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5° Le partage des vélements est développé dans le sens dune assimilation plus précise de lépisode & la prophétie du Psaume 22. La double expression employée par le psalmiste : « Ils ont partagé mes vélements » et « ils ont jelé le sort sur ma robe, » esl comprise par le narraleur comme se rapporlant & deux fails différents, ce qui améne Vintroduction dans le récit a cOlé du partage des vélements, du lirage au sort de la robe. Ce ltirage au sort est motivé par le fait que la robe élail sans couture et quil etil été dommage de la mettre en pitces!.
6° Jean mentionne la présence au pied de la croix de Marie, mere de Jesus, de sa sceur, de Marie (femme) de Clopas et de Marie-Madeleine. Il rapporte que Jésus contie sa mére a son disciple préféré, Cel épisode est donné sans doute, pour expliquer une légende qui devail élre répandue sur | existence dun lien particulier entre Marie et Jean. C’est pour pouvoir introduire cel épisode que le quatrieme évangéliste a mis Marie, mere de Jésus, la ot Mare mettait d’autres femmes. Peul-ctre a-t-il aussi voulu effacer impression que la mere de Jésus Vavail abandonné, impression qu’on pouvail avoir en lisant les synoptiques.
7° Mare fait mourir Jésus & la neuvieme heure (/5, 34). Jean ne donne aucune indication de cet ordre; ce peut étre tout simplement l’omission d'un détail jugé sans importance, mais il peut aussi y avoir la quelque chose d’autre. Jean indique la sixiéme heure comme celle de la condamnation (1/9, 74) et Pexéculion suit aussitot. Dans Mare, Vheure de la condamnation nest pas donnée, mais Jesus est crucifié a la troisieme heure (15, 25), donc trois heures plus tot que chez Jean. Si Von donne au supplice dans le récit johannique la durée quil a chez Mare, cest-da-dire six heures, Jésus meurt a la douzieme heure, c’est-a-dire au moment ot. Pagneau pascal devait étre immole.
Il se peut que lomission de Vheure de la mort dans le
1. Cest par un processus identique que Mathieu fait deux animaux differents de « Vanesse » et du « petit de celle qui porte le joug. » Bruno Bauer, Ill, p. 252. Herrmtiier, p. 305. Lotsy, p. 875. IL n’est pas nécessaire d’admettre avee Lotsy (p. 876) que la robe sans couture symbolise Véglise.
quatrieme évangile soil destinée a suggérer Linterprétation paseale de la mort de Jésus.
8° Jean ne parle pas des miracles que les synopliques rapportent avoir accompagné la mort de Jésus (ténebres, déchirure du voile du temple, résurrections). Diverses explications sont possibles; Jean omet ces fails ou bien comme accessoires et secondaires, ou bien parce qu il juge que des manifestations de deuil de la nature convenaient mal pour le moment de la glorification du Christ. On pourrait’ encore concevoir que Jean ail connu une forme du récit de la mort dans laquelle ces détails manquaient.
Entre ces diverses explications, on ne peut choisir avec cerlitude. Il semble cependant que la derniére doive étre écartée.
9° Le temoignage rendu par le centenier au moment ou Jesus vient d’expirer na pas d’équivalent chez Jean. On apercoit deux raisons qui ont pu déterminer Pomission de ce detail dans le quatri¢me évangile. La premiére est que, si le centenier avait été la pour constater la mort de Jésus, il n’y aurail plus eu de place pour l’épisode du coup de lance. On pourrait, il est vrai, admettre que ce coup de lance est un surcroit de precaution. Peut-étre vaut-il mieux penser que le témoignage du centenier était inutile pour le quatrieme évangéliste. parce qu’une autorité romaine plus haute, celle de Pilate lui-méme, avait déja rendu hommage a Jésus.
Nous avons essayé de donner les raisons des omissions que nous avons signalées; peut-étre faut-il admettre que lévangéliste a aussi été dirigé par une considération d’ordre esthétique. IL a pu vouloir simplifier le récit de la mort de Jésus pour concentrer toute attention de ses lecteurs sur la figure du Christ mourant.
Le Cour bE Lancer!
(Jean 19, 31-37.) Le quatrieme évangéliste est seul & raconter l’épisode du coup de lance. Les Juifs obtiennent du gouverneur qu’on
1, Maurice Goaurn, PEucharistie, p. 198 s.
brise les jambes des condamneés pour hater leur fin, afin que leur supplice ne se prolonge pas pendant la féte. Les soldats charges de cetle mission lexéculent pour les deux brigands, + mais venus a Jésus et le trouvant mort, ils lui percent le cote dun coup de lance. De la plaie coulent aussitol du sang et de leau. L’évangéliste ajoute que celui qui a yu cela en rend témoignage et que son lémoignage est véridique. IL remarque encore que ceci arriva pour que ftit réalisée la parole de lEecriture qui dit qu’ « aucun de ses os ne sera brisé » et celle qui dit: « Ils verront celui qwils ont percé » (Jean 19, 31-37).
Liunité du récit mest pas au-dessus de tout soupcon. La marche des évenements — les soldats qui arrivent au premier brigand, puis au second, et ensuite a Jésus — n'est pas naturelle si Jésus, comme le dit le récit, a été crucifié entre les deux brigands. Cela a fait soupgonner que dans le récit pri- . milif, il n’était peut-étre pas question de brigands!. On peut aussi faire remarquer que la conclusion naturelle du récit manque. Les Juifs sont préoccupés « que les corps ne restent pas exposés un jour de sabbal; » on attendrait au moins une indication sur leur enlevement, elle fait completement défaut. La conclusion de lépisode peut avoir disparu a cause du rapprochement ayee lhistoire de la mise au sépulcre. Ce rapprochement ne peut pas étre primitif; il est impossible que Pilate ait donné par deux fois, & des personnages différents, lautorisatian de faire disparaitre le corps des suppliciés*. Un des deux récits vient done en surcharge de Pautre.
Il nous parait dillicile que ’épisode du coup de lance apparlienne a la tradition primitive, bien qu’on Vait parfois considéré comme un détail historique et qu'on en ait donné des explications physiologiques. Ce qui intéresse l’évangéliste, ce nest pas le détail matériel, cest son interprétation théologique. Les deux paroles qu'il cite prouvent quil a vu dans Pépisode la réalisation de propheties. IL a dt lui attribuer un autre. sens aussi, celui dune allégorie des sacrements. C’est du flanc de Jésus glorifié que jaillissent leau du bap-— . : téme et le sang de l’eucharistie.
Le fait que lévangéliste attribue une portée theologique