‹ Les sources du récit johannique de la passionChapitre 6 sur 62 · LES ANTECEDENTS DE LA PASSION · texte numérisé non relu

LES ANTECEDENTS DE LA PASSION

Jésus, Mathieu en relatant Vhostilité d@Hérode contre lenfant qui vient de naitre (2, 73s.), Lue en rapportant cette parole de Siméon a Marie: « Une épée te transpercera lame »

f or, (> 35).

Dans le quatrieme évangile, moins encore que dans les synopliques les é¢événements de la passion apparaissent sans préparation. Déja dans le prologue de son récit le narrateur dit que le Logos venu dans le monde n/a pas été accueilli par les hommes (7, 5-/7. Gf. 3, 19), puis, immédiatement aprés la purification du temple, Jésus fait une allusion directe & sa mort et asa résurrection (2, 9). Dans Ventretien avee Nicodéme, il affirme la nécessité de sa mort préfigurée par Vélévation du serpent dans le désert (3, 44). Dans la premicre partie de l’évangile, il met dans la bouche de Jésus une allusion a’ la trahison de Judas (6. 64-70). Mais Vauteur ne se borne pas a cela; dés le début il montre Jésus incompris des Juifs et il fait assister son lecteur a un conflil qui ne fait que devenir de plus en plus aigu &’ mesure que s’avance lhistoire évangélique.

On ne peut cependant pas dire que la passion soit, dans le quatriéme éyangile, Vaboutissement logique du conflit entre Jésus et les Juifs. En effet, déja apres la guérison du malade de Béthesda, les JuifS veulent faire mourir Jésus (5, 7-78). Au moment de la féte des tabernacles, ils cherechent de nouveau ale faire périr (7, 79). Quatre fois on s’efforce sans succes de larréter (7, 30. 44; 8, 20; 10, 39). Deux fois il échappe & ses ennemis qui veulent le lapider (8, 59; 10, 31). Ces indications ne marquent pas un développement du conflit, dés le début, il est si aigu qu‘il ne peut plus s’aggraver; elles ne doivent pas non plus expliquer les faits : si on se place &un point de yue humain, on ne comprend pas comment Jésus. quia échappe tant de fois & ses ennemis, ne réussit pas a leur échapper une fois de plus'. Il n’y a pas denchainement logique des événements et de progression du récit®. L’évangéliste ne se préoccupe pas de faire assister ses lecteurs au développement naturel de [histoire évangélique

1. Jean marque nettement, dans le récit de Varrestation, que Jésus aurait

pu, sil Pavait voulu, échapper une fois de plus a ses ennemis. 2. Scuwartz, p. 159.

en rapportant ces tentalives avortées des Juifs. Il veut seulement montrer que Jésus ne succombe pas devant Vhostilite des hommes. mais que lui-méme se livre librement a ses ennemis parce que Pheure est venue ot, d’apres le plan divin. il doit périr, c’est-a-dire retourner a son Pere. L’évangcliste a soin, eu effet, de dire que c’est parce que lheure de Jésus n’étail pas encore venue qu’on nest pas parvenu plus’ tot 4°s’emparer de lui (7, 30, 44; 8, 20; 10, 39).

Ainsi, si Von compare le quatriéme évangile aux trois autres au point de vue de la préparation de histoire de la passion, on constate @abord que des deux colés le récit est domine par une préoccupation plus dogmatique qu’historique. Les narrateurs ont voulu montrer, non pas comment Uhistoire de la passion a été historiquement conditionnée, mais comment elle a été divinement déterminée. Ils veulent montrer que Jésus n’a pas été sutpris par des événements qu il avait nettement vus a lavance.

Mais, dans cette voie, Jean va plus loin que les synoptiques. Ceux-ci montrent seulement que Jésus a prévu sa mort et qu il ’a concue comme voulue de Dieu. Jean aflirme que, dés le début, elle a été pour lui le centre de son ceuvre, la raison de son incarnation, !heure pour laquelle il était venu. Chez les synopliques, c’est la marche naturelle des événements, c’est la haine des Juifs, aidée par la trahison de Judas, qui amenent — bien entendu, avec la permission de Dieu — Varrestation de Jésus, sa condamnation et sa mort; Jérusalem tue Jésus comme elle a tué d'autres prophétes avant lui. Chez Jean, les démarches des hommes échouent tant que Pheure fixée par Dieu n’a pas sonné. C'est de son plein gré que Jésus marche ala mort parce quil a recu le pouvoir de donner sa vie.

Si nous examinons maintenant. non plus les causes lointaines, mais les causes immédiates qui provoquent la passion, nous constatons, entre le récit synoptique et le récit johannique,'une notable difference. Dans lévangile de Mare, la décision des autorilés juives den finir avec Jésus suit le réecit de son activité & Jérusalem. Le souci que manifestent les Juifs d’agir a linsu du peuple, prouve quils craignent, en cas de conflit public, de voir la foule se prononcer pour Jésus. Le nar-

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