nazareth. » Il déclare : « Je le suis. » A ces mots, la troupe recule ¢pouvantée et tombe a terre. Le méme dialogue se répete une seconde fois. Jésus déclare : « Si vous me cherehez, laissez aller ceux-ci. » L’évangéliste a soin de noter que cette parole a pour but d/assurer la réalisation de ce que Jésus avait dit: « Je mai perdu aucun de ceux que tu m/avais donnés. »’

Il est absolument inutile, pour rendre comple du réecit de Jean, de statuer une tradition historique particulire. Des raisons théologiques Vexpliquent complétement. La substitution du dialogue a la scene du baiser a pour but d’effacer Vimpression que pourrait avoir le lecteur, que par leurs propres forces des hommes auraient pu s’°emparer de Jésus. IL sait parfaitement ce qui lattend, il pourrait se dérober mais, librement, il accepte le sort que Dieu lui destine. Il nest pas arrété par ses ennemis, lui-méme se livre a eux?.

La parole que Jésus prononce en faveur de ses disciples est destinée a couyvrir la fuite que racontent les synoptiques. Ici encore, nous avons la trace dune époque postérieure ot lon avait quelque peine a se représenter que les apotres aient fui lachement au moment ott lon arrétait leur maitre. Le fait que cette parole de Jésus reproduit, en la détournant de son sens veritable, celle que Pévangéliste avail prétée a Jésus au

1. Bruno Baver (IIL, p. 221.) pense que Jean supprime lépisode du baiser pour préparer le miracle qui se produit quand, en présence de Jésus, la foule tombe a terre. ZAuUN (p. 610) admet qu’au verset 5 la présence de Judas est mentionnée pour évoquer dans la pensée des lecteurs le souvenir de la scéne du baiser. S’il en était ainsi, on ne comprendrait pas pourquoi Jean naurait pas raconté cette sccne., ¥

2. Loisy, p. 823. La parole sur les douze légions d'anges (M1. 26, 53) joue le méme role dans le récit de Mathieu.

ARRESTATION ET PROCES Tt

chapitre 17, verset 12, est une preuve de plus du earactére secondaire de Pépisode',

3° La derniére différence est de moindre portée; elle se rapporte a lépisode de lépée. Dans Mare, un disciple prenant son épée, coupe Voreille dun serviteur du grand-prétre. Dans Mathieu, Jésus blame le disciple et déclare accepter la volonté de Dieu disant que, s'il le voulait, il pourrait appeler des légions (anges a son secours. Dans Luce, loreille coupée est la droite. Jésus arréte le disciple et guérit le blessé. Dans le récit de Jean, c’est Pierre qui tire Pépée, le blessé s’appelle Malchus. C'est Voreille droite qui est coupée. Jésus reprend Pierre en déclarant qwil doit accepter la coupe que Dieu Lui donne a boire. Les differences quil y a ici entre le récit johannique et le récit synoptique mont pas plus importance que celles quwil y a entre les divers récits synoptiques. II faut méme remarquer que le réecit de Luc appartient, sur un point au moins (guérison du blessé), & un stade plus avancé du développement de la tradition que le récit de Jean.

Le nom de Malchus peut avoir été ajouté par le rédacteur désireux d’ajouter un détail concret a son récit®. L’intervention violente peut avoir élé atlribuée a Pierre en souvenir de ce que, (apres le récit de Marc, il avait vivement repris Jésus la pre-

miére fois que celui-ci avail parlé de sa mort (MWe. 8, 32-33) *

Le Procks JUIF

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