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VI. Renan; mais il a tort de ne pas s'élever au-dessus

Telles. Son raisonnement revient, en somme, à dire: que

Dieu soit mal compris, ou qu'il ne soit pas! Car, c'est

comprendre fort mal le rôle de Dieu que de le mettre à

a place des nuages pour former la pluie, et d'exiger, avant

de lui concéder l'existence, qu'il nous éclaire avec un

soleil que sa propre main brandirait.

L'homme primitif en était là ; mais notre avantage sur lui doit être, ce me semble, de dépasser ces conceptions naïves. Il ne savait pas qu'il y eût des agents naturels pour former la pluie, et il invoquait d'emblée la cause première; nous qui savons que ces agents existent, est-ce une raison pour que nous supprimions Dieu? Nous comptons tous les fils qui font mouvoir les marionnettes de ce monde : est-ce une raison pour nier la main qui tient les fils?

Si l'on y réfléchit, on se convaincra sans peine de l'illusion où la superstition du fait dit scientifiques fait tomber nos philosophes. Dieu n'est pas l'un des termes de la série des causes qu'étudie la science : il est représenté par chacun de ces termes et par leur série entière considérée comme un ensemble. Il n'y a pas à parler de lui dans l'enchaînement du déterminisme ; mais il est, à chacun des stades du déterminisme, le principe de son efficacité, de sa variété, et de l'existence même de ce qu'il règle.

Car, il faut le répéter sans cesse, Tordre des faits n'explique pas les faits; les conditions connues laissent tout à connaître sur la cause ;le développement en série laisse intact le problème de l'existence et de la nature de chaque terme et de la série elle-même. Il y a un dedans des phénomènes où la science n'entre pas, et où le problème

éternel s'abrite. Refusera-t-on de l'aborder? C'est se condamner à la nuit, et nier l'esprit dans ce qu'il a de meili leur. Si on l'aborde, il n'y a qu'une lumière possible \ l'idée de Dieu.

Mais, par ailleurs, ne voit-on pas que le genre d'action demandé à Dieu par nos athées, pour concéder son existence, est de beaucoup inférieur à celui que lui attribue notre philosophie déiste? La causalité directe, par voloiin tés particulières, et conçue d'une façon anthropomorphique, est moins puissante infiniment, moins intérieure aux choses et par conséquent moins divine. Elle semble laisser aux objets qu'on change ainsi de place du dehors une sorte d'indépendance illusoire, et elle n'y modifie, par son intervention, que des accidents superficiels. Que si Ton suppose, au début, tous ces objets sortis de la puissance divine, il n'en reste pas moins que c'est là une idée dont on ne tire pas, dans l'hypothèse, toutes lesi conséquences qu'elle renferme , puisque ce n'est plus comme Créateur que Dieu agira par la suite ; mais comme un moteur de rang quelconque, comme un génie ou un géant de l'air. Ainsi Aristote reprochait à Anaxagore de proclamer, au début de sa philosophie, l'existence d'une Intelligence ordonnatrice, et de n'en plus faire usage, dans son explication des phénomènes. Nous supposons nous, que Dieu est partout lui-même, et, par conséquent,, créateur, non moteur à la façon dont M. Renan le lui demande. Il ne pousse pas le nuage : il le crée. Il ne trouble pas la météorologie : il met une volonté divine à sa base. Tout est en lui, et tout dépend de lui; il n'est donc pasbesoin, pour qu'il se manifeste, qu'un être échappe aux lois : c'est par les lois, et par Y être même qu'elles régissent, que Dieu a sa plus haute, sa plus divine manifestation.

Il est curieux de suivre ainsi du regard la marche de la réflexion humaine à l'égard de la causalité divine. Les premiers hommes voient des phénomènes; ils ont,

LA NÉCESSITÉ D'EXPLIQUER LE MONDE Gl

l'autre part, dans leur cœur, l'instinct de Dieu : d'emblée, ils disent : Dieu est là : derrière le nuage pour le pouvoir, derrière la foudre pour la lancer, sous la masse |inorme de l'océan pour jeter ses flots d'une île à l'autre.

Puis, la science commence son travail, et l'on dit : i Non ! les phénomènes sont le résultat du jeu réciproque les forces brutes, » et certains en concluent : « Alors, [u'avons-nous affaire de l'idée divine ?... » C'est la crise grecque que je décrivais à l'instant.

Puis, on réfléchit mieux, et l'on dit : « Chaque phénonène a sa cause, c'est bien; mais l'ensemble des phéno- |nènes et des causes, d'où vient-il? L'univers est un fait ; 1 a besoin d'explication plus encore que chacun des phéîomènes qu'il renferme... » Et l'on réinstalle Dieu, non )lus derrière le nuage, ou dans la grotte de Neptune; nais au sommet, tout au sommet de la création.

Puis ensuite viennent, avec nos récents progresses çrandes hypothèses cosmogoniques. L'ensemble de l'univers ? mais c'est un phénomène comme un autre ! Nous xpliquons la formation des mondes comme Aristoto expliquait la formation de la pluie. Votre Dieu de vitrail, enant en main la boule du monde , ne nous est donc l'aucune utilité. « Il n'y a aucune volonté derrière le Dhénomène, dit Berthelot. Dès que ses conditions sont •éunies, il se produit. »On applique cette donnée à Punifers comme à la dernière des combinaisons chimiques, ! c'est fait. Dieu est chassé. Dieu est un mot qui signiîe ignorance. Il représente Y inconnu, et la science, dans sa marche, est destinée à le dépasser.

Dépasser Dieu ! C'est là une des formules favorites de a négation divine. La science doit dépasser Dieu. Elle ivait dépassé autrefois les dieux, les dieux naturalistes, în Relevant à l'idée du cosmos, de l'univers dans son insemble : elle croit dépasser aujourd'hui le Dieu unique

0 s'élevant à l'idée d'une genèse et d'une évolution iniverselles.

Nous aurons à examiner ce point de vue, dont on sent bien dès maintenant toute la faiblesse; mon butestsimplement, ici, de montrer l'origine de ces négations auda-

cieuses. C'est l'enivrement de la science qui nousa l'ail nier Dieu. L'esprit humain, dans l'âge moderne, a été ébloui par ses rapides découvertes comme un homme qui vivrai depuis des jours dans une chambre close el <|ui verrait tout à coup les parois tomber et des perspectives infinies s'étendre, noyées de lumière.

Les premiers, à vrai dire, les vrais fondateurs de Cl mouvement scientifique n'avaient certes pas voulu nier Dieu ; quelques-uns s'étaient consacrés à le prouver avec une vigueur et une sûreté admirables. Newton, lui, si découvrait quand on prononçait devant lui le nom divin. Mais d'autres ont cru mieux faire en congédiant cet hôtl dont la gloire leur semblait usurpée. (Test que les plus grands hommes ne sont pas ceux qui donnent le ton à. l'ensemble d'une époque. Ils la représentent plus tard aux yeux de l'histoire ; mais, dans les faits, l'influence dei quelques tapageurs est plus puissante, souvent, que celle! du génie. Les tapageurs partirent à l'assaut de la Cause première, et une fraction de l'esprit public en fut troublée.

Et cependant, l'avertissement n'avait pas manqué.

Bacon, l'un des initiateurs de l'âge moderne, avait dit r « Parce que les portes de nos sens s'ouvrent plus larges, et parce qu'il nous est accordé une plus vive lumière sur les choses de la nature, ne laissons pas dans nos âmes l'incrédulité répandre la nuit sur l'intelligence des divins mystères i. »

Bien avant Bacon, Platon avait signalé déjà cette illusion qui consiste à croire qu'on remplace la Cause première en étudiant les causes secondes. C'était un préjugé courant, à son époque. Quiconque faisait de l'astronomij était censé travailler à détrôner les dieux "2. Cela se recevait, alors qu'on attribuait les mouvements céli à des divinités inférieures ; mais, pour nous, c'est un état d'esprit enfantin. Les causes naturelles sont à leur place, personne ne se propose de les expulser; mais le problème reste entier de savoir si, au-dessus d'elles, quel

4. De l'accroissement des sciences. 2. Cf. Apologie de Sacrale. Init.

LA NECESSITE D EXPLIQUER LE MONDE Co

qu'en soit le nombre, quelle que soit l'étendue ou la profondeur de leur action, il ne faudrait pas encore, et nécessairement, supposer une Cause des causes qui serait à tout l'ensemble ce que chaque cause est à chaque effet

(Test ce problème que nous avons maintenant à éclaircir. Mais je tiens à dire, en terminant cette revue de doctrines, que je ne suis pas effrayé le moins du monde, pour Pavenir de la vérité, de ce moment de fièvre et d'aveuglement que traverse l'âge moderne. C'est un progrès, en somme, que cet amour, tout exagéré qu'il soit, pour la méthode expérimentale. Et si c'est un progrès limité, partiel, exclusif, chez certains esprits, des points de vue supérieurs que l'on voudrait traiter de chimères, n'ayons pas peur! La vérité est une. Tout travail accompli dans l'un quelconque de ses domaines profite à sa domination complète et à son empire. La vérité est une reine ; elle n'a pas besoin pour sa parure que d'un diadème et d'un collier d'or : laissons les sciences naturelles nouer solidement les cordons de sa chaussure ; laissons les arts et la littérature, dont nous ne sommes pas dépourvus, draper et consteller son manteau, et un jour — ce jour est déjà venu pour un grand nombre, et grâce à Dieu il n'a jamais cessé de luire pour beaucoup, — la philosophie, assagie, reconstituée sur des bases nouvelles et définitives, disposera sur le cou de cette reine son collier pendant que la théologie tressera sa couronne immortelle.

Soyons heureux, malgré tout, de l'état où le travail des siècles a su amener l'idée divine. Tous les problèmes, pour nous, sont élargis; ils sont posés avec une netteté admirable, à laquelle ne pouvait prétendre aucune autre

époque.

liaison de plus, d'ailleurs, pour ne pas être esclaves de L'apparence; pour ne pas nous laisser absorber par cette mécanique universelle, sous prétexte qu'elle nous offre des rouages nouveaux. Tout au fond, le problème subsiste ; ses données éternelles n'ont pas changé, pour la bonne raison qu'elles sont éternelles.

Il y a un monde; ce monde se meut : quelle est la source de son être et de son activité?

La preuve de Dieu cause du monde, considérée en ellemême, tient en quelques mots, et elle se présente avec un caractère de clarté, d'évidence qui la met à la portée des esprits les plus humbles, en même temps qu'elle s'adresse aux plus hauts génies.

Ce qui est non pas certes plus difficile, mais plus compliqué, c'est de la défendre contre les sophismes et de la dégager des faux points de vue.

En elle-même, je le répète, rien n'est plus simple. Nous regardons le monde, et nous disons : Il ne s'est pas fait seul. Il y a un ouvrier de cette œuvre.

Composé d'êtres périssables, à qui l'existence n'est pas due en raison de leur propre nature, le monde ne porte point en soi l'explication de lui-même. Il appelle l'intervention d'un être souverain qui n'ait, Lui, qu'à se montrer pour expliquer son être, et qui le communique à tout ce qui est. Cet être souverain, nous l'appelons Dieu.

Nous regardons encore, et nous constatons autour de nous des actions, des mouvements, des échanges de force et d'activité. Tout cela, d'où procède-t-il? Car il faut, ici encore, un principe. Sans un moteur, point de mouvement, et sans un agent, point d'action. Qui donc fournit la force qui emporte les astres dans leur orbite? Qui donc remplit tout l'univers de cette activité fébrile, de ces frémissements de vie dont l'ivresse effrayante et tranquille remplit de mondes les espaces et multiplie, à travers les âges, avec une richesse jamais épuisée, les plus éclatantes et les plus subtiles merveilles? Il faut ici une explication, comme il en faut une à l'être même des choses. Car l'activité, c'est de l'être aussi, et la question demeure la même.

J'entends bien que les êtres se meuvent les uns les au-

LA NÉCESSITÉ D'EXPLIQUER LE MONDE 6b

très ; qu'ils sont actionnés les uns par les autres ; que si le matelot porte une ancre à bord, le navire porte le matelot, le Ilot le navire, la terre le flot, le soleil la terre, et un centre inconnu le soleil. Mais après ?... On ne peut aller ainsi à l'infini dans les causes; Aristote,dont je notais plus haut les profondes pensées, Ta démontré de mille façons, et toutes, au fond, reviennent à ceci : c'est que, dans une série de causes ordonnées et dépendant Tune <le l'autre dans leur exercice, c'est de la première que tout dépend ; les intermédiaires ne sont que ses ministres. Quel que soit le nombre de ces intermédiaires, au point de vue où nous sommes, je puis les considérer comme ne faisant qu'un, et il n'y a, au fond, dans ma série, que trois termes : au sommet, la source de l'activité ; au milieu, l'intermédiaire, unique ou multiple, et enfin le résultat que produit cette activité. Multipliez les causes intermédiaires jusqu'à l'infini : vous compliquez l'instrument ; mais vous ne fabriquez pas une cause ; vous allongez le canal : vous ne faites pas une source. Si la source n'existe pas, l'intermédiaire reste impuissant,et le résultat ne saurait se produire, ou plutôt il n'y aura ni intermédiaire, ni résultat, c'est-à-dire que tout disparaît- Il me semble que cela est démonstratif, et que prétendre, au contraire, que le nombre infini des intermédiaires peut nous dispenser de trouver une première cause, c'est dire qu'un pinceau peut peindre tout seul, pourvu qu'il ait un très long manche. La longueur du manche n'y fait rien ; ce qui importe, c'est la main.

11 faut donc supposer, à la source de toute causalité, de toute activité transmise, une cause efficiente première, d'où découle l'efficacité de toutes les autres. Cette pause première, nous l'appelons Dieu.

11 me semble, encore une fois, qu'aux yeux de quiconque croit au raisonnement humain, l'évidence decedouble raisonnement s'impose.

D'où vient donc qu'on ne se rend pas, dans certain iupc d'intelligences contemporaines ?

Pour quelques-uns, la position est très simple. Ere

consiste dans un véritable escamotage de la question. Ils s'en rapportent à la nébuleuse en rotation de Laplace, etT celle-ci donnée — ils ne songent même pas à demander par qui, ni qui lui a fourni sa rotation première — ils prétendent que le monde s'explique tout seul.

Je ne soulignerai pas, pour l'instant, la folie qu'il y a à faire sortir ce monde, cet admirable monde, et la vie, et la pensée, et la volonté, et le cœur de l'homme, d'une nébuleuse homogène en rotation. C'est une folie! Mais ce n'est pas notre question ; je ne pose pas ici la question de savoir ce qu'est le monde, et quelle est la nature des activités qui s'y font jour : je constate qu'il est, et qu'il se meut, et je dis que remonter sans plus à la nébuleuse, et croire par là écarter Dieu, c'est une de ces naïvetés dont seul un savant est capable.

Il faut remarquer, en effet, que ceux qui parlent ainsi — j'entends les chefs de file — sont en général des savants, et non des philosophes. J'ajoute, pour être tout à fait juste, que, comme savants, c'est leur droit, de ne pas s'enquérir autrement des origines de l'être. On peut même dire en leur faveur qu'ils ne manquent ni de générosité ni de courage, en consentant à pousser si loin le problème des origines de leur objet. Mais là où est leur tort, et ce tort est inexcusable, c'est dans la prétention de procurer aux hommes, en parlant ainsi, le moyen de se passer de la Cause première. Ici, nous disons halie-làî Que la science limite ses recherches, c'est fort bien : nous n'avons qu'à gagner à cette sage réserve ; mais qu'elle fasse du bout de son domaine le bout du monder c'est ce qu'on ne saurait souffrir sans protester. C'est le fait d'une illusion par trop grossière, que de se figurer qu'il suffit de dépasser le paradis terrestre pour avoir le droit de supprimer Dieu, et se boucher les yeux, une fois arrivé à la nébuleuse, pour ne point voir l'abîme qui vous sépare encore du néant, et par conséquent d'une véri-t table explication des choses, c'est imiter l'autruche, qui cache sa tête dans le sable et se croit en sécurité.

Je ne puis me lasser de noter combien l'esprit humain

est toujours le même, et combien tout cela ressemble aux conceptions de ces premiers savants que nous avons trouvés sur notre route. « Au commencement était le chaos, » disaient les anciens Grecs. « Au commencement était la nébuleuse, » dit aujourd'hui le savant diplômé. Et la position est la même : aussi légitime si on la conçoit comme un point de départ pour la science des astres; aussi profondément puérile, si Ton prétend en faire une philosophie.

Car, que voulez-vous que nous fasse , au point de vue où nous sommes ici, l'hypothèse de lanébuleuse? Qu'estce que cela nous fait, que l'univers, aujourd'hui condensé à L'état de masses globulaires, planètes et soleils, ait été jadis dispersé dans l'espace comme un nuage qui tourbillonne, ou comme un essaim de moucherons agités? Je vois bien là un point de départ pour la naissance des corps célestes; mais un point de départ, ce n'est pas une explication. Reculer une difficulté, ce n'est pas la résoudre On a beau remonter d'époque en époque, et s'enfoncer éperdûment dans ces lointains où luit à peine l'aurore des pondes, l'esprit ne se laisse pas effrayer par ces distances. Il se transporte d'emblée là où se pose le problème, et sans se laisser ravir sa lumière, l'esprit explore ces brouillards où l'on espère cacher le problème de l'être. Il le découvre hardiment, et il demande, aussi impérieuseîncul qu'il pourrait le faire pour l'heure présente : D'où vient cet être que je constate? D'où vient cette activité que je perçois?

Que va-t-on répondre ?

Il en est qui nous font une réponse ingénieuse; non pas nouvelle, certes ! nous l'avons déjà rencontrée, comme la précédente, chez ces vieux sages de la Grèce qui furent quelquefois un peu fous, comme les sages de l'Europe actuelle. On se souvient d'Heraclite disant : « Ce monde? aucun des dieux ni des hommes ne l'a fait : il était et il sera un feu éternel embrasé et éteint tour à tour. » On ne

se doutait pas que ce fût là un système moderne ! C'es-t cependant la pure vérité. Bon nombre de « savants » ne s'expriment pas d'autre sorte. Ils y mettent des formes plus neuves; ils agrémentent de plus de science et ils farcissent de plus de faits le canard philosophique qu'ils nous offrent ; mais l'oiseau est le même. C'est celui d'Heraclite et d'Empédocle, simplement.

On nous dit donc que, pour écarter Dieu, il suffit de mettre à sa place L'éternité du monde. A quoi bon un Créateur, si à aucun moment l'univers n'a manqué d'< Je conçois que si l'univers a commencé il lui faille une explication. Rien ne sort du néant par sa propre force. Ex nihilo nihil fit; rien ne vient de rien, disaient les anciens philosophes, et si l'on convient qu'à un moment quelconque rien n'a été. il faut conclure avec Bossuet et avec tout le monde : Eternellement rien ne sera. Mais si le néant que nous supposons précéder le monde n'est qu'une chimère? Si le monde a toujours été? On peut supposer alors qu'il ne dépend que de lui-même ; car, en vertu de l'inertie de la matière et de la conservation de l'énergie, aujourd'hui trouve son explication dans hier, hier dans avanthier, et ainsi de suite, et s'il y a eu toujours des jours, i.1 y a eu toujours une explication suffisante des chose une cause première ne sert de rien.

Or, si l'on veut se rendre compte de ce qu'il va d'en fan tin dans un pareil raisonnement, qu'on se souvienne d quelle façon nous nous y prenions tout à l'heure | prouver Dieu. Nous ne disions pas : Le monde a i mencé, donc il faut supposer quelqu'un qui fasse com mencer le monde. Nous disions : Le monde existe : il fau une explication de son existence. Nous ajoutions: monde se meut : il faut une source à l'activité qu'il mani feste. Qu'il ait toujours existé, et qu'il se soit toujour mû, cela nous est parfaitement égal; car qu'est-ce qu cette éternité qu'on suppose? C'est un attribut de l'uni vers; c'est un attribut nouveau dont on le décore : mai un attribut, ce ne peut pas être une cause. Infini ou noi le temps n'est jamais qu'une mesure, ce ne peut pas èti un principe. Or, nous cherchons un principe de l'être, u

principe de l'activité, et Ton ne répond pas plus à notre Question en invoquant l'éternité de la matière qu'on n'expliquerait l'existence d'une locomotive ou la force de propulsion qui l'anime en disant qu'elle arrive du bout du monde. Je ne demande pas d'où elle vient, je demande qui Ta faile et qui la meut.

Je me rappelle que quand j'étais enfant et qu'on nous commençait la philosophie, on nous donnait la preuve de Dieu que l'on appelle traditionnelle : « De qui êtesvous fils? — De mon père. — Et votre père? — De mon grand-père. — Et votre grand-père? — De mon aïeul. —

otre aïeul? — D'autres encore. — Et le premier de tous les hommes?... ))IciFélève s'embrouillait et Ton concluait d'emblée à la Cause première. Ou bien c'était l'argument par l'œuf et par la poule : « De qui vient l'œuf? — De la poule. — Et la poule? — D'un œuf. — Et le premier œuf? — De la première poule. — Et cette première poule?... » Ici encore était le traquenard, et généralement l'on y tombait.

Et moi, en jeune esprit frondeur que j'étaissansdoute, je médisais : Cela ne prouve rien ! Est-ce que Dieu dépendrait d'une pareille preuve ! Pourquoi ne remonterait-on

jusqu'à l'infini ? Qu'est-ce qui peut exiger un arrêt, dans le flux des générations et des siècles? Chaque ins- 1 ; s 1 1 ; n'est-il pas un commencement et un terme? Chaque génération n'est-elle pas, avec celle qui la précède et avec celle qui la suit, dans la môme relation qu'unegénération quelconque de la série entière? Dès lors, qu'est-ce qui empêche qu'il y en ait autant qu'on voudra, et que leur déroulement remplisse l'infinid'une durée éternelle? ne sais si je parvenais alors à me préciser à ce point la chose ; mais je la sentais vivement, et je ne trouvais -Mine pour me dire : Là n'est pas la question. Là n'est pas la question, en effet. Je rappelais tout à l'heure le but de nos démonstrations: qu'on s'en rappelle maintenant la forme. Qu'on prenne, par exemple, celle qui conclut à la nécessité d'un premier moteur, pour expliquer l'activité des êtres et les effets de cette activité

dans le monde. Il sera facile de se convaincre que cette démonstration est aussi valable, que le monde soit ou ne soit pas éternel.

Eternel ou non, nous rencontrons dans le monde des effets qui dépendent de certaines causes, lesquelles, étant elles-mêmes dépendantes dans leur exercice de cause, supposent l'intervention d'une cause nouvelle d'où leur influence dérive. Et cette nouvelle cause, nous ne la recherchons pas dans le passé ; nous la requérons dans le présent, ou plutôt nous ne nous occupons ni dupasse ni du présent, nous ne considérons que la dépendance. Tel effet dépend de telle cause ; cette cause, à son tour, considérée comme telle, dépend d'une autre, et ainsi de suite. Et comme, pour la raison que nous avons dite, on ne peut remonter ainsi à l'infini dans les causes qui dépendent actuellement l'une de Vautre, il faut arrivera une première cause qui est Dieu.

Dieu est ainsi atteint non pas en remontant le cours des temps jusqu'au premier jour du monde; mais en interrogeant chacune des causes qui interviennent ensemble dans la production d'un effet donné, à partir de la cause prochaine, jusqu'à la source première de toute causalité.

Prenons, si l'on veut, un exemple. Voici un animal. Qu'est-ce qui est cause de l'existence de cet animal? La question ainsi posée pourrait avoir un double sens. Ou bien il s'agit d'expliquer la venue dans l'être de l'animal, ou bien il s'agit d'expliquer son existence actuelle, sa per-. manence. Soit à juger ce dernier cas.

A quoi allons-nous attribuer cet effet : la permanence dans l'être de l'animal? Nous l'attribuerons à sa cons-1 titution même, à l'équilibre spécial et stable des substances qui le composent, sous la domination de la forme vivante : l'âme. Telle est, en effet, la cause prochaine du phénomène ; mais si vous y regardez de près, vous vous apercevrez bien vite que celte cause est un effet; car l'équilibre des substances qui composent l'animal et le jeu complexe de sa vie dépendent d'une foule de conditions. Supprimez, par exemple, la pression atmosphéri-

que, votre animal s'évapore instantanément. Supprimez la chaleur, il ne vivra pas une seconde; supprimez l'activité chimique de Fair qu'il respire ou de l'aliment qu'il absorbe, il périt aussitôt; de sorte que cette existence, qui semble au premier regard indépendante, dépend, au contraire, actuellement, dans chacun de ses instants, d'iniluences innombrables : nous sommes très loin de les connaître toutes. Et ce qui est vrai de son existence actuelle est vrai de chacune de ses actions, est vrai également de sa venue dans l'être, de sa naissance, à laquelle, en réalité, tout l'univers a concouru. « Le soleil et l'homme engendrent l'homme, » disaient les anciens philosophes. Toutes les influences cosmiques sont requises pour l'éclosion d'un simple moucheron. Or, prenez à part, une à une, chacune de ces influences, vous trouverez qu'elle est elle-même le résultat d'une série de causes ordonnées, connues ou inconnues, mais dont l'existence est certaine, et cette série vous permettra de remonter d'anneau en anneau, non pas dans le passé, mais dans le présent même, jusqu'à une source première de toute activité, sans laquelle ni l'animal dont nous parlons, ni les opérations de sa vie, ni aucune des causes qui les conditionnent ne sauraient subsister.

On le voit, la question des origines du monde n'est pour rien dans cette façon de présenter la preuve. Pour montrer Dieu, nous ne racontons pas l'histoire du passé, nous constatons le présent; nous ne l'appelons pas comme un acteur destiné à ouvrir la scène du monde, nous le requérons comme l'anneau suprême auquel, aujourd'hui même, le monde est suspendu; comme l'Être premier, l'activité première d'où dérive, à toute heure, tout être et toute activité. Et, par conséquent, si l'on vient me dire: I Le monde a toujours existé, » j'en conclurai simplement : Dieu a toujours donné l'être au monde. Si l'on me dit : « L'activité des êtres se déroule dans l'infini du temps, » j'en conclurai : Dieu éternel communique dès toujours l'énergie dont il est la source. Qu'est-ce que cela me l'ait, i îternité du monde? Tant mieux ! j'aurai d'emblée une idée grandiose et du Créateur et de ses œuvres*

iA LES SOURCES DE LA CROYANCE EN DIEU

Un effet éternel réclame une cause d'autant plus haute* et cet appel à l'infini des temps ne fait que m'inviter à reconnaître, en même temps qu'un Être suprême, un de ses nécessaires attributs : l'éternité.

Ma démonstration subsiste donc tout entière. Ne prenant point son appui sur la nécessité d'un premier jour du monde, elle n'a point à souffrir de ce qu'on recule jnsqu'à l'infini ce point de départ prétendu des choses. Ce n'est pas dans le vide des temps qui ont précédé le. monde que nous cherchons Dieu : c'est dans le jour présent, tout plein de sa richesse et des manifestations de sa vie i

Nous n'en avons pas fini avec les échappatoires. En voici une autre encore plus radicale, et qui s'efforce d'abriter l'orgueil de l'athéisme derrière un masque de modestie

Que sommes-nous, déclarent certains philosophes, pour demander des comptes àl'Être? Nous sommes roulés dan; son tourbillon; nous sommes perdus dans cette mer immense où la vie circule sans repos, où l'être s'épanouil sous des myriades de formes dont nous ne saisissons que quelques-unes. Nous ne sommes rien, et nous cherchons la loi du Tout ! Nous sommes vivants pendant une minute fugitive, et nous disons à la durée éternelle : D'où viens-tu? Nous nous dressons, nous chétifs esprits, en face de ces mystères terribles! Le Temps, l'Espace, la VieT l'Être, ces majestés comparaissent à mon tribunal, et je . ne vois pas que, être sensible, je ne puis bien juger I que du sensible ; être particulier, noyé dans la masse du monde, jenepuis élever ma tête au-dessus de ses bords?

J'ai une horloge devant moi, et je m'écrie : « C'est un

1. Cf. notre travail spécial t la Preuve de Dieu et l'éternité du. monde. Paris, 1897.

horloger qui l'a faite ! » C'est bien. Mais la loi de l'être particulier est-elle applicable à l'ensemble ? Faut-il chercher une cause à ce qui enveloppe toutes les causes ? Notre esprit n'a pas ce droit ; il n'a pas ce pouvoir, et par conséquent ne parlez pas de Cause première. 11 y a des causes et des effets enfermés dans le grand Tout, et. par lesquels il se manifeste. Qu'est-il lui-même, et en lui-même ? Quelle est sa loi et d'où vient-il ?... L'insensé :herche la réponse.

Eh bien, au risque d'être appelé insensé, je ne me soumets pas à ce verdict hautain, très hautain, dans son humilité apparente. Hegel disait déjà à Kant, son émule 3t l'auteur du raisonnement que je viens défaire : « Vous •retendez que la pensée ne doit pas s'élancer, pour le uger, par delà le monde sensible. Il faudrait plutôt, îxpliquer comment la pensée peutpénétrer dansle monde jénsible... Car lorsqu'on parle de raison, quel sens ce tioI peut-il bien avoir, sinon que la raison ainsi que ses dées doivent être conçues comme indépendantes du nonde sensible? »

Et de fait, ou la raison n'estpas,ou elle est juge de Tuni- Fers, comme l'écrivait Pascal. Le fait sensible estson point le départ ; mais il n'est pas pour cela sa limite. En ellenême, elle n'a pas de bornes. Son objet est le vrai, sans imitation, sans restriction aucune. Or, le vrai est égal à 'être : il l'embrasse et l'exprime tout entier, et par conséquent l'esprit peut lui demander des comptes. Tout ce jut s'impose à l'esprit, comme ce principe qu'il n'y apas l'effet sans cause, l'esprit peut l'appliquer à tout ce qui ;st, et à tout l'ensemble comme au dernier des faits.

Eh ! pensez- vous que les dimensions de l'univers m'effraient, quand j'en demande la cause et que j'exige de 'athée une réponse ? Qu'est-ce que cela me fait, disaise, que le monde soit éternel ? Qu'est-ce que cela me fait. lirai-je encore, que le monde soit infini ? Ma pensée le lépasse et le juge. Elle le pèse et le trouve léger. Toute on infinité ne sera jamais à mes yeux que le voile pli'ndide de sa misère. J'écarte le voile, et je demande i l'univers : Qui es-tu ? Qui t'a créé ? car tu ne t'es pas

t\ LES SOURCES DE LA CROYANCE EN DIEU

fait de toi-même. Tout vit et tout meurt, dans ton sein, et si toi-même tu demeures, ce ne peut être quepour obéi à une plus haute loi. Tu ressembles au vivant dont je parlais tout à l'heure, qui se dissoudrait et disparaîtrai! sans retour, si son milieu ne le gardait et ne le vivifiai sans cesse. Toi, tu ne serais plus, si ton grand Dieu ouvrait sa main dans lesespaces, et si celui qui est l'Être non plus par participation, mais par essence, ne laissail échapper de son sein ces flots de vie et d'activité que tu fais jaillir jusqu'à nous.

Ne nous laissons pas troubler, de grâce, par les grands mots et par les apparences imposantes. L'univers toul entier n'est au fond qu'un jouet admirable et fragile. J'ai le droit d'en scruter les ressorts; j'ai le droit de demandei quel constructeur Ta produit et mis en marche.

La cause ! La cause ! La cause ! C'est le cri de l'intelligence aux prises avec le grand problème. Nous frappons du front et des mains à la porte de la vérité éternelle, e' ce n'est pas avec des mots, ce n'est pas en nouj disant : Le monde existe et cela suffit, ou : Le monde * une existence nécessaire : ce n'est pas en nous disant cel? qu'on fera taire nos questions. Que le monde existe, je 1< vois bien ; mais je demande pourquoi il existe. Si l'on dii qu'il existe nécessairement, je demande de quelle nécessité l'on me parle. Quand je demande pourquoi le solei se lève, on me dit aussi : c'est nécessaire ; mais on mi] donne la raison de cette nécessité, et si on ne la donnai | pas, on ferait tort à la science. De même, quand il s'agi du monde, si 'on le proclame nécessaire, sans dire com ment, sans dire pourquoi, on offense et on méprise la rai son.

Pour moi, je ne vois rien de nécessaire, je l'avoue, dan tout le travail et dans l'existence même de la nature. S l'on me disait qu'elle est au contraire le mystère des mys tères ; qu'elle se présente à nous comme une énigme comme une vanité splendide et creuse, une travailleus qui s'efforce sans trêve, sans que nous puissions savoi pourquoi, je comprendrais. C'est ainsi, pour moncomptt que je suis impressionné par la nature, et je crois qu

•ni esprit réfléchi sera comme moi ; que rien ne lui semiera plus bizarre que ce travail incessant et vain qui •poursuit à travers lesages. Je veux bien m'incliner devant mystère: mais il faut du moins qu'on me fournisse une tison quelconque de ce respect. Si, au lieu de cela, on ient me dire, d'un air tranquille et satisfait, que tout ce ne je vois est nécessaire; qu'il est évident que cela ne sut pas ne pas être, ni être autrement que je ne le vois, , que je suis niais de vouloir en chercher la cause, je ne ;>mprends plus. Je m'efforce en vain de pénétrer ce que >ul vouloir dire ici ce grand mot de nécessité. Je ne conais, moi, qu'une chose vraiment nécessaire, c'est celle ant le contraire impliquerait une contradiction. Dans la >rie des termes logiques que mon esprit remonte pour roir l'explication de toutes choses, je ne m'arrête qu'à îlui qui peut rattacher son existence à un principe évient pour l'esprit, devant qui, par conséquent, toute queson se taise. Et ce principe nepeutêtreicique celui qu'on ppolle en métaphysique principe d'identité. A est A; est B ; l'être existe : voilà qui est indiscutable et nécesiire ; mais il n'y a que cela, et c'est ce principe que doit ou voir invoquer en sa faveur l'être qui prétend ne releît que de soi-même. S'il n'en est pas ainsi, comme il est rident, pour le monde; si sa nature, mise en face de existence, ne donne pas lieu à une égalité, de telle façon ue cette existence s'impose, il faut aller plus loin, pour boutir en définitive à Celui en qui seul cette identité se alise, c'est-à-dire l'Etre substantiel lui-même, l'Etre ►tal, sans limitation aucune, immense, infini, incommenîrable: Dieu.

Alors, je puis rendre raison du déroulement de la vie ; de l'être. Je comprends que l'univers subsiste; je împrends qu'il se meuve et se hâte vers un but. Je le îns pénétré et je me sens pénétré avec lui par une inuence qui justifie son être et mon être; qui conditionne i vie et ma vie. Car nous aussi, chétif élément du monde, ous nous sentons dans le même cas que le monde. Qui- Dnque rentrera en soi-même s'étonnera d'être, et, se sntani suspendu sur le vide, il étendra les mains pour

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essayer de saisir l'insaisissable réalité qui le porte : « SI forte atlreclent eum. » De mémo, quiconque traverse, par l'esprit, la mince couche des phénomènes, prend conta» avec le divin noumène. Mais si Ton me dit que l'univers est vide, et qu'il y a quelque chose sans qu'il y al quelqu'un, mon esprit s'affole et ne voit plus dans toute réalité qu'une duperie gigantesque, un décor sans s (instance, un rêve sans réalité, le rêve d'une ombre, disait Pindare.

Chose étrange ! Dieu habile le monde, et il faut qu'j l'habite sous peine de le condamner à la mort, et ce grand Être, qui est mêlé à tout être, qui est comme rép; dans ses ouvrages, selon le mot de saint Augustin, nom échappe et nous laisse insensibles! Il est présent à toute! choses, et nous le traitons comme le grand Absent. Iles! au bout du rayon de lumière, comme la main qui fersl vibrer un fil d'or ; ou plutôt il est, par sa vertu créatrice et motrice, sous chaque pulsation de cette corde harmonieuse, et nous la remontons jusqu'à l'astre sans le rencontrer. Il se montre partout dans ses œuvres, et par ue étrange mirage, ses œuvres mêmes nous le cachent ei dévient le regard qui monterait à lui.

Tels ces nuages du soir que le soleil fait resplendi] devant lui comme un écran splendide, et qui, rayonnai sa lumière aux quatre coins de l'espace, cachent cepel dant le soleil: ainsi les choses sensibles, les causes créée: nous cachent la Cause première et inaccessible. C'est lf qui nous a faits ; c'est lui qui nous fait, vivre ; c'est sot être qui nous soutient ; quand nous allons à sa recher che,ilest notre compagnon de route, etnousne le voyou» pas! C'est le voyageur mystérieux des pèlerins d'EmmaiM à qui nous parlons de lui-même comme d'un étranger faute de le reconnaître, et qui, pendant ce temps, nou garde, et illumine notre chemin

Quand donc arriverons-nous, quand donc arrivera 1 société contemporaine à l'hôtellerie où Dieu se révèle Tout est prêt pour le recevoir ; le progrès a chassé pou| jamais toutes les superstitions antiques ; l'heure appre

ch<\ je l'espère fermement, où ses divines mains, en rompant le painde la vie universelle, feront assez de lumière pour ouvrir nos yeux, et où lui-même, reconnu, nous donnera. avec la substance matérielle de l'heure présente, le pain de la vérité qui ne périt pas.

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