L. SuDRE. Renart
deux formes du conte . Pareil éclectisme a été d'ailleurs constaté plus haut à propos de son histoire du coq Sprotinus où se trouvaient mélangés deux contes, celui du goupil et du coq et celui du goupil et de la mésange.
Pour l'épisode delsi Jument, le poème français et le poème latin se tiennent plus près l'un de l'autre. Les particularités de la rédaction de Nivard tiennent moins aune différence de source qu'à la manie qu'a cet auteur d'introduire dans chaque aventure une pointe d"ironie et de lui donner une couleur satirique bien prononcée. En réalité, ces deux versions du cycle correspondent à la forme la plus simple de l'histoire, celle de la fable ésopique i qui a été reproduite par le Romulus primitif 2. On sait tous les développements postérieurs qu'a reçus cette fable. L'épine a été remplacée par l'âge du cheval ou par son nom, voire même par son prix inscrit sur le sabot. Aux deux personnages primitifs viennent s'adjoindre d'abord un poulain, puis le renard. Et alors on aboutit à des variantes plus compliquées, comme celles du Relnaert (v. 3992-4107) et celle de Renart le Contrefet ^, Celles du Roman de Renart et de VYsengrimus sont plus simples et rappellent le récit classique ; elles n'en sont pas pour cela les dérivés directs. Le long examen, auquel je me suis livré tout à l'heure, de leur liaison avec l'épisode des Béliers ne permet pas, je pense, de mettre en doute leur provenance populaire.
1 Halm,no 334.
^Hervieux, II, p. 202, Il est à remarquer que dans le Romulus, il y a un lion et un cheval au lieu du loup et de Tâne de la fable ésopique.
s Robert, II, p. 365.