MAURICE GOGUEL, p. 276, 281 s
2. Scuwarrz (p. 350) considére que tout le récit du proces juif est interpole dans le quatrieme évangile parce que Jésus, arréte par une cohorte et un centenier, a dt étre conduit devant Pilate et non devant le grand-prétre. L’argument ne nous parait pas décisif. Pilate peut avoir consulté le grandprétre sur le cas de Jésus. IL ne semble pas en effet que dans le reéecit primitif les Juifs naient joué aucun role.
est une correction qui trahit la tendance apologétique a réduire au minimum le réle des Romains dans larrestation de Jesus.
2° Le récit johannique ne mentionne pas, comme le récit de Mare, la réunion du sanheédrin. Le détail donné par Mare seul pourrait étre considéré comme -provenant d'un rédaeteur au courant des coutumes juives, la difference serait alors dimportance secondaire, mais, en regardant les choses de pres, on est amené a se demander si elle n’a pas une portée plus grande qu il ne le semble au premier abord. Dans le récit johannique, il n’y a pas de jugement formel. Jésus est interrogé pat le grand-pretre et transféré devant Pilate sans qu’aucune condamnation ait été prononcée. Le role du grandprétre parait étre purement consultatif. Il n’en est pas de méme dans le récit de Marc. [lL v a comparution devant un tribunai juif régulier. Il se peut que la correction de Mare provienne du désir dintroduire dans le récit un proces juif réegulier.
3° La derniére différence a signaler porte sur le reniement de Pierre. Le récit de Mare relate des allées et venues de lapotre (14, 68b.), trahissant le souvenir de ce fait que les divers reniements ne s' étaient pas produits tous au méme endroit. Mais ces allées et venues ne sont pas molivées. On ne peut se représenter, d’aprés Mare seul, ce qui motive le déplacement de la scéne. [1 n’en est pas de méme du récit de Jean ot. le changement de lieu est expliqué par la marche méme des choses. Pierre renie Jésus, d’abord en entrant, pour répondre & une question de la porticre, puis & Vintérieur de la cour, aupres du feu, pour répondre aux atlirmations des serviteurs qui se chaulfent avee lui'. Le récit johannique est done plus pres de la source que le récit synoptique *.
On pourrail, il est vrai, se demander si des faits constates il ne faut pas tirer une conclusion toule contraire, et si le texte de Jean ne résulte pas dun effort pour éclaircir un récit déja obscur chez Mare. On ne peut exclure cette explica-
1. JouaAnnes Weiss, Das dlleste Bvangelium, Gottingen, 1903, p. 306s.
2. Scuwartz (p. 349 s.) croit que le réecit du reniement est formé d'un réeit johannique primitif (versets 15-17) et dure interpolation faite dapreés le récit synoplique (versets 18, 25-27). IL ne nous semble pas qu il soit nécessaire de contester ici Punité du récit johannique,
lion a priort, mais il faut remarquer dabord que Jean ‘a peu de souci de la clarté de son récit. et ensuite que ce qui devait venir a Vesprit dun rédacteur, jugeant insuflisamment motivés les changements de lieu supposés par Mare, devait étre de les supprimer.
Une autre raison de considérer le récit de Jean comme primiltif, par rapport a celui de Marc, est la mention, dans ce récit, de Vautre disciple. Le detail est sans portée dogmatique ou apologétique. La présence du disciple est supposée, son témoignage nest pas invoque. Il n’y a aucune raison de suspecter ce détail qui doit done étre attribué a une bonne tradition.
La conclusion a laquelle nous aboutissons est donc que le quatriéme évangile a raconté la comparution de Jésus devant le grand-prétre et le reniement de Pierre, d’aprés la méme source que Mare, mais en la reproduisant plus fidélement et peul-étre aussi en utilisant un récit plus ancien que celui qui a servi a Mare.
Les additions faites au récit johannique primitif ont eu pour effet :
1° Diatroduire Caiphe et d’expliquer, en faisant de lui le gendre d’Hanne, la mention de deux personnages jouant un et l'autre le role de grand-prétre.
2° De mentionner deux comparutions de Jésus devant les aulorités juives (/9, 23-274) et den raconter une (79, 23).
Les choses sont dailleurs disposées dune maniéere assez maladroile, puisque Vinterrogatoire que Jésus subit chez Hanne esl attribué au grand-prétre.
Lintroduction des additions dans le récit johannique a eu pour effet de le mettre d’accord avec le récit de Mare, sous sa forme actuelle et avee celui de Mathieu. Il n’est pas douteux qu il faille chercher Vorigine des additions dans le désir (@harmoniser le récit johannique avec la tradition synoplique.
L’interrogatoire que Jésus introduit dans le quatri¢me évangile correspond a celut que relatent les synopliques, mais le récit de Jean se sépare sur plusieurs points importants du récil paralléle des premiers évangélistes,
La parole sur le temple, mentionnée par Mare et Mathieu
et certainement connue par Luc, a disparu. Il n’est pas queslion de témoins et au lieu dune deéclaration messianique, Jésus n’oppose au grand prétre qu'une invitation dédaigneuse as’adresser & ceux qui ont entendu son enseignement. Les mauvais traitements que Jésus subit de la part des Juifs apres sa condamnation ont été remplacés par un soufflet quwil recoit au cours de linterrogatoire pour avoir mal répondu au grand-prétre'.
Le silence que garde Jésus en face du grand-prétre dans le récit johannique a été substitué avee intention aux déclarations du Christ synoptique. Ce qui parait avoir déterminé le quatri¢me évangéliste, c'est cette idée que la haine des Juifs contre Jésus sullit pour expliquer le drame de la passion, sans qu'il soit nécessaire de faire intervenir méme l’apparence d'un prétexte. En face des Juifs, Jésus ne se défend pas. Il a Vattitude dune victime qui, librement, accepte le sacrifice que Dieu attend delle.
Des trois premiers évangiles au quatrieme, le récit a subi une intéressante transposition. Chez les synoptiques, Jésus répond au grand-prétre, il est condamné par le sanhédrin. Quand il comparait devant Pilate pour que la sentence juive soit confirmée, il garde le silence, son sort est déja régle. Dans le récit johannique, devant les Juifs dont la haine aveugle l’'a en quelque sorte condamné a lavance, Jésus se tait. Devant Pilate qui peut étre éclairé, Jésus parle, et Pilate est conquis, mais il ne peut pas résister a la pression qu’exerce sur lui la haine des Juifs.
La raison qui a fait substituer un simple soufllet aux outrages subis par Jésus doit étre recherchée dans la déclaration par laquelle Jésus y répond : « Sij’ai mal parlé, prouve-le, si jai bien parlé, pourquoi me frappes-tu? » Cette parole qui doit mettre en lumiére la haine aveugle des Juifs était a sa place aprés un coup que Jésus recevail au cours d'un interrogaloire, elle n’aurait pas eu la meme portée si elle avait été prononcée apres des mauvais trailements infligés a Jésus par des subordonnés.
1. Il est probable, comme la pensé Sciwartz (p. 331) que lepisode du soufllet provient de Mare 14, 65.