L INFINITE DU VOULOIR O ÉV
■hit pour aboutir d'un bond jusqu'à l'infinité durêve.
Si je voulais poursuivre un peu plus loin encore cette înquête, toute la vie viendrait témoigner devantnous en aveur de ce que j'avance.
vie sociale a-t-elle un autre but que de multiplier
'être humain de façon à lui donner plus de prise sur cet
ûfini convoité et qui toujours s'éloigne? Par elle, l'homme
de centupler par le concours Les ressources
<>u jours limitées de chaque être. Ce que ne pourrait pas
m seul, tous espèrent le pouvoir, et ils s'attellent au
►rancard, comme les Egyptiens s'attelaient aux immen-
locs des Pyramides.
Un homme ne. pourrait pas créer la science ; mais par
rt commun, on espère aboutir à prendre empire sur
• inonde, après qu'on l'aura déchiffré. — Un homme ne
ourrail jouir de la nature et de l'art que dans une petite
Ire; mais, par la civilisation, on veut le mettre enétat 1 parcourir la terre, d'en jouir comme si elle était toute lui. et de profiter, avec un mince effort, de toutes les -ses du génie et de l'acti vite qui s'empressent à son rvice. — Un soldat ne gagnerait pas une bataille à lui ut seul; mais la victoire obtenue, il en rapporte à son 'tout l'orgueil, ainsi que d'une conquête personnellei mesuré avec un peuple: il a défendu toute une trie; il a lutté pour une idée qui semblera triompher
m l'ait.
Nous [-''trouvons ici, sous la forme sociale, l'appétit ntini que nous avons constaté tout à l'heure dans cha-
iinne.
/activité sociale porte toujours plus loin que les ob- 3 particuliers qu'elle se propose. Il s'agit de < abus, et Ton s'élance comme pour renouveler le ade. I! s'agit d'amener un progrès, e( l'on bondit ûblée vers l'idéal. Que cel idéal soil légitime ou déni', peu importe ici, toujours est-il qu'il dirige tout, lit point, s'il notai! là, animant tout le des institutions par son invisible influence
Qu'est-ce qui nous met aux prises, en France ma in les rencontres sinon la lutte aigrie entre deux idéals : l'idéal d'une France a la tête des nations par la puissance et par la gloire, et l'idéal d'une France à la tête des nations par l'empire — prétend-on — de l'idée et de la justice sociale? L'impérialisme nationaliste et l'intellectualisme politique ne sont pas autre chose que cela.
Les hommes mêmes de la grande révolution française, ces rêveurs effrayants qui pensèrentbouleverser le monde; les hommes de l'unité italienne, du nihilisme russe, de l'anarchie ou de la révolution sociale, que sont ou que furent-ils donc — je parle de ceux qui sont sincères, — sinon des affamés d'idéal pervertis, et de sinistres amoureux d'infini ?
L'idée du progrès des peuples par un effort commun vers le mieux, n'est-ce pas une manifestation, à un degré plus haut encore, de l'amplitude indéfiniment élargie du vouloir-vivre? Cette idée a été longue à pousser. Pour toute l'antiquité, et môme pour un esprit compréhensif comme celui d'Aristote, la cité ou l'état isolé était le couronnement de tout, le but dernier du développement humain. Mais de plus en plus, une idée plus large a grandi; elle s'illumine peu à peu, et le jour vient où elle s'imposera à quiconque. On comprend mieux, déjà, la tâche commune des nations ; on escompte en détail, en attendant qu'on le fasse plus en grand, les avantages de la coopération à travers les frontières, et l'on voit dans le concert des peuples un élément nouveau de valeur humaine un élargissement, un enrichissement, une divinisatioi de la vie.
Toutes les thèses sur le progrès indéfini de notre race thèses si en faveur il y a quelques années et si puissam ment glorifiées par Auguste Comte, n'est-ce pas un bon* vers l'infini, un essai pour donner à la vie sociale et pa là à la vie humaine une valeur absolue, ne se mesurai] plus àla fragilité etàl'étroitesse dévie dechacun do nous mais à l'envergure supposée sans limite de ce coloss
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humain qu'on imagine et qu'on appelle de ce mot vague: l'humanité.
Enfin, la religion elle-même, dans le cas où elle n'est qu'une éclosion spontanée de la conscience humaine, que ce soit le culte des pierres sacrées ou l'adoration d'un Dieu suprême, ne porte-t-elle pas la marque de cette recherche infinie qui, ne s'épuisantpasdansle réel, essaie de se prendre au mystère; qui se tient là, béante, au seuil de l'Invisible, pour voir s'il ne descendra point, ce quelque chose inconnu à nous-mêmes que nous cherchons.
Nous sommes à l'étroit, dansle réel; nous sentons qu'en dehors de quelque réalité transcendante la vie humaine est vraiment trop mesquine; notre atmosphère devient irrespirable ; nous sommes inquiets et agités de ne voir autour de nous que le vide, et nous cherchons à quoi suspendre nos vies, pour les défendre contre leur misère native. Comme les Titans de la fable qui voulaient escalader le ciel, tout cœur humain cherche ainsi une issue du côté de l'éternel et de l'invisible. Pareils à ces habitants de Mars dont quelques astronomes fantaisistes nous parlent, nous faisons des signaux dans la nuit, cherchant à qui parler dans les espaces, à moins- que ce ne soit autour de nous, dans les profondeurs de la nature ou de la vie.
Aussi, le Dieu inconnu a-t-il toujours ses autels dans
i\e inonde. On entasse sous sa sauvegarde les produits du
abeur humain; on le prend à témoin de sa vie ; on veut
sentir son influence ; on apporte à ses pieds tout le réel,
)Our qu'il le couvre de sa grande ombre et le transfigure.
2! ni st-ce pas essayer de donner à la vie humaine une
signification et une portée suprêmes; de la conduire, par
:ette consécration, à un terme auquel son infirmité
onstatée lui défendait autrement d'aboutir?
Ou bien, si l'homme n'espère point, matérialiste ou
ceptique, donner ainsi une sanction réelle à son activité,
Incore veut-il, parle moyen du rite, arracher celle-là à
la pauvreté trop visible, et comme la teinter d'infini.
est pourquoi les raies peuples qui semblent n'adorer
LES SOURCES DE LA CROYANCE EN Dl
aucune divinité créatrice, organisatrice du monde rémunératrice, ont cependant encore des f dire qu'ils projettent en dehors d'eux, et incarnent un objet quelconque, fût-il grotesque ou même in 1. ce surcroît d'activité intérieure que tout homme, absolument tout homme porte en soi.
Les croyances et les institutions religieuses de tous les temps expriment au plus haut point ce caractère. Les incarnations, les incantations, les commerces d< nités avec les mortels, qui remplissent toutes les mythologies, n'ont pas d'autre source. Le besoin d'inc; dans un dieu chacun des aspects de la vie humaine : la force dans Hercule, la beauté dans Vénus, l'art dans Apollon, l'ingéniosité laborieuse dans Vulcain es! de même ordre. Il s'agit, là encore, de diviniser la vii l'imprégner de mystère pour que, vue à travers ce brouillard de rêve, elle apparaisse immense.
Le bouddhisme et le mahométisme cherchent avec une passion qui va jusqu'à la folie cette irruption du divin dans la vie humaine. Ils y subordonnent quelquefois jusqu'aux conditions les plus essentielles de l'existence. L'Hindou qui s'accroupit dans une attitude d'extase et laisse pousser ses ongles à travers la chair de ses mains; le derwiche tourneur ou hurleur de Constantinople ou du Caire qui puise l'ivresse mystique aux sons d'une musique sauvage, et multiplie les prosternations, et tourne, tourne, jusqu'à épuisement des forces, en répétant ou plutôt er. hurlant, avec des frémissements effrayants et des ex. sions de visage déchirantes, le nom redoutable et sacrt d'Allah: que cherchent-ils? Ils cherchent l'extase li' trice qui transporteraleur esprit de ce monde terre à vers des régions plus hautes, peuplées de rêves fi rants, pâmés, sous la touche divine. N'est-ce pas pou cela que ces hommes sont l'objet, dansleur milieu, d'un vénération religieuse? Ils ont l'Esprit! dit-on; ils sont aux heures d'extase du moins, comme des êtres sacré? et celui qu'ils ont bien voulu toucher de leurs mair encore tremblantes, ou même percer de leur poignarc
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sur la poitrine duquel ils ont marché comme sur un 1 volontaire, celui-là s'estime bienheureux, et importer dans sa demeure une bénédiction. s h,ln'h romaines et les dyonisies helléniques
procédaient, au fond, de ce même esprit. Ce n'est que dus tard que le sensualisme s'en empara et lo^ détourna ur inspiration primitive. C'étaient d'abord des danes religieuses et des fêtes de bruit, où l'excès de l'exalation et de la tension nerveuse produite par les tambouins, les cymbales phrygiennes, les mouvements rythmiues et les cris devait produire l'extase et ouvrir les pores de l'infini.
jles Hébreux avaient mêmes tendances. Ils voyaient Heu, sans doute, là où il est, animant toutes choses, viviant les esprits et établissant son règne dans les 'consul; is ils le cherchaient aussi dans les pratiques )lles ictes superstitieux. L'inspiration divine
es prophètes trouvait une concurrence redoutable dans is milliers de prophètes des faux dieux.
Les rois de Chaldée avaient de même leurs collèges de
evins; les Pharaons avaient leurs sorciers ou hiérogram-
ales qui prétendaient ouvrir la porte des songes, des
ispirations et des prestiges, au bénéfice du souverain
peuple.
Le i lui-même, matérialiste et ne connaissant
aère de dieux que ses ancêtres, sans qu'il ose même
urmer qu il ient conscience de leur divinité, le Chi-
cherche cependant à vivre sous ce regard ; il ■
sous le grand Tout qu'il entrevoit au-dessus duciel
qu'il apj dlelao, cherchant à lui plaire, à se glorifier
1 1,1L ljiei1 qu'il ne lui accorde aucune intelligence dis-
"•'<■ et qu a ses yeux, dit-il, toute créature soit « comme
chien du sacrifice .
vieilles littératures nous apportenl le arôme h'.noi-
que les vieux eu!
L'el I i-ecque, dans son essence même, indépen- 11,I11! " péeiaux et magnifiques qu'on
urrail évidemment en extraire, est une attestation de
ce besoin profond de mêler partout le divin à la vie humaine. Elle n'est en effet qu'un long récit des rapports du ciel avec la terre. La haute vie, pour le vieux Grec, n'est pas autre chose que la vie en commun avec les dieux. Tout héros est un fils des dieux ; toute ville florissante est fondée par les dieux et habitée par eux ; tout sort prospère implique l'amitié des dieux, tout désastre un mauvais vouloir de leur part, ou un caprice. Toute découverte est un larcin fait à leur silence ; toute sagesse une communication de leur esprit.
Homère, Hésiode, Hérodote, ces grands ancêtres don' les livres sont comme la Bible instinctive de la plus! noble fraction de l'humanité, ne sont remplis que d(| cela.
Plus tard, les grands tragiques reprennent la tradition. Le mythe de Prométhée, par exemple, dont ils sont lou nourris, représente pour eux l'humanité dans son ensemj ble en rapports avec le divin comme les mythes locau ou personnels représentent les rapports individuels o sociaux avec l'invisible.
Les mêmes symboles ou des symboles semblables s retrouvent dans les Védas, dans les traditions du Caucasf| La littérature moderne elle-même en contient. Je disais plus haut, jamais la poésie n'a pu se résigner écarter le divin de sa conception de la vie et de l'homm<| Elle trouve là ses meilleures ressources et son gage plus sûr de succès.
Il n'est pas jusqu'à la superstition pure et simple q ne lui soit amie et qui ne prouve à sa manière combn les hommes consentent peu à se considérer comme sei et privés de tout commerce avec l'invisible.
« La superstition, dit Benjamin Constant dans ui page célèbre, n'est généralement envisagée, en Franc! que de son côté ridicule. Elle a cependant ses racii dans le cœur de l'homme, et la philosophie elle-mèn lorsqu'elle s'obstine à n'en pas tenir compte, est super' cielle et présomptueuse l. »
i. Réflexions sw la tragédie, p. 176, Charpentier, 1848.
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Enfin, est-il besoin de dire comment la religion chrétienne entend ce commerce idéal de l'homme avec la divinité, et comment, ne voulût-on voir en elle qu'une œuvre exclusivement humaine, il faudrait bien y reconnaître du moins la manifestation éclatante, et pure, cette fois, de toute exagération folle et de toute puérilité, de cet instinct supérieur que je dis être en tous les peuples.
Pour la religion chrétienne, les rapports sont constants entre la divinité et les hommes. Celle-ci est descendue pour les instruire ; elle s'est dévouée à leur service jusqu'à mourir dans une humanité. Elle est demeurée au milieu d'eux par la présence eucharistique; en eux, par la présence mystérieuse de la grâce. Elle se place devant eux comme un idéal à poursuivre et comme une réalité qu'ils posséderont un jour, lorsqu'ils jouiront de ce qu'on appelle d'un mot bien expressif, au point de vue où nous sommes : la gloire céleste. Grâce à l'amitié qui s'établit entre la divinité et l'âme chrétienne, celle-ci peut appeer Dieu son ami, son père, son époux, son autre soimême sans lui manquer de respect; sans croire faire autre chose que répondre au plus cher désir de son cœur. Elle se sent sous son regard, sachant que de toutes ses actions vertueuses, de tous ses bons vouloirs, de tous ses efforts, aucun n'échappe à sa paternelle bienveillance. Elle converse avec lui en esprit, par la prière; elle s'occupe de ses intérêts ; elle s'inquiète du soin de sa ;loire. Elle ose dire, instruite par son Christ adorable : i Notre Père qui êtes aux cieux,que votre nom soit sanctifié, que votre règne arrive, que votre volonté soit faite ur la terre comme au ciel. » L'univers entier est son do-
laine, puisqu'il est le domaine de celui qu'elle aime. |;i son Ami divin estglorifié, cette gloire rejaillit sur elle ; li son règne s'étend, elle triomphe. Elle règne partout où. 1e la divine volonté.
C'est une chose curieuse à remarquer que beaucoup 'entre ceux qui rejettent aujourd'hui le christianisme efforcent d'en garder précisément ce parfum, cette saveur
de divin qu'il confère à la vie humaine. Ceux qui ne veulent pas de Dieu répugnent cependant à s'appeler athées. Quelle lourdeur ! s'écriait Renan, quelle grossiè*i ! Après avoir renié la chose et travaillé à en détruire l'idée, ces hommes veulent conserver le mot ; ils environnent d'un idéal respect le nom de cet être qu'ils ont déclaré une chimère. Ils s'éclairent encore à ce soleil sans lumière ; ils se réchauffent à ce foyer éteint. Ils se figurent ne pas croire ; mais leurs systèmes seuls sont] incrédules ; leur cœur, en dépit d'eux-mêmes, est chrétien, et ils prouvent ainsi parleurs tendances d'âme, tout en le niant par leur parole, combien il est nécessaire que, comme le disait Cicéron, une vertu divine embrasse la vie humaine, et que ce n'est pas vrai qu'on puisse vivre sans jamais regarder là-haut.
Il n'est pas jusqu'au mal et à l'amour du mal, qui ne servent de tremplin à cet élan de l'âme humaine vers l'immense.
Le vicieux qui dépasse le niveau ordinaire de la scélératesse; qui se précipite tête baissée vers les curiosités insatiables et vers les jouissances effrénées, démontre à sa façon l'immensilé de l'àme humaine. Il veut épuiser le mal jusqu'au fond, toucher la lie et en goûter l'horrible ivresse, je veux dire cet attrait effrayant que contient aux yeux de l'être perverti cette abominable pensée : je descendrai plus bas encore. Toujours plus loin, c'est l'aspiration du mal comme du bien. La direction faussée, la mauvaise route prise, il ne sera plus question de la juger et de la rectifier; on ne pense plus qu'à aller jusqu'au bout. On s'enfonce comme d'autres s'épuisent à monter; on jette au mal toutes les puissances de l'àme comme d'autres lesprosternent aux pieds du Bien suprême pour les lui consacrer; mais le mouvement est le même: c'est toujours l'idéal qui séduit; c'est toujours l'infini qui attire: idéal perverti, infini retourné, courant à toute vitesse vers le vide; mais qui n'en sert pas moins de preuve à l'infinité du désir.
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Et ceux qui s'attachent à ces cas avec la curiosité ionnée que provoquent les débats de cours d'as- -, ceux-là fournissent la même preuve. Car à l&urs yeux, le mal, tout en faisant naître l'horreur, excite, une fois monté à ce degré, une sorte d'admiration étrange. Le criminel de haut vol devient lui aussi un héros, une espèce de divinité malfaisante, enveloppée de mystère, causant aux passionnés qui rapprochent une sorte de volupté d'effroi, c'est-à-dire revêtant à leurs yeux, comme du reste plus ou moins aux yeux de tout le monde, cette grandeur vague qui nous fait rêver d'infini.
Mais il faut en finir. Toute la vie passerait dans ce tableau déjà trop long sans doute.
Ce que j'ai voulu faire voir, c'est que, dans toute son action, à tous les étages et dans toute l'étendue de sa vie, homme se voit emporté par un mouvement dame qui dépasse d'un infini les objets qui le sollicitent.
Son regard, sans nul doute, et son désir aussi, ont )Ourtermes directs des objets positifs, définis, bornés par conséquent; mais ce n'est pas sous ce rapport seulement qu'ils le tentent. L'angle visuel qui se dirige vers eux les dépasse, s'élargissant toujours, allant projeter sur l'horizon inférieur une image agrandie, à peu près comme dans e mirage des glaciers, qui fait apercevoir dansles nuages des images gigantesques et irisées d'objets médiocres et de courte taille.
Nous croyons désirer ceci; nous le désirons, en effet ; nais c'est surtout parce qu'il nous représente autre -e; c'est parce que nous l'agrandissons, et ce qui en émoigne, c'est l'envergure du geste qu'on nous voit !•. pour atteindre à ce rien que le néant assiège, *t que le temps vient mordre jusqu'à ce qu'il l'ait dévoré out à fait.
Quand nous ouvrons les bras, c'est pour les refermer
ur l'immense. Nous voulons du complet, et du définitif,
e qui veut dire que nous repoussons toute limite, par
pient toute mesure, soit en durée, soit en valeur;
ce qui veut dire encore que les objets réels ne sont pour le vouloir profond que des symboles, des participations de meilleurs biens.
C'est comme la poupée que la petite fille dorlote avec une tendresse si touchante, alors que son jeune frère, à côté, ami du jeu tout autant qu'elle, n'en a aucun souci. Il jouera au soldat, lui, et la conclusion sera la même, aux yeux du psychologue. Derrière le jeu de poupée, il y a le sentiment maternel; derrière le jeu de soldat, il y a la soif d'action. Ainsi les objets de la vie sont les poupées et les soldats de plomb qui nous amusent. La vie présente est une vie de Nuremberg, image d'une autre vie que notre instinct profond appelle, en même temps qu'il l'ignore.
Les résultats de notre action ne nous satisfont jamais pleinement. Pourquoi? C'est qu'ils ne sont que la caricature du sentiment qui nous les a fait entreprendre. La montagne en travail enfante une souris. Nous esquissons un geste immense, comme pour tracer une figure gigantesque, et sur le mur où se dessinent nos actes, c'est un pygmée ridicule qui surgit.
« Ce n'est que cela ! » Voilà le mot qui se dit tout bas, quand ce n'estpastout haut, au fond de notre cœur déçu, après chacune de ses entreprises. Tout résultat acquis se décolore; tout état d'équilibre est mesquin; il n'y a de bon, en tout, que la recherche, parce qu'elle contient les infinis espoirs.
Et quand les déceptions s'ajoutantbout à bout arrivent à nous donner le sentiment que la vie tout entière n'est qu'une duperie gigantesque, une course à la chimère, une hallucination, ceux qui ne croient pas en Dieu tom bent dans ces désespoirs qui n'ont plus que l'oubli ou lf mort pour remède. L'oriental fume son narghileh en ne pensant à rien et en regardant courir les nuages ; l'IIin dou tombe dans le nirwana, et le civilisé, plus nerveux, s'afl'ole et en vient quelquefois à ces extrémités navrantes dont furent victimes des êtres merveilleux, comme ce pauvre Andréa del Sarto ; comme Prévost-Paradol comme Gérard de Nerval, comme Alfred de Musset, qui
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y mit plus longtemps, mais sombra lui aussi dans un long suicide. Ou bien, il leur échappe de ces mots qui, dans les bouches qui les prononcent, devraient bien nous Instruire. Pourquoi ai-je vécu? disait Musset mourant, toute ma vie j'ai attendu quelque chose ; ce quelque chose n'est pas venu. Et Emile de Girardin, racontant à la fin de sa vie toutes ses batailles de plume, toutes ses souffrances, toutes ses luttes, concluait en frappant sur sa chaise : Et tout cela pour rien ! pour rien ! pour rien !
Certes ! beaucoup ne parlent pas ainsi, ne sentent pas ainsi. Je reviendrai sur leur cas, et il me fournira luimême une preuve. Mais je commence par dire qu'à moins d'être partisans, comme nous, d'une autre vie et d'un )ieu qui la garantisse, ce sont des marionnettes, et ce ne sont pas des hommes,
L'homme, le voilà devant nous avec ses appétits insatiables. A mesure qu'il réfléchit mieux, qu'il analyse mieux et lui-même et les choses, toute réalité renfermée ■n elle-même lui paraît basse et vile, en même temps piYphémère. Ce qu'il poursuit, c'est l'idéal ; ce qui lonne du prix à sa vie, c'est l'idéal ; c'est lui, cet idéal, [ui sollicite et qui parla explique son mouvement d'âme, t comme ce mouvement d'âme est un effet dénature, je lis, et je prouverai que le but où il porte ne peut pas être ntièrement illusoire. Il faut que d'une façon ou d'une utre se réalise l'idéal ; il faut que d'une façon ou d'une tre il perde cette indétermination qui semble sa conition naturelle, et c'est à démontrer ce caractère réel, i\'uh\ vivant et personnel de l'idéal suprême que consis- ;ronl bientôt nos efforts.