‹ Les sources du récit johannique de la passionChapitre 9 sur 62 · WABNITZ, p · texte numérisé non relu

WABNITZ, p

3. Par exemple celle de CorneLy (cité par SemeriA) qui pense que les Juifs avaient retardé la Paque d'un jour ou celle de SremrEnia (Le jour de la mort de Jésus selon les synoptiques et selon saint Jean, Revue Biblique, 1896, p. 78 s.), qui admet que Jésus avait avancée la féte.

4. D. Cuwotson, Das letzte Passahmahl Jesu-Christi und der Tag: seines Todes nach den in Uebereinstimmung gebrachten Berichten der Synoptiker und des Evangeliums Johannis. Le systéime de CHwWoLson a été adopté par CALMEs, p. 364.

que Jésus a pris le repas pascal avec ses disciples un jour avant la date réglementaire, c’est-a-dire le 13 Nisan. A cette opinion s’oppose un seul passage des évangiles synopliques. C'est le passage Mt. 96,47 (Mc. 14,12; Lc. 29,7) ot Vordre que Jésus donne adeux de ses disciples de préparer la Paque est plaeé le premier jour des Azymes ou Massot. Cette expression ne peut, dit Clhwolson, designer le 13 Nisan, mais elle ne convient pas non plus pour le 14, car ce n’était qu’a partir du 44 au soir que Von était tenu de ne plus consommer de pain levé. Chez les auteurs juifs, dit-il, le terme de « féte des Massot » désigne les 15-22 Nisan et par « le premier jour de la féte des Massot » on désigne la journée du 15 Nisan commencant le 14 au soir. Le ferme de « premier jour de la fete des Massol, » employe par Mathicu, doit done provenir de quelque erreur. Chwolson s'cfforce d’établir que les évenements que les évangiles placent le lendemain ne peuvent s’étre déroulés le 15 Nisan. Pour expliquer le texte actuel de Mathieu qui place expressément le dernier repas de Jésus le 14, Chwolson. suppose une altération fortuite du texte, lomission de quatre lettres, qui a totalement dénature le sens du passage. Il admet que lévangile de Mathieu a été primitivement composé en hébreu. La forme primitive de Mé. 26, 77 était: « Le premier jour de la féte des pains sans levain s’approchait et s'approchérent (1257) 2+) les disciples de Jésus et luidirent..., » Par suite de la négligence de quelque copiste

le groupe de lettres s252 qui, dans le texte original, se trouvait répété deux fois de suite (s2-s:257), ne l’a plus été quune fois el

il en est résalté le texte actuel de notre passage. Les textes de Mare et de Lue dépendraient de celui de Mathieu. A Pappui de cette hypothése, Chwolson fait remarquer que, dans la version sahidique, Luc 22, 7 a cette forme : « Dies autem azymorum propinguus erat, quo opportebat mactart pascha, » Pour Chwolson le dernier repas de Jésus se placerait, dapres les synoptiques comme d’aprés le quatri¢me évangile, le soir du 13 Nisan, un jour avant la date réglementaire de la céleébration de la Paque. La raison de ce déplacement de la fete c'est que Jésus ne voulait pas sacrifier Vagneau un vendredi, &un moment ot le sabbat allait commencer, en sorte qu’on était exposé a n’en achever la préparation que le jour du sabbat. Le Talmud, il est vrai, enseigne netltement que le

devoir de préparer la Paque lemporte sur celui de respecter le sabbat, mais cest la, daprés Chwolson, un point de vue postérieur auquel on ne se placgait pas encore au temps de Jésus. Dés lors, lorsque le 14 Nisan tombait un vendredi, comme c’était le cas année de la mort de Jésus, on preparait la Paque déja le jeudi.

Une seule difficulté subsiste : pourquoi Jésus a-t-il mangé la Paque le jeudi, alors que ses adversaires, comme le témoigne le quatrieme évangile (Jean 18, 28), ne devaient la manger que le lendemain? Le fail s'explique, dapres Chwolson, par une simple différence @interprétation. Jésus, suivant en cela la pratique des Pharisiens, aurait considéré que le de-

ei

voir de ne pas conserver la Paque jusquau lendemain pri-

mait celui de prendre le repas pascal le 14. Les Sadducéens qui formaient la majorité parmi les adversaires de Jésus, auraiecnt eu une maniére de voir différente.

Ce systeme dinterprétation est fort ingénieux el, au premier abord, assez séduisant, mais il présente un certain nombre de points faibles qui empéchent de ladopter. D’abord c'est fausser les données du probleme que d’écarter a priori, comme le fait Chwolson, la possibilité @une contradiction réelle dans le témoignage des évangiles, et de se borner ainsi a chercher une combinaison pour faire disparaitre leur divergence appa= rente. De plus, méme si on admet que la législation talmudique n’était pas fixée encore au temps de Jésus, le texte méme de la Loi est trop formel sur deux points, Vobligation de saerilier la Paque le 14 et Vinterdiction de garder lagneau jusqu au lendemain, pour quil soit possible @adopter Vexplication proposee. Entin, sur le terrain de la critique évangclique, le systeme proposé par Chwolson souléve deux difficullés sérieuses, la premiére est qu il suppose Vantériorité de Mathieu sur les deux autres évangiles, la seconde qu il atiribue au récit un caractére absolument homogeéne. Il ne nous semble done pas que le systeme de Chwolson soit une solution satisfaisante du probleme '.

1. Des systemes semblables a celui de GiuwoLson et contre lesquels les mémes objections doivent étre invoquees ont été proposes par divers savants, par ex. par Rescu, Ausserkanonische Parallellexte su den Evangelien, II, Leipzig, 1895, p. 612-618 (systeme adopté par le P. LaGrange, Revue Biblique, 1896, p. 281) et par Kaurmann, Hin Ueberselsungsfehler bei den Synaptikern, Monatschrift fiir Geschichte und Wissenschaft des Judentums, 1893.

La chronologie johannique est adoptée par Godet qui juge impossible que le procés de Jésus se soit déroulé un jour de fete. Godet essaye de maintenir en méme temps lhistoricité des données synoptiques. Les conclusions auxquelles il aboutit sont bien difficilement admissibles : il pense, par exemple, que la préparation du repas racontée par les trois synopliques est la préparation dun repas ordinaire, et que la Paque qui y est mentionnée est la Paque chrétienne'.

Si Godet veut retrouver la chronologie johannique dans les synopliques, un autre partisan de l’authenticité du quatrieme évangile, Theodor Zahn, pense que, si ton examine de pres le récit johannique, on y trouve en réalité la date synoplique. Le passage Jean 18, 28, dans lequel il est dil que les Juifs n’entrent pas dans le prétoire afin de ne pas se souiller pour pouvoir manger la Paque, est le seul qui fasse allusion a la Paque. Or, Zahn prétend quil est légitime dentendre nao/%, non pas dans le sens étroit d) « agneau pascal, » mais dans un sens plus large, dapres lequel il désignerail les Massot mangés pendant toute la durée de la fete*. A Tappui de son interpretation, Zahn invoque un argument qui parail, a premiére vue, avoir un grand poids. Le quatri¢me evangile raconte (72,7) que Jésus arrive & Béthanie six jours avant la Paque, done le 8 Nisan. Ce jour ne peut avoir élé un sabbat, car si Jésus s’étail trouvé la veille dun sabbat a une petite distance de Béthanie, il aurait poussé jusqu’a Béthanie; s‘il s'élait trouve & une distance plus considerable il aurait pu la franchir ce jour-la, de plus, on maurail pas pu lui offrir un festin le jour du sabbat. Si le 8 Nisan n’était pas un jour de sabbat, le 14 Nisan ne pouvail pas tomber un vendredi et Vinterprétation daprés laquelle le quatriéme ¢éyangile mettrait la mort de Jésus le vendredi 14 Nisan est fausse*.

L’argumentation de Zahn appelle plusieurs obsérvations. Nous ne nous arréterons pas au fait qu il serait facile d’imaginer une combinaison expliquant Varrivée de Jésus a Betha-

1. Gover, L’Evangile de Jean*, Neuchatel, 1881 s. HI, p. 606s.

27TH. Zann, p..62! s. Linl?:, il, p. $16, ef. p. 527 s. Cette interprétation ayait été déja donnée par Raucu, Veber das letzte Passahmahl Jesu-Christt. Studien und Kritiken, 1832, p. 546.

Page 1