L. SuDHE. Rcnart
de Jean de Gapoue dont j'ai parlé plus haut à propos de l'épisode de Chantecler. Là aussi, le renard exige de la colombe qu'elle lui livre ses petits, la menaçant de grimper à l'arbre ; elle se débarrasse de lui grâce aux conseils du moineau qui devient la victime. Cette introduction, commune aux deux récits, et à laquelle chacun de son côté a ajouté une fin différente^tirée d'autres contes, est une des nombreuses variétés du dialogue entre le renard affamé et un oiseau perché sur un arbre. La voracité du goupil s'attaque ici aux petits de l'oiseau et non plus à l'oiseau lui-même. Mais rien ne pouvait plus mettre en relief la peur de celui-ci ou son désir do vengeance. Gela ne jette-t-il pas sur toute l'aventure une note attendrissante, et ne suit-on pas avec sympathie cet être chétif cherchant à apitoyer son ravisseur ou à lui faire expier durement sa cruauté ?
Dans cette seconde partie, je le répète, le conte transylvanien a altéré la tradition dont il s'est inspiré : l'animal nourri par l'oiseau est son ennemi au lieu d'être son compagnon.
Au contraire, dans le Roman de Renart et aussi dans trois contes oraux, breton *, gascon ^ et esthonien^, cette tradition reprend ses droits et est rétablie dans toute son intégrité, grâce à l'introduction d'un troisième personnage, qui est le chien. Gomment s'est opérée cette transformation? A-t-elle eu pour base unique la forme du conte transylvanien dans laquelle on aurait habilement introduit le motif du chien de la fable grecque?
Une variante Slovène nous incline à croir® que la chose s'est passée autrement. Suivant cette variante, le renard demande à un oiseau de lui donner ses œufs. Gelui-ci le prie d'attendre qu'il ait fini de couyer, et il se mettra à sa discrétion lui et ses enfants. Le renard ayant consenti, l'oiseau gagne à lui un chien courant, le cache, et, quand le renard revient, il lui chante sa dernière chanson; c'était le signal convenu : le chien s'élance et se jette sur le renard ^.
Quels que soient les défauts de ce conte,dont certains détails sont d'une invention peu heureuse, comme l'envie que manifeste le renard de manger des œufs d'oiseau et son acceptation d'un
1 Sébillot, Contes pop. de laHaïUe Bretagne. 1, no 59.
2 Bladé, III, n° 5.
3 R. Fuchs, p. GGLXXXIV.
* Valjavec, n° 63.
délai, je nepuis le considérer comme une forme raccourcie de l'histoire deDroïn dont on aurait supprimé tousles détails relatifs à la nourriture donnée au chien i. Pourquoi le narrateur aurait-il laissé ainsi décote, de parti pris, ces traits si pleins d'intérêt ? Comment aussi supposer qu'avec le temps ils aient disparu alors qu'ils paraissent si inhérents au contexte? Et,par suite, il faut admettre qu'il y eut une époque, dont la variante transylvanienne et la variante Slovène sont les précieux indices,où l'introduction de la fable de Jean de Gapoue avait reçu deux développements différents, l'un mettant en présence l'oiseau, le renard et le chien, comme dans la fable le Chien et le CoqX'àwivQ ne faisant figurer que l'oiseau et le renard et ayant emprunté à une autre série de contes le tableau des soins donnés par un animal à un autre. Plus tard, ces deux variantes d'un même sujet se sont fondues en un seul récit :1a forme du conte Slovène a été le cadre où sont venues s'enchâsser, mais en étant attribuées au chien vengeur de l'oiseau, toutes les attentions que, dans la forme du conte transylvanien, ce dernier a pour le renard.
D'ailleurs, ces différentes transformations ne sont pas les seules qu'ait subies cette histoire, et d'autres variantes nous font assister à de nouvelles et curieuses étapes de son développement. Alors que le renard, d'après les variantes précitées, semblait être un élément principal et presque indispensable de la narration, nous voyons dans deux variantes russes son rôle s'effacer considérablement. Suivant l'une "^, un vieux chien qu'un pic à nourri pour le récompenser d'avoir gardé ses petits est invité par son bienfaiteur à se lancer à la poursuite d'un renard; il est pris dans les roues de la voiture d'un paysan et écrasé. Suivant l'autre^, un paysan qui passait juste à ce moment tue d'un seul coup renard et chien. Puis, dans l'un et dans l'autre récit, le pic venge la mort de son ami : le paysan, croyant le frapper, tue son cheval ou est tué luimême par sa femme dont le coup était dirigé sur l'oiseau. Le renard qui figure encore ici, bien qu'occasionnellement, a
i C'est ropinion de Ivolmatschevsky, p. 158. Une forme raccourcie est la variante russe (Afanassiev, I, n^lS): le renard chasse un pic de l'arbre où il nichait avec ses trois petits, puis il attire ceux-ci en promettant au premier de lui apprendre le métier de forgeron, au second celui de cordonnier, au troisième celui de tailleur.
2 Afanassiev, I, n» 32 a.
3 kl. no 33 b.
disparu tout à fait dans deux variantes allemandes * : le chien est broyé par la voiture d'un paysan ou assommé par lui pendant qu'il dort au bord de la route, et tout le reste du récit porte sur la vengeance exercée par l'oiseau.
Plus originales et plus complètes sont les versions de Bretagne et de Gascogne, et celle d'Esthonie ; elles seules peuvent nous intéresser, étant, par leur cadre et leur contenu, les parentes de la version du Roman de Renart. Comparons-les donc à celle-ci.
Dans le conte transylvanien, on l'a vu, le renard, après s'être repu et abreuvé, demande au moineau de le faire rire. Ce trait est fondamental; on lé trouve, en effet, dans le conte indien et dans le poème allemand. Gomme la version du Romande Renart, les versions bretonne et esthonienne l'ont supprimé ; il a sans doute désormais paru déplacé et peu en rapport avec la situation. Passe encore que le renard, dans le conte transylvanien, pousse l'exigence envers le moineau jusqu'à vouloir être égayé. Mais ce désir n'est guère dans le rôle du chien qui, semble-t-il, n'arque deux choses à demander en échange du service qu'il va rendre, puisqu'il est faible et affamé : manger et boire. Seule, la variante gasconne a conservé ce trait archaïque du rire : « Passaient le bâton à la main le curé de Marsolan et deux de ses paroissiens, qui s'en allaient ensemble à la foire de Lectoure. La merlesse se perche sur le chapeau du curé. Les deux paroissiens lui lancèrent chacun un bon coup de bâton. « Ah! gueux, criait le curé, vous m'avez cassé la tête. Attendez canaille ! » Le chien riait tout son soûl, tandis que le curé de Marsolan et ses deux paroissiens s'assommaient à coups de bâton ^. » Quelque comique que soit ce motif, il cesse d'être naturel dans la nouvelle forme qu'a prise le conte, d'autant plus qu'il fait double emploi par son exposition avec celui qui le précède immédiatement. Car la merlesse se joue du charretier de la même façon que des paroissiens de Marsolan ; c'est au moyen de la même ruse qu'elle lui fait percer sa barrique et qu'elle ensanglante la tète du curé et de ses deuxouailles. Voilà justementpourquoi la variante bretonne ne
1 Kind. und Hausm., n»58; Vernaleken, no 6.
2 Dans le conte indien, une file de fakirs s'avance sur la route. La perdrix se pose sur la tête de l'avant-dernier ; le dernier lui assène un coup de roseau ; elle va Se poser sur la tète du précédent qui est frappé à son tour, et ainsi de suite jusqu'à ce que les cent fakirs aient la tète ensanglantée.
possède pas le trait de la soif du chien. Cette variante a, en effet, conservé comme conclusion le trait des batteurs de blé qui tuent un des leurs à coups de fléau, mais sans l'appliquer au motif du chien égayé. Conserver en même temps le trait du charretier qui défonce sa barrique en voulant tuer l'oiseau, c'était s'exposer à une répétition analogue à celle du conte gascon. Quant à la variante esthonienne, elle ne connaît aucun de ces deux traits; elle a dû nous parvenir mutilée. En somme, c'est la version du Roman de Renart qui, pour cette partie du conte, présente le plus de régularité et de vérité. Des éléments primitifs, elle a gardé ceux qui étaient d'une exacte convenance et cadraient le mieux avec le sujet.
Dans cette version, le début de l'aventure est différent de celui des contes qui lui sont parallèles. Suivant ceux-ci et aussi suivant la plupart des contes de la même famille, le renard menace l'oiseau tantôt de monter à l'arbre, tantôt de l'abattre avec sa queue ou avec une hache ; tantôt encore, il se fait remettre les petits sous prétexte de les contempler. Dans le poème français, c'est au contraire Droïn qui suggère à Renart l'idée de dévorer ses enfants en le priant de les guérir de la gale. Il déclare qu'il les baptisera d'abord *, car il est à la fois prêtre et médecin, et, une fois que le moineau les lui a jetés, il les mange. Cette particularité semble avoir sa source dans une autre histoire du Roman, celle du Lion malade, ou du moins avoir été inspirée par elle, à en juger par les vers suivants, qui font allusion à cet épisode:
Tu ses bien qu'il n'a pas passe Plus de deus ans que j'ai este En Gabibre et en Romanie, En Toscane et en Herminie :
G'ai quatre fois passe la mer Por mecine querre et trover Mon segnor l'enpereoi' Nol:)le.
(v. 853 sq.)
Pourtant, un autre conte transylvanien nous donne la même
1 Un motif religieux se trouve aussi dans la variante gasconne. Le renard qui demande à voir les petits de la merlesse déclare qu'il ne les mangera pas, car il s'est confessé la veille, et, pour expier sa mauvaise vie, il lui a été ordonné de ne pas manger de viande pendant un an. Quand il a obtenu les petits, il prétend que ce sont des tanches, et il les dévore.
entrée en matière : le renard rencontre un corbeau à la recherche d'un médecin qui puisse guérir ses petits de la gale *. Peut-être ce trait existait-il à côté des autres dans la tradition orale et lui a-t-il été emprunté par le trouveur qui a en même temps jugé à propos de rattacher entre eux le motif de Renart médecin des petits du moineau et celui de Renart médecin du lion.
Pour la conclusion de l'aventure, la branche française s'éloigne aussi des variantes bretonne, gasconne et esthonienne. Dans celles-ci, l'oiseau dit au chien de contrefaire le mort, et, quand le renard arrive, il se pose sur le prétendu cadavre, le becqueté ; voyant que le chien ne fait aucun mouvement, le renard s'avance et est aussitôt déchiré à belles dents. C'est là un thème qui nous est bien connu, et dont le Roman de Renart lui-même nous offre de nombreux spécimens 2. La branche XI en a choisi un autre pour l'histoire de Droïn; elle nous montre le chien blotti dans un buisson et se précipitant sur le goupil dès que le moineau l'a attiré près de sa cachette. Est-ce la reproduction d'une scène que nous rencontrons dans d'autres branches ou une imitation lointaine de la fable le Chien et le Co(i, comme je le disais en commençant ? La chose importe peu. Cette tin spéciale n'altère en rien le mérite de ce conte de Droïn^ un des meilleurs du Renart français, qu'il est d'ailleurs le seul H posséder parmi tous les monuments littéraires de l'épopée animale, et dont la valeur est comme rehaussée par la médiocrité et la platitude des récits au milieu desquels il se trouve placé dans la branche XI, véritable joyau enfoui dans un grossier écrin.
1 Hattrich-Wolff, no 18.
^ Voir ci-dessus p. 173 sq.
Renart et Hubert
D'une forme raccourcie de la fable ésopique le Chien et le Coq d'où sont sorties certaines fables latines où le coq figure comme confesseur. — Comment ce caractère religieux lui a été attribué. — La branche Vil où Renart mange Hubert son confesseur est un dérivé de ces récits. — Pourquoi le milan a été substitué au coq. — L'aventure du grillon Frobert de la branche V est une imitation de celle à' Hubert. — Tousses éléments ont été tirés du Roman de Renart et non du dehors. — De son double dénouement. — Conclusion du chapitre Renart et les oiseaux.
Nous avons vu, à propos de l'épisode de Renart et la Mésange, que le Directorium mtae hu^nanae renferme une fable où le renard ayant affaire à un cocf le dupe, en dépit de la tradition qui veut qu'en de telles rencontresle renard soit toujours mystifié : le coq consent à descendre de l'arbre pour venir embrasser son flatteur qui le dévore aussitôt. Cette déformation de la tradition ne se trouve pas uniquement dans le recueil de Jean de Capoue. On en rencontre des traces dans la littérature orale et dans la littérature écrite.
Suivant un conte transylvanien, un coq borgne descend de l'arbre pour embrasrser le renard qui lui a promis de guérir son œil malade s'il consent à lui donner un baiser i. Dans une parabole d'Eude, le renard feint d'être à Tarticle de la mort et demande à se confesser au coq : « Venit igitur Ghanticlerus, scilicet gallus, qui est capellanus bestiarum. » Pressentant les intentions perfides du goupil, il se tient à quelque distance de son pénitent ; mais celui-ci prétexte sa grande faiblesse, le fait approcher pour mieux entendre et l'étrangle 2. De même dans Jean de Sheppey, un des continuateurs d'Eude, le coq se fait longtemps prier avant d'accepter d'être le confesseur du renard.
« Haltrich-Wolff, n» 20.
2 Hervieux, II, p. 6'i4.
Attendri à la fin, il avertit sa femme, au moment de sortir du poulailler, de ce qu'il va faire : « Oportet omnino quod exeam ad eam. — Domine, nullo modo ; multum deceptuosa est, et nescitur ad quem fmem tendit. — Tanquam una de stultis mulieribus locuta es. Nonne mihi cura animae suae tradita est? » Et ouvrant la porte il entraîne le goupil dans un lieu écarté où il ne tarde pas à être victime de sa naïveté *.
Ce dialogue entre le coq et sa femme rappelle celui de Chantecler et de Pinte du Roman cleRenart :
Mes se vos me volieez croire,
Vos retorneriez ariere :
Car il est repos ci derere
En cest boisson, jel sai de voir,
Por vos traïr et décevoir.
Pinte, fait-il, molt par es foie.
Molt as dit vileine parole, Qui diz que je serai sorpris, Et que la beste est el porpris Qui par force me conquerra.
Dahez ait qui ja le ftrera !
(II, V. 254 sq.)
Jean de Sheppey a dû s'inspirer de cette heureuse invention par laquelle le trouveur français avait donné un intérêt poignant à l'aventure et humanisé en quelque sorte le récit si sec de ses devanciers. Mais là s'arrête l'emprunt de Jean de Sheppey ; sa fable n'est ni une reproduction ni une imitation de l'épisode français. Il est en effet de tradition dans le Roman de Renart que Chantecler sorte toujours victorieux de ses luttes aveele goupil ; il figure toujours au nombre de ses ennemis, et, dans la dernière évolution du cycle, son importance s'accroît tellement qu'il prend la place d'Isengrin en face de Renart, réclamant le combat judiciaire et le forçant, après l'avoir vaincu, à demander grâce ; il arrivera à être le seul des accusateurs de Renart à qui le roi permette de se venger et de réclamer sa mort. Ce n'est donc pas dans Xestoire française du goupil qu'a été puisé le fond du récit que Jean de Sheppey a reproduit après Eude en lui ajoutant quelques embellissements.
L'indépendance de la parabole d'Eude vis-à-vis du Roman de
1 Id., p. 783.
Renart n'est pas infirmée non plus les dénominations de Chanticlerus et de Reinardus qui y sont données au coq et au goupil. Elles ont été probablement introduites par lafantaisie d'un copiste. D'une part, en effet, ces dénominations sont sporadiques dans l'ensemble des contes d'animaux d'Eude; pourquoi les aurait-il employées ici plutôt qu'ailleurs ? D'autre part, Jean de Sheppey qui a eu certainement le texte d'Eude sous les yeux, qui a paraphrasé ses paraboles, appelle ses héros gallus et • vulpes. Il faut donc voir dans cette fable latine et dans le conte transylvanien des dérivés, parallèles au conte de Jean de Gapoue, de la forme raccourcie du Chie?i et du Coq.
L'innovation introduite par les dérivés latins dans la version primitive est le rôle religieux donné au coq. Dans la variante transylvanienne, c'est au contraire le renard qui en est chargé ; il se présente comme un homme de Dieu, caractère qui lui est attribué fréquemment dans les contes écrits et dans les contes oraux, et en particulier dans un conte géorgien qui n'est pas sans offrir quelques rapports avec le thème en question. Un renard qui est tombé dans une cruche en sort tout bleu ; il fait croire à un coq, à un milan et à une hupp(3 qu'il a renoncé au monde, qu'il est devenu moine et qu'il part pour Jérusalem. Ils demandent à l'accompagner. « Il vous faut d'abord vous confesser, » leur dit-il. Il les mène à son terrier. La confession du coqet du milan a pour dénouement leur mort; car, aux yeux du renard, ils ont commis des fautes irrémissibles. Quant à la huppe, elle s'avise d'une ruse qui la délivre et met le pieux ermite entre les mains de chasseurs i.
Dans Eude et Jean de Sheppey, les rôles sont inverses : le renard est pénitent et le coq directeur des consciences. Il serait puéril, à mon avis, et malgré que le coq soit expressément appelé « capellanus bestiarum » d'aller chercher bien loin la cause de cette interversion et de voir là un souvenir du caractère plus ou moins sacré attribué à cet animal dans les croyances chrétiennes. Il serait inutile aussi de rapprocher ce trait de celui des vai'iantes du conte de Cliantecler où le coq, au moment d'être mangé, prie son ravisseur de faire une prière pour remercier Dieu du repas qu'il lui a procuré. La chose peut s'expliquer plus simplement. A la donnée du goupil tartufe, établie de tout
» Mourier, p. 13 sq. ; cf. Afanassiev, I, n» 4 c où le renard veut confesser le coq. Le péché reproché à celui-ci est en général la polygamie.
temps dans les apologues et dans les contes n'était pas indispensablement et uniquement liée la donnée du goupil confesseur. L'hypocrisie du renard pouvait ressortir aussi bien, sinon mieux, dans une scène où il serait pénitent, s'accuserait ou s'entendrait accuser de ses innombrables méfaits et finalement dévorerait son confesseur. Le thème général de cet animal faisant le pieux pouvait aboutir à l'une et l'autre représentation.
Une autre parabole d'Eudenous montre le passage de la forme laïque de la fable de Jean de Gapoue au récit tout clérical du renard qui se confesse. Dans ce morceau, il n'est pas un mot qui touche à la religion. Pourtant, l'on pressent en le lisant que la scène n'a qu'un pas à faire pour se transformer en scène ecclésiastique. Le renard se voit refuser l'entrée d'un poulailler par les poules et leur dit : « Bene potestis mihi credere, quia, famé et frigore conflicta, vitam jam debeo terminare, et, si mùriar in hoc periculo, imputabitur vobis. » Les poules sont attendries, et il est à peine entré qu'il fait un carnage *. A ce tableau, une légère retouche suffirait pour le transformer en une peinture analogue à celle de l'autre parabole d'Eude. I Le Roman de Renart, lui aussi, renferme une histoire du jgoupil confès^laquelle remplit toute la branche VIL Cette branche,j'ai déjà eu l'occasion de le dire, est un des rares morceaux satiriques de la compilation. De la bouche du goupil, qui prend un malin plaisir à se présenter comme le type le plus hideux de la gloutonnerie et de la luxure, sortent de virulentes attaques contre lejibertinage des moines et^le^^^ixègi&ment-des abbés ; il nomme certains de ceux-ci qu'il déclare ne pas égaler en vices : ce sont l'abbé de Gorbie, Hunant le roux, Tabarie, Mauduit le clerc d'Ateinvile et bien d'autres encore, chacun stigmatisé avec une verve endiablée et une rare violence. On croirait lire des pages delà diatribe deNivard ou de la seconde partie du poème de Gelée : c'est le même ton acerbe, la même acrimonie. Or, sous quelle forme le trouveur ancien a-t il exhalé ses plaintes indignées et fulminé ses revendications ? Sous celle d'une confession de Renart à Hubert le milan qu'il a aperçu au moment où il se reposait sur une meule entourée d'eau.
Il est impossible de rapprocher cette scène de certaines autres scènes du Roman dont il a été déjà parlé à plusieurs re-
* Hervieux, II, p. 629 sq.
prises et où le goupil avoue ses fautes à un animal ou à un homme . Ces confessions diverses sont en effet des procédés purement épiques ; elles servent à résumer un grand nombre d'épisodes racontés au long dans d'autres branches . De plus, que Renart se confesse à son cousin Grimbert quand il le ramène à la cour, ou à Termite à la veille de partir en pèlerinage, l'aveu de ses péchés semble sincère et amené par une véritable contrition. Au contraire, dans la branche VII, l'énumération de ses méfaits n"a nullement la prétention d'être une revue rétrospective ; les crimes dont s'accuse Renart ne sont guère du genre de ceux que lui attribue Vestoire :
J'ai este set mois toz entiers Parjures et escuminiez .
Mes ce n'est mie grant peciez ; Ja por escuminacion N'aura m'arme damnacion.
Sire, g'ai este sodomites.
Encore sui je fins hérites ; Si ai esté popelicans Et renaie les cristiens.
(v. 344 sq.)
Plus loin, il est vrai, la confession semble rentrer dans le domaine de Vestoire : Renart fait allusion à ses amours avec la louve; s'il n'est pas entré dans les^ordres blancs, c'est que l'austérité y est trop rigoureuse :
Et je connment i entreroie Qui nul mal sofl'rir ne porroie, Ne cjui consirrer ne me puis De Hersent ne de son pertuis ?
(v. 427sq.)
Mais cette mention obscène de la liaison adultère du goupil et de la louve n'est ici qu'un prétexte que s'est octroyé le trouveur pour lâcher bride à son imagination bouffonne et donner satisfaction à son goût de peintures lubriques. Le moyen âge, passé maître en ce genre de tableaux réalistes, n'a rien produit de plus grossier que la description faite par le milan des ardeurs insatiables de Hersent et de son corps usé par la débauche. En outre, le seul mobile qui pousse Renart à appeler le milan à ses côtés sur la meule est le désir d'en faire sa
proie. Sans doute, il n'est fait mention de ce désir dans le récit lui-même qu'au moment où Renart veut se venger sur le milande son mépris pour Hersent :
S'onques nus manja son provoire, Je vos manjerai en cest jor, Ja n'en aures autre retor.
(v. 666 sq.)
Mais les vers qui précèdent immédiatement la scène de la confession nous le montrent en danger de mourir de faim :
Si se conmence a dementer Con d'iloc porra escaper :
Qar s'il remaint desus le fain Bien set que il morra de fain.
(V. 307 sq. Var.)
Nulle part, d'ailleurs, n'appamit l'ombre d'une conversion sincère de Renart : il agit envers le milan tout comme le goupil agit dans la fable d'Eude avec le coq.
Ce qui peut égarer sur les rapports entre cette fable et notre aventure, c'est que, dans celle-ci, le dessin du prototype est noyé dans un luxe de détails étrangers. Le poète auquel étaient inconnues, comme à la plupart des écrivains de son temps, les règles de la mesure et du bon goût, entrainé d'ailleurs par une facondité qui lui semble propre, a laissé courir sa muse bride abattue et n'a pas su la contenir dans de justes limites. Par suite, les lignes fondamentales du conte sont flottantes et presque insaisissables dans l'ensemble. On peut néanmoins les dégager, grâce à quelques traits précis qu'on rencontre çàetlà.
Le coq, personnage traditionnel qui est resté dans Eude, a été remplacé par le milan, et nous en savons la cause. Ghantecler ne pouvait, vu son importance dans le cycle, mourir sous la dent de son ennemi. Du moment que ce conte était introduit dans le corps des aventures de Renart, il fallait à tout prix y remplacer le coq par un autre oiseau. Mais, en réalité, c'est le nom seul qui a été changé, le caractère est resté le même : si, dans les fables latines, le coq est le chapelain des bêtes ou se dit chargé du soin des âmes, Hubert, lui aussi, est revêtu de fonctions non moins graves; c'est, dit Renart :
un religions ermofle
Qui par cest païs quierl les pes, Et si se font a lui confes Li malade et 11 peceor Qui de lor pèche ont poor.
Et comment ne pas rapprocher la demande faite par le goupil au coq dans Eude de celle que Renart fait ici à l'escoufle :
Sees vos ci dejoste nos, Lez ceste lasse créature Qui est ici en aventure Et en dotance de morir.
(v. 316 sq.)
Dans deux autres passages, le texte de la branche VII rappelle, non plus précisément le texte d'Eude, mais celui des contes de Chantecler et de la Mésange. Gela n'a rien que de très naturel ; tous ces récits ont un fonds commun, la tentative de Renart pour s'emparer d'un oiseau ; cette identité du sujet devait amener, quelque variés qu'aient été ses développements, une fréquente reproduction des mêmes motifs.
C'est ainsi que Renart essaie une première fois de happer Hubert, comme il le fait ailleurs pour Chantecler. Plus loin, à la fin du conte, il lui demande un baiser de paix, comme il l'avait demandé à la mésange ; il avoue avoir mangé les quatre fils de son provoire et il ajoute :
Je en vien a grant repentance.
Mes or fêtes une acordance !
Por vos enfans que mangies ai Vostre home lije devendrai, Si nos entrebesons en foi .
(v. 833 sq.)
Mais, moins heureux que la mésange, l'escoufle est saisi et dévoré.
A l'histoire de Renart et Hubert le milan on peut ajouter, comme échantillon du thème du goupil confès, l'histoire de Renart et Frobert le grillon * contée dans la branche V (v. 161-220).
» Il ne porte aucun nom dans le texte de la branche Y de l'édition Martin ; cette dénomination se trouve dans les variantes de cette branche au vers 180.
Renart vient de se séparer d'Isengrin, qui l'a indignement trompé, pour se rendre au pèlerinage de Saint- Jacques K II arrive dans le courtil d'un prêtre où il trouve des rats à foison. Il s'apprête à s'en régaler quand, apercevant un grillon, il craint d'être dénoncé par lui. Celui-ci s'est tu à son approche. Renart l'engage à continuer son chant :
Clerc sevent bien chanter latin.
•Je te donroie bon loier,
Dan clers, dites vostre sauter !
Frobert est défiant ; non seulement il ne reprend pas son chant, mais en outre il veut s'assurer de quel pied cloche son flatteur. Il s'approche et manque d'être englouti dans la gueule de Renart. Dépité, celui-ci déclare n'avoir eu en vue que le livre de cantiques du grillon ; en l'avalant il aurait su toutes ses chansons. Puis il feint d'être malade et de vouloir, avant de mourir, obtenir rémission de ses fautes :
Molt sui sopris de grant malage, Que j'ai fet meint pelerinnage.
Or voi bien ne puis plus durer :
Un maix fait moult mon cors grever.
Certes je sui uns chatis hon.
Mes fai moi or confession, Car il n'a ci entor nul prestre.
(v. 191 sq.)
Vous aurez « prestres à planté » lui dit Frobert. En effet sept chiens arrivaient suivis de chasseurs et d'arbalétriers qui se mettent à la poursuite du faux pèlerin.
Ce petit conte a été rapproché à tort, à mon avis, d'une fable ésopique qui met en présence le renard et la cigale. Le renard l'entendant moduler sur le haut d'un arbre la prie de descendre pour qu'il puisse la contempler. Elle lui répond qu'elle est sur ses gardes depuis qu'elle a vu dans les excréments d'un de ses frères une aile de cigale "2. Il y a évidemment certaines ressemblances entre les deux morceaux ; l'un et l'autre possèdent comme second personnage un insecte ; l'un et l'autre tournent
1 Voir ci-dessus p. 133.
2 Halm, 400 ; cf. Kolmatsclievsky, p. 184 sq.
en ridicule le renard en ce qu'il flatte en pure perte le chant de l'insecte et ne parvient pas à saisir la proie que sa méchanceté convoite. Mais, en laissant de côté le fait que nous ne possédons aucun intermédiaire entre la fable ésopique et le conte français, celui-ci n'est-il pas composé d'éléments puisés dans le Roman de Renart lui-même ? Ce n'est pas la première fois que nous voyons Renart louer le chant d'un animal dans une intention perfide ; les aventures de Chantecler et de Tiécelin renferment ce trait qui est très probablement la source de l'insistance que met ici Renart à faire chanter à Frobert les versets de son psautier. Il saute non moins aux yeux que l'arrivée des chiens qui délivre le grillon n'est qu'une contrefaçon de celle des chiens singuliers courriers de paix dans l'aventure de la Mésange. Quanta la présence d'un insecte, trait commun à la fable grecque et au conte français, elle est le résultat d'une simple coïncidence. Remarquons tout d'aboi d que la fable grecque n'est, au fond, qu'une variante du thème général du goupil mystifié par un animal plus faible et en général moins rusé que lui. Dans la forme adoptée par les contes auxquels elle se rattache, c'est ordinairement un oiseau dont le renard est la dupe. Mais l'idée morale qu'ils développent, à savoir la victoire des petits et des humbles sur les puissants et les forts, pouvait ressortir aussi bien avec un insecte qu'avec un oiseau pris pour héros ; la substitution amenait seulement quelques modifications dans le contexte, mais ne dénaturait en rien le sujet 1. L'affaire du renard et de la cigale peut donc être considérée comme un récit parallèle à celle du renard et du coq. D'autre part, le conte de Frobert n'est pas un dérivé direct de la tradition qui nous a donné ceux de Chantecler et de la Mésange ; c'est une rédaction en quelque sorte de la troisième heure, un composé de toutes sortes de motifs empruntés à ces contes et à d'autres encore . Il serait donc extraordinaire que cette rédaction n'eût emprunté à la fable grecque que la particularité de faire figurer un insecte au lieu d'un oiseau. Ici encore il est plus rationnel d'interroger le Bonian de Renart. Au nombre des ennemis de petite taille acharnés contre Renart, à côté du coq, de la mésange, du corbeau, delà corneille, se trouvent toujours Tardif le lima-
1 Un conte oral a remplacé de la môme façon le coq par l'écureuil; à l'éloge du chant est par suite substitué l'éloge de l'agilité. Voir Rolland, Faicne pop., I,p. I'i8.
çon et Frobertle grillon. * Leurs noms reviennent sans cesse dans les difîérents jugements du goupil. A mesure que le cycle se développe, leur importance s'accroît, et on les voit, comme Chantecler, livrer avec leur adversaire irréconciliable des combats dont ils sortent souvent vainqueurs. Un trouveur a sans doute voulu motiver l'inimitié de Frobert et donner un corps aux accusations qu'il dirige,de concert avec les autres animaux, contre Renart. A cet efïet, il a créé un conte dont le grillon est le héros avec différents éléments épars dans les diverses aventures du goupil et d'un oiseau. On a pu voir combien il avait eu peu à faire pour ajuster ces éléments à ce nouveau dessein.
Parmi ces éléments, celui qui tient le plus de place et qui domine tous les autres est sans contredit celui de la confession. Ce n'est que dans la seconde partie du conte que Renart demande au grillon de le soulager du poids de ses fautes ; il n'y est, semble-t-il, déterminé qu'après avoir vainement essayé de s'en emparer. Mais la chose est préparée par tout ce qui précède et ne nous surprend guère quand elle se produit. Le rusé compère se présente en effet sous les dehors d'un pèlerin, et le grillon le considère si bien comme tel que, lorsqu'il a échappé à une perte certaine, il s'écrie :
Or a diable un pèlerin
Qui la gent mordra en la fin.
(v. 183 sq.)
Le grillon lui-même, sans être précisément, comme le milan de la branche VII et le coq d'Eude, revêtu d'un caractère religieux, ne laisse pas d'être traité par Renart comme un homme de Dieu. Il le prie, nous l'avons vu, de continuer ses cantiques ; puis il le déclare digne d'entendre ses péchés et de les absoudre :
Que clers estes et bons et sages...
Qar je sai bien se je cerchoie Tôt cest pais ci environ Ne troveroie plus preudon.
(v. 198 sq. Var.)
1 Voir pour Frobert en particulier br. I, v. 1323 sq. et XIII, v. 2050 sq.
La tradition a, en somme, été conservée intacte, bien que la façon dont les faits sont présentés affecte une certaine originalité et que l'histoire, dans son ensemble, n'ait plus guère qu'un air de famille avec celle d' Hubert. La fin de l'aventure qui laisse survivre le grillon est une déviation de la donnée l^rimitive ; nous avons vu la cause de cette déviation. Mais, à vrai dire, notre conte a deux conclusions : l'une, celle que nous connaissons, où le renard est obligé de s'enfuir, poursuivi par les chiens ; l'autre, que je n'ai pas signalée dans l'analyse faite plus haut, où le renard, après avoir dépisté les chiens qui vont trouver Isengrin sur leur route, revient vers Frobert et l'enferme prisonnier dans son trou. ^ Au point de vue de l'unité de la narration, il eût certes mieux valu que ce second dénouement fût absent ; le conte se serait terminé àla façon de ceux de Chantecler,de la Mésange, de Droïn, où la fuite de Renart devant un ou plusieurs chiens clùt définitivement l'aventure ; là, il ne songe pas à se venger et il se met en quête d'une autre proie plus facile. On ne comprend guère de quelle utilité est dans notre épisode ce retour offensif du goupil. Il déroute le lecteur qui, croyant passer à un nouveau récit, se voit ramené à celui qu'il croyait épuisé. Il est en contradiction avec Vestoire qui fait de Frobert un des personnages toujours vivants du cycle et le met sans cesse en présence de Renart ; la branche V, au contraire, le condamne à mourir brûlé dans le four du prêtre. Il ne sert en rien à l'action ellemême ; car, étant donné que Renart se débarrasse du grillon comme d'un témoin gênant, capable de dénoncer ses larcins, pourquoi, une fois délivré de sa présence, ne rassasie-t-il pas sa faim avec les rats ou les gelines qui peuvent se trouver dans le courtil du prêtre ? Cette lacune est significative ; elle nous dit assez qu'il n'y a rien d'épique ni d'esthétique dans ce second dénouement. En faisant ce raccord si peu heureux, le trouveur ou plutôt un remanieur a voulu rétablir le sens de la tradition, altérée par la survivance du grillon, au moyen de l'emprisonnement dans son trou de Frobert qui ne reverra plus la lumière :
N'en istra mes de ceste année
(v. 215, Var.)
1 Voir cette suite dans Martin, Variantes, p. 153 sq. L. SuDRE, Renart. 21
Le conte toutentier est ainsi ramené au type consacré par la bran che VII et les fables d'Eude et de Jean de Sheppey. Si Renart ne mange pas ici son confesseur, du moins — et cela suffit pour établir l'analogie — il fait disparaître un animal dont il a voulu faire son confesseur, et dont il avait juré la perte- Telles sont les aventures de Renart et des oiseaux dans le cycle français. Il faut y ajouter le court épisode de Renart et la Corneille que nous avons étudié à propos de l'épisode des Charretiers. De ces cinq contes deux seulement sont sortis de la tradition savante ; l'un^ celui de Renart et la Corneille, a sa source indubitable dans un passage des Bestiaires ; l'autre, celui de Renart et Tiécelin, est une variante de la fable ésopique le Renard et le Corbeau. Mais ni l'un ni l'auti-e n'est la traduction exacte de son prototype : le premier n'est probablement qu'un souvenir d'écolier ; le second reproduit le morceau classique avec des altérations et des enjolivements dont les imitateurs directs de Phèdre plutôt quê les trouveurs doivent porter la responsabilité. Voilà toute la part qu'a à revendiquer dans ce groupe la littérature écrite du moyen âge. Car l'aventure d'Hubert.^ bien que n'ayant de représentants en dehors du cycle que dans des ouvrages latins, semble être un produit de la tradition arabe dont ces ouvrages eux-mêmes se sont mainte et mainte fois inspirés. Quant aux trois principaux épisodes, ceux de CJiantecler, de la Mésange et de Droïn, ils sont d'origine populaire, malgré leur rapport avec la fable ésopique le Chien et le Coq. Et c'est avec dessein que j'ai insisté sur ce rapport pour en faire pleinement ressortir l'inanité au point de vue d'une filiation, je ne dis pas immédiate, mais même indirecte. Le travail de décomposition dont a été l'objet le thème de cette fable a été fait non sur elle ni d'après elle, mais sur un type, propriété immémoriale de la tradition populaire, à laquelle l'ont emprunté non seulement l'auteur dd la compilation ésopique^ mais, bien avant lui, les auteurs des recueils des Jûtahas bouddhistes*. La tradition littéraire a eu uniquement le mérite de nous avoir conservé ce type à peu près intact : mais à la tradition populaire revient celui de l'avoir développé et d'en avoir fait sortir nos trois ravissantes
1 Voir dans Jacobs, p. 74 sq., le contenu de ce .Jâtaka et aussila reproduction de la sculpture de la stupa de Bharhut relative à ce morceau.
histoires. Il n'est certes pas peu intéressant de constater que cette idée de montrer victorieux du goupil des adversaires inférieurs à lui parla taille et par leurs moyens de défense, et qui a fait son chemin dans le cycle au point que Ghantecler le coq et Tardif le limaçon deviennent dans la dernière période de véritables protagonistes, est elle-même traditionnelle, et qu'elle est une partie de l'héritage qu'ont si libéralement dépensé nos poètes, au lieu d'être une de leurs créations et un témoignage de leur originalité.