‹ Les Sources et la croyance en DieuChapitre 36 sur 50 · Fouillée, l'Idée moderne du droit · texte numérisé non relu

Fouillée, l'Idée moderne du droit

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Donc, ce qui commande, an fond, c'est Dieu.

Ce qui commande, c'est la loi. En pourrions- nous douer ■ Non ; car il faudrait alors revenir soit au droit de la Orce, et, en principe du moins, nous n'en sommes plus ■> ■■ soi au gouvernement du hasard, et nul homme sensé B peut s en faire le théoricien bénévole; soit enfin à la egation de tout pouvoir, ce qui veut dire à l'anarchie Car le pouvoir, je l'ai dit bien des fois.est aussi néces- Éure a a société que l'âme est nécessaire au corps ; que fattraction est nécessaire aux astres. Il faut un lien des activités dispersées, pour qu'elles s'orientent vers le gen collectif, et comme ce bien requiert des conditions ■Mimes, il iaul que ces conditions se formulent et il faut que ce soient ces conditions formulées que l'autorité prenne pour règle de son action. Or.les conditions reconnues et formulées du bon fonctionnement social, c'est ce a on appelle la loi, et il est donc vrai qu'en droit, sinon îlas . en fait, c est la loi et elle seule qui gouverne.

J'ai dit ensuite : La loi, c'est la raison. Car qu'est-ce qu, détermine les conditions du bon fonctionnement social, sinon par l'entremise de l'autorité, la raisoTmi personnelle elle-même? Tous les philosophes ont défi ,

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-I..U eneflTe , une loi qui représenterait une volonté veugle ou arbitraire? Ce serait une tyrannie pure et mnple, ou bien l'empire du hasard. La volonté duTésis

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<J. la raison qu'est-ce donc? Qu'est-ce que cette «alite mystérieuse qui se dresse au-dessus de tous les '-7- ^ les juge? Quelle analyse fournir de ce te Je ''" '-auon umvenelle, à laquelle tous ont foi ; que «sonne ne possède en propre, et qui se reflète paVtieï «ment en chacun ; qui, quelquefois absente, n'en es nas

wins le vrai, et, lorsqu'elle parle ei s, sait se fiSe

f™nique,sans qu'elle nous fasse jamais y ofencel Ce te

analyse bien conduite n'amèneraitrelle pas à poi comme le fondement de toute raison la grande Réali^ transcendante?

Nous nous sommes adressé autrefois cette question,* nous avons répondu qu'en effet la raison ne prouve titres qu'en faisant appel au divin et en se considérai elle-même comme divine. Je ne recommenci la démonstration. Elle était fondée sur ceci que l'ii telligence humaine ne fait point elle-même sa vente qu'elle la suppose et s'y adapte comme à une chose m est en soi et qui la juge ; que. d'autre part, cette vérit en soi devient chose incompréhensible, si l'idéalité qu'elle contient est condamnée à demeurer en l'air, sans nul support, à l'état de formule vide. L'axiome éternel de Taine nous a paru une conception poétique admirable; mais non pas l'expression du vrai. Et nous avons conclu avec l'Evangéliste que c'est le « Verbe », c'est-à-dire: la raison divine, qui « éclaire tout homme venant en ce monde », parce que c'est Lui la source première de tout vrai, dont la raison de l'homme n'est qu'un reflet, et dont les choses créées ne sont que l'incarnation partielle et inconstante.

Si nos raisonnements d'alors ont été justes, nous pouvons en accorder le bénéfice à notre thèse présente. Si par ailleurs nous demandons d'où peut venir à la loi non plus son caractère rationnel, mais sa valeur obligatoire ; au nom de quoi nous pouvons l'imposer; qu'est-ce qui motive les jugements sévères que nous porto es sur ceux qui en méprisent les ordonnances et les pein/ aftlictives que nous leur appliquons, que pourrons-nou répondre, sinon que la loi, à supposer qu'elle soit juste, représente un ordre de choses que nous n'avons pas le droit de troubler, que nous devons au contraire seconder de notre dévouement, comme on le fait pour un bien auquel on reconnaît une valeur supérieure à celle de notre indépendance personnelle?

Mais cette notion du bien, que nous invoquons ici, n'avons-nous pas montré également autrefois qu dépend étroitement de notre idée divine? Ou le bi<

I rien, disions-nous, ou rlrep ! un ordre de

faits qui trouve sa garantie dans l'absolu, en tant qu'il

représente une volonté créatrice, laquelle, ayant fondé très, a le droit de les régir.

Mais s'il en est ainsi, ramassant en faisceau les propositions que nous émettions tout à l'heure, nous devrons >nner de la façon suivante: L'autorité sociale ne peut prouver ses droits qu'en invoquant les lois de la raison fondées sur la nature des choses. La loi ne peut régir, et au besoin contraindre, qu'en vertu d'un mandat (rue la nature puisse signer. Et puisque la raison c'est Dieu; et puisque la nature c'est Dieu encore, l'autorité ne se peut Justifier elle-même qu'en invoquant — implicitement ou explicitement peu importe — l'investiture divine comme sa supi . te garantie.

Les législateurs de Quatre-vingt-neuf l'avaient compris ainsi, puisqu'ils légiféraient, disaient-ils, au nom et en présence de Y Etre suprême. On leur a souvent reproché de s'être exprimé en ces termes, comme s'ils avaient voulu substituer au Dieu de leurs ancêtres une sorte de divinité nouvelle. Je leur ferais quant à moi plus d'un kutre reproche; mais je trouve celui-là bien injuste. Laissons les mots pour ce qu'ils sont, et ne confondons ;i;i- avec un athéisme plus ou moins déguisé la pointe de pédant isme littéraire qui se mêle à l'hommage de Quatrevingt-neuf.

Quoi qu'il en soit, puisque nous ne faisons pas de rhistoire, mais de la philosophie religieuse, observons pour finir que notre conclusion est celle qu'a proclamée, dix-neuf siècles durant, noire philosophie ehrélienne. Saint Paul l'a formulée dans sa phrase fameuse : « Il o'est d'autorité qui ne vienne de Dieu... Qui s'oppose à l'autorité résiste à l'ordre de Dieu même. » Les théologiens ont développé cette pensée et l'ont confrontée avt <■ les données rationnel! lus hau paiement

-prit mythique et théocralique d'autrefois

l'rl'i LES SOURCES DE LA CROYANCE EN DIEU

que d'un rationalisme excessif et d'un positivisme grossier.

Qu'on lise Thomas d'Àquin, leur grand maître, et l'on verra que sa théorie du pouvoir est aussi rationnelle qu'elle est élevée, aussi libérale qu'elle est forte. Elle donne satisfaction, d'une part, à la dignité humaine, qu'elle ne soumet qu'à la raison; de l'autre aux nécessités de Tordre, qu'elle rattache aux pensées créatrices. Faisant appel à la liberté des individus et des peuples pour désigner les détenteurs de l'autorité et leur imposer des formes d'action, elle fait appel à Dieu pour appuyer leurs décrets, qui sans lui ne seraient qu'une mainmise arbitraire sur la volonté de leurs semblables. Elle n'invoque la force d'en haut que pour libérer la faiblesse, refréner la violence, régler les passions opposées qui peuvent vicier en sens contraire et l'obéissance des petits et le pouvoir des grands; bref pour nous placer tous, avec nos devoirs et nos droits, sous l'égide d'une puissance qui peut dominer tout sans opprimer personne, puisque c'est le fondateur des natures; puisque lui obéir c'est s'épanouir selon sa propre loi, en même temps que régner avec lui, par l'adhésion du cœur à son gouvernement suprême.

Sachons convenir que là seulement est le vrai, non dans les fantaisies à la Rousseau, et moins encore dans les fins de non-recevoir du matérialisme.

Quand nous allons parler de la finalité sociale, j'entends l'idéal que poursuit la société humaine dans son effort séculaire et à travers ses douloureuses convulsions, il faudra bien encore avouer que Dieu ne peut être écarté sans tout jeter à l'erreur et sans tout compromettre.

Son influence est le salut de toutes choses, comme sa raison et sa volonté en sont la loi. Qui veut s'en écarter retombe dans le double néant de l'inintelligible et de l'impuissance.

Rien sans Dieu, dans le domaine social comme dans tous les autres : c'est ce que nous croyons voir dès maintenant, et c'est ce qu'une fois encore nous verrons.

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