‹ Les Sources et la croyance en DieuChapitre 22 sur 50 · I. ils ne suffisent plus, et de nouveau on se mel en · texte numérisé non relu

I. ils ne suffisent plus, et de nouveau on se mel en

le.

ii'<'m-cc que tend à nous indiquer cette constatation

âge ?

eux choses.

que les objets de la vie ne nous satisfont pas, il semble qu'on doit conclure qu'à travers eux nous ■chons antre chose.

' ce qu'ils nous plaisent pourtant et nous attirent,

on doit conclure qu'ils ne sont pas étrangers à ce que nous cherchons.

Qu'en est-il donc? Quel peut-être l'objet, soit réel, soit idéal, — je ne veux pas le préjuger ici — vers lequel se dirigent à travers les objets présents les exigences humaines ? Et quels rapports peuvent bien entretenir avec lui ces biens insuffisants et cependant aimés?

Répondre à celte double question, ce serait élucider Je problème.

Or il me semble qu'on peut employer ici avec avani un de ces détours que les mathématiciens appellent un artifice de calcul.

Les objets de la vie, disons-nous, ne nous satisfont pas. C'est un fait; mais si le fait est sûr, quand on \ réfléchit ou qu'on tente l'expérience, il n'est pas moin.' certain que ce n'est pas à toute heure, en toute circonstance de la vie, ni à tout âge, qu'on fait cette expérience

Nous avons dit delà première jeunesse qu'elle se repré sente le monde comme un Eden, la vie comme une fête Or si cela passe bien vite, à titre de conviction arrêt'" et d'appréciation d'ensemble, dans le détail et sans s l'avouer trop ouvertement à elle-même, notre illusion s reprend bien souvent à juger ou à sentir comme la pri mière jeunesse. Les hommes ne sont que de grands en fants. Ceux qui se croient le plus sceptiques n'en sont pa moins à chaque minute le jouet de quelque mirage. Qui est celui qui ne se figure pas, à certains jours, le plus cèrement du monde, que, s'il avait telle chose, telle pos tion, telle fortune, tel talent, telle notoriété, tel amour, n'en demanderait pas davantage, et serait parfaitemei heureux? Eh bien, c'est cette erreur, — car c'en est ui énorme — qui va nous être utile.

Analysez, en effet, ce qui se passe danslame humain Essayez de découvrir sur quoi repose cette confiance q' l'événement doit tromper. Urne semble que c'est le moy< de savoir ce que cherche vraiment notre instinct. Car je cours vers quelque chose, persuadé que saposseme rendra parfaitement heureux, c'est que je lui ]

l'infinité du vouloir 3C9

dans ma pensée, les qualités qui correspondent à un objet plénier et béatifiant par lui-même. Et si j'arrive, en m'analysant moi-même, à découvrir quelles sont ces qualités que je lui prêtais, je saurai par là même où portait en réalité ce désir qui ne m'a fait aboutir qu'au néant.

Or, regardez de près, et vous verrez que tous les objets qui nous tentent n'agissent sur nous que parce qu'ils se colorent à nos yeux d'une teinte d'infinité.

Nous ne pouvons rien aimer, a écrit Fichte, si nous ne le considérons comme éternel.

Nous ne pouvons rien aimer non plus, si nous ne le onsidérons comme infini.

Et les deux choses vont ensemble. La durée est une esure; la quantité en est une autre. Et de même que nous ne voulons pas de limite pour la durée de ce que îous aimons, nous ne voulons pas non plus de limites Dûur sa valeur.

Il estbien entenduqu'il ne s'agit, ici, que desobjets que îous prenons comme fin, et non de ceux que nous ►rendrions comme moyen pour obtenir autre chose. Car l est clair qu'en ces derniers nous ne cherchons pas infini; mais un service précis, une mesure définie d'uilité *. Mais s'il s'agit de ces objets que nous prenons omme fin, tels le plaisir, la gloire, la science, l'amour, bjels dont nous disons : Que je les obtienne à telle dose, )us telle forme, et cela me suffit, je dis que nous ne nions ainsi que parce qu'au préalable nous avons coloré îs objets de couleurs plus riches que celles qu'ils postant par eux-mêmes, et que nouslesavons teintéscTin-

Or si cela était vrai, on en verrait de suite la conséenc<! : ce serait donc l'infini, que nous poursuivrions

II. Le cas de ce genre d'objets ne peut du reste rien changer à Itre problème, car un désir relatif à un moyen en suppose touhrs un autre relatif à une fin, On ne désire un moyen qu'à cause jne lin, et 'e mouvement d'âme qui semble dirigé vers le premier Idresse en réalité à l'autre. Si donc il est prouvé qu'il y a un lini dans tout désir relatif à une lin, il est prouvé par là même jil y a un infini dans tout désir.

à travers les objets terrestres. Les objets de la vie ser; donc, en même temps que des réalités, des symboles, des ombres, comme le disait Platon, chargés de représenter imparfaitement, en l'incarnant partiellement, quel! que grande réalité invisible.

Or, regardons s'il n'en est pas ainsi.

Je pourrais tout d'abord en appeler à l'opinion d'un homme qui connaissait la vie, et qui était de ceux chez qui l'illusion avait le moins de prise : je veux parler de. Marc-Aurèle. Marc-Aurèle conseillait à son disciple, il si conseillait à lui-même d'analyser les objets de passioii afin qu'ils perdent, disait-il, ces charmes fascinai eurs qui entraînent.

C'était un excellent moyen ; mais on voit la pensée qu'il suppose : c'est que tout ce qu'on analyse, et don! on fait le tour, et qu'on sort du brouillard dont l'illusion de la vie l'enveloppe, tout cela voit son charme s'évap peu à peu dans la mesure où l'analyse a été profond complète.

Il est certes des objets et des êtres qui résistent mieux que d'autres à l'analyse; qui peuvent même gagne grandement, à être regardés de plus près qu'on ne fait d'ordinaire; mais pénétrez plus loin, percez le dernier mur, et il en sera de tout objet créé abandonné à luimême, analysé uniquement en soi, en l'isolant de l'idéalité que notre sentiment lui prête, il en sera, dis-je, comme de ces temples égyptiens où, dans le sanctuaire du sanctuaire, derrière les façades énormes et les profondes avenues peuplées de Sphynx, il n'y avait rien, ou peu de chose.

Au contraire, envisagé de loin, à travers le prisme d'illusion dont notre œil ne se débarrasse guère, l'objet vers lequel nous tendons voit ses contours se fondre dans une buée multicolore; il s'agrandit; il rayonne ; il occupe tout l'horizon du désir; il prend ton le l'amplitude rêve, toute la splendeur de l'idéal. Oui, f cul nenl ce plus lui, c'est son apothéose, et apothéose, cela veut dire, en grec, divinisation.

l'infinité du vouloir 371

Voyez plutôt quelques-uns des objets de la vie, avec, an face, la couleur des sentiments qu'ils suggèrent.

Voyez la science. Qu'est-ce qui fait sa fascination? Qu'est-ce qui fait que l'homme du peuple la regard loin comme une majesté redoutable; qu'il s'arrête balbutiant dès qu'elle est invoquée contre lui, et dirait volontiers comme Job en face de Jéhovah clans la tempête : « J'ai parlé sans les comprendre de merveilles qui me dépassent et que je ne comprends pas; c'est pourquoi e m'accuse et je me repens dans la poussière et dans a cendre. »

Pourquoi ce culte, ce véritable culte à l'égard du savant

mi paraît dominer de si haut sur la foule? de l'astro-

îome, qui semble fréquenter les mondes inconnus ; du

milosophe, qui emprisonne, pense-t-on, le monde dans

•es formules; du médecin, qui semble tenir en ses mains

a vie humaine; de l'inventeur, qui se montre capable

e renouveler dans un domaine quelconque cette vie?

!t pourquoi l'homme du peuple se représente-t-il invin-

ibleinenl. celui dont on lui dit : C'est un grand savant,

mine un être d'une autre race devant lequel il doit se

osterner? — C'est qu'il ignore ce que pèse un savant,

ce que pèse véritablement sa science. C'est parce qu'il

oit. dan 3 sa naïveté candide, que le savant sait, c'est-à-

re qu'il est Dieu ; car savoir, ce serait être Dieu ; savoir,

ait envelopper le monde du regard, le pénétrer, lui

her son secret, par conséquent le maîtriser, être

pable de le faire, s'il n'était point fait et de le refaire

qu'il n'est fait. C'est ce qu'avait admirable-

'îit vu Claude Bernard quand il disait que savoir à

une seule chose, ce serait tout savoir, et par là

tout mai iriser.

Mais l'homme ne sait rien, et, à cause de cela, il ne

• rien. Son regard circule à la surface des choses;

lis n'y pénètre point, el c'est pourquoi la divinité de la

-[ fragile.

Mais l'homme du peuple ne sait pas rida. Le savant

même l'oublie à chaque minute et se prend lui aussi regarder la science comme une divinité nouvelle qu'à prétend mettre à la place des autres, démontrant bien par là qu'on avait eu raison de parler de divinité, et que V homme ne peut pas se passer d'adorer.

Il s'en est rencontré de nos jours pour rêver d'un avenir où la science deviendrait véritablement totale ; « où l'esprit prendrait le gouvernement du monde », selon la formule célèbre de Renan, et ce serait, disait-il, la réalisation de Dieu.

Eh bien, c'est le sentiment vague de cette possibilité illusoire, c'est ce rêve d'infini dans le savoir, qui fait tout le prestige de la science. Otez cela, elle n'est plus rien, ou si peu de chose qu'un de ses plus grands disciples, Pascal, osera écrire, en se plaçant au point de vue élevé qui est la nôtre : Toute la philosophie ne vaut pas une heure de peine.

C'est lui aussi, le rêve d'infini, qui fait le prestige du pouvoir. Qu'on se souvienne des divins empereurs, « divus imperator ». Qu'on se souvienne d'Alexandre, qui ne rougit pas de se faire appeler fils de Jupiter- Ammon.

La « divinité des empereurs » est une chose instructive à méditer, et il fallait que l'adoration de la puissance fût une chose bien ancrée dans les foules pour qu'un homme qui mange, qui boit, qui dort, qui tousse, et qui meurt osât se faire appeler Dieu !

Et si le nom a disparu — fort tard d'ailleurs, le senti* ment est resté ; il s'est manifesté en grand lorsque les peuples ont pu se pâmer en face d'une puissance redoutable comme celle d'un Charlemagne ou d'un Napoléon et il se manifeste en petit à l'égard du dernier ministr et du dernier des fonctionnaires.

Les vieux grognards se figuraient que Napoléon ôtai positivement invincible et invulnérable; qu'il reviendrai de Sainte- Hélène, fût-ce par un tunnel creusé sous L mer. C'était le diviniser ! Et si nous pouvions pénétre

l'infinité du voi loir 373

aujourd'hui dans la cervelle d'uu homme inculte, sinon même danscelle de tout le monde, excepté ceux que Pascal appelle les habiles — et ils sont peu nombreux, — nous y verrions ces entités mystérieuses : l'Etat, la Loi, les Chambres, la République, la Nation revêtues d'attributs positivement divins.

Il n'y a pas de grand homme pour son valet de chambre, a-t-on dit. Pourquoi? Parce que le valet de chambre, ou, en élargissant un peu le proverbe, ceux qui vivent dans 'intimité, voient l'homme réel, ont une idée de ce qu'il )eut peser, en éprouvent constamment les limites, tandis que la foule, qui ne voit jamais l'homme public que trônant au sommet d'une colonne de journal, le prendrait volontiers pour un dieu. Quelle chute î quelle chute amentable, quand on commence à voir d'un peu près es hommes politiques, après y avoir cru dans sa naïve enfance! C'est un effondrement! Mais beaucoup ne 'éprouvent jamais, parce qu'ils voient tout de loin, dans e brouillard, à travers une poussière de rêve.

La richesse, qu'est-ce qui en fait la fascination, fascination tellement grande que l'acquérir devient parfois une sorte de fureur, si ce n'est que la richesse se préente comme une capacité de jouissance sans limite ; omme un élargissement de notre vie qui, n'étant point nesuré par des objets précis, nous paraît de loin revêir une infinité véritable.

Rothschild!... qu'on songe à ce que ce mot éveille, dans 'imagination de l'homme du peuple. Le nom lui-même des sonorités qui s'étalent; le pauvre cerveau faible en 3l tout envahi. C'esl une pierre que vous avez jetée dans De eau calme, el les ondes se propagent et s'élargissent émesurément. Or, à quoi pense-t-il, le pauvre homme evanl qui vous prononcez ce nom, ou celui d'un de ces <»is de lui- comme on en compte quelques-uns dans les

I eux mondes? Il pi mi se, il imagine,plutôt,je ne sais quels "l<'iit;ils. trônant sur des sacs d'or, environnés d'un luxe

3"'i LES SOURCES DE LA CROYANCE EN DIEU

faire un signe pour que tout cède et iout arrive à souba

11 est tout préparé pour croire, cà leur sujet, les ré les plus fantastiques. Les fêtes dont il lit le récit dans les journaux lui font le même effet que les banquets des dieux dans Homère. Il ne sait pas se dire que le vil qu'on y boit, c'est du vin; que la viande qu'on y mange, c'est de la viande, de la viande de vrai bœuf, de vrai mouton, que lui-même peut-être a fait paître, et que les grands mots des menus officiels n'y font rien, et qu'on a moins de plaisir, sans aucune espèce de doute, dans ces repas de dieux qu'il n'en a lui-même, après une journée de travail, à avaler sa soupe et sa pinte.

S'il pouvait voir ce qu'il en est, et combien cette grande vie, comme on l'appelle, est pareille à toutes les autres, il ne se figurerait pas, en passant devant les grands hôtels des Champs-Elysées ou de l'avenue du Bois, qu'il s'y passe des choses mystérieuses. Il s'y passe la vie humaine, pauvre homme! et la vie humaine est la même partout, composée sinon des mêmes objets, du moins des mêmes états d'âme, soit réjouis, soit douloureux. Il n'y a pas deux vies humaines; il n'y en a qu'une, et elle est médiocre.

Seulement, l'homme du peuple ne le sait pas.

Et l'on a très grand soin qu'il ne le sache jamais ; car s'il arrivait à le savoir, à en avoir le sentiment net, c'en serait fait de cette adoration qui flatte si fort ceux à qui elle s'adresse.

Sachant que toute idée claire est vide et que toute chose aux contours définis est banale, les heureux en tout genre n'ont garde de révéler leur cas tel qu'il est, et d'exposer la bulle d'or à l'épingle de la critique.

Le riche entretient soigneusement la superstition de la richesse. Le savant se rengorge dans ses titres, ses habits verts et ses grands mots pompeux, pour se faire un attitude de mage. Le philosophe parle grec, et il se donn< parfois à lui-même, mais en tout cas à d'autres, l'illusion qu'il en est plus sage. L'amoureux fait semblant d'avoii trouvé la perle rare, et d'être le plus heureux des hom mes, au moment même où il cache un bâillement d'en-

l'infinité du vouloir 373

nui. Le chef d'état soigne son auréole de son mieux; il s'environne de mystère ; il délibère autant que possible à huis clos, afin de voiler la misère de son rôle; car quand cola se passe en plein jour, il suffit d'avoir assisté à une séance de la Chambre pour savoir ce que c'est que le gouvernement des états.

Le fonctionnaire, lui, ne fût-il que caissier ou employé des postes, s'efforce de participer quelque peu au p Lige du pouvoir qui le fait vivre. Comme ces servantes de Duré qui disent nous, et qui se croient curé elles-mêmes, le fonctionnaire essaie de se forger une petite grandeur à l'ombre de celle de l'Etat. Il se hérisse de formalités encombrantes et en quelque sorte rituelles, comme si signatures et des papiers timbrés, des délais et des questions sans fin devaient, dans sa pensée, constituer on sacrement redoutable, lui donnant à lui-même une importance de prêtre, et à l'Etat qu'il représente une attilude de dieu.

Toute la vie est ainsi machinée, truquée, enveloppée i'un brouillard d'illusion, qui en cache plus ou moins le vi;le, et parla en soutient un peu l'intérêt et nous împèche de tomber dans l'affreuse désillusion et dans e froid désespoir que produirait immanquablement, en rs de l'idée divine, un regard clair, mesurant la ir exacte des choses, c'est-à-dire en apercevant le léant.

| Pourquoi aime-t-on les romans, les contes, les épo-

5? Qu'est-ce qui pousse chaque soir des milliers de

■ires humaines vi lieux malsains qui s'appel-

•n! les théâtres; dans ces salles où Ton étouffe, où l'on

épense un argent péniblement acquis à s'entendre

;ter des fables ? C'est que tout cela répond à notre

mour de l'idéal. On aime cette vie factice qui se déve-

n théâtre, pane qu'elle revêt une apparence de

ijrandeur, et qu'elle se teinte d'éternité. C'est à, ce point

Ju'on oe trouve plus, aujourd'hui, l'illusion du théâtre

tissez complète; on veul isoler davantage encore le

theclateur de la ville réelle, l'entourer d'ombre et de

silence, pour que le rêve le saisisse davantage et l'accapare tout entier.

L'amour, si nous le regardions de près, nous fournirait à son tour une de ces contre-épreuves que nous cherchons, peut-être la plus frappante de toutes.

Analyser l'amour, comme le recommandait Marc-Aurôle à ceux qui voulaient s'en déprendre, c'est un moyen certain de le tuer. Il faut voir les savants, ce qu'ils en l'ont, lorsqu'ils daignent en parler dans leurs livres ! C'est que, analysé sans ses réalités tangibles, l'amour n'est plus lui-même, et ne s'explique plus. Il lui faut le mystère, les perspectives illimitées, les horizons du rêve. Il lui faut l'infini. Ce que l'analyse y découvre, ce n'est plus lui, c'est son support et son symbole. Croit-on que la chétive personne humaine, si on la regarde telle qu'elle est, expliquerait jamais à elle seule les extases, les éblouissements, les folies volontaires, les héroïsmes, tout cet élan sublime des facultés les plus hautes, qui font d'un cœur qui aime la merveille et le charme le plus haut de l'existence humaine ?

Mais non ! L'objet réel de tout cela, ce n'est pas la personne vivante, de chair et d'os : c'est l'idéal qu'elle évoque. Ce qu'on appelle mirage, alors qu'on analyse du dehors, c'est au contraire la vraie, la seule réalité de l'amour, et si vous voulez décrire celui-ci dans son essence propre, il faut renoncer aux mots précis ou ne les prendre que comme symbole ; il faut sublimer la pensée, effiler le verbe comme les flèches gothiques qui vont se perdre dans les nuages. Il faut envelopper d'idéal ces deux fragilités en présence ; il faut éterniser et infînitiseï

rai-

ces deux êtres, et c'est pourquoi, je le dis en passant seul amour solide, vrai, défendable aux yeux dune rai son claire, c'est l'amour qui s'appuie sur Dieu, parce qu'il peut trouver là des espérances d'éternité et d'élargissement infini. Le reste n'est qu'illusion d'une minute fantôme, duperie du « génie de l'espèce », et par conséquent vanité

l'infinité du vouloir 377

Mais quoi qu'il en soit; réelle ou illusoire, on voit en quoi consiste la griserie ineffable de ce qu'on appelle amour.

Etre tout, pour un être qui aspire à tout; le vouloir débordant, alors qu'on le sent insatiable; être une lumière suffisante, pour des yeux qui rêvent de sublime clarté ; être un trésor assez riche pour qui n'estime avoir rien, s'il n'a tout : voilà la flatterie, la volupté d'orgueil que cherche l'être aimé dans celui qui l'aime.

Et d'autre part, répondre à cette ineffable illusion comme à la loi suprême de son être ; trouver soi-même (tout, dans la possession de cette âme qu'on n'aborde plus du dehors, comme dans les relations banales ; mais qu'on touche en son fond, dans l'intimité pleine et dans le mélange des vies; dont on sent le mystère, à travers la simplicité apparente des pensées, des paroles et des actes, ou derrière les manifestations exaspérées et impuissantes ; dont on atteint la substance cachée, les profondeurs ignorées d'elle-même, sous la trame légère de la vie consciente > qui est déjà un abîme pour le regard distrait : trouver ;out cela, dis-je, ou croire le trouver dans ce qu'on aime, I se l'approprier tellement que ce cœur plein de vous ne asse plus qu'un avec le vôtre ; qu'il vous double vousûêmeetvous révèle à vous, devenant, en même temps [u'une richesse apportée du dehors comme une nouvelle n*ise de possession de soi : n'est-ce pas la plus haute, la lus complète expression de la vie intérieure, en même emps que c'en est l'expansion ?

Sans doute ! et c'est ce qui rend raison de cette pléitude étrange qu'éprouve pour un moment l'être qui il d'un autre avec le sentiment que cet autre vit de lui. 'est la raison aussi des folies que les êtres ainsi absoriés et comme abstraits d'eux-mêmes deviennent capales de rêver, ou (l'entreprendre, en les trouvant toutes aturelles.

Amour, amour, quand tu nous tiens, (»i. i>. 'Ht bien dire : Adieu sagesse !

.!•' le crois bien ! l'amour tournoie dos à la sagesse vul-

sa

gaire, ou môme à la tout court, en vertu de

nature même ; parce que, de par ses envolées au de! la réalité des choses, il constitue une véritable hallucination.

A moins !... à moins que nous ne voyions par derrière un infini réel, dont l'être aimé apparaît ànos yeux comme l'expression partielle, et le symbole vivant.

Mais n'est-ce pas encore cette immixtion de l'infini dans l'amour qui fait que l'amour humain n'a jamais accepté les séparations et le partage? Un infini n'est pas soumis au temps; un infini ne se multiplie pas, et c'est pourquoi, pour qui aime de façon à tout trouver dans ce1 qu'il aime, c'est-à-dire pour qui aime d'amour au sens1 spécial et exclusif que nous donnons ici à ce mot, ni polygamie, ni divorce n'ont jamais eu de sens.

Seulement, comme on a vite fait de voir que l'amour ne se suffit pas à lui-même; que l'étincelle qu'il tire de deux cœurs ne fait que répéter son éclat, éclat trompeui en ce qu'il promet toujours plus et se montre toujou même, — sans se séparer pour autant, on cherche, o retourne ensemble vers quelque chose qui puisse rempli] le vide commun, réaliser — qui sait? — les aspiration.' communes; garantir — on l'espère vaguement — le commun besoin d'infini et d'éternel.

Et que ce soit inconsciemment, comme dans la fécon dite matérielle; que ce soit d'une façon réfléchie, comim par la collaboration des pensées, des bras, des cœurs, 01 se met àl'œuvre. etaprès s'être arrêtés un instant, ébloui devant l'image d'infini aperçue comme clans un mil on se remet en route vers le véritable et insaisissabl infini.

On le voit donc, là comme partout ailleurs, c'est l'idéa que nous cherchons dans le réel, et notre élan, par 1 courbe qu'il suit, démontre à n'en pouvoir douter que 1 réel tout seul n'estpasce qui l'actionne. Le réel n'est p; de force à nous mouvoir ainsi; si c'était lui qui nui meut, nous irions droit sur lui, tandis que le désir

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