CHAPITRE XVI l'idée de dieu et la vie sociale
Le fait social nous a paru ne pouvoir s'expliquer qu'en ivoquant la Cause première. Il en est de lui comme de »ut fait humain, comme de tout fait naturel. Dans ces •ois cas, semblables au fond, le créé ne se soutient que ïr rincréé. Il faut un Dieu, sans quoi il n'y aurait point nature; il n'y aurait point d'hommes; il n'y aurait point Dn plus d'humanité.
Mais le fait social est aussi, aux yeux de la conscience
Irerselle, un droit. L'homme se sent obligé., en dépit
lui-même, à l'égard de cet ensemble qu'on appelle
ciété : grappe dont il est une des graines; ruche où son
véole natale est engagée, et dont le fonctionnement,
teneur à sa liberté, lui impose des lois et des con-
ïintes.
La famille ne nous laisse pas libres; la société civile m plus. L'une et l'autre nous place en face d'un bien soi. d'un ordre obligatoire qui ne nous permet pas, voulussions-nous même, de reculer pour nous rejeter à tat sauvage et anarchique.
Celle contrainte morale, que nous éprouvons tous, se iduii dans les faits par notre soumission à l'égard des ■rites de tout rang qui représentent pour nous Tordre fiai, et comme l'ensemble de ces autorités, abstraiteuit désigné, prend le nom de Pouvoir, les discussions Étives aux fondements de l'obligation sociale ont cou-
olO LES SOURCES DE LA CROYANCE EN PIEU
tume de se présenter sous ce titre : De Vorigine du voir. Question célèbre, qui a mis aux prises les plus gr esprits; qui a été résolue en divers sens grâce à influences diverses; mais qui ne se résout vraimen voudrais le faire voir, qu'en y insérant cette idée, mè toutes les autres, que nous finirons bien par voir rég à force de lui tresser des couronnes : l'idée de Dieu, cl dont Platon a dit qu'elle « s'étend à toutes choses, et qu tout ce que les hommes peuvent faire avec justice et cou formément à la nature doit finalement lui être rapportéi
Mais avant de décider pour notre compte de ce qu'ils est, je crois utile de mentionner les doctrines adverses Xous en verrons le point faible, et nous serons mieu préparés pour recevoir l'impression du vrai. Les fausï lueurs font toujours valoir la lumière. Si j'arrive à démon trer que les chemins par lesquels on essaie de fuir pou éviter la Cause première n'aboutissent nulle part, il fai cira bien revenir, et nous engager une fois encore, plu délibérément que jamais, dans la voie qu'on a appelée juste titre la grande route du genre humain.
Il n'y a que trois façons possibles de comprendre lj gine du pouvoir. Ou celui-ci prend sa source en nous il la trouve au-dessus de nous ; ou il va la chercher bas. Plus bas, ce serait la nature en évolution, qui formant l'organisme social, créerait en même temps! première condition d'existence: le pouvoir. Plus hautj§ serait Dieu, dont la volonté créatrice et régulatrice troi verait son expression partielle dans de justes lois. . niveau, ce serait le contrat social, ouïe quasi-contrat doi on a tant parlé, qui fourniraient aux autorités de rang leurs titres et leur raison d'être.
Nous avons à choisir entre ces trois explications. Voyons que penser, d'abord, delà dernière.
C'est Rousseau qui en est — je ne dirai pas le créateur, 1 n'y a rien de nouveau sous le soleil; mais en tout cas e champion et le propagateur le plus illustre. Admirable écrivain, et non moins admirable sophiste, Rousseau sut iccréditer une doctrine que, dans sa teneur première ,ou t au moins, les progrès de l'histoire et de l'anthropoogie ne permettraient plus aujourd'hui de soutenir.
D'après lui, les hommes auraient vécu d'abord à l'état sole, puis se seraient groupés librement, en vue d'avanages à se procurer et de dangers à écarter de leur .La convention ainsi établie n'ayant pour point de iépart aucune nécessité ni aucune volonté supérieure, ae peut dépendre dans tous ses moments et dans toutes ses modifications successives que de la pure et simple ffolonté des contractants. Ceux-ci pourront à leur guise la lénoncer, la maintenir, en contenir ou en étendre les frets ; élever les pouvoirs, les abattre, en un mot se conduire en tout comme des gens qui ont créé la situation t qui en sont maîtres, sans que nul contrôle extérieur puisse avoir lieu d'intervenir. «La loi est l'expression de la volonté générale, » dira le législateur de Quatre-vingtneuf: cette formule d'apparence innocente contient toute une doctrine d'erreur que peut-être n'aperçurent point ceux qui s'exprimèrent de la sorte.
Ce n'est pas qu'il n'y ait rien de vrai dans cette conception d'un pacte social conférant aux détenteurs de î'autorité un droit issu de la nation elle-même. Il est ■us doute que c'est la volonté des peuples qui opère ou qu i est censée opérer la désignation de ses chefs ; qu i détermine la forme du pouvoir, sa durée et les modes de sa lr;i; émission. Si ce n'est pas ainsi, enfait, queleschoa fassent d'ordinaire ; si les pouvoirs naissent par violence ou par ruse, ou par la volonté de quelques-uns, toujours est-il qu'un consentement implicite peut intervenir par la suite; ((n'en tout cas le consentement de tout le peuple et sa participation de plus en plus grand'1 à la désignation de ses chefs doivent être considérés comme un idéal.
Mais le fond des choses n'est pas là. Désignation i, pas investiture. Le fait d'être l'élu d'un peuple n'impliqui pas nécessairement chez celui-ci le droit d'en user avec vous à sa guise, encore moins de vous écarter d'un geste, pour revenir à un soi-disant état de nature qu'on suppose antérieur au contrat. Or c'est là ce qui ressortirait logiquement de la doctrine que j'examine.
Si le pacte social ne repose que sur des volontés arbitraires, la société pourra détruire, en un jour de capr ce qu'il lui a plu de construire en une heure de sag oubliée; elle pourra remercier, et fût-ce môme sans motif, le mandataire qu'elle a investi de son pouvoir. L'individu, lui, ne sera nullement dénaturé s'il se fait anarchiste : il aura refusé son consentement à un pacte jugé trop onéreux, voilà tout. Pourquoi me croirais-je obligé de rester dans la société et d'obéir aux lois? On me dii équivalemmentque je suis libre, puisqu'on n'invoque rien que moi-même pour m'engager. Je puis donc rejeter à la fois la contrainte et ses avantages.
Or, étendez cela aux masses, c'est l'anarchie. La société n'a plus qu'une vie précaire; l'instabilité, déjà si gravement périlleuse lorsqu'il s'agit des personnes et des institutions particulières, devient, si elle s'étend aux fondements mêmes de l'ordre social, l'équivalent de la ruine humaine, ce qui veut dire que cette conception est contraire à la vie, contraire à la nature, et que par conséquent c'est le faux.
Du reste, les théoriciens d'aujourd'hui ne s'autorisent plus guère de ces thèses surannées qui firent la joie du xvme siècle. Cela triomphait en Quatre-vingt-neuf. Tous les hommes, alors, « naissaient libres»; tous se sentaient « égaux en droits » ; l'insurrection arrivait facilement à être « le plus sacré des devoirs » ; on respirait un air d'indépendance fanfaronne que des études sociales nulles, mal remplacées par des préjugés littéraires ambitieux, tendaient à éloigner de plus en plus de la nature.
Celle-ci a reconquis aujourd'hui quelques-uns de ses droits. J'ai fait remarquer que toute la science sociale de ce temps, bien inspirée en cela, repose sur cette constatation
que la société humaine, tout comme les sociétés animales, es! un phénomène naturel, et non pas le résultat d'une convention arbitraire.
L'homme cherche naturellement une compagne. Régulièrement parlant, il en a besoin en raison de tout ce qu'il est: corps, cœur, intelligence, activité. Il la trouve; elle est féconde; des enfants naissent : voilà la première grappe humaine suspendue à la souche mère qui est la nature. Et s'il y a là contrat, je l'ai dit, c'est un contrat fondé sur la nature des choses et lui empruntant des lois: ce n'est pas de la liberté pure, de l'arbitraire.
Mais cette famille en a d'autres voisines ; des liens spontanés s'établissent sous l'empire de la sympathie, de l'intérêt, du besoin de sécurité ou d'échange. Des faits humains complexes, appuyés sur ce qu'il y a de plus fondamental dans notre nature, et auxquels il est impossible de concevoir qu'aucune volonté particulière ait pu opposer son veto, voilà ce qui groupe les familles en des combinaisons diverses, et parla crée la société.
Et donc, pas de contrats arbitraires là non plus ; mais me nécessité vitale.
La société devait naître; elle ne pouvait pas ne pas naîre; l'homme n'avait nullement le pouvoir de l'empêcher le venir au monde et de se développer. La nature était là, mpérieuse, active, nouant elle-même les liens sociaux, uspendant l'un à l'autre, comme Epicure le disait de ses .tomes crochus, les atomes humains que nous sommes ; prmant par là ces composés qu'on appelle nations, cités, mpires ou confédérations de peuples.
Tout cela n'est guère nié aujourd'hui que par quelques ttardés de la philosophie sociale ou par l'incompétence mrnalistique de politiciens ignorants.
Seulement, comme l'excès guette toujours même les Meilleures thèses; comme d'autre part l'intérêt est le lème, pour les négateurs de la Providence, d'éviter tout |i qui laisserai! place i intervention, on a vu naître,
ce point de dépari accepté, une théorie du pouvoir
li ne fait pas moins de tort à notre idée divine.
On part du fait social ; mais au lieu de faire eiïort pour arriver au droit, ce qui exigerait des explications difficiles à fournir alors qu'on refuse de faire appel aux réalités supérieures, on se cantonne dans le fait ; on lui applique des procédés que nous connaissons bien qui tendent à escamoter les questions, au lieu de les résoudre.
L'homme, nous dit-on, est sorti de l'animalité; il se développe, socialement aussi bien qu'organiquemeM grâce à lasélection naturelle qui opère ici comme partoSl son œuvre de tri et de réserves organiques. Les comfl naisons stables se fixent; elles poussent au progrèsH éliminent, par leur succès même, les combinaisons avortées ou moins heureuses. Or, dans la vie sociale . les combinaisons heureuses, viables .•■ artisans de progaM sont celles où l'intérêt individuel se subordonne au bi«j commun, et cette subordination ne se peut établir que par l'acceptation d'une autorité. L'institution du pouvfl» était donc bienfaisante, et c'est pour cela qu'elle a sii: vécu aux coups de force qui l'ont fondée ; qu'elle persiste, créant comme toujours des instincts qui l'adaplenHl notre nature, et nous la font accepter comme un droit.!
Cette théorie n'est qu'une suite de celle que nous av rencontrée quand nous avons étudié les fondements de la morale. On nous disait alors: Le bien n'est qu'uni façon d'agir qui s'est trouvée favorable à l'espèce, et qui à ce titre a persisté. On nous dit aujourd'hui: L'auto et la soumission à l'autorité ne sont que des faits héréditaires, issus de cette loi partout vérifiée que les conditions de la vie arrivent toujours à s'imposer chez défi êtres dont l'appétit foncier est de vivre.
La conception est pareille, et la réponse aussi doit Fêti
Si les conditions de la vie arrivent toujours n s'imposer, qu'elles s'imposent! Si l'autorité et l'obéissance à l'autorité ne sont qu'un fait, qu'elles le soient! Les lois d vie dont vous parlez n'étant que des lois de fait, comme la loi de Mariotte ou la loi de Kepler, elles ne m'enga
| rien. Pourquoi devrais-je me contraindre pour collaborer à i i 11 travail qui se fait seul; qui du reste n'a de valeur pour moi que celle qu'il me plaira do lui reconnaître? Si je m'en désintéresse, vous ne pouvez rien me dire. Si j'essaie de faire plier les lois dans mon sens, vous n'aurez nullement lieu de me blâmer. Avec un fait, vous ne fon-
/. pasun droit; avec un fait, vous ne fonderez pas un devoir. C'est le passage du fait au droit, et du fait au Jevoir qu'il faudrait opérer, et le positivisme brut que je
s n'y saurait parvenir. Il se cantonne dans l'histoire aalurolle : comment ferait-il pour justifier un fait moral? à celui qui veut bien obéir; mais qui demande qu'on lui fcurnisse des raisons de son obéissance, il ne peut rien répondre. A qui se révolte, il ne peut rien opposer qui puisse le convaincre d'erreur.
Si vous regardez maintenant aux conséquences, elles
it trop faciles à déduire. La morale positive — c'est
lin si qu'elle se nomme — quand elle s'applique aux
. ne fait que développer les inconvénients que
îous lui avons vu produire dans le domaine individuel.
Stie est l'apologie de la force, étant la négation du droit;
n oubliant de nous créer des devoirs, elle laisse le champ
ila ! aux passions et prépare des excuses aux plus auda-
puses entremises.
On ne parle, dans celte philosophie, que de vainqueurs
t de vaincus : iln'yadonc pas de coupables ; il n'y a pas
on plus de citoyens vertueux. La seule vertu scra-t-elle
onc de vaincre? le seul crime social «d'être au contraire
aincu?Et comme l'espérance est toujours à la base de
action et qu'on en peut escompter les promesses, chacun
eut donc se croire dans son droit quand il s'en prend, par
ise ou par violence, aux lois et aux institutions de son
11 y a là des germes d'anarchie qu'il n'es! pas nécesire de faire remarquer davantage. Une telle doctrine .t nettement antisociale, par conséquent antinaturelle par conséquent fausse, si tant es! que la nature, la vie maine et la vie sociale aient à nos yeux quelque valeur.
r> IG LES SOURCES DE LA CROYANCE EN DIEU
On remarquera en effet — il faut le redire un.' foi: encore — que toutes nos explications et toutes nos réfu tations présentes sont basées sur ceci que la vie a un<| valeur en soi ; que tout ce qui la contredit doit êtr< rejeté comme faux; tout ce qui la conditionne recom mandé comme vrai. Si Ton n'acceptait point cela, nou n'aurions plus rien à dire; mais le genre humain Tac cepte, et cela nous suffit; ceux qui affectent d'y con tredire le font du bout des lèvres, et sans le consentemen de leur cœur. Au fond, et pour nous tous, ce qui s'impos comme une nécessité vitale ou une nécessité naturel s'impose absolument. Nous avons le sentiment invincib que l'être s'impose à notre activité elle-même. Ce qui ei tout au fond, c'est le droit.
La vérité, quant à l'origine du pouvoir, n'est donc I du côté de Rousseau ni du côté de la morale positive L'antiquité l'avait mieux pénétrée. Elle la mêla parfû d'erreurs, et nous allons voir que ces erreurs furent lf mêmes que nousavons toujours etpartoutconstakvs;ma ce qu'elle contint de vrai est d'une valeur plus haute qi les bouts de faits ramassés par un certain positivisme.
Recueillons cette tradition des siècles ; redressonsavec une liberté respectueuse, et disons au sujet de l'or gine du pouvoir et des fondements du droit ce qui noi paraîtra la vérité. Nous y verrons l'idée divine ^uppcM comme est supposé à la maison le fondement qui l'affe mit sur ses bases; comme est supposé à la terre, voy geuse dans l'espace, l'éther lumineux qui la porte et q charrie jusqu'à elle toute la vie des astres, isolés sans ce dans leur splendeur.
« Les hommes, a écrit J.-J. Rousseau, n'eurent point 'abord d'autres rois que les dieux, ni d'autre gouvernelent que le théocratique.Ils firent le raisonnement de Caa(à savoir que le berger doit être d'une nature supéeure à celle de son troupeau. Caligula en concluait la ivinité des empereurs; les Anciens en concluaient l'emire des dieux) et alors, continue J.-J. Rousseau, ils rai- Minaient juste. 11 faut une longue altération de senments et d'idées pour qu'on puisse se résoudre à prenre son semblable pour maître et se flatter qu'on s'en trouera bien1. »
pous reviendrons tout à l'heure sur cette dernière affirlation •; mais quant au fait invoqué, il ne peut être inrtOQé par personne.
Le Bélus des Assyriens, les Ptolémées d'Egypte, le Zeus
s Cretois, les Césars de Rome étaient des chefs divini-
; mais à l'inverse, le rôle de chef attribué aux dieux
personne est un des faits les plus universels que nous
sentent les races antiques.
Ce n'est pas seulement chez les Juifs qu'on présentait lois sociales sous le couvert de cette formule : « Voici que dit l'Éternel. » Dans presque toutes les sociétés imitives, on procédait de même. En Egypte, toute l'adnistration du pays était calquée sur le gouvernement in tel qu'on le comprenait, et elle bénéficiait pour ce )ti!' d'un respect proprement religieux. L'idée que la lier humaine s'exerce au nom de la divinité étail tel- K'iit vive qu'on fe croyait en droit de juger les rois i'ls et de donner à :e jugement une sanction éternelle • des outrages sur les momies royales, outrages qu'on
Contrat social, I 5, c 8.
Îil8 LES SOURCES DE LA CROYANCE EN DIEU
pensait devoir affliger gravement et à jamais l'âme parue du coupable.
Les dieux grecs et romains étaientles premiers i trais de la république; magistrats indiscutables, dans pensée du peuple, et répondant, par conséquent, besoin d'une autorité absolue que nous voulons invoquer nous-mêmes.
Mahomet ne se fit obéir qu'en se présentant au nom d'Allah.
D'après Confucius, toutes les fonctions publiques i étaient des « commissions du ciel ». 11 faisait remonter | ru'à celte source la distinction des devoirs, la distinctes étals, la distinction des cérémonies, la distinc- t lion des habillements et jusqu'à la distinction des suppli- Les lois étaient pour lui des ordres émanés du ciel, et de même, Minos, Solon, Lycurgue, IVuma placèrent les leurs sous cette sauvegarde. Celait la nymphe Egérie qui avait dicté, pensait-on, à Numa Pompilius son i politico-religieux. Et je dirai ici ce que j'ai dit toujours: l'erreur était moins grande de fonder l'a valeur t\c'< sur cette intervention problématique que de l'attribuer ibitraire humain ou à quelque convention essentiellement modifiable.
De même que la légende est en un sens plus vraie q l'histoire, ainsi le mythe était ici plus vrai que la philosophie orgueilleuse qui le remplace. Ceux qui demandent ouvoir à la force, ou à la ruse, ou au parjure, ou au hasard;, sont plus loin du vrai que ceux qui le demandent à la nymphe Egérie.
Quoi qu'il en soit, toutes les institutions antiques rc' tent le sentiment exprimé par Homère : « Le sceptri d'Agamemnon est le sceptre même de Zeus. »
Il s'ensuivait que le détenteur de l'autorité social; sentait le dépositaire d'un droit surhumain ; qu'il i un pontife, en même temps qu'un chef; que la hiérarchie sacerdotale, issue du même pouvoir, étail par regardée comme le premier corps de l'État. L'État laïque c'est là une invention essentiellement moderne. Je le di: sans aucune critique; car, dans certaines limites, le droi
moderne constitue sur ce point un progrès. L'abus était Sicile d'un pouvoir qui réunissait dans les mêmes mains défaillantes l'encensoir vl le glaive. En cas de tyrannie, que! recours restait-il aux peuples, puisque le ciel luimême élait rendu complice des tyrans? Le Chinois opprilisait: « Puisque le trône ne nous épargne pas, comment pourrions-nous réclamer du ciel quelque clémence? » L'avilissement des sujets, trompés par cette confusion déprimante, n'avait pas plus de limites que la corruption des pouvoi
C'est le christianisme, qu'on ne l'oublie pas, qui a apporté au monde les principes grâce auxquels cesserai1' cette confusion entre le temporel et le spirituel, entre la force du droit et le droit divinisé de la force. « Le christianisme, a écrit Fustel de Coulange, est la première religion qui n'ait pas prétendu que le droit dépendît d'elle. » En effet, le droit ne dépend pas de la religion : mais il dépend de Dieu, et c'est pour l'affirmer, fût-ce au prix d'une erreur, que toute l'antiquité instinctive se îtitua sur le patron d'une société théocratique. Dans Fil. i puissance d'abstraire, sentant que nous devons être, en lin décompte, gouvernés par le ciel, elle trouvait tout simple <pie ce fut par ceux qui le représentaient le plus. Il y avait là une erreur dont il serait facile de revenir, dès que les prog] ■ la pensée philosophique permet-
traient de distinguer ce qui appartient aux religions de ce qui appartient à la science.
Les philosophes classiques opérèrent ce travail. . is admirables en font foi. Tel celui d'Heraclite, écri- : « Toutes les lois humaines dérivent de l'unique loi divine, laquelle peut tout ce qu'elle veut, suffil à tout ipasse tout. » Tel encore celui d'Aristote, rational ce s'il en l'ut, et qui disait cependant : Dieu et la raison ont seuls le droit de commande?'. Mettre dans le commandement quelque chose de l'homme-, introduire la bête l. >■ Et, précisant sa pensée, il ajoutait : « Ce