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X.j vous fait rien, à vous

LA NÉCESSITÉ D'EXPLIQUER l'oRDBE 117

C'est un blasphème, cela! Qu'or se rappelle le' passereau de l'Evangile et le lis des champs que le Père céleste a vêtu!

Dieu s'occupe de tout ; il n'est pas le roi constitutionnel, qui règne et ne gouverne pas. Il s'occupe de tout et il répond de tout; mais croit-on qu'il manque de moyens pour réparer finalement toutes choses, et que l'éternité ne lui suffisepas pour résoudre en artiste les dissonances que Tordre général du monde réclamait?

Il a donc établi les êtres et les lois des êtres avec la prévision complète de ce qui en sortirait; mais, dans celte prévision, je dis que ce qu'il cherche, en ce qui touche le travail propre de la nature, son ordre, sa beauté, ce n'est pas tant le détail en lui-même et pour lui-même, que la manifestation, dans ce détail, d'une puissance créatrice toujours plus riche.

Notre bossu de tout à l'heure est mal fait, tant que vous voudrez; il n'en est pas moins un effet de nature admirable. Pour un bossu, comme disait le prédicateur, c'est-à-dire étant données les perturbations qui sont venues entraver sa genèse, il est ce qu'il doit être ; il est plus admirable, à certains points de vue, qu'un homme droit; car il nous révèle la souplesse des moyens que la nature met en œuvre. La nature a fait ici un saut d'obstacle, et c'est plus beau que la marche tranquille d'un percheron. Je n'insiste pas. Encore une fois, je ne traite pas de la Providence, je n'ai pas à en traiter. Il n'est pas nécessaire que chaque preuve de Dieu prouve d'un bloc tous ses attributs. La Providence est une question à part, et à [celui qui vient me dire : Il y a des imperfections dans le monde, donc il n'y a pas de Dieu, je suis fondé à répon- Ire, et à bien plus forte raison : Il y a un Dieu, donc les m perfections ne sont qu'apparentes ou provisoires. Il y Il un Dieu, je le prouve invinciblement ; et vous, prouvezvous de même que les imperfections de ce monde soient elles qu'elles suppriment tout ordre? C'est lace que vous levriez prouver, et vous ne le prouvez pas; vos objecions roulent sur do< détails, sur des cas, au lieu d'embrasser du regard l'ensemble des phénomènes et des

êtres. C'est comme si l'insecte qui vit dans le tissu d'une tapisserie d'art, et qui voit autour de lui des fils tordus dans un apparent désordre, en concluait qu'il n'y a pas de dessin, et que les Gobelins n'ont plus d'artistes, (/«si exactement le cas de l'athée, avec cette différence qui celui-ci est sans excuse. L'insecte ne voit pas et ne peuf pas voir le dessin: l'athée le voit; il l'admire malgré lui, et il voudrait l'attribuer au hasard, à cause «les accidents delà trame! Ne voit-il pas qu'il était nécessaire de s'exposer à ces accidents, si l'on voulait laisser à la nature la liberté de son travail, la souplesse de ses adaptations, la variété de ses ressources, la richesse de combinaisons? L'évolution et le progrès sont au prix de ces sacrifices, de ces essais toujours repris, qui amènenl un jour, et puis qui fixent, après toute une série d'ébauches imparfaites, le type supérieur ou l'arrangement heureux.,

Mais une nouvelle objection nous sollicite. C'est de beaucoup la plus intéressante à discuter, en ce que cellelà, du moins, se tient dans la question, et s'oppose à nous d'une façon directe.

On croit avoir trouvé, je l'ai insinué déjà, le moyen de se passer d'une Cause ordonnatrice. C'était là, nous diton, une solution provisoire ; plausible, assurément, — on veut bien l'avouer, en ajoutant qu'elle était plausible surtout pour des peuples enfants. — Mais on a trouvé mieux. et ici encore on applique le mot d'Auguste Comte : Renvoyons Dieu, après l'avoir remercié de ses services.

Quelle est donc cette solution nouvelle et meilleure, qui rendra compte du train du monde sans recourir à Dieu

Ce n'est plus le hasard. Le hasard avait de nombreux partisans au xviif siècle; il n'en a plus. La nature est vraiment trop connue, et le règne des lois est inscritpartout avec trop d'évidence. D'ailleurs, puisqu'on a trouv< mieux !..

Le Destin, à son tour, qui jouait un si grand rôle dans l'antiquité, est rejeté, du moins sous sa forme antique, comme une poésie par trop vague. On préfère dire : Nécessité, sans voir que la nécessité peut bien prétendre à être une qualification de l'ordre, maisqu'elle ne saurait en être une explication. La nécessité est au hasard ce qu'un mot qui n'explique rien est à un mot qui ne signifie rien. On avait du vide, on l'a comblé avec du vent.

Seulement, ce qui fait illusion, c'est le procédé qu'on prête à cette nécessité des choses ; c'est la tournure grandiose qu'affecte, de par le procédé dont je parle, la genèse universelle qu'on veut débarrasser de Dieu. Ce procédé, le lecteur l'a compris sans nul doute, c'est Y Evolution.

L'idée de l'évolution n'est pas précisément nouvelle ; mais au point où le progrès des sciences l'a amenée, elle était mûre pour devenir la grande machine de guerre de l'athéisme, destinée à battre en brèche la Providence démodée du moyen âge, et si, à titre d'explication dernière du monde, elle n'est, qu'un trompe-l'œil, elle a du moins l'avantage de tromper l'œil d'une façon agréable et splendide.

Aux yeux delà négation moderne, l'évolution est tout, l'évolution est toute-puissante : toute-puissante pour expliquer, toute-puissante pour produire. L'évolution de la matière nébulaire explique la chimie; l'évolution chimique explique la vie ; l'évolution de la vie explique l'homme; l'évolution de l'homme explique la société. Tout est connu; tout est compris; il n'y a plus qu'à souder de-ci, de-là quelques anneaux de la chaîne, et l'univers est captif de notre science, et Dieu ne nous sert plus de rien.

Oserai-je dire toute ma pensée ? Ceux qui s'expriment ainsi, quelque savants qu'ils soient, ne méritent véritablement qu'une chose : le bonnet dane.

Oh! je ne le leur laisserai pas Longtemps ; car, s'ils en ont, je professe la oins grande estime pour leur science. Mais pour leur philosophie, c'est autre chose! Leur grand cheval de bataille, l'évolution, est un cheval très bien

nourri, peut-être — ; il esl en toul cas de belle allure de noble race ; mais il s'agit de savoir qui en est le pi prié taire. Or je voudrais montrer, et s'il se peut clai ment, que les prétentions de l'athéisme à sa possessi exclusive sont injustifiées ; que l'évolution esl à tout monde, et qu'il faut un aveuglement, ou bien alors u mauvaise foi insigne pour y voir une menace contre D ou la moindre chance de le remplacer.

Par quel côté, en effet, l'Evolution peut-elle s'oppo — ou se substituer — à notre conception divine?

Ah ! si nous étions de ceux que nous reprenions h à l'heure, de ceux qui voient partout dans la nature < volontés divines particulières, des phénomènes procédi directement de cette volonté, à l'exclusion d antécéde naturels quelconques, alors, oui, on serait en droit nous dire : Là où l'évolution travaille, nous n'avons p besoin de Dieu. On n'a plus besoin de Jupiter pour h cer la foudre, depuis qu'on connaît l'électricité, et était démontré quelque jour que les espèces organiqi procèdent les unes des autres par voie de filiation, que de l'huître au corps de l'homme la nature a pa par d'incessants progrès, alors, sans doute, l'ancier thèse des créations successives s'écroulerait. Mais c nous font, à nous, les créations successives! Faut-il de répéter encore que toulesces discussions particulières font rien à notre question? Nous ne recherchons pas cause immédiate des phénomènes, nous recherchons 1< cause première. Nous ne demandons pas si les objets la nature sont fabriqués à la main ou à la mécaniq nous disons qu'ils sont le fait d'une combinaison, et,] conséquent, d'une intelligence. Que cette intelligence s plus ou moins proche du résultat, et qu'elle le produ directement, ou par intermédiaire, c'estuneautrequesth et l'on a pu s'y tromper ; mais ici. je le répète, cela ne n( fait rien. Et par conséquent cette affirmation que lemor. s'est fait par évolution ne nous gène en aucune manié

Il ne s'agit pas de savoir comment le monde s'est fori]

il s'agit de savoir pourquoi : en vertu de quelle pensée; en vertu de quelle puissance. L'évolution estun procédé, ce n'est pas une cause ; elle répond à un comment, mais elle ne dit rien du pourquoi, et l'on pourrait lui appliquer, en la modifiant un peu, cette remarque leibnitzienne que lidée de Dieu explique tout en général et rien en particulier, et le mécanisme — disons l'évolution — tout en particulier et rien en général.

Que direz-vous, avec l'évolution, à celui qui demande pourquoi l'évolution elle-même?

Pourquoi y a-t-il une évolution ?Et pourquoi cette évolution aboutit-elle à une harmonie, au lieu de s'acheminer vers le chaos?

Ne voyez-vous donc pas que cette naissance inouïe,

celte croissance colossale, ce vaste effort qui donne le

vertige à qui remonte par la pensée le cours des âges : ne

voyez-vous donc pas que c'est cela même qui acclame

)feu! X'entendez-vous pas l'harmonie confuse du chaos

irimitif qui s'élargit et qui monte, pour s'épanouir un

oui* en chant de triomphe? Ces atomes qui tombent, dans

a nébuleuse primitive, qui tourbillonnent à travers l'in-

ini de l'espace, et qui se distribuent en univers distincts :

s et soleils, et qui, à l'heure dite, sont saisis par les

missances mystérieuses de la matière, puis par les puis-

ances plus mystérieuses de la vie, et qui deviennent

ninéraux, plantes, animaux, hommes, jusqu'à servir de

rône à la royauté de l'intelligence et de la liberté : ne

^oyez-vous pas que c'est cela même qui proclame Dieu?

Ah ! je sais bien ce que l'on répond ! On dit : l'évolution recède ainsi en vertu de ses propres lois. Les lois de la lâtière sont telles qu'il ne peut pas en sortir autre chose

e qui en sort.

Mon Dieu! que tout cela est donc insupportable! dirait 'ascal.

Les lois! Les lois! nous le savons bien, qu'il y a des s'il n'y en avait pas, nous ne saurions pas qu'il y a

In Législati ur. Mais précisément il y a des lois, et ces sont grandioses, et ces lois sont partout obéies, et ces

lois, d'une simplicité divine, aboutissent, par leur libi jeu, à d'inexprimables splendeurs. Et c'est cela, qui ei la révélation de cette Intelligence qu'Anaxagore voy&, débrouillant le chaos, poussant devant elle les êtres, droite, à gauche, en haut, en bas, pour épanouir 1 monde, ou pour l'étendre, comme dit le Psaume, ain; qu'un pavillon.

Anaxagore se trompait en croyant ou en paraissai croire que l'Intelligence débrouillait le chaos directemJ et comme avec ses mains. D'autres se sont trompés d même, plus ou moins inconsciemment, sur tout le chemi de la science, et peut-être encore aujourd'hui se trompe t-on en croyant à des interventions nouvelles de laCaus première à chaque âge du monde. Je ne dis pas non ; j n'en sais rien; mais supposons qu'on se trompe, faut-; donc pour cela tout nier? Faut-il donc que Fintelligenc humaine ressemble toujours, selon l'expression brutal de Luther, à un paysan ivre à cheval, et que, quand o la relève d'un côté, elle tombe de l'autre?

Réfléchissons, de grâce ! Les lois de l'évolution sor des lois de fait; mais il faut s'élever jusqu'au droit. E si l'on dit, comme on le dit en effet, que ces lois soi nécessaires ; qu'il n'y a pas à chercher plus loin, on e: la dupe d'une confusion énorme. La nécessité, ce veut dire deux choses : une chose est nécessaire quar elle se produit, en fait, infailliblement, de façon à cequ'c puisse la prédire à coup sur, quoi qu'il en soit d'ailleu de sa nécessité intrinsèque. Il est nécessaire, par exempl que le soleil se lève demain : c'est une nécessité < fait qui repose sur la constitution actuelle du mond Mais, dans un autre sens, une chose est nécessaire quai elle se produit infailliblement non seulement en mais en droit, de sorte qu'on ne puisse même pas conc voir qu'elle se produise autrement.il est nécessaire qu'i effet ait une cause : voilà une nécessité absolue, par que la raison elle-même est renversée, si cette nécess ne se réalise; mais que le soleil se lève demain, c'est u nécessité purement relative, qui ne dispense nulleme d'en rechercher la cause.

LA NÉCESSITÉ D'EXPLIQUER i/ORDRE 123

Or quiconque réfléchira se rendra compte que toutes [es nécessités de la nature sont de cette deuxième sorte. La nature va à son but nécessairement, oui ; mais comme la balle, qui va aussi nécessairement au sien, àcondition ju'iin l'y lance. Etant donné la qualité de la poudre, le poids du projectile, le système du fusil et l'inclinaison ie l'arme, la balle va nécessairement en tel point. Mais mi a réglé toutes ces choses ? La question reste entière, it ainsi en est-il pour l'univers '.

Tout ce qui se passe, nous dit-on, doit se passer nécesvirement, en vertu des lois de la nature. C'est précisénent ce que j'observe et sur quoi je m'appuie ; car ce |[ui se passe, en fait, c'est un ordre, c'est une harmonie, ;t c'est donc, en vertu de vos propres principes, que le nonde a été organisé de telle façon que l'ordre y était eul possible; que le désordre en était banni à jamais

e par sa constitution même. Il a cette harmonie dans le ang, si l'on me permet ce mot, et il en est de lui comme

un organisme admirable qui agit, en tout, conformélent à sa nature ; mais qui, pour cette raison même, fait

autant plus d'honneur à celui qui l'a engendré.

Il est piquant, en vérité, que Ton se serve précisément, our nier Dieu, d'un argument qui le démontre. Qu'est-ce ui démontre mieux Dieu, le vrai Dieu, que cette nécessité e la nature qu'on lui oppose? Si la marche de la nature «'•tait pas nécessaire; si elle se produisait par à-coup, ir >ecousses, par volontés capricieuses, ainsi que le suposaient les populations primitives, je pourrais dire

i. Claude Bernard a écrit : « L'Evolution est la marche dansune rection dont le terme est fixé d'avance. » (Levons sur les phénoè?ies commutis aux végétaux et aux animaux) et saint Thomas •<it dit plus lumineusement encore : « La nécessité naturelle hérente aux choses qui sont déterminées quanta leur effet est i'- impression de la puissance divine qui les dirige vers leur rme, toul comme la nécessité qui entraîne la flèche vers la cible tune impression du sagittaire, non de la flèche elle-même. Il y seulement cette différence que ce qui est reçu de Dieu parles éatures esl leur nature même, tandis que la direction imprimée |' l'homme aux choses naturelles est une sortcde violence exté- ;ure. »

(S. Thomas, Theol. la, q. CIII, a. 1.)

l-'l LES SOURCES DE LA CROYANCE EN DIEU

comme elles : C'est le génie do l'orage ! c'est Nepti c'est Pluton ! et tout cela, ce n'es!, pas Dieu. Ainsi ] ne serait pas démontré ; il faudrait pousser au del< chercher au bout de quelque raisonnement nouvea véritable Cause première.

De fait, Kant object;iil de ce chef contre la preuv Dieu par Tordre de la nature. Il disait : L'ordre d( nature prouve tout au plus l'existence d'un architect monde, et non celle d'un créateur et d'un maître absd Et ce serait vrai, si l'ordre du monde n'était, seloi pensée que je cri tique, qu'un ordre d'occasion, une s de miracle permanent, un jeu de patience que la G première emboîterait péniblement en rapprochant i môme les pièces. Il n'est pas besoin d'être Dieu pour ainsi ; le moindre génie serait à la hauteur de ce roi faudrait donc pousser plus loin, et après avoir recor de par l'ordre du monde, la nécessité d'une cause ii ligente, il faudrait interroger cette cause intellig» elle-même, afin de la reconnaître soit comme dépenda et elle appellerait Dieu; soit comme indépendante alors ce serait Dieu.

Mais ici, dans la supposition de nos adversaires i mêmes, étant donné que la nature procède d'une man nécessaire, nous évitons celte complication de la prei bien loin que la preuve elle-même périsse. Car s'il une nécessité des choses d'où tout procède ; si la na tend par son propre poids vers un ordre et vers une | monie; s'il n'y a pas besoin qu'on y touche pour qu produise des magnificences; si c'est par leurs esseï mêmes, par la nécessité de leurs essences que tous êtres évoluent vers le mieux, et si les forces natur*

\. On peut remarquer combien la critique de Kant est de d'intérêt aujourd'hui. Nous n'en sommes plus à chicaner ai Qui admettrait « Y Architecte du monde » ne refuserait j d'admettre Dieu; ce ne sont plus ces nuances qui peuvent g personne. Ce qui est en question, c'est, pour le vulgaire, de re naître quelque chose au-dessus de ce qui se voit et se palpe ; c pour le savant, de reconnaître quelque chose au-dessus de 11 direcl de la science. Une Intelligence à la façon d'Anaxagoiï Géniet un Grand Esprit quelconque, un Démon ordonnateu gênerait pas moins nos athées.

gissant spontanément s'emboîtent et forment un ordre, 'est donc qu'il y a complicité entre toutes ces spontaléités en apparence étrangères l'une à l'autre; c'est donc u'il y a parenté entre toutes les essences naturelles, et ue par le côté où elles s'emboîtent et en tant qu'elles 'emboîtent, elles ont leur centre commun dans une idée irectrice sans laquelle ne s'expliquerait pas leur conours; c'est donc que ces essences premières contiennent a germe, en elles-mêmes et dans leurs relations réciroques, l'ordre futur qui en sortira; c'est donc que ce îonde est un organisme admirable; c'est donc qu'il a a ouvrier divin ; car qui dit organisme dit unité ; qui ;it parenté dit origine commune, et puisqu'il s'agit ^unité idéale et d'origine toute première, on ne peut faire ippel qu'à une Intelligence, et l'on doit la qualifier néceslirement créatrice. Et alors, je tombe en admiration avant Celui qui a conçu ces choses, devant Celui qui a abli cette fraternité des êtres qui les fait marcher tous isemble, à travers leurs conflits apparents, vers un but irmonieux et intelligent. Et ainsi, cette pensée organiitrice qu'on avait expulsée des phénomènes particuliers la nature se retrouve, au début, d'autant plus prêtante, d'autant plus active, puisqu'il faut qu'elle soit éatrice. Et c'est Dieu 1.

On voit par là ce que vaut le reproche qu'on nous resse sans cesse de confondre l'ordre du monde envigé comme préconçu et l'ordre du monde considéré mme résultante. Le second, dit-on, est évident; mais il implique pas le premier. Les choses se passent, dans le s de la résultante, absolument comme dans le cas d'une •lonté antécédente, sauf que supposer cette volonté est ie complication inutile. On doit voir, dis-je, d'après ce

l. Il est à peine besoin d'observer que les expressions employées : essences, êtres, natures, doivent être comprises dans leur ieption la plus large. N'y eùt-il qu'atomes en mouvement, ou mades, ou étendue modifiée, le raisonnement n'en perdrait point force; on 1 exprimerait seulement d'une favori un peu diffé- Ue.

qui précède, que le reproche es! gratuit, et que noi

'us de confusion d'aucune sorte. Nous enten déduire de ce fait que la résultante des forces ei ordre, cet autre fait que le principe Initial d'où prc leur travail est une pensée, et le point d'appui de i démonstration, c'est la nécessité elle-même.

Darwin disaità Romanèsqu en regardant l'univers son ensemble il lui semblait évident qu'il proc d'une intelligence ordonnatrice; mais qu'en venar détail, il sentait s'évanouir cette image et n'était pli i'ace que des éléments en conflit s'organisant par conflit même. On a peine à voir une grande intelli^ raisonner de la sorte. C'est comme si l'on disait en r< dant une horloge qu'elle semble tout d'abord faite l'intention de marquer l'heure; mais qu'en venar détail on voit uniquement des poids, des roues, des le et des lois fatales. Si l'on veut percevoir l'ordre et j l'œuvre propre de l'ordonnateur, c'est à l'ensemble faut regarder ; car tout ordre est précisément un d'ensemble, une synthèse.

Combien Lamark, le fondateurdu transformisme, v< plus juste quand il disait : « La volonté de Dieu est tout exprimée par l'exécution des lois de la nature, ] que ces lois viennent de lui. »

On le voit donc encore une fois, il n'y a rien da travail de la science, — que ce soit la science du ] ou que ce soit celle de l'avenir, — qui puisse troubler dans notre foi à l'Intelligence créatrice.

Que la science accumule tant qu'elle voudra sesdt vertes ; qu'elle rattache de plus en plus les phénom à des causes de plus en plus simples, jusqu'à troi s'il était possible, une loi si haute et si féconde qi explique à elle seule tout le déroulement de l'unie Si elle faisait cela, la science aurait fini sa tâche; mai n'aurait pas pour cela chassé Dieu; elle aurait sin ment exprimé dans sa dernière formule la conception veraine d'où tout sort. Ce serait « l'axiome éternel » ré

la pensée créatrice dégagée, retirée de sa multiplicité apparente pour être ramenée à l'unité d'une intuition toute simple. La science ainsi comprise, bien loin d'être une négation, serait donc, au vrai, une révélation; ce serait 1 ..• voile du sensible écarté pour faire voir l'intelligible ; les ombres de Platon dégagées pour communiquer avec l'Idée; Ce serait le monde réel oublié, et la pensée de Dieu descendue en nous. Et alors, de cette pensée au Penseur éternel, la transition serait facile. Après la science, la philosophie viendrait. Elle prendrait cette loi, qui serait celle du monde, et elle se demanderait : d'où vient-elle? Une telle fécondité de ressources, une généralité si féconde la mettrait sur la voie de la simplicité parfaite, qui ne serait plus que d'un échelon auessus d'elle. Reconnaissant que cette loi est si haute uil n'y en a pas d'autre qui la domine, elle la verrait ouchant à Dieu.

C'est Dieu lui-même, s'écrierait-elle, qui a donné à ette loi des êtres une virtualité si grandiose ! Aucune ntervention nouvelle n'est nécessaire désormais; mais 'est parce que la première aété souveraine! Dieu a créé a semence du monde ; il l'a jetée dans l'espace, et tout uit. Mais il fallait former la semence !

Il n'y a qu'une œuvre divine dans son principe qui misse se passer de Dieu dans son cours.

J'ai à mentionner maintenant, pour être complet, une i d'athéisme qui se croirait volontiers nouvelle — Ille ne l'est pas; car peut-on rien trouver de nouveau en areille matière ! Il est même frappant de voira quel oint les routes de l'erreur ont été de bonne heure exploées, et combien elles sont peu nombreuses. Il y a beau- <>up de gens dans l'erreur ; mais le nombre des doctriest restreint, et il a été complet dès les premiers pas e la science. Citez seulement trois noms, parmi les preliers philosophes, et vous avez fixé toutes les tendances

fondamentales. Démocrite, Parménide, Anaxagore : cette irinilé, au fond, résume tout, et elle remonte à vingtquatre siècles! C'est dire que l'esprit humain est toujourj le même, et que l'Ecclésiaste avait bien raison quand il écrivait: « Qu'est-ce qui a été ? c'est ce qu Qu'esn

ce qui s'est fait ? c'est ce qui se fera. Rien de nouveau sous le soleil ! »

En effet, Démocrite, avec ses atomes et ses combinaisons d'atomes, représente fort bien, ce me semble, surtout si Ton y joint Empédocle, l'état d'esprit des évolutionnistes matérialistes dont je parlais tout à l'heure. Anaxagore, avec sonIntelligenceordonnatrice,c'estnous, les partisans deDieu, etquantà Parménide le panthéiste] c'est le patron tout indiqué de la philosophie allemande, que certains ont cru bon d'acclimater chez nous, parce que sans doute ils trouvaientl'esprit français trop précis, trop ami de la lumière et du bon sens.

Je ne veux pas m'enfoncer et enfoncer le lecteur dans ces obscurités du panthéisme évolutionniste. Je n'ei dirai qu'un mot, destiné à montrer à quoi l'on est réduit, quand on répugne, d'une part, au matérialisme grossier, et que cependant on est décidé à frapper à toutes les portes, excepté celles où Ton pourrait voir Dieu se montrer.

La philosophie dont je parle, celle de Hegel en Allemagne, de Vacherot en France, et d'un bon nombre d'autres inutiles à nommer, consiste à reconnaître dan:-. le monde une finalité, c'est-à-dire une loi d'organisation et de progrès ; seulement, au lieu d'en chercher la source dans une intelligence, on la place en l'air, comme Taine. C'est un « axiome » qui se prononce « au suprême sommet des choses », et il parait que «le retentissement prolongé de cette formule créatrice produit, par ses ondulations inépuisables, l'immensité de l'univers »!

Ou bien, et le plus souvent, on place cette loi d'organisation dans les choses mêmes.

C'est alors ce qu'on appelle la finalité interne, la fina-

lité immanente ', c'est-à-dire une tendance aveugle, inconsciente, une volonté de progrès qui ne se connaît pas, et qu'on charge néanmoins de conduire le monde, à partir du néant ou de quelque chose qui lui ressemble fort ; à travers tous les degrés de Fètre, de la vie, de la pensée, jusqu'à un état final qu'on envisage de diverses façons , mais qui pour quelques-uns n'est pas éloigné d'être l'infini en personne, Dieu.

« Tout est possible, même Dieu ! » dit l'un de ces philosophes. C'est Renan qui a prononcé cette belle parole. Il suffit que les choses tournent bien pour que, peutêtre, un jour, Dieu existe. Et en attendant, il se fait; l'Etre est en marche. Il a déjà franchi plusieurs étapes, puisqu'il a passé du chaos primitif au règne de la chimie inorganique, de celle-ci à la vie, de la vie à la sensation, de la sensation à la pensée. Il travaille en ce moment à prendre possession de lui-même dans l'intelligence de l'homme. C'est nous, eh effet, qui en sommes, u moins ici-bas et jusqu'ici, la plus parfaite incarnaion; mais rien n'empêche qu'il n'arrive, par nous ou en ehors de nous, à des incarnations plus hautes. L'esprit )eut prendre un jour le gouvernement du monde, dit lenan, et quand ce gouvernement sera absolu, la coneption spiritualiste sera réalisée, Dieu existera. Si le lecteur comprend quelque chose à cette logomaîie, je l'en félicite. Pour moi, je confesserai sans détour ue je n'y comprends rien, ou si je comprends quelque îose, c'est que cela est absurde, que cela est le renvcrement de la raison, la ruine des notions les plus claires t les plus fondamentales de l'esprit.

Ne voit-on pas, en effet, à quoi nous acculent des coneptions semblables ?

i. Anaxagore avait bien vu que l'Intelligence qui se manifeste uis le inonde ne saurait être immanente au inonde, mais devait re séparée de lui, afin de le dominer et d*y jouer son rôle. « Toutes s autres choses sont des parties du tout, disait-il, tandis que 1*1 nlligence est infinie, indépendante, sans mélange, seule en elleôme et par elle-même, m elle n'était pas indépendante, mais unie . . ce mélange L'empêcherait de dominer et de voir indésndamment, comme elle le l'ait étant elle-même.

(.Fragments, Cl.)

f30 LES SOURCES DE LA CROYANCE EN DIEU

Ou place Dieu au bout de révolution : c'est i'ort bien ; la . oncession es1 admiratftel Encore tout le monde ne la fait-il point; plus d'un préfère,'avec Vfceherot, concevoir Dieu comme un idéal qui se détruirait luHmême à vouloir exister. Mais laissons cela. Quoi qu'il en soit de ce qu'on mel au bout de l'évolution, je demande ce qu'on me1 à la base : il faut pourtant bien qu'on réponde, on ne peut pas supposer une évolution sans principe.

On me répond par une loi de progrès ; mais je répéterai encore — il faut bienquese répètent lessolutions autant de fois que les erreurs se produisent — je répéterai! dis-je, qu'une loi, ce nVsi pas une cause. Une loi, expression systématique d'un fait,rien de plus,etquand par exemple j'ai dit avec Newton que tous les corps i endent à se rapprocher les uns des autres , conformémeil à une formule connue, j'ai expriméla loi de la gravitation, mais je n'ai pas expliqué la gravitation.

11 reste à dire pourquoi les corps se rapprochent ainsi

tes ffnfi des autres', et des savants ont pâli sur cette quegj

. et ils ne la résolvent pas; mais du moins ils avouent

qu'elle existe. De même, quand il s'agit de la marche

raie du monde. Mettre en avant la loi de progrès

c H St exprimer un fait, ce n'est pas rendre compte d

fait. La question reste tout entière. Qu'est-ce qui selii-

celte marche en avant de la nature? Qu'est-ce qui la

pousse ou qui l'attire dans cette direction plutôt que

dans celte autre, plutôt vers l'ordre que vers le chaos?

Dira-t-on que c'est le but à atteindre, l'idéal à réaliser? ÎSous le disons aussi ; seulement nous plaçons cet idéal et la conception de ce but dans une intelligence, parce que nous savons que si le but est la cause des causes, comme, disaient les anciens philosophes, cette cause des ca ne peut agir qu'à la condition d'être conçue par quelqu'un. C'est par l'intermédiaire de l'intelligence que le but est cause de sa propre réalisation. Mais s'il n'y a personne !.. Quelle action peut avoir un but, si on ne le connaît pas? Et depuis quand un idéal peut-il agir sans être l'idéal d'un esprit? Ou nous ne comprenons rien, ou nous comprenons avec évidence qu'une idée, un but ne sau-

LA NÉCESSITÉ d'EXPLIQCEB L'ORDRE 131

rail être une chose primitive. Une idée est par nature une chose conçue : où est le sein ? — une lumière : où est le foyer ?

Nous dira-t-on encore, avec quelques-uns, dans un style apocalyptique, que c'est « l'idée qui se cherche ellemême à travers les tâtonnements de l'instinct»? Mais, ou cela ne veut rien dire, et je le crains, ou cela signifie que l'idée travaille avant de venir au monde; qu'une évolution intelligente se produit avant qu'aucune intelligence soit éclose ; que l'ordre préexiste à la pensée qui doit le concevoir, et que c'est lui, Tordre, qui est chargé de produire l'ordonnateur.

C'est-à-dire que nos idées vont la tête en bas; c'est-àdire que le parfait a pour cause propre l'imparfait ; que l'organisation a pour cause le chaos, et que l'être, en un mol, dérive du néant comme de son principe.

Si cela sourit à quelqu'un, libre à lui ; mais j'en doute, et quant à moi, je n'arrive pas, je l'avoue, à m'élever jusqu'à cette sublime philosophie. Je trouve franchement ■bsurde ce que certains proclament, aujourd'hui, être le dernier mot du progrès. Je crois avec la philosophie du bon sens, mise en formule par Aristote, que « l'acte précède la puissance », comme il disait, c'est-à-dire que l'être précède le devenir, et le règle; c'est-à-dire qu'antérieurement à révolution il faut supposer un principe qui renferme virtuellement en soi tout ce qui en doit sortir, et c'est ce que nous faisons en reconnaissant la Cause première. Mais cette évolution inconsciente, et cependant intelligente, puisqu'elle produit un ordre et qu'elle s'achemine vers l'idéal suprême de cet ordre ; cette organisai ion qui se réalise toute seule, sans qu'on sache pourquoi, sans que personne l'ait voulme ni rêvé"; ce qui a produit ma raison attendant celle raison pour se comprendre soimême; le. nature aveugle créanl elle-même son juge, et [toute son industrie se dépensant à forger son propre

liroir. —de sorte que cette nat ure admirable, pour qu'on Isache qu'< lie es! admirable el qu'elle poursuit un but, devra un jour, comme par hasard, se dépasser elle-même

dans Tune de ses créations appelée l'homme, et il ne sera reconnu enfin qu'elle est esprit que le jour où l'homme, sa frêle créature, lui aura dit : Tu es esprit : je demande ce qu'on pense de telles doctrines!

Pour moi, je pense que c'est là un de ces paradoxes où peut se complaire un quart d'heure un cerveau subtil; mais répondre ainsi à la question de Dieu, à cette question redoutable, à laquelle est suspendu notre tout, c'est manquer de sérieux, ce me semble.

Quand j'entends un homme s'exprimer ainsi, je me demande invinciblement s'il se moque de moi, ou de lui-même, ou bien alors s'il a pris le parti d'ériger la folie en système et la divagation en philosophie.

Concluons de tout ceci que les adversaires de Dieu sont sans prétexte, soit pour nier l'ordre qui éclate dans l'univers, soit pour l'attribuer à autre chose qu'une pensée consciente d'elle-même, antérieure au monde, supérieure à lui, capable d'en prévoir et d'en disposer industrieusement la marche, responsable, par conséquent, de ce qui éclôt et de ce qui périt ; mais assez profonde en sa sagesse et assez armée de puissance pour faire de toute perte apparente un gain, de toute mort une source de vie meilleure, de tout retard et de tout mal le princip d'une marche en avant plus puissante, d'un épanouisse ment plus large, d'un progrès plus durable et plu grand.

« C'est sous la direction du divin ouvrier que les espèces poursuivent leur évolution à travers les âges » dit un grand paléontologiste (A. Gaudry).

« Tout porte l'empreinte d'un même dessein; tout doit être soumis à un seul et même être, » disaf autrefois Newton. Et l'un des plus grands naturalistes modernes, l'illustre Agassiz, répondant d'un mot à la question que nous venons d'examiner, écrivait : « Le monde est la manifestation d'une intelligence aussi puissante que féconde, la démonstration claire de l'exis-

tcnce d'un Dieu personnel, premier auteur de toutes choses, régulateur de l'univers. »

Terminons sur ces belles paroles notre étude de Dieu cause du monde.

C'est un sujet qu'il me plairait de poursuivre — ou d'entreprendre, si Ton veut, car je n'ai fait que l'indiquer. Et ce serait une vision splendide que celle de cet univers gigantesque, évoluant, avec une majesté tranquille, sous le regard qui illumine ses voies; sous le gouvernement de cette intelligence qui d'avance fixa, en sa pensée éternelle, les étapes que son œuvre immense doit fournir, le terme où elle doit toucher, noyant dans la splendeur de ce rêve tout de lumière les ombres que font surgir au cours des temps les impuissances de la matière et les procédés mêmes du progrès. Il y aurait de quoi nous extasier et nous élever à des pensées bien utiles ! Il faut passer. La carrière est longue ! Nous n'avons encore étudié que deux des motifs de l'humanité pour croire en Dieu, ou même un seul, en nous reportant à notre classification première.

Ce motif général était, disions-nous, la nécessité d'expliquer le monde. Mais après le monde il y a l'homme; après l'homme, la société : il faut presser la marche et faire que le suffisant nous suffise, même en un sujet infini.

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