CHAPITRE III
LA NÉCESSITÉ ^EXPLIQUER l'oRDRE
Nous avons fait l'histoire et examiné la valeur du premier motif qui a porté les hommes à croire en Dieu, i savoir la nécessité de trouver une source à l'être <ju< nous constatons en ce monde et à l'activité qui s'y déploie Mais l'univers ne nous donne pas seulement le spectacjl de l'existence et de l'activité, il nous offre, et manifestement, un ordre.
Toutes les littératures sont pleines des enthousiasme: soulevés dans l'âme humaine par ce spectacle.il n'est pa: d'être si vulgaire ni de peuplade si barbare qui n'ait ; certaines heures une lueur au front et dans le cœur un étincelle, à regarder ce monde que l'esprit pénètre et qui conduit comme par la main vers une fin qui assurémett nous échappe dans son ensemble, mais que nous près sentons grandiose, avoir l'immensité de cet effort et 1 richesse de ses moyens.
De là un nouveau chemin pour aller à Dieu. Cai comme le dira saint Thomas d'Aquin, tout ordre est uni œuvre de raison, et, à l'ordre éternel, il faut une caui éternelle.
Or, ce chemin, l'humanité l'a pris en masse. Savants i ignorants s'y pressent ensemble, dans tous les siècles Car c'est le plus accessible aux ignorants, et pour toi le monde c'est le plus splendide. Ceux mêmes
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repoussent les autres preuves avec arrogance et dédain s'arrêtent ici et conviennent qu'on ne saurait si facilement passer outre. Ils essaient d'énerver la preuve; mais ils commencent par proclamer qu'il y a là un argument à la fois extrêmement frappant et hautement scientifique. Scientifique, dis-je, en ce qu'il fait appel à l'idée de loi, qui est au fond de toute science.
Aussi voyons-nous, d'une part, Newton faire de cette preuve de Dieu un scolie (scholium générale) de ses théorèmes cosmologiques, et elle est en même temps, par tous les développements charmants ou grandioses qu'elle comporte, une des plus hautes sources de la poésie et des arts, qui deviennent ainsi, parle meilleur d'eux-mêmes, solidaires de la question de Dieu.
Il est inutile d'évoquer ici les produits de l'instinct ou de la poésie ; bien moins encore d'essayer de refaire un tableau même rapide des harmonies de ce monde. Mais en ce qui concerne la science, rendons-nous compte, comme nous l'avons fait pour l'idée de Dieu cause première, de la marche suivie par la pensée humaine. Cet exposé pourra être court, étant données nos précédentes études.
C'est en Grèce, toujours, qu'il nous faut aller pour trouver une pensée systématique, scientifique, relative à l'obet qui nous occupe.
A vrai dire, on ne l'y rencontre point tout d'abord. Je 'ai dit, à la première heure de ses travaux, la science grecque fut absorbée presque exclusivement par l'étude le la matière. Les savants se demandaient de quels éléments les choses sont faites. C'est à peine s'ils posaient .e problème dv* causes actives, et quant aux causes finaes, quanl à Tordre d'après lequel les êtres sont subordonles uns auxautres pour atteindre des fins voulues et >rédisposées, encore moins, à cette première heure, s'en )ccupaient-ils.
L'école pythagoricienne avait rendu hommageà Tordre
qui rè^ne dans le monde en faisant des nombres, exprès mou de Tordre s'il en fut, la substance même des choses Mais cette superstition du nombre avait immobilisé 1ï pensée plus qu'elle n'avait formé ses ailes. Le regaJ se perdait dans des combinaisons subtiles, au lieu de s'é lever vers la vraie source de Tordre dont les nombres m sont qu'une partielle expression.
Heraclite, à son tour, avait dit : « Il n'y a qu'une sa gesse : connaître la pensée capable de gouverner tout ei tout », et d'après cette doctrine il semblait rattacher tou le train du monde à une suprême raison. Par malheur cette raison était pour lui purement idéale et imperson nelle. C'était la destinée, la force des choses : ce n'étai nullement la divinité.
Et, cependant, cette conception était supérieure de beau coup à celles de la plupart de ses émules. La plupart , 01 ne posaient pas le problème, ou bien , comme Empédo cle, attribuaient Tordre' du monde à des hasards heureut Il est frappant de voir, chez ce dernier philosophe, Té bauche très reconnaissable de la sélection naturelle tel que le darwinisme devait la développer vingt-trois siè clés plus tard.
Quoi qu'il en soit, entre ces diverses écoles, les détail différaient, les points de vue étaient plus ou moins diver gents ; mais, pour le fond, il n'y avait partout, parmi ceu qui abordaient le problème, que deux opinions admises ou le hasard, ou le destin.
Il faut remarquer qu'il y a déjà une grande distanc entre ces deux conceptions antiques. Le hasard est un absurdité ; c'est une explication qui consiste à dire : J n'y a pas d'explication : attitude d'esprit vraiment enfan tine. Le destin, au contraire, est une conception où perc un sentiment profond de Tordre, de la marche régulier des choses, et, à ce point de vue, c'estle contraire préci du hasard. Si l'un et l'autre s'accordent pour écarter d] la nature une finalité consciente, une volonté prévoyant et responsable, cependant le destin, qui n'est, en somm(; si on le pénètre tout à fond, qu'une sorte de divinilj
aveugle, est plus près du vrai Dieu que le stupide et inerte hasard.
C'est à Athènes, vers le milieu du ve siècle avant Jésus- Christ, que la science fit le grand pas qui devait l'amener presque aux pieds de l'Ordonnateur suprême. Et l'homme qui lui fit faire ce pas, Anaxagore, s'est acquis, par ce fait, de la part de l'antiquité elle-même, un juste tribut d'admiration.
« Quand un homme vint dire, écrit Aristote, que Tordre qui règne chez les animaux et dans toute la nature est œuvre d'une intelligence, il apparut semblable à un îomme à jeun au milieu d'hommes ivres. »
Cette conception, en effet, d'une intelligence gouvernant le monde, c'était, pour la philosophie, la lumière ; c'était le cri de la raison après les égarements et les ivresses doctrines panthéistiques et naturalistes.
« Tout ce qui sera, tout ce qui est, tout ce qui a été, dans l'immensité descieux, l'Intelligence l'a ordonné avec loin. » Ainsi parlait Anaxagore.
On peut même dire qu'il exagérait sa notion ; car, tout
rempli de sa découverte, et de l'idée de ce rôle de l'intel-
dans le monde, il paraissait supprimer en sa
Saveur le rôle des agents secondaires de la nature. Aris-
l'accuse avec raison de s'en servir parfois comme
Tune machine pour dénouer toutes les situations embar-
is de la science. Abus moins grave, assurément, et
îhis facile à redresser que l'oubli de ses prédécesseurs
>our l'objet le plus élevé de la pensée humaine.
Nous arrivons ainsi, sans autre intermédiaire imporant, à cette école philosophique que nous avons déjà ouée en parlant de Dieu cause première et qui mérite l'être louée plus encore ici : l'école de Socrate et de ses [leux grands disciples : Aristote et Platon.
Socrate prit pour point de départ de toutes ses recherches la connaissance de l'homme. « Connais-toi toi-même»
\rl LES SOURCES DE LA I \ DIEU
étail son axiome favori. Il ne voulait étudier la natun par rapporta l'homme et dans la m où la natui
l'homme la révèle. Il ne faut donc pas nous étonner que ce soit ce chemin rjui l'ait conduit à l'Ordonnateur dq monde. Socrate, d'ailleurs, ne raisonna jamais qu'à J du bon sens ; mais le bon sens de Socrate était si sûr ej d'une essence si supérieure qu'il profila à la science plui que toutes les subtilités de ses émules.
— « Dis-moi, Aristodème, lui fait dire Xénophon danl les Mémorables, y a-t-il des hommes que tu admires pou^ leur habileté ? — • Oui, certes î — Dis-moi donc leur! noms. — Dans la poésieépique, j'admire surtout Ilomèrei dans le dithyrambe, Mélanippide ; dans la trag Sophocle ; dans la statuaire, Polyclète ; dans la peinj ture, Xeuxis. — Et maintenant, poursuivait Socrate, que est à tes yeux le plus digne d'admiration, celui qui crél des images sans raison et sans mouvement, ou bien qui crée des êtres intelligents et animés? — Par Jupiter. répliquait Aristodème, j'admire avant tout celui qui crj êtres intelligents et animés. » Mais sentant venir U\ conclusion de Socrate, il ajoutait: a A moins que ces êtrei ne soient l'effet du hasard. »
Alors Socrate, décrivant avec sobriété et justesse là harmonies de ce monde, n'avait pas de peine à montre que l'univers est le produit d'une intelligence, et noi pas du hasard.
Un peu plus tard, et sous l'inspiration de Socrate, Platon reprit la démonstration et il la poussa plus loj en s'élevant jusqu'aux idées éternelles qui ont présidi à la formation de toutes choses. D'après Platon, toii chose est l'expression d'une pensée, d'une idée typ que la matière manifeste imparfaitement , et ces cette idée, ce type idéal et immuable, bien plus queM manifestation imparfaite et changeante, qui est l'obj» de la science. Puis, s'élevant plus haut, Platon rattacha types des choses à une réalité suprême qu'il appela le Bien, « père des idées, supérieur à l'être et à l'e ience ».
Par malheur, Platon exagéra son idéalisme et sei
bla conférer aux idées éternelles, types ou modèles des Hres que nous observons, une existence séparée et comme indépendante. Toujours est-il qu'au point de vue qui est le nôtre, il mérita toute louange et fît faire à l'esprit humain un immense progrès.
Mais ici encore c'est son disciple Aristote qui, dépassant son maître de toute la supériorité d'un esprit positif î éminemment scientifique, fournit la meilleure formule Dt la plus complète démonstration de Tordre du monde 3t de sa source.
11 faut relire le passage célèbre que Cicéron nous a bnservé, et dans lequel Aristote, pour exprimer sa foi n une providence ordonnatrice, s'en tient encore à la nanière de Platon et de Socrate.
« Supposons des hommes qui eussent toujours habité ous la terre, dans de grandes etbelles demeures, ornées e statues et de tableaux, pourvues de toutes les choses ui abondent chez ceux que l'on croit heureux. Suppoons que, sans être jamais venus sur la terre, ils eussent atendu parler des dieux, et que tout d'un coup, la terre enant à s'ouvrir, ils quittassent leur séjour ténébreux oui- venir habiter parmi nous. Que diraient-ils endécourant la terre, les mers, le ciel; en considérant l'étendue tuées, la force des vents, et surtout le soleil, sa magnificence, son éclat, la diffusion de sa lumière qui claire tout? Et quand la nuit aurait obscurci la terre;, ue diraient-ils en contemplant le ciel, et la multitude istres donl il est parsemé, et les phases successives e la lune, sou croissant, son déclin, et eniin le lever et coucher de tous les astres, et la régularité inviolable leurs mouvements? Pourraient-ils douter qu'il y ait
iieux et que ce fût là leur ouvrage ? » On le voit, dans ce passage, quelque admirable qu'il )il, Aristote ne fait pas à proprement parler de la science, ient là développements comme il en faisait
promenant, le soir, dans les galeries du Lycée, au ilieu de gens qui représentaient ce que nous appelions aujourd'hui le grand public.
Dans ses leçons du matin, consacrées exclusivement
à ses disciples, il traitait les questions sous une forme sévère et rigoureusement scientifique.
Alors, reprenant cette question de Tordre du monde et de ses causes, il prenait à partie les théories de ses prédécesseurs, les panthéistes et les matérialistes. Il prenait le hasard, et il montrait avec une subtilité et une puissance admirables que premièrement le hasard n'est pas une cause en lui-même : il n'est qu'un accident, et que précisément cet accident se produit dans les chosesordonnées en vue d'une fin précise.
« Quand, dans l'ordre des phénomènes ordonnés à une fin, disait-il, il se produit un effet autre que cette fin,, on dit que cet effet vient du hasard. » Et il en concluait immédiatement que le hasard, bien loin de supprimer la cause de l'ordre, s'appuie sur elle, en s'appuyant sur son effet.
Vous envoyez votre esclave, disait-il, dans une certaine direction ; votre ami envoie le sien dans une direction croisant la première; ils se rencontrent sur l'Agora : c'est par hasard qu'ils se rencontrent; mais ce n'est point par hasard qu'ils sont partis ; chaque départ a son but parfaitement précis ; la rencontre seule est fortuite et elle a pour cause indirecte, mais nécessaire, quelque chose qui n'est pas fortuit.
D'autre part, si cette rencontre des esclaves avait lieu tous les jours, ou le plus souvent, il faudrait en trouver une cause spéciale ; car il est absurde de prétendre qu'une chose sans raison se produit toujours de la même manière ou le^plus souvent.
Or, tel est le cas des phénomènes de la nature. Toujours, ou le plus souvent, l'effort de la nature produit des effets harmonieux et utiles. La nature travaille inconsciemment comme travaillerait l'homme, s'il appliquait son art à produire les mêmes phénomènes, et de môme, les oeuvres de l'homme ressemblent à ce que la nature les ferait par son travail; car souvent l'homme ne fait, dans ses propres travaux, qu'imiter la nature et employei les moyens de la nature. C'est donc que, dans un caf comme dans l'autre, et plus encore, s'il est possible, dan.'
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le dernier cas, il y a une intention poursuivie, et, dans la vie de la nature comme dans la vie humaine, le hasard n'est qu'un accident.
Et donc, chaque force, chaque tendance de l'être est orientée vers un but, de sorte que la nature est un art admirable ; seulement un art qui se fait intérieur aux choses, au lieu de les travailler du dehors. Elle ressemble au <:ithariste consommé, dont le cerveau et les doigts sont montés pour les exécutions les plus vertigineuses, et qui ne délibère plus; mais qui va, l'harmonie coulant de ses doigts comme une onde.
Si l'art des constructions navales, dit notre auteur, était dans le bois qui doit être employé, au lieu d'être dans le cerveau d'un homme, il s'identifierait alors avec la nature, et le vaisseau serait construit de la même façon C'est donc que la nature est un art, et reconnaître cet art, n'est-ce pas frayer la route à une souveraine pensée?
Je ne veux pas analyser plus à fond les théories du Stagyrite; nous aurons à les reprendre pour notre propre ompte. J'ai voulu seulement montrer où en était la question, sous le règne de la philosophie antique. Elle lait, on peut le dire, épuisée en ce qu'elle a d'essentiel, ît il n'y a pas lieu de s'étonner que les grands philosophes du christianisme, saint Augustin, Albert le Grand, ai ni Thomas d'Aquin et les autres, n'aient eu qu'à "invoquer en y ajoutant les développements que le pro- $rès des temps mettait entre leurs mains et les sentinents plus élevés, cela va de soi, dont la foi était l'ins- )iratrice.
Toute la Bible, en effet, et tout l'enseignement évançélique étaient-ils autre chose qu'un cri d'admiration en ace de ce qu'ils appellent les voies de Dieu dans l'orgaîisalion e! la conduite du monde?
Les Cieux racontent la gloire de Dieu,
Et le firmament publie l'ouvrage de ses mains.
Le jour le dit au jour;
La nuit le raconte à la nuit.
Et ce n'est pas un vain langage;
Ce ne sont point des paroles dont le son ne soit point Leur bruit parcourt toute la terre; [entendu:
Leurs accents retentissent jusqu'aux extrémités <lu
[monde.
Ces paroles du Psaume sont encore, d'après Voltaire lui-même, ce qu'on a dit de plus beau sur i'Intelligencl ordonnatrice, et quant à l'Evangile, ils sont familiers au lecteur, ces passages où le Sauveur, assis au bord, du lac de Génézareth, semblait faire vivre, sous la chaleur et la vibration de sa parole, toutes les splendeurs muettes dej la nature, pour leur faire dire et louer sans mesure le nom divin.
Et cependant, il est temps de le dire, cette conception chrétienne de la Providence dans le monde devait prêter* plus tard matière à scandale. Que ce scandale fût pleinement injustifié, j'espère le montrer invinciblement; mais je voudrais d'abord plaider les circonstances atténuantes en faveur de ceux qui y succombèrent. Je crois qu'il y a grand intérêt, pour le repos des esprits dans la vérité, à savoir comment des intelligences qui sont après tout des intelligences d'élite peuvent s'écarter ainsi du chemin des siècles; quelle apparence les séduit, quelle part de vrai peuvent renfermer leurs doctrines. Car à coup sûr elles en doivent renfermer ; l'esprit humain n'est pas fait poui Terreur; un système qui serait faux de tout point n( recueillerait point d'adeptes, et particulièrement, dirai-jl aujourd'hui, où les esprits sont plus cultivés qu'autrefois; où nous savons davantage; où il y a chance, pai conséquent, pour que la vérité ne nous échappe pas toù à fait.
Je distingue donc, relativement à notre problème trois sources de connaissance très différentes : l'instinct la religion, la science.
L'instinct s'élève d'un bond de la vision de l'ordre à conception de sa cause. « Quand on entre dans une mail
son bien ordonnée, disait Aristote, on reconnaît de suite fhabitant. » Voilà l'instinct de la raison.
La religion répète ce que dit l'instinct, en le confirit par l'autorité d'une révélation positive.
Mais la science, elle, procède d'une autre façon : elle s'appuie sur des faits précis, et sur le classement méthodique et l'interprétation systématique de ces faits. Or, ce travail de la science est naturellement subordonné à l'action du temps, qui accorde ou refuse aux chercheurs les Déments de leur œuvre, et qui les présente à leurs yeux tantôt sous un jour, tantôt sous un autre.
11 y a des époques où l'on est tellement frappé par une idée nouvelle que tout ce qui semble de près ou de loin en contradiction avec elle tombe dans le discrédit, jusqu'à ce que, le premier engouement passé, on arrive à - la part des choses.
Une découverte arrive; un progrès s'accomplit, et aussitôt l'on conclut bien au delà de ce que les faits permettent. D'autre part, l'esprit de réaction intervenant, il contribue, par son étroitesse et son obstination, à pousser aux extrêmes les hommes d'avant-garde, et c'est la vérité qui pâtit. Ainsi advint-il qu'une chose claire, évidente pour tous, et en possession de l'esprit humain depuis toujours, à savoir l'intervention d'une Intelligence dans le monde, subit dans la science moderne l'éclipsé partielle dont je parlais.
Nos ancêtres, il faut en convenir, s'étaient fait de ce monde une idée assez étroite. Privés des moyens dont nous disposons pour explorer l'univers et son histoire, -'en rapportaient à leurs yeux; ils regardaient la comme le centre de tout ; Tordre du monde comme réalisé tout d'un bloc par une puissance qui ne pouvait être évidemment qu'intelligente. L'idée d'évolution Lit bien lait jour; Empédocle en avait ébauché la théoune façon étonnamment précise, et d'autre part i e de la rotation de la terre, idée si importante au point de vue de l'impression que nous fait le monde, n'était pas inconnue non plus des écoles antiques : les Pythagoriciens lavaient enseignée; mais l'influence
d'autres systèmes philosophiques et scientifiques, et pardessus tout la Bible, devenue le catéchisme chrétien et interprétée d'une façon beaucoup trop littérale, avaient fait évanouir cette idée, et l'on s'était bâti un univers! un peu simpliste, où tonfc semblait réglé par un ordiJ évident, et où l'on touchait du doigt, pour ainsi dire, il vérité de cette parole : Les cieux racontent la gloire de Dieu.
L'idée d'une Cause ordonnatrice avait donc beau jeu. Tout semblait vraiment arrangé comme avec la main. Les âges du monde étaient marqués par une interventions nouvelle et personnelle de l'Intelligence créatrice. Tout était disposé, d'ailleurs, au mieux des intérêts de l'homme, .; ce qui n'aidait pas peu celui-ci à confesser l'Eternel. La terre était comme un nid où une main attentive l'avait placé, avec une voûte bleue pour le protéger, des astres pour l'éclairer, des fruits pour le nourrir, une variété infinie de produits de toute sorte pour suffire à ses besoins.et le problème des choses pour exercer ses loisirs. C'était complet; c'était facile à admettre. Et qu'on le remarque bien, c'était très vrai; seulement, non pas, peut-être, sous cette forme.
Aussi quand viennent, plus tard, les grandes découvertes cosmogoniques et cosmologiques, celles de Galilée, de Kepler, de Copernic, de Newton..., on commence par les repousser ; on commence par se révolter contre elles. Beaucoup de chrétiens, de théologiens même, se figurent de bonne foi qu'on veut détrôner Dieu : on avait déjà dit cela des astronomes au temps de Platon. Et l'on traitait d'hérétiques ou de païens ces pauvres grands inventeurs, qui n'avaient pas des intentions si noires.
D'autre part, dans le monde savant, et plus encore dans le monde des demi-savants, les convictions religieuses subissaient un ébranlement profond, parce que, aux regards superficiels, la religion , la tradition biblique semblaient faire corps avec ces doctrines ruinées et désor-; mais antiscientifiques. On ne voyait pas le moyen d'être un homme de progrès et en même temps le disciple de Moïse et de Jésus. On avait tellement spéculé, et systéma-
isé, dans les écoles du moyen âge, que le divin et l'hunaiu avaient fini par s'aglutiner dans les esprits et par "y confondre, de sorte que laruinede l'un paraissait enraîner celle de l'autre. Nous ne sommes pas encore dégagés de cotte confusion : jusqu'à quel point n'était-elle pas )ro fonde !
Si aujourd'hui encore, après deux siècles, on voit chapie jour anathématiser au nom delà science des doctrines eligieuses qui n'ont rien à voir avec elle, et, au nom du kjgme, des conclusions scientifiques qui ne le concernent ►as, ce devait être autre chose, à l'heure des premiers ontlits soulevés par la jeune science! Il ne faut donc pas rop nous^lonner de ce que quelques savants convaincus ;t des demi-savants simplement persuadés, mais dont la oi était malheureusement peu solide, aient été scandaisés par l'enseignement religieux, faute de savoir distin- ;uer entre la parole divine en sa pure substance et les ommenlaires humains qui s'étaient amoncelés et comme dlisés autour d'elle, au cours des siècles.
Et, de fait, c'est ce qui arriva. La commotion produite lors dans l'esprit des hommes fut telle que nous n'en ommes pas revenus ; qu'il faudra longtemps encore, leut-être, pour que tout ce grand mouvement s'apaise; • •m- nue la réflexion remette au point des doctrines trop vemenl construites, et qui contiennent autant de sa- ;esse que de folie, mais autant de folie que de sagesse, et ">ur que la Cause première ordonnatrice plane de nouveau or le monde agrandi, illuminé d'une lumière plus haute, t plus profondément pénétré.
Nous avons parlé déjà de cette époque, capitale pour 'histoire de l'esprit humain. Il serait chimérique de vou- )ir lui fixer des limites précises; mais c'est, je l'ai dit, i fin du wii" siècle qui en est comme le centre de ra vile.
Alors, .'ii effet, le monde change vraiment de face aux eux dv< hommes. On observe mieux qu'on n'avait pu 1 faire par le passé ; on travaille à l'aide de méthodes
i-ct
phis précises; le nombre des chercheurs s'accroît : tout un peuple, libre et actif, au lieu d'une élite coul presque exclusivement dans la spéculation pure. Et ! ont découvre toujours plus; et les grandes lois cosm; se manifestent; et le monde s'agrandit, dans le t comme dans l'espace. Le premier jour du globe re on le croit du moins, d'un nombre effrayant de si- Les portes du firmament s'écartent pour laisser nos lu tes géantes braquer leurs yeux avides sur l'infini.
C'est l'infini, en effet, qui s'étend tout à coup, muet grave, sous le regard effrayé des hommes î Et alors pensée s'exalte et s'affole ; on est pris de vertige, com Pascal, en face de ces immensités : immensité des esp ces, immensité des temps, et au lieu de conclure, commJ Pascal, à la grandeur de l'idée qu'il convient de se de Celui qui règne sur ces infinis, cette idée s'évapore ef s'efface.
La fin de tout, jadis, c'était cette voûte de cristal qu'on supposait mue par un ange. Et au dessus, ily avait Dieul on ne pouvait pas le méconnaître ! et les élus se prnaient sur la convexité des cieux. Mais ces cieux deverrf ont volé en éclats, et derrière eux, au premier abord, o% n'aperçoit que le vide peuplé de silence où les sph circulent, sous l'empire des lois, sans qu'aucune volonfcj apparente les dirige.
L'univers n'est plus le trône de Dieu, la terre Fescabeai de ses pieds ; tout cela n'est qu'une mécanique immense, qui tourne, tourne; qui agit sans savoir; qui se hâte sans but; qui produit sans dessein; qui fait, défait, refait sol éternelle tâche, comme le bœuf rumine, comme le venl gémit, sans qu'il y ait là-dessous personne. Dieu est parti ! Il semble que les frontières du monde, reculéejL l'aient emporté avec elles, comme la marée qui se retire emporte la flottille légère des barques de pêche qui peuplaient le port.
Certes ! il n'y a pas là, pour l'athéisme, une excuse hier forte ; mais je n'excuse pas, j'explique ; j'essaie de m< rendre compte de ce qui s'est passé, et ce qui s'est pas* c'est d'abord ceci : on a regardé le monde d'un regard
nouveau; on n'a plus vu en lui qu'une machine formidable; on a subi l'oppression de Fimmensité corporelle, Éigubre et vide, et ce regard hypnotique, si je puis ainsi «lire, de l'homme qui fixe de trop près une lumière trop brillante, a affolé les hommes et leur a fait oublier Dieu.
Et puis, il y a, comme toujours, la prétention de remplacer la cause de Tordre.
Pourquoi supposer celle-ci hors du monde, si nous la trouvons dans son propre cours?
Il y a plus d'une manière, aujourd'hui, d'expliquer tout ce mécanisme. Je n'y insiste point, il y faudra revenir; je ne veux pour l'instant qu'indiquer les causes du discrédit où est tombée, dans tout un groupe d'esprits contemporains, cette idée essentiellement humaine et jusqu'ici universelle d'une cause ordonnatrice du monde. En voici deux bien définies : Premièrement, éblouissement de la jeune science en face d'un univers agrandi et comme vidé de son Dieu ; deuxièmement, acquisition de nouvelles ressources pour expliquer toutes choses, jusques et y compris, semble-t-il, les origines premières.
Enfin, puisque j'ai parlé de circonstances atténuantes, je vais en souligner une nouvelle que je n'ai fait tout à l'heure qu'indiquer : ce sont les torts d'un grand nombre d'apologistes qui soutenaient la cause de Dieu d'une manière tout à fait étroite et antiscientifique.
On voulait tellement montrer Dieu comme l'auteur responsable de tout le travail de la nature qu'on glissait peu à peu, sans s'en apercevoir, dans la conception qu'Aristote reprochait à Anaxagore; c'est-à-dire qu'on supprimait les causes secondes au profit de la Cause première; qu'on semblait considérer la nature comme un tissu d'actes divins, manifestant non pas des lois, non pas des antécédents naturels et nécessaires, mais des volontés directes et actuelles du Créateur.
On voyait Dieu comme « l'ange des sphères », poussant
le monde dans une route arbitraire, le faisant marcher par coups de pouce. On prenait à la lettre Tordre adressé par l'Eternel à la mer, dans la Bible : « Tu viendras jusqu'ici, tu n'iras pas plus loin ; ici se brisera l'orgueil de tes flots, » ou bien la phrase consolante et vraie, mais qu'il faut comprendre, de Jésus-Christ dans l'Evangile : « Aucun passereau ne tombe du toit, aucun cheveu ne tombe de vos tètes sans la permission du Père des cieux. »
Tout l'univers se trouvait ainsi transformé en une sorte de cour des miracles, où rien ne se fait que par à-coup, par décisions subites, impossibles à prévoir. C'était une imprudence très grave ; car, outre que rien ne ressemble moins au rôle véritable de la Providence dans le monde, rien ne pouvait être plus antipathique à la science eti plus contraire à la cause de Dieu.
Qu'est-ce en effet que la science? C'est la connaissance des phénomènes par leurs causes. Quand je sais la cause d'un phénomène, comme la pluie, la grêle, les éclipses, j'en ai la science. Mais évidemment, quand nous parlons de causes, il ne s'agit pas uniquement de la Cause première, autrement il n'y aurait de science que la théologie. En science naturelle, en particulier, il s'agit des» causes naturelles, des causes secondes. Dire par exemple que c'est Dieu qui a imposé à la mer ses limites, c'est exprimer poétiquement, ou philosophiquement, selon h formule qu'on adopte, la causalité universelle du premiei Principe. Mais, en science naturelle, s'exprimer de h sorte, ce serait ne rien dire du tout; car ce serait passeï par dessus les causes prochaines, qui sont l'objet unique des sciences naturelles.
De plus, si la science veut, avoir un objet réel et solide, elle doit supposer que les causes qu'elle étudie sont de& causes nécessaires ; que les mêmes conditions se retrouvant, le même phénomène se reproduira infailliblement. Autrement, toute base solide nous manquerait pour asseoir aucune certitude. 11 n'y a de science que du nécessaire: c'est l'axiome reçu de tous depuis Socrate. 11 s'ensuit manifestement que s'il doit y avoir une science de
la nature, il faut livrer au préalable cette dernière à la nécessité.
D'où la jalousie de la science à l'égard de tout ce qui semble entamer cette conception de la nécessité des choses. De là sa répugnance, par exemple, à accepter le miracle, en dépit du caractère exceptionnel qu'il affecte. Or, si vous faites de la nature un miracle de tous les jours, une sorte de symphonie qu'exécute à elle seule la Cause première ; si c'est Dieu qui pousse la mer vers ses rives, plus ou moins loin selon sa volonté conçue comme une volonté de l'heure présente, vous détruisez la nécessité ; rien ne tient plus dans la nature ; les êtres se juxtaposent et ne se pénètrent pas ; les causes naturelles ne le sont plus véritablement, ce ne sont que des fantômes de causes. Or, la science ne peut pas accepter cela : ce serait sa mort, et comme personne ne se résigne volontiers à mourir, la science se retourne contre votre notion ; elle l'écrase, et croit du même coup avoir écrasé Dieu.
Enfin, quelle étrange attitude cela ne donne-t-il pas au défenseur de Dieu en face de la science! Dès que celleci aura fait une nouvelle conquête, découvert une loi expliquant par la seule nécessité des choses ce que vous expliquez, vous, par un vouloir divin, l'homme de science même le mieux disposé pour vous aura l'impression d'avoir repoussé Dieu de ce domaine nouvellement conquis par ses recherches ; d'avoir émancipé pour autant notre univers de sa tutelle. Et comme la science avance toujours; comme elle espère bien un jour ou l'autre faire rentrer tout ou presque tout dans ses registres et sous ses lois, d'avance elle va mépriser Dieu, et, une fois pour toutes, le rayer comme une hypothèse inutile.
C'esl ce que je disais qu'elle a fait dans la personne de plus d'un de ses représentants illustres, et davantage par la bouche de médiocrités qui se disent ses représentants.
11 ne faut pas qu'il y ait de notre faute dans ces défection:', et c'est pourquoi je crois delà plus extrême Importance de bien ûxer le véritable rôle de la Cause pre-
mière dans la conduite de la nature. S'il semble que nous lui retirions quelque chose, on verni que nous ne faisons au fond que rajeunir nos louanges, pour mieux saluer en Dieul'Ordonnateur, l'Artiste idéal , l'Architecte, eten môme temps le Père qui a préparé pour tous les êtres, dit la Bible, leur nourriture au temps voulu.
La nature csl-elle l'œuvre d'une intelligence ?
ut répondre à celte question, il semble que je de- « de suite parler de Tordre et delà beauté dumonde, pas pour les décrire poétiquement; mais pour en tirer iment en faveur d'une cause ordonnatrice.il y faudra :• sans nul doute; mais commencerpar là serait gran-
nt affaiblir notre preuve. Il faut remonter plus haut, et, puisqu'il s'agit d'ordre, en mettre tout d'abord dans
discours en commençant par le commencement, -à-dire par le fond des choses.
Je remarque donc dans la nature, antérieurement à l'or-
et au-dessous de lui comme la base est au-dessous
de l'objet qu'elle porte, une propriété fondamentale sans
lie ni la nature, ni par conséquent la science ou
.e un jugement quelconque sur le monde ne se
•evrait plus : c'est la stabilité.
ippelle stabilité, dans la question présente, cette proépar laquelle les mêmes causes produisent toujours uèmes eil'ets, les mêmes conditions donnent lieu aux mêmes phénomènes, et les mêmes essences, les 3 aux mêmes manifestations. Et je dis que seul, indépendamment des résultais harmonieux et utiles qui en découlent, prouve que le monde procède intelligence.
Pourquoi, en eiï'et, demanderai-je, les mêmes natures, ■ comportent-elles toujours de la :? Pourquoi les mêmes conditions aboutislujuurs à des résultats indentiques ? Pourquoi le feu brùle-t-il toujours ou tend-il à brûler, et pourras lourd, abandonné dans l'espace, tombe-t-il Lenl suivant une certaine loi toujours la même? ie peut être, évidemment, que parce qu'ils y sont
déterminés. S'ils n'y étaient pas déterminés, il n'y aure.it pas de raison pour qu'ils se conduisissent toujours de même ; ils seraient livrés au hasard, et le hasard n'a pas de loi ; le hasard est quelconque; le hasard, en face de chaque cas individuel, se trouve dans une situation entièrement neuve ; il n'y a aucun motif, par conséquent, pourqu'il se décide, si l'on peutainsi parler, pour la solution de la veille plutôt que pour une solution nouvelle, ou, pour mieux dire, il n'y apasde motif pour qu'il adopte une solution plutôt qu'une autre, c'est-à-dire, au fond; que le hasard supprime toute activité, à plus forte raisoa* toute activité régulière et constante.
11 faut donc, pour que la nature produise, dans des con-» ditions données, des effets donnés, et cela avec certitude^ avec une certitude telle qu'on puisse échafauder sur celte certitude tout l'édifice de la science, il faut, dis-je, qu'il y, ait, dans la nature et dans les agents de la nature, une: détermination.
Or, une détermination, dans un être fait pour agir] qu'est-ce autre chose qu'une orientation vers un but, v< ts une lin? La détermination d'un agent en tant que tel,c';sL la détermination de sa fin. Faire un soldat, c'est faire un homme capable de vaincre; faire une horloge, c'est l'aire une machine capable de marquer l'heure. L'horloge incarne en quelque sorte l'intention de marquer l'heure, comme le soldat l'intention de vaincre l'ennemi commun. De même, un agent de la nature incarne, par la détermination spéciale qu'il possède, l'intention de produir. ou tel effet.
Eh bien, je demande : cette intention, d'où procédé-telle?
Evidemment, elle n'appartient pas à l'agent lui-même. Si elle lui appartenait, il pourrait la modifier; en tout cas il devrait la connaître; car si une intention peut bien s'incarner dans un objet mort, comme l'intention démarquer l'heure s'incarne, ainsi que nous venons de le diret dans l'horloge, c'est à la condition d'avoir été jugée et voulue par avance par autre chose qu'un objet mort. C'est l'intelligence, qui est la cause propre et seule suffisant
de l'intention, et, par conséquent, des intentions de la nature.
Et, en effet, une intention, c'est par définition une disposition en vue de l'avenir ; c'est une adaptation anticipée; c'est une relation établie entre deux faits dont l'un n'existe pas encore, et dont le premier n'existe qu'en vue du second et comme par lui. Et je dis que cela est le fait d'une intelligence; d'une intelligence capable de penser pet avenir dont on dispose ainsi ; capable de réunir en elle les termes de cette relation entre deux faits créés l'un pour l'autre ; capable de réaliser idéalement, en attendant qu'elle se réalise dans la matière, cette adaptation d'une tendance à un but, d'une propriété à un fait, d'un antécédent à un résultat.
C'est ainsi que le grand Herschell disait, en parlant de la gravitation, laquelle est bien, pourtant, la plus simple des forces que nous puissions connaître : « La force de Lagravitation est le résultat d'une volonté qui existe quelque part. » 11 avait compris qu'il faut une raison pour expliquer le moindre phénomène de la matière.
On voit par là que lorsqu'on demande, comme dans Molière : Pourquoi l'opium fait-il dormir? ou : Pourquoi le l'eu brûle-t-il? ou : Pourquoi l'oxygène et l'hydrogène se combinent-ils toujours dans les mêmes conditions ?, il ne suffit pas de répondre : « C'est leur nature. » C'est leur nature en effet ; mais précisément je remarque que, dans <;ette nature, il y a une intention, puisqu'il y a un résultat toujours identique, et par conséquent une détermination à ce résultat, et par conséquent un but.
Et de même qu'en face d'une réalité contingente nous avons demandé : d'où vient cette réalité? et que nous avons dû répondre : elle vient finalement d'une Réalité première et nécessaire; — de môme qu'en face d'une activité considérée comme telle nous avons dit : Cette activité ne peut venir, en définitive, que d'une Activité première et indéfectible; ainsi, en face d'une intention incarnée dans un être et se manifestant d'une façon permanente et infaillible, j'ai le droit de demander: D'où
vient-elle? et je ne puis répondre qu'une chose : Elle est le fait d'une Intelligence première et ordonnatrice.
Je dis une Intelligence première, et, en parlant ainsi» je parais peut-être aller un peu vite en besogne! Car od pourrait croire, au premier abord, que cette conclusion dépasse les prémisses. Il n'est pas nécessaire, en effet, pour adapter un moyen à une fin, d'être l'Intelligence première. L'horloger n'est pas cette intelligence; il n'a rien det Finfini, et cependant il adapte un moyen à une lin, etj c'est le cas de toutes les œuvres de l'activité humaine!
C'est vrai ; mais il faut remarquer que les œuvres de l'activité humaine neressemblent pas en cela aux œuvre! de la nature. L'horloger qui construit sa machine, que fait-il? Il dispose des rouages, des poids, des ressorts! toutes choses ayant des propriétés connues et propres à être mises en œuvre en vue de l'objet qu'il se propose! de sorte qu'il lui suffit d'être capable d'observer et dJ prévoir pour mener à bien son travail. Mais il en est autrement quand il s'agit de la nature. La nature ne suppose rien, n'est précédée par rien ; elle ne peut rien utiliser, si ce n'est la matière commune et inerte qui est comme le terrain neutre où ses puissances se combattent. Il s'ensuit très évidemment que les tendances qu'une nature donnée manifeste ne sont pas des combinaisoni artificielles et extérieures, comme dans le cas de l'hor-f loge : c'est sa réalité même, c'est la réalité de l'être agis^ sant, c'est son essence intime, qui est la source des tendances qu'il manifeste. C'est parce que le feu est feu que le feu brûle; la propriété de brûler n'est que la forme spéciale que revêt sa puissance active, et celle-ci, à son tour, n'est que la manifestation et comme une émanation de son essence i.
De sorte que cette tendance ne peut lui avoir été imprimée, ce but ne peut lui avoir été assigné, cette inten^ tion ne peut être déposée en lui que par l'auteur même de sa nature et le moteur où son activité s'alimente,
d. On entend bien que pour nous cet exemple est quelconque, que nous n'entendons point revenir au feu-substance et à la théo rie des quatre éléments !
s'est-à-dire, en fin de compte, par cet Etre premier que nous avons reconnu au sommet de tous les êtres ; par :etle Activité première que nous avons reconnue à la source de toutes les activités, en un mot, Dieu.
On peut encore présenter autrement les choses, et envisager non plus le déterminisme naturel en lui-même; nais, ainsi que le faisait déjà Aristote, dans ses rapports ivec la science.
La science, disions-nous, repose sur le déterminisme. C'est parce qu'en chaque cas les chemins de la nature sont tracés d'avance que nous pouvons, après les avoir reconnus, en découvrir la loi et en faire la base d'un système. Or, s'il n'y a pas de finalité dans la nature, il n'y a pas de déterminisme possible, ainsi que nous l'avons montré : le hasard n'a point de fixité. Supprimer la finalité, c'est donc, qu'on le veuille ou non, supprimer du 1e coup la science.
Ce n'est pas moinsrendre impossibles les interventions qu'elle suggère ; car n'est-il pas évident que toute intervention et toute expérience est un acte de foi dans une intention connue ou supposée de la nature? Nous ne pouvons obtenir de la nature quelque chose que si ellete y est intéressée et veut le produire. Même quand lie paraît faire notre volonté, elle ne fait jamais que la ienne ; ou plutôt, elle fait la nôtre en faisant la sienne, omme l'ouvrier, qui travaille pour le patron en travaillant pour soi.
On l'a dit bien souvent, et c'était une des idées famis de Claude Bernard : nous ne faisons jamais, au fond, par notre intervention dans le monde ambiant, qu'apporter de la matière à l'atelier de la nature. Nous connaissons, par la science, la spécialité de chaque ouvrier, et nous livrons à son action ce qu'il est en état de transformer pour notre usage. Le résultat produit n'est donc pas seulement une réponse; c'est avant tout, do la part de la nature, la manifestation d'une sponité et d'une intent\pn. De même que toute action
BI13LIOTHECA
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éveille une réaction, toute intention manifestée par nous dans un acte provoque, chez la nature, l'éveil et la manif< 'station d'une intention de même genre. 11 y a donc pour le moinsautantd'intentionsdansla nature que noii en utilisons ; il y en a infiniment plus ; car tout ce qui nous réussit est prédéterminé à se produire; mais il n) a pas de prédéterminé que ce qui nous réussit. Notre action limitée, tellement limitée qu'on pourrait l'appelei presque nulle, n'éveille jamais la nature qu'en partie, ne la révèle à elle-même que dans l'une ou l'autre de ses virtualités inépuisables. « Qu'est-ce qu'un homme dans l'infini?» et qu'est-ce que l'action de la science dans l'infini des ressources cosmiques? Mais, en tout cas, s'il est vrai que la nature n'a pas moi ns de tendance i modifier la matière que nous lui offron s que nous n'en avons à la modifier elle-même ; que si nous agissons industrieusement sur elle, elle agit tout autant, et non •moins industrieusement, sur nous et sur l'objet que noui lui soumettons ; qu'agir, pournous, ce n'est que sollicite] son action, et que nous proposer une fin de notre intervention ce n'est que l'inviter à réaliser ses fins propres si tout cela est vrai, il est clair qu'il faut tout autant d'i déalité pour expliquer les réactions de la nature qu'i en faut pour expliquer notre action à nous-mêmes ; qu'i faut à la nature pour le moins autant d'art qu'à nous puisque le nôtre ne fait qu'utiliser le sien. Or, il est clai aussi qu'à l'état idéal cet art de la nature n'est point ei elle; c'est donc que, dans le cas de son action comme dan le cas de la nôtre, il y a un sujet derrière Y objet, un pensée derrière la matière, un vivant derrière la passi vite morte.
On le voit, pour arriver à Dieu par le moyen de nature, il n'est pas besoin de pénétrer bien avant dans considération de l'ordre. La moindre action, analysée ave soin, nous conduit à lui; le moindre atome qui vibre obé à sa loi et révèle par là même le Législateur. L'être qi naît, l'être qui change ne naît ou ne change que poi
ibt'ir à un ordre. L'intelligence est le berceau de toute mose ; tout être se précède lui-même dans l'idée d'où il loi t sortir, et pas plus dans les œuvres de la nature qus [ans celles de l'homme on ne commence par faire pour Denser ensuite ; la pensée est en tête, et l'action suit. C'est ;e qu'exprimaient les anciens philosophes en disant que a cause finale, autrement dit le but, est la première des jauses, ou, mieux encore, qu'elle est la cause des causes, i causa rum. C'est le but qui donne à l'activité sa rai- ;on d'être, avant que l'activité, à son tour, réalise le but. Seulement, pour que le but agisse avant d'être réalisé en îature, il faut qu'il existe à l'état idéal dans une intelligence, et quand il s'agit du but que poursuivent les êtres jn vertu de leur essence même, cette intelligence ne peut être que celle de qui dépendent les essences , c'est-à-dire 'intelligence créatrice : Dieu.
Que dirions-nous, maintenant, si nous élargissions le îhamp de nos observations jusqu'à comprendre tout le eu complexe et régulier, tout le drame ardent et calme le la nature; si nous constations dans son travail des ntt'utions nonseulementarrêtées, mais intelligentes, mais grandioses! Notre preuve n'y trouverait pas plus de riçueur; mais elle y puiserait une lumière telle qu'il n'y mrait plus pour la méconnaître que des insensés, ou des isprits tellement prévenus et enténébrés par des sophis- Des que l'évidence la plus éclatante ne les touche plus.
Et en effet, dès le premier regard jeté sur ce monde, lous y constatons, en dehors de l'adaptation de chacun le ses ag nts à un effet spécial el déterminé, une adapation d' ensemble , une organisation admirable.
L» > êtres ne sont pas isolés ; ils manifestent une ten- Èance vers un résultat de leur concours.
La nature, en un mot, suit un plan.
Serait-il nécessaire de démontrer cette proposition, aujourd'hui que toute la science n'eu est pour ainsi dire que le commentaire ; aujourd'hui que toutes les sciences particulières convergent, jusqu'à bientôt se toucher, vers la connaissance de plus en plus profonde de cette trame universelle qui se tisse par des moyens infiniment simples en eux-mêmes, et qui aboutissent pourtant à une variété de dessin qui déconcerte l'œil le plus exercé et le plus sagace.
Quand le naturaliste fait une expérience, n'atteste-il pas sa foi dans un ordre dont il cherche à découvrir les mystères? Quand il distribue les êtres en genres et en espèces soigneusement distingués et classés, dans ses cadres, n'affirme-t-il point par là même qu'il y a un plan de la création, et que l'être s'épanouit suivant des formes définies et harmonieuses?
Quand il étudie l'histoire du passé, dans ces sciences admirables que notre siècle a renouvelées et qui s'appellent : l'astronomie, pour le passé lointain de tout IêJ système du monde ; la paléontologie, pour le passé loin-ï tain de la terre, et puis l'histoire, qui les prolonge pour l'humanité; quand il nous montre, à travers les temps incommensurables, toute la série des êtres qui se déroule, depuis la nébuleuse jusqu'à la vie; depuis les premiers frémissements de cette vie au fond des mers jusqu'à l'homme, qui vient, après les siècles vertigineux, recueillir l'héritage d'un passé qui ne semble fait que pour lui;, puis, après l'obscure histoire de son berceau, le développement de l'humanité à travers les âges; son enfance dans les civilisations primitives; son adolescence radieuse aux âges classiques; son âge mûr où elle semble entrer avec l'ère moderne; son progrès, en un mot, lent et combattu, mais bien réel, et qui ressemble aux évolutions tranquilles ou coupées de cataclysmes qu'a subies le terre : je demande si ce n'est pas là un spectacle d'ordre! Je demande si un homme au sens droit et qui veut réfléchir n'est pas obligé de reconnaître que ce n'est pas h hasard qui gouverne.
Attribuer au hasard tout ce travail géant et splendide
:outes ces organisations savantes jusqu'au mystère, subtiles jusqu'à l'infini de la délicatesse. et de la ténuité; lire de l'être humain, pour ne parler que de lui : cet Drganisme admirable, qui se développe d'une façon si stupéfiante au début, qui conserve ensuite, pendant les années, au milieu du flux incessant de la vie, son autonomie intangible; qui, non seulement utilise ses organes, mais les crée, les développe, les répare avec une vigilance qui ne se connaît pas, et qui n'en est pas moins l'une fécondité de ressources, d'une souplesse d'adaptadon admirables ; cet être qui se fabrique ainsi lui-même sans le savoir; qui est à la fois sa cause et son effet, son moyen et sa fin, le métier qui tisse et la trame qui se Corme, de sorte que les produits de sa vie en sont en inème temps les facteurs, et que le tout dépend de chaque partie et chaque partie à son tour du tout; cet être, enfin, qui n'est pas seulement mécanisme, mais sentiment ; qui tire de la matière qui le forme, comme le musicien d'une lyre, la gamme illimitée des sensations, des réactions organiques et sensibles, et qui couronne le tout par l'éclosion, en lui, de cette activité quasi infinie par sa nature et par ses ressources qui s'appelle la pensée; puis la parole qui la manifeste ; puis le vouloir qui la complète par la possession anticipée de son objet; puis la conscience qui la relie au bien suprême; et puis l'amour qui la répand sur la création : dire de cet être qu'il est le produit de l'accrochement des atomes; qu'il n'eut d'autre loi de formation que le hasard, et que c'est là simplement l'une des infinies combinaisons, l'un des coups de dé que le cornet renversé des atomes pouvait amener sur le tapis de la matière, dans l'infini du temps : je le demande, s'exprimer de la sorte, n'est-ce pas être un fou ! ou bien alors un savant à lunettes, et à lunettes tellement noires qu'il n'y voit plus à deux pas devant soi !
Non, ce n'est pas le hasard qui a décidé de ces choses. Le hasard est aveugle; le hasard est sans loi; le hasard ne se met pas en route vers le mieux ; il ne s'établit pas dans un équilibre stable et ne progresse pas suivant un
lOi LES SOURCES DE LA CROYANCE EN DIEU
ordre ; car le hasard est le contraire précis de la stabilité et de Tordre.
Il y a donc un plan : c'est la conclusion à laquelle devra se ranger tout esprit sincère. Il y a un plan de l'univers, un plan de la vie, un plan de réalisation pour chaque espèce, un plan d'évolution pour chaque individu de cettd espèce; il y a un plan pour la formation de chaque organl et l'exercice de chaque fonction. Tout est mesure, nom poids, harmonie, pensée, puis persévérance et pr<v dans cette harmonie et cette pensée. Et Ton aura beau, entasser des sophismes,on ne persuadera à personne que tout cela s'est fait tout seul, et qu'il n'y a pas, au sommet] des choses et au-dessus du temps, une Intelligence qui a mis industrieusement en présence les éléments combinés du monde; qui a fait les parties pour le tout, Iej antécédents pour les conséquents, les puissances actives et leurs lois en vue des résultats harmonieux.de ces puissances et de ces lois.
Ce sont là de ces choses qui ne devraient pas se prouver, tant leur évidence éclate et s'impose. Qui donc peut résistera de pareilles clartés? A peine quelques forcenés intéressés à ce que le ciel soit vide; quelques lourdauds qui ne réfléchissent à rien, et quelques philosophes aa regard très subtil, mais myope.
Ceux qui vous nient, ô Dieu, ne sont pas dignes que votre soleil luise sur eux! Ils ne savent pas distinguer entre la lumière et les ténèbres.
Et cependant, on nie !
Comment s'y prend-on pour cela? Que met-on en avant pour se garantir ici du ridicule? Ce serait compliqué à dire, si nous voulions entrer dans tous les détours de Terreur, qui sont infinis comme la sottise humaine. Mais il n'est pas impossible de débrouiller ce chaos en s'en tenant aux chefs d'idée, aux péchés capitaux, si Ton me permet cette expression, delà négation à l'égard de Dieu.
ÏÎI
Quelques-uns disent donc :
Vous raisonnez d'une façon trop humaine pour que vos raisonnements soient applicables aux opérations de la nature. Si un homme agissait comme elle, assurément le résultat serait, de sa part, œuvre d'intelligence. Mais la nature n'est pas un homme. Rien ne prouve qu'avant d'agir elle ait besoin de concevoir une fin, ou que quelqu'un ait besoin de la concevoir à sa place. C'est notre intelligence à nous qui introduit dans les faits cette classification de fins et de moyens, d'intentions et d'exécution. Nous prévoyons des résultats, et nous en concluons que la nature les a cherchés; mais c'est confondre l'ordre de connaissance avec celui des réalités. De ce que nous avons besoin de réfléchir pour comprendre, il ne s'ensuit pas que la nature ait besoin de délibérer pour agir. C'est comme objet d'intelligence que la nature révèle des intentions ; mais en elle-même, non pas !
Je veux faire ici, comme toujours, la part du vrai. J'ai plus d'une fois remarqué, dans des ouvrages philosophiques, quelque légère trace de l'illusion dont on parle. 11 y a peu de temps, dans un congrès scientifique, un philosophe s'y laissa prendre,|et il me souvient que je me permis de protester. Il avançait en faveur de Dieu un argument que je crois avoir lu déjà dans Moigno : Quand trois corps ronds sont en présence, exerçant l'un sur l'autre une attraction selon les lois connues, c'est un problème des plus ardus, presque insoluble, que de déterminer le résultat de leurs actions réciproques. Quand il yen a quatre, c'est fini, la science humaine est en déroute. Or le système de l'Univers suppose ce problème résolu pour une infinité de sphères : donc il est l'œuvre d'une intelligence.
L'argument ainsi présenté n'est qu'un gros sophisme. C'est tout comme si l'on disait qu'un enfant, en renversant un sac de billes, résout un problème formidable, sous ee prétexte qu'un mathématicien, s'il voulait produire exactement le même résultat, devrait, en effet, le résoudre. Cela est vrai du mathématicien, parce qu'il serait lié, dans ce cas, par une solution imposée d'avance; mais l'enfant qui agit au hasard réalise ce problème et ne le résout pas. Or il en est de même dans l'argument que je critique. Rien ne prouve, antérieurement à la preuve de Dieu, que la dispersion des mondes dans les espaces soit faite d'après un ordre prévu et voulu. C'est cela même qu'il faut établir ; car si l'ordre en question n'est qu'un ordre de hasard, ainsi que le prétendent les adversaires, il n'y a pas eu de problème à résoudre. C'est nous qui le résolvons, maintenant, en remontant des effets jusqu'aux causes. La nature, elle, l'a réalisé, et, à ce point de vue du moins, il n'était pas besoin d'intelligence.
Mais si, au lieu de raisonner de la sorte, on commence par établir, ainsi que nous le faisons pour l'ensemble des faits qui composent le train du monde, qu'il y a dans le résultat réalisé un ordre évident etd'évidentes intentions, alors l'argument reprend toute sa force. Car si notre enfant de tout à l'heure devait, en jetant ses billes d'un seul coup, les étaler sur le sol suiyant un ordre je ne dis pas défini d'avance, mais harmonieux en lui-même : comme s'il formait une mosaïque admirable, l'enfant devrait évidemment calculer. Or, c'est le fait. Les êtres qui composent la création, les principes premiers qu'elle met en œuvre aboutissent à un ordre évident. Il y a donc industrie, calcul, prévision, providence. Or providence, c'est là un attribut de Dieu.
D'ailleurs, puisqu'on nous accuse d'anthropomorphisme, peut-être ne sera-t-il pas importun d'observer quecesontnos adversaires qui en font, quand ils oublient que cette recherche des fins, qu'ils constatent en nous, ne nous appartient pas en propre, mais appartient à h
ature, puisque nous sommes, nous aussi, un objet de ature.
Il est étrange que ce soient en général les déterminisas, c'est-à-dire ceux qui assurent que tous nos actes ne ont que des manifestations nécessaires de la nature en tous, qui viennent ensuite nous dire : Vous poursuivez les fins, mais elle, la nature, n'en poursuit pas!
Déterministes ou non, nous devons bien concéder que îous ne sommes après tout que l'une des œuvres de la lature (j'entends la nature totale, en y comprenant Dieu, 'il existe), et il s'ensuit que, s'il y a en nous des fins surajoutées, attribuables nécessairement à notre activité )ersonnelle, ces fins ne sont cherchées que sous l'empire fune finalité qui ne nous appartient plus. Il y a en nous ine tendance profonde qui nous pousse vers notre fin îropre avec la même nécessité que la pierre au centre. Vous sommes, à ce point de vue, au même rang qu'un )bjet quelconque de ce monde ; mais nous sommes un )bjet qui se sent, et qui se sent précisément tendre vers juelque chose.
Nous verrons plus tard que ce quelque chose n'est lutre que l'Infini, et ce nous sera une preuve que cet Infini est en avant de nous. Mais, maintenant, je constate ju'il est en arrière.
us ne chercherions pas de fins, si la nature n'en ivait pas ; car nos fins personnelles ne sont que la manil'estalion transformée des finsdela nature. Noire sagesse, ^'est au fond sa sagesse ; nos vouloirs, ses vouloirs. Ceux [ui précisément veulent nous y plonger tout entiers, ne voient-ils pas qu'ils y introduisent par là même tout ce qui esl en nous, et qu'alors, avouer des fins en nous, •'('.-! implii itement lui en prêter? Quant à nous-mêmes, qui ne les suivons pas dans ce travail de dépersonnalisation de l'homme, nous n'en devons pas moins dire que ûos fins consenties, jugées, élaborées dans le mystère de notre conscience personnelle, ne sont qu'une conclusion pratique, une transformation de la finalité interne qui nous pousse. Je ve i pour cela, et cela encore pour
<nitre chose; mais quand j'arrive à l'ultime pourquoi, je
me trouve en face d'un but qui n'est plus un but personnel, qui m'est donné comme objet de mon activité foncière elle-même. Ce vouloir-vivre, cet appétit de bonheur qui est au fond de nous, qui est nous en tant qu'êtres actifs, cet appétit, dis-je, précisément parce qu'il est nous, ne nous appartient pas; il ne fait point partie de ce moi qui se fabrique lui-même; il lui est supposé; il ira se ramifier, grâce à un mystérieux pouvoir, dans toutes les directions de l'activité libre; mais il ne se confond point avec cette dernière; il est en nous à titre de constituant, tels que nous sommes donnés à nous-mêmes ; il appartient à la nature ; c'est la nature qui le fournit, et qui nous lance, en nous mettant au monde, vers ce terme dernier qui définit ce que nous sommes.
N'est-il pas clair, dès lors, que nous n'avons des lins 'propres que parce que la nature en a par nous, et que c'est se mettre en contradiction avec soi-même que dereconnaître la finalité dans l'homme et de la refuser à la nature.
Niez donc toute finalité, même en nous, dirai-je à nos adversaires, ou bien reconnaissez que ce que vous avouez et glorifiez rentre dans ce que vous niez, et le prouve.1
Vous glorifiez les fins de l'activité humaine, et votre louange, par un détour, vient faire l'éloge de la finalité universelle. Vous glorifiez la science, et c'est quelquefois en son nom que vous niez la finalité : or, la science ellemême rentre dans la finalité : car la science est une tentative perpétuelle de conquête idéale et pratique basée sur la finalité profonde dont je parlais tout à l'heurel L'ordre des sciences tout entier n'est que le développement harmonieux de cette finalité première. Le mouvement de la conscience vers le bien, qui doit l'achever et la satisfaire, en est une autre manifestation. Toutl'ensemble du travail humain, au dedans et au dehors, en ■ ule et n'est que la gerbe splendide qui sort de ce premier épi.
Ainsi donc, bien loin qu'il n'y ait pas de finalité, tout est finalité. Vous ne pouvez nier celle-ci qu'en vous niant vous-mêmes, soit totalement, si vous êtes détermi
laistes, soit en tout cas dans votre réalité la plus profonde. Si vous rejetez l'évidence extérieure qui crève les yeux dune intelligence droite, allez-vous rejeter aussi ce que vous sentez en vous ; ce qui est plus profond que votre négation même, et la porte; ce qui, en un mot, n'est pas seulement en vous, mais vous; finalité vivante, qui fait saisir dans un exemple supérieur et indéniable les finalités de la nature, en même temps qu'elle est le point de départ d'autres finalités?
On oppose encore à la preuve de Dieu par la considération de Tordre les désordres et les inutilités de la nature : les monstruosités , les bizarreries, les avortements, les tares, les sacrifices inutiles, les complications sans but, toutes choses que les adversaires cataloguent complai- Samment pour se hâter de conclure : Il n'y a pas d'ordonnateur, puisqu'il n'y a point d'ordre. La nature crée des monstres : donc elle n'a que faire de la beauté ; elle multiplie les créations inutiles : donc elle ne compte pas. Pourquoi ce qui devrait être à droite se trouve-t-il parfois à gauche? — Parce que la nature ne connaît ni droite ni gauche... et ainsi de suite.
Ceux qui raisonnent ainsi sont au fond peu à craindre. 11 est facile de leurrépondre: Votre argument est étrange! Quand vous allez au restaurant et que vous vous asseyez à table d'hôte, si le dîner est mauvais, quedites-vous?Qu'il n'y a pas de cuisinier? Non pas : vous dites que le cuisinier est mauvais ou qu'il spécule sur votre appétit. Car enfin, quelque mauvaise que soit la sauce, ce n'est pas du macadam, et par conséquent celui qui s'est mis à l'œuvre pour vous servir, c'est bien un cuisinier, ce n'est pas un casseur de pierres.
Raisonnez de même, c'est le moins que vous puissiez taire, en face de la nature. Qu'elle ne soit point parfaite, que nous importe ici? Nous n'avons pas à justifier Dieu
sur toutes choses, nous avons à le prouver. Mettons que ce Dieu se complaît parfois au désordre! Mettons plutôl qu'il a ses raisons, peut-être, pour laisser la part du désordre, en son œuvre; ou bien plutôt encore que ce que vous appelez désordre rentre dans une loi plus haute et, par un secret détour, dans un plus grand ordre. Ce sonl là des questions à débattre ensuite. Pour le moment, elles importent peu. Nous recherchons s'il y a un ordre. et ce qu'il faut, pour que notre conclusion soit bonne, ce n'est pas que tout soit pour le mieux dans le meil leur des mondes possibles; c'est qu'il y ait dans la nature une harmonie suffisante pour qu'il y ait lieu d'en rechercher la cause. Il s'agit de savoir si oui ou non il y a ur plan, et non pas si le plan comporte un certain jeu permettant des hasards et des déviations.
Or, la question étant ainsi posée, il n'y a pas deu:> solutions possibles. Tout homme qui a des yeux doi' reconnaître que la tendance évidente de la nature es vers Tordre, et de l'ordre vers la vie, et de la vie vers \t meilleure vie, de sorte que, dans l'ensemble, lesprincipeï de décadence et d'erreur sont en infériorité manifesta L'équilibre tend à s'établir dans le mieux, et ceux-1; mêmes qui nous combattent ici ne sont-ils pas les pre miers à mettre à la base du travail de la nature un loi de progrès? C'est par cette loi qu'ils prétendent rem placer Dieu : faut-il qu'ils viennent la nier ensuite?
Or, je dis que la loi de progrès suppose un législateu du progrès; car, si l'on peut comprendre un mouvemer de décadence sans cause propre, la décadence étant un marche vers le néant, et le néant n'ayant pas besoin d cause, il ne saurait en être ainsi du progrès ; car le pre grès c'est l'ascension, c'est l'accroissement de l'être, < cela suppose une causalité.
Qu'on ne vienne donc pas introduire ici la questiol du mal, elle n'y a rien à faire, et elle ne peut servir qui, embrouiller toutes choses.
Dites-nous si, dans l'ensemble, la nature est une ha monie, et si cette harmonie s'explique sans cause ; voi serez alors dans la question. Mais venir nous parler d<
désordres partiels de ce monde, ne voit-on pas que c'est de la part de l'athée une maladresse insigne ? N'est-ce pas mettre en relief indirectement cet ordre même qu'on voudrait nier?
Il n'y a de hasard, disions-nous d'après Aristote, que dans le domaine des choses organiséesen vued'une fin. Il n'y a dérogation à l'ordre que là où se trouve un ordre. Si vous remarquez une déchirure dans la trame, c'est qu'il y a une trame, et si vous relevez des contraventions, c'est qu'il y a une loi, et par conséquent un législateur.
Si tout était hasard, quelques rencontres heureuses se pourraient sans douteexpliquer sans qu'on invoquât une intelligence : ainsi, tout étant stabilité et adaptations manifestes, des exceptions môme nombreuses ne peuvent pas vicier la conclusion.
Du reste, sans entrer bien à fond dans cette grave question des désordres de la nature, on pourrait présenter quelques observations qui en diminueraient singulièrement le scandale.
Ce scandale, dirais-je, est occasionné, la plupart du temps, par une fausse conception de l'ordre du monde. Et, précisément, je suis bien aise de dénoncer une tendance fréquente, parmi les croyants, et qui ne laisse pas d'être un peu enfantine, dans l'état actuel de la science.
.le me souviens des discours édifiants qu'on nous tenait
dans nos cours d'instruction religieuse, et où l'on nous
sait la liste des harmonies de la nature à peu près
somme une table de multiplication, cherchant à nous
aontrer, par exemple, combien tout, absolument tout,
sst disposé ici-bas en vue de favoriser l'habitation de
homme: la distribution des continents, la succession des
saisons, le régime des pluies, la pression atmosphérique,
àdegré de consistance du sol, la flore, la faune, etc.
foui ce! lit bien un peu dans l'enfantillage; cela
imblai! assez à la plaisanterie connue qui consiste à
lemander pourquoi les rivières trouvent toujours un lit
1 l -2 LES SOURCES DE LA CROYANCE EN DIEU
à leur taille, et pourquoi il y a toujours des sources i rentrée des villages et des villes.
J'avoue, pour moi, que si cette harmonie à jet contint était nécessaire pour prouver Dieu, je comprendrai* quoique peu nos adversaires. Mais fort heureusement i n'en est rien.
lien est de Tordre du inonde comme de toute chose ! on peut le bien comprendre et le comprendre mal, et lorsqu'on le comprend mal, il n'est pas étonnant qu'on prêU le flanc aux objections de la critique.
Il faut donc observer de quelle nature est cet ordre qu( nous disons régner dans le monde.
11 pourrait, je crois, se caractériser en deux mots : Tordre du monde est un ordre d'ensemble, et non un ordn de détail ; c'est un ordre successif, et non un ordre simultané.
Les exemples se pressent en foule.
Vous avez devant vous une mosaïque :les pièces en son juxtaposées ; elles sont fixées dans des relations immua blés et de manière à former un dessin : c'est ce que j'ap pelle un ordre simultané. Au contraire, vous écoutez un mélodie : les notes qui la forment s'alignent aussi ; maij elles s'alignent dans le temps au lieu de s'aligner dan l'espace; il n'y a jamais deux notes ensemble, et cepeD dant elles forment un ordre : c'est ce que j'appelle u ordre successif.
Soit maintenant, au lieu d'une mélodie simple, ce qu'o i appelle une symphonie. Cinquante instruments jouer ensemble : ils constituent; sous ce rapport, un ordre s j multané ; les sons différents qu'ils émettent, leur chan | leur timbre produisent à un instant donné un effet dor né : c'est un ordre en surface. Mais ils progressent aus: \ dans le temps ; leur harmonie se déroule ; les accords s succèdent en groupe harmonieux : c'est Tordre success qui s'ajoute. Cette symphonie, et la mosaïque de tout | l'heure, c'est le monde.
Le monde se répand aussi en surface, dansl'immensit j et il se déroule dans le temps, tout le long des siècle Or certains des désordres qu'on y relève sî comi
;amment s'expliquent comme s'expliqueraient, dans la hosaïqne, les taches minuscules des cubes de marbre. )n dirait : Il ne s'agit pas de cela ! regardez l'ensemble, ;t vous jouirez de la beauté. D'autres de ces désordres l'expliquent comme s'expliqueraient les dissonances ou es rythmesbrisés,dans la symphonie. On dirait: Ecoutez oute l'œuvre, et non pas seulement une mesure.
Est-ce que l'artiste tout-puissant a peur du désordre, en ,on œuvre? Il l'y introduit, au contraire, et s'y complaît, )Ourrait-on dire, en proportion de sa force; car il sait >ien qu'il pourra le plier à ses fins, et en faire un esclave le la beauté. Il ne le chasse donc pas : il le dompte. Il ui permet la dissonance, mais jusqu à la résolution. Il iui laisse tourmenter le rythme avec une apparence iévreuse, mais jusqu'à l'heure prévue pour la marche Dtraînante ou le finale majestueux.
Ainsi va le monde.
Le monde est grand ! grand dans l'espace, grand dans
temps, et les détails avortés de sa structure ne peuvent
as nous faire oublier la majesté de l'ensemble, ni les
îisères de l'heure qui passe la sublimité du plan éternel.
ous aimerions mieux une nature réglée comme une
lécanique impeccable, comme une horloge qui révélerait
coup sur l'horloger? Mais serait-il plus beau, en vérité,
■ plan rigide, ce mécanisme invariable? Serait-il plus
trfait et plus révélateur d'une intelligence que la puis-
inte, et libre, et subtile nature? — C'est un problème! Si
pluie fécondait toujours et ne pourrissait jamais les
•ains de la terre, la trouverait-on plus intelligente et
eilleure? Moi je ne crois pas, et si j'ai tort de penser
Qsi, c'est un problème !
La aature esl riche! et parce qu'elle est riche, elle
t<i la vie à pleines brassées, sans fin, sans trêve. Elle
hâte vers son but; elle s'enfonce dans ses chemins
Jrtigineux et splendides. Que lui importe un avorto-
hnt sur un point, si la moisson définitive doit être meil-
|ire!Que lui importe une déviation, si son processus
réclame comme le prix de la liberté créatrice et
ie la rançon du progrès! — N'est-elle pas armée de
la toute-puissance, pour faire d'une perte un moyen et d'une chute une apothéose ? N'est-elle pas capable, avec une fleur qui tombe, de faire une chose plus belle qu'une fleur; avec un vivant qui périt, une chose plus précieusl qu'un vivant? Et l'être déformé qu'on méprise, n'est-il point, la plupart du temps, ouvrier de vie comme les autres? En tout cas, qu'importent à la nature les déchets! ils lui reviennent, prêts à servir pour des créations idéales. Rien n'est perdu, dans son vaste sein. C'est sa puissance, et son mystère, de tirer l'ordre du chaos, la pure beauté d'une vile matière, et des ténèbres la splendeur. Eh! n'est-ce pas là ce qui distingue son action de l'infirme travail des hommes? Le cordonnier ne sait rien faire de ses bouts de cuir, ni le menuisier de ses copeaux; mais avec les copeaux de ses arbres, la nature sait faire d'autres arbres; avec la pourriture des morls elle sait faire des vivants, et la vie triomphante se dresse, au sein de ce vaste ossuaire, et Tordre universel se construit avec tout ce qui tombe et périt.
De plus, même dans les déviations qu'on nous oppose n'y a-t-il pas un ordre profond, toujours et jalousemen sauvegardé par cet artiste qu'est la nature?
Il faut distinguer soigneusement, dans ce travail de, forces naturelles, ce que les anciens philosophes appelaien en termes barbares la nature naturanle et ce qu'il appelaient la nature naturel', c'est-à-dire les produits d | l'art et l'art lui-même. Dans la question qui est la nôtre i c'est l'art de la nature qui importe. Il s'agit de savoirs elle poursuit un but. et si ce but nous révèle une intell:' gence. Le résultat fût-il médiocre, en raison d'obslacl* importuns, il y aurait bien là de quoi nous donner oect sion d'interpeller la Cause première; mais non pu quoi nous faire douter qu'elle soit!
Or, qu'on se souvienne de ce que dit Claude Bernan « Il n'y a, dit-il, au fond de la nature, rien de troublé i d'anormal. Tout se passe suivant des lois qui sont ab« lues, c'est-à-dire toujours normales et déterminées, effets varient en raison des conditions qui les manife
tent; mais les lois ne varient pas. » Ces paroles sont profondes, et elles éclairent notre question cTiin jour nouveau.
11 est reconnu en effet, aujourd'hui, que les moyens de la nature sont au fond invariables et absolumentsimples, d'une simplicité divine, a dit un philosophe contemporain, et c'est l'ensemble de ces moyens, de ces tendances profondes, de ces mystères d'activité qui s'efforcent, avec une énergie tranquille et inépuisable, vers des épanouissements toujours plus riches : c'est cela qui constitue tout au fond V ordre.
L'antiquité ne savait pas cela : elle ne voyait que l'ordre extérieur,la mise en scène; mais la science moderne nous a fait entrevoir les dessous mystérieux des choses, dont l'ordre extérieur et visible n'est que le décor. Elle nous a fait entrer dans l'officine de la nature, où s'élabore la vie ; elle nous a découvert quelques-uns des secrets de cette chimie admirable et simple, de cette mécanique enfantine, au premier coup d'oeil, mais d'une richesse d'applications qui dépasse tout, et qui démontre l'autant mieux la portée infinie du regard qui a vu l'univers au bout de ces jeux enfantins.
Qu'importe, après cela, que, sous des influences locales ou temporaires, l'être et la vie qui cherchent à s'épanouir en tous sens produisent des créations bizarres ou fautives ? Qu'importe qu'il naisse des bossus, des frères Siamois, des moutons à cinq pattes ! Croit-on que la puissance créatrice et ses voies admirables s'y manifestent moins qu'ailleurs ? N'y a-t-il pas là, au contraire, un effort inouï, peut-être, de cette puissance, et l'un de ces détours profonds dont seule la fécondité infinie de ses ressources pouvait se tirer avec honneur ?
On se rappelle ce trait bien connu d'un prédicateur qui, parlant en chaire de la Providence, déclarait qu'elle a tout rien fait. Or à la sortie du sermon, un bossu s'approche en souriant, et avec cet esprit qu'on attribue aux gens de son espèce comme une compensation de la nature, il se met à pivoter sur lui-même et dit au prêtre : Eh bien?... lit celui-ci, souriant de même, répond sans se déconcer-
ter: Mon ami, vous êtes très bien fait pour un bossi C'était une plaisanterie ; mais il ne faudrait pas réfl Chir beaucoup pour y voir une parole très profonde.
Qu'on se reporte à l'époque où la nature industries travaillait à la formation de cet être. Toutes ses puissai ces s'efforçaient pour aboutir à cette œuvre inouïe qu'e une création d'homme. Et voilà qu'au milieu de ce résea subtil d'influences un accident quelconque, un élémei perturbateur intervient, et c'est d'abord un désord: effroyable ; si la nature était montée comme la mécan que impeccable que nos objectants semblent souhaite tout serait perdu : car il n'y aurait pas de reprise posé ble; ce serait comme si l'on introduisait un caillou c milieu desrouages d'un chronomètre. Maisheureusemei la nature n'est pas ce chronomètre, et parce qu'il y a c jeu et de la souplesse dans sa marche; parce quel'accide] lui est permis, c'est-à-dire parce qu'elle est imparfaites sens où le prennent nos adversaires, elle tourne l'obst cle et elle construit son homme. On me dira : Il est in fait! Je répondrai : 11 est mal fait relativement à lama che ordinaire des choses, qui tend, en effet, vers des ré; lisations meilleures ; il est mal fait pour la vie social où cette conformation anormale pourra lui occasion m des souffrances, des humiliations, des impuissances mais tout cela ne regarde point la nature. Cela regarc la Providence paternelle de Dieu, et quelque préoccuj que l'on soit de la justifier en toute chose, il faut pou tant bien distinguer, dans le travail de la Cause premier les divers rôles qu'elle s'est attribués. Le premier est c faire marcher la nature ; le second est de ramasser sur route ceux que la roue immense a broyés.
Dieu nous garde, en effet, d'être de ceux qui pense] qu'il n'en a cure, et qui lui diraient volontiers avec poète :
Je sais que vous avez bien autre chose à faire
Que de nous plaindre tous, Et qu'un enfant qui meurt, désespoir de sa mère,