Krohn, Bar uncl Fiichs, p. 2-5 et
La substitution d'un seau à la queue comme engin de pêche n'est pas elle-même une trouvaille du poète de la branche III. Ce trait, tout altéré qu'il est, a été emprunté à la tradition populaire. Celle-ci en effet a dû bien vite regarder la queue comme un instrument invraisemblable. Il semblerait même, le conte ayant pour but bien visible de nous dépeindre une pêche faite par un animal, que la présence du seau fût un trait plus naturel et, partant, plus ancien. Il n'en est rien. Très ancienne en effet est la croyance d'un animal attrapant des poissons avec sa queue. On la trouve dans Élien qui décrit les poissons s'entortillant dans les poils touffus de la queue du renard *. Elle est encore vivante dans l'Amérique du Nord et dans l'Inde, où l'on attribue au racoon et au chacal la faculté de prendre des crabes avec leur (jueue -. A cette même donnée de zoologie fantaisiste se rattache une certaine fable de Phèdre où l'ours prend des écrevisses avec ses pattes ^. Mais c'est le sort de beaucoup de contes fondés sur une idée toute d'imagination de s'altérer progressivement en voulant se rapprocher de plus en plus de la réalité. Cette pêche à la queue, dans la pensée primitive du conte, n'est pas sérieuse ; l'auteur de ce plaisant récit s'est emparé delà légende de l'animal pêcheur répandue partout, l'appropriant à son sujet mais sans vouloir lui conserver une vraisemblance quelconque. Ce motif n'est là que pour amener celui de la rupture de la queue ; voilà le motif important, l'autre n'est qu'accessoire. Peu à peu la proportion est devenue inverse : le motif de la perte de la queue s'est maintenu, sans doute, d'abord; mais son voisin a gagné en importance. Pêcher avec sa queue seule a paru antinaturel, absurde. Par suite, la queue a été munie d'un seau, comme àaw^lQ Romande Renart <■, ou bien encore d'un pot ^, d'un sac ^, d'un panier''. Cette addition de tel ou tel engin dépêche s'est opérée d'autant plus facilement que le conte pénétrait dans des pays où la gelée est rare ou in-
'. De natara animaliit77i, VI, c. 2i.
2. Tylor. Researchesintothe Early History ofManhinrl, hondves , 1870, p. 364 sq. ; cf. Correspondant, 1891 ,p. 873.