HOLTZMANN-BAUER, p
5. Il faut bien admettre quil y a eu suppression. Rien n’autorise a penser, comme le yvoudrait Bennit. Weiss (p. 592), que Jean ait supprime leépisode comme accessoire, ou bien, comme le voudrail Zaun (641), qu il Vomette parce que Simon n’a pas. des le début, porté la croix de Jésus, comme on pourrait le croire en lisant les synoptiques. Déja OniGine (Conun. in. Matth. ser. 126) et auteur des Acta Pilati (B. X. 1) ont essayé de combiner les données contradictoires des synoptiques et de Jean en disant que Jésus et Simon avaient porté la croix alternativement. La-dessus voir W. Baur. Das Leben Jesu im Zeitalter der neutestamentlichen Apokryphen, Tubingen, 1909, p. 211.
6. Sprrva (p. 382) considére cet épisode comme une interpolation,
pas la parole : « Mon Dieu, mon Dieu... » que Mare met en rapport avec l’épisode du vinaigre.
I] se peut que la suppression du vin mélé de myrrhe ait été faite par Jean parce quil estimait que ce détail faisait double emploi avec le vinaigre donné a Jésus sur la croix.
I] faut noter, dailleurs, que dans le récit synoptique tel quon le trouve chez Marc, l’épisode du vinaigre donne a ‘Jésus sur la croix n’est pas clair. Mare le rattache directement et sans explication au cri de Jésus : « Mon Dieu, mon Dieu.... » On ne parvient pas a saisir un enchainement logique des faits. L’explication doit en étre cherchée dans une combinaison scripturaire. Le cri: « Mon Dieu, mon Dieu... » est emprunté au Psaume 22, verset 2; or, le verset 16 du méme psaume contient une allusion a la soif, mettant le commencement de ce psaume dans la bouche de Jésus, on a pense que la suite aussi se rapportait a lui. Combinant la soif ainsi attribuée a Jésus avec l’épisode des condamneés, Mare. ° ou deja Vauteur de sa source, en sera venu a penser que Jésus avail bu a ce moment-la'.
Le quatrieme évangéliste omet le cri de Jésus : « Mon Dieu! Mon Dieu!... » sans doute parce que le Christ ne pouvait, d’apres lui, avoir éprouvé au moment ow il allait étre glorifié et ot il allait remonter vers son Pere, le sentiment d’étre abandonné de Dieu. IL y a une raison positive de présumer que Jean a connu la parole de Jésus rapportée par Mare. C'est qu il fait directement allusion a un autre verset du psaume auquel cette parole est empruntée. Il rapporte en effet que Jésus dit: « J'ai soif » pour que l’Ecriture fit accomplie (19, 28). Il y a la une allusion au Psaume 22, verset 16.
Comme Luc, le quatrieme évangéliste supprime le vin donné a Jésus avant la crucifixion, mais il ne donne pas un caractére dérisoire au vinaigre qu'on lui tend au moment ou il va mourir. Comme dans le récit de Mare (et de Mathieu), on
1. La disposition de Mathieu qui met les deux épisodes (cri de Jésus, vinaigre) lun a cote de l'autre est une correction de celle de Mare, correction faite parce qu’on ne saisissait plus le rapport des deux épisodes. Lue a sans doute supposé que le vin donné a Jésus avant la crucifixion et lépisode du vinaigre faisaient double emploi. Il na maintenu que le second. Comme dautre part il faisait disparaitre la parole « Eloi! Eloi!... » Vépisode du vinaigre sest trouvé rapproché des outrages faits a Jésus et lévangéliste a eslimé que e’étail par dérision que du vinaigre avait été offert a Jésus. i
emplit une éponge de vinaigre et on la tend a Jésus au bout d'un baton. Jean ajoute seulement que le bois utilisé était une branche (hysope (79, 29). Le détail ne doit pas étre historique, il est donné sans doute parce que c’étail avee une branche d’hysope que les Israélites, lorsquils eélébrérent la premiere Paque en Egypte, avaient enduit de sang les portes de leurs maisons (Ewode 12, 22). Le quatri¢me évangéliste, on le sait, racontant la mort de Jésus, accumule les traits qui font allusion au rituel de la Paque.
4° Mare et Mathieu racontent que le ¢itu/us place sur la croix de Jésus portait ces mots : « Le roi des Juifs. » Jean développe un peu lépisode. Il semble, d’apres son récit, que Vapposition du fifulus ait été un fait anormal, alors qu’il était dusage — ce qu indique le récit synoptique de placer ces sortes @inscriptions. Au lieu des simples mots : « Roi des Juifs, » Jean donne ceux-ci : « Jésus de Nazareth, roi des Juifs, » et il ajoute quils sont écrits en hébreu, en latin et en grec. Ces détails sont destinés a donner plus de portée a la confession messianique que constitue d’elle-méme linscription faite par Pilate. D’ailleurs, dans le récit de Jean, les Juifs protestent contre le titre de « roi des Juifs » donné a Jésus et demandent 4 Pilate de mettre : « Ila dit : Je suis le roi des Juifs. » Pilate refuse. Pour Jean, le ¢itulus a une valeur prophétique au méme titre que la parole de Caiphe et que la presentation de Jésus par Pilate comme « THomme » ou comme le roi.
Spilla'a fait remarquer que dans le récil actuel l’épisode du fitulus parait mal place. Il est rapporté apres le récit de la crucifixion proprement dite et doit done se dérouler sur le lieu méme de lVexécution. Or, la presence de Pilate a cet endroil est toul-a-fait invraisemblable. De plus, la rédaclion du ¢titulus devail se placer avant el non apres Vexéculion. Il y a done lieu de penser que les versets 17. 78 manquaient dans le récil primitif. Or, nous avons déja vu que ces versets qui relatent Vexécution de Jésus par les Juifs ne peuvent provenir que du rédacteur.