‹ Les Sources et la croyance en DieuChapitre 33 sur 50 · L-ont r dutesl d'es n, "r**"8 qui VOnt s a«énuant · texte numérisé non relu

L-ont r dutesl d'es n, "r**"8 qui VOnt s a«énuant

parole fameuse. UVernement de I univers, selon une

Qu'est-ce que ce langage sinon ]'.,,. . i ,•

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H restera à se demander pourquoi Ynvfoa m - i •as établi dès l'nhmvl- nl ]Wl l ou,,v "'«'al ne s'est 1","'"'< pourquoi, en tout cas, il est si

long à triompher du mal ; mais cette question n'a plus d'importance décisive. Car qu'importe le temps employé, si le travail est digne de l'ouvrier? Et qui prouvera qu'il soit tout à fait impossible de tenter une justification — oh ! bien humble, puisqu'elle sera humaine! — de la lenteur désespérante avec laquelle le bien social se réalise?

Ne faut-il pas que le progrès porte la marque de l'homme, la marque de sa liberté, la marque môme de sa faiblesse ?

Demander à la Cause première, sous peine de ne pas croire en elle, qu'elle rende dès son berceau la société parfaite et heureuse, c'est lui demander de faire l'histoire à elle seule, et cela peut-être ne lui convient pas — Mais cela convient-il davantage à l'homme? Etre fils de ses œuvres, de ses efforts soutenus, de ses larmes et de son sang, cela vaut mieux, peut-être, que d'être installé sans travail dans un état paradisiaque. Ou si c'est là un de ces problèmes qui nous dépassent, c'est une raison pour que nous n'allions point le résoudre aux dépens de l'idée divine. « Comme un statuaire vieilli dans son art, a écrit Lacordaire, conduit le ciseau d'un enfant sur le marbre, ainsi l'architecte éternel doit tenir avec délicatesse la main de l'humanité, et lui permettre, par une éducation progressive, de développer, dans l'ouvrag qui leur est commun, tout son génie et tout son cœur. » C'est là une conception qui a son prix. Or, si elle était exacte, elle répondrait pleinement à la première partie de notre problème.

Pourquoi y a-t-il des désordres sociaux? — C'est parce que l'humanité est partie de rien, et qu'avant d'arriver à tout, il lui faut les siècles des siècles.

Quand un individu humain vient au monde, il est nu et dénué de tout; infirme dans sa chair, vide dans son esprit, exposé à tous les périls, à tous les besoins, à tous les vices que l'absence de culture laisserait apercevoiF bientôt. Il faut, que pendant de longues années, n parents et nos maîtres continuent sans se lasser jamais cet enfantement laborieux qui doit aboutir à faire un homme. Nous trouvons ce procédé raisonnable. Pourquoi? Parce

rce

LE FAIT SOCIAL u03

que malgré (out l'homme se fait, l'homme progresse. Pourquoi He jugerïans-nous pas de même de ce vivant aux milliards de têtes qui s'appelle l'humanité?

L'humanité a le temps infini devant elle; un siècle entier n'est qu'un de ses instants, et c'est la durée de notre planète qui doit servir de mesure à ses évolutions. Etres d'un jour, nous ne savons pas embrasser du regard ces étendues, et nous gémissons, nous doutons, nous maudissons la lenteur du voyage Si nous regardions mieux, nous élevant plus haut, peut-être verrions-nous <;u"cii dépit du tableau que nous en tracions tout à l'heure enre humain, suivant sa marche imperceptible, a franchi malgré tout des étapes, et rien n'empêche d'espérer que de la même allure, il en franchira d'autres.

Quand on voit les événements se dérouler sous ses \, on n'y aperçoit que désordre; quand on regarde en arrière, une longue traînée de lumière apparaît à travers les ombres. Tout autour du vaisseau, l'eau bouillonne, en apparence confusément; mais au loin le sillage éclatanl ressemble au fil d'argent égaré dans une pièce de bleue.

Je bai dit bien souvent : nous ne sortons qu'à peine de la barbarie ; mais quand même, nous ne sommes plus au temps où l'on tuait un homme comme un chien, simplement pour passer sa route ; où la femme n'était qu'un gibier ; où toutes les femmes, en compagnie de la plupart les hommes, étaient esclaves de quelques « citoyens »; où las Pharaons victorieux faisaient défiler devant eux 1 ailiers de guerre et leur erevaiani les yeux tran-

quillement, d'un geste calme et le sourire aux lèvres; où mœurs étaient telles que le « saint roi David », une uni dont nul ne peut contester la grandeur, faisait misé-

•de en faisant coucher à terre les vaincus, en m raul trois cordeaux donl deux étaient aussitôt massacrés, tendis qu'on sauvait l'autre.

Si les races continuent à accomplir les mêmes évoluriques qu'autrefois, avec les mêmes alternatives de grandeur et de décadence, debiea et de mal, ïlles lis accomplissent dans une région plus haute. Elles

vont en spirale, dit Gœthe, tournant en apparence dai le même cercle ; mais toujours plus haut, et avec ui facilité et une rapidité croissantes, et avec une somme moins en moins grande de souffrances, et avec une pn dominance de plus en plus marquée des moyens paci fiques empruntés à la science, à renseignement, à l'apos tolat religieux ou profane, sur les moyens de guerre et conquête.

En somme, en dépit des misères présentes, l'humanité prise en masse est incontestablement en progrès. La zone] de la barbarie s'est restreinte; celle de la civilisation étendue par une progression lente, mais constante ; les mœurs sont devenues plus douces, les guerres moinsj féroces, les fléaux naturels mêmes moins terribles.] L'homme, en constant effort pour se dégager de la bête, est à coup sûr meilleur, plus instruit et plus heureux'' aujourd'hui qu'il ne l'était sous la loi de Dragon, sous] les Satrapes, les Kalifes, les empereurs germains ou même les rois d'il y a deux siècles.

Seulement, quand on s'exprime ainsi, on s'exposd à une objection que les esprits étroits ne manquent jamais de faire. On vous cite les derniers événements, les dernières lois, les dernières calamités, et l'on conclut triomphalement : Vous appelez cela le progrès! — Mais c'est une façon de raisonner peu sérieuse. Nous sommes dans des espaces plus vastes. La loi de progrès est une loi d'ensemble ; il n'est pas nécessaire, pour qu'elle soit reconnue, que le présent ministère soit parfait, ni que la prochaine exposition soit brillante.

Si vous me demandez : Sommes-nous en progrè aujourd'hui sur hier, je vous dirai : Je n'en sais rien vous demandez : Les invasions barbares étaient-elles u progrès sur la civilisation de Rome, et les mœurs de Quatre-vingt-treize sur l'ancien régime, je vous dirai : évidemment non. Mais ce n'est pas ainsi qu'il faut regarder les choses. L'humanité est comme chacun de nous elle a ses moments de faiblesse et de crise; elle a s heures de sommeil, de maladie, de troubles organique

Il y a parfois, dans la vie des peuples, des époques de deuil el d'angoisse où l'excès des douleurs est si grand qu'il pousse les âmes au pessimisme. Au ivc siècle, par exemple, au moment des grandes invasions qui jetèrent sur la chrétienté et sur l'Empire un déluge de calamités formidables, on voyait tellement peu le progrès qu'on crut toucher la fin du monde. Saint Grégoire le Grand s'écriait: C'est nous qui verrons la fin ! car le monde agonise, et .sa maladie est mortelle.

Et cependant, que faisaient-ils, ces bûcherons sinistres de l'épée que le Nord vomissait alors sur Rome ? Ils faisaient l'œuvre du progrès; ils apportaient la hache et le feu dans cette foret décrépite de la civilisation romaine. Ils taillaient, à grands coups de leur glaive emporté, la nouvelle carte d'Europe. Ils forgeaient. Forgerons haletants, à la poitrine velue, au bras de fer, ils forgeaient, dans des lueurs d'incendie, tout un nouvel état de choses : le nôtre, et je demande s'il ne vaut pas, malgré

lut, en dépit de ses hontes, les saturnales des derniers Sésars.

Ce que je dis de l'invasion des Barbares, je pourrais le lire de tous les grands cataclysmes, depuis Babel jusqu'à a Révolution française. Le progrès n'est pas en ligne

roite; il a des hauts et des bas, comme toutes les choses îumaines; mais c'est la ligne générale qui importe, et je

is qu'elle monte, et nos adversaires n'y contredisent

Es : qu'ils en acceptent donc la conséquence. Le progrès,

le règne du bien; règne combattu et règne retardé,

'est possible; mais il peut y avoir des raisons de ces

etards et de ces combats, tandis qu'il n'y a nulle raison,

i l'on admet le règne du bien, c'est-à-dire l'ordre, pour

viter l'Ordonnateur.

Seulement, on aie droit de m'arrêterici et de médire : A loi de progrès, c'est bien! Site mondeétail un»' mécaique insensible; s'il n'élail éternellement que la nébumse de Laplace, développant ses spires gigantesques, >rmanl ses sphères de feu, puis les refroidissant à

loisir, y versant ses vapeurs en pluies torrentiel faisant germer lentement des plantes et des an! inconscients, je comprendrais qu'on pût se conten ainsi.

Mais il s'agit des hommes, et les hommes vivant un jour; les groupes qu'ils forment vivent un peu plus l temps; mais ils meurent aussi, et à des dates qui sont à révolution universelle à peu près ce qu'est une vie individuelle à la vie d'une nation. Que parlez-vous, adoucir nos misères présentes, d'un lointain nébu] concernant une humanité abstraite qui n'est ni ho; ni peuple? Pensez-vous que ce rêve millénaire suffise à justitier le Créateur, s'il existe, d'avoir livré à l'injustice et à la souffrance les groupes où nous vivons et les êtres ! humains que nous sommes? Chacun vit pour son compH sur la terre. À-t-on le droit, fut-on le Créateur, d'imm 1er en holocauste à l'avenir l'heure présente qui no lui doit rien, et d'imposer les douleurs de l'enfantement à cette mère qui ne connaîtra pas son fils?

C'est l'illusion humaine qui s'exprime de la sorte.

Qui nous a dit que nous ne jouirions pas nous-mêmes de ce que notre action et notre sacrifice jettent dan I masse commune qui alimente le progrès ? Qui nous a dit que les souffrances du passé n'aient été recueilliepersonne, et que ceux qui les ont souffertes en ignorent à jamais les fruits?

Si nous voulons y réfléchir, nous comprendrons par où du moins le problème peut se résoudre. Car si le plan de ta création est immense; s'il déborde de toutes parti notre petite sagesse, on y peut cependant distinguer, dm point de vue spiritualiste, deux courants nettement nis : l'un vaste comme la vie du monde; l'autre étroit et encaissé comme la chétive vie humaine. Le premier suit son cours à travers les siècles; l'autre se verse dans le tombeau de chaque homme, et rejaillit, clair ou troublé, dans la vie éternelle de chaque homme. Vous avez travaillé, lutté, souffert, succombé peut-être : vos Iravao* et votre martyre vous suivront ; ils pèseront dixbalance de justice et mesureront votre récornpenfi

n même temps, tout cela restera, obscur, caché, mais ivant, au sein de la niasse humaine, pour aider à faire roître, en union avec d'autres efforts, la splendide îoisson du bien.

Sans nul doute, c'est là une conception que l'athéisme eut contester ; mais contester ne suffit pas. 11 nous irffit, à nous, que notre conception soit reconnue possile pour q ne l'adversaire ne soit plus admis à nous dire: rdres sociaux sont sans remède, et ils accusèrent tellement Dieu que nous préférons dire : Dieu n'est oinl.

De toute façon ce raisonnement est donc fautif : fautif arce qu'il abandonne une vérité claire pour une diffijlté douteuse ; fautif parce que le doute peut faire place •i à une certitude infiniment glorieuse pour notre idée s Dieu.

Car quoi de plus grandiose, dans la pensée spiritua-

$te, que cette marche éternelle qui se poursuit à travers

S ^ :les, lentement, majestueusement, avec des heurts

3 chutes formidables; mais suivis de relèvements

■rveilleux?

Ne craignons pas de rappeler la belle comparaison

que: c'est comme un char immense, qui roule

un but surhumain. 11 écrase en passant des mil-

3rs de vies; mais ces vies nutilées, Dieu les ramasse.

eu relève les victimesdu progrès, et, ainsi que le disait i de nos grands poètes, quand l'œuvre entier sera

compli, nous devrons reconnaître à genoux, extasiés Fiant ce labeur gigantesque, que personne au monde, «sonne, pas même le plus petit, n'aura injustement ni

utilement souffert. Pas inutilement, puisque l'effort

compli se,retrouvera,au front de l'humanité régénérée, le un fleuron de couronne ou un rayon de gloire :

ls injustement non plus, puisque l'auteur de cet effort

ira la récompense de son travail et la compensation

blime de ses maux.

Tout serait donc dans l'ordre, grâce à la compénétra-

)n d '.eux plans, le plan de J;i vie individuelle et

le plan de la vie universelle, et le scandale de riiistoii ne serait plus.

L'Évangile prête ici sa voix à l'optimisme réconfortai! du spiritualiste. La création tout entière, dit saint Paul gémit, parce qu'elle enfante; mais cela n'est que pour u\ temps. Et nous aussi, nous gémissons en nous-mêmes, ei attendant l'adoption de Dieu et la rédemption de notr corps. Mais V espérance déjà nous sauve, et j'estime que le souffrances de ce temps ne peuvent plus compter en face d> la gloire à venir qui sera révélée pour nous.

Qui entrera dans ces pensées ne se plaindra plus pou son compte ; la création dolente et misérable, en dépi de ses splendeurs, ne le troublera pas non plus. Il com I prendra ce que disait le Christ aux siens : Hommes de peil de foi ! pourquoi donc doutez-vous ? Le Père ne sait-il peu ce qu'il vous faut mieux que vous-mêmes ? Lequel de vou\ donnera une pierre à son fils, s'il lui demande un pain ! ou s'il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent ï| Si donc, méchants comme vous l'êtes, vous savez donner di\ bonnes choses à vos enfants, à combien plus forte raisori votre Père qui est dans les deux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui les lui demandent ?

L'humanité demande à vivre, et nous demandons, nous, à être heureux après notre effort accompli. L'œuvre du] Créateur comporte ce double aboutissement, et si, eni dehors de là, tout le mouvement social n'est plus qu'uni mystère triste ; l'histoire une succession de fantômes douloureux, c'est une raison non pas pour tout nier, tout] effacer, tout plonger dans la nuit en expulsant l'idée divine; mais pour tout restaurer en elle et, adoptant un'' point de vue qui n'est au fond que la raison prenant \ conscience d'elle-même et des choses, dire de la solution i chrétienne, si adorablement exprimée par le Maître : Elle est vraie

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