‹ Les sources du Roman de RenartChapitre 33 sur 55 · ISENGRIN ET LE PRÊTRE MARTIN · texte numérisé non relu

ISENGRIN ET LE PRÊTRE MARTIN

Epopée particulière que constituent les branches XVIII, XIX et XX. — La branche XVIII est la traduction très fidèle du poème latin Sacerdos et Lupus. — L'originalité de celui-ci n'est qu'apparente. — Il est issu des versions anthropomorphisées du conte populaire des Quatre animaux dans la fosse. — Les altérations que ce conte a subies en passant dans la littérature écrite n'ont rien de forcé.

Les branches XVIII,XIX et XX, qui vont faire l'objet de ce chapitre, ont, je l'ai fait remarquer dans l'exiîosition de mon plan, ceci de commun que pas une des trois n'a trait à quelque aventure de Renart ; celui-ci n'apparaît nulle part, et c'est Isengrin qui passe au rôle de protagoniste, dans la première, en face du prêtre Martin, dans la seconde, en face d'une jument, dans la troisième, en face de béliers. Aussi bien, l'un des trois manuscrits qui nous ont transmis ces morceaux les a groupés comme en une sorte d'épopée particulière du loup. Sont-elles d'un même auteur ? Tout porte à le croire . Rien n'est plus convaincant en effet que cet air de famille qui leur est donné par l'absence du goupil au milieu d'une foule de contes dont il est le centre, et à la collection desquelles il a donné son nom. En outre, on retrouve de l'une à l'autre de ces branches la même narration rapide, le même tour enjoué et badin, unité qu'il serait difficile de constater entre d'autres fragments du Roman. Enfin, les deux dernières sont pourvues d'un prologue qui, autant que faire se peut, relie l'action nouvelle à la précédente

et établit ainsi entre les trois épisodes un enchaînement raisonné. Ainsi les premiers vers de la branche XIX :

Or vos dirai con il avint

A Ysengrin, qant la nuit vint.

Parmi ces bos s'en va corant

nous reportent à la scène de la branche précédente où, ayant laissé le prêtre à demi-mort de peur, Isengrin

s'en va moult tost, Par bois et par chans si s'en fiche.

(XVIII, V. 122 sq.)

La branche XX, avec son début

Or vos redirai d'Isengrin Qui seremist en son chemin,

forme une suite naturelle de la scène de la branche XIX qui nous montre le malheureux loup gisant en la prairie où l'a étendu le coup de pied de la jument.

Il n'y a donc aucune témérité à attribuer à un seul trouveur la composition de cette trilogie consacrée au loup. Mais cette trilogie, l'a-t-il trouvée toute créée soit dans la tradition savante soit dans la tradition populaire, ou bien, ayant puisé chacune de ses parties à une source différente, en a-t-il faitlui-même la synthèse ?

La seconde proposition est la seule acceptable en ce qui concerne l'épisode d'Isengrin et le prêtre Martin. Le poète nous avertit qu'il a tiré la matière de son récit d'un livre :

Si con nos conte l'escripture

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