‹ Les sources inédites de l'histoire du Maroc de 1530 à 1845Chapitre 101 sur 362 · Cf. infra. Doc. C\\l\. p · texte numérisé non relu

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6. .\vaiit que cela ei'lt fait l'objet d'aucune stipulation écrite, l(!s marchands chrétiens avaient mis comme condition de leur venue dans les ports barbaresques le libre exercice de leur religion : de là, dans les maisons des consuls, l'existence do chapelles où les esclaves eux-mêmes étaient parfoisadmis. Cf. DAN,éd.princeps, p. 432.

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claves & autres qui s'y purent treuver, le nombre desquels n'eloit pas petit.

Si ces pauvres captifs curent de la joye à la veue de ces bons Pères, je le laisse à penser. Car, outre que leur vie exemplaire est un motif puissant d'une consolation véritable, leur habit, par sa bénédiction qu'il a reçue du Ciel, jette une alegresse dans les cœurs, qui ne seroit pas croyable si elle n'etoit ressentie tous les jours. Que si cela est certain, malgré 1 usage, qui en est commun, jusques à quel poinct parut celle qu'ils causèrent en ces pauvres chrestiens, languissans sous le faix de plusieurs misères, éloignés de leurs pays, de leurs connoissances, chargés de cliaines, à demy consommés de la faim, faute de nourriture, & leurs langues atachées au palais de la bouche, par l'ardeur de la soif violente qu'ils soufroient dans l'obscurité de leur prison ! Ce peu de pain iS: d'eau qu'on leur distribuoit chaque jour servoit à les faire languir, plustôt que pour les faire vivre. Certes l'invention est étrange à prolonger un suplice.

Le plus sensible de leur alliction etoit d'être privés de la pâture spirituelle iS: de n'avoir personne qui la leur distribuât, quoy qu'ils la demandassent.

Cette allégresse ne fut particulière à ces pauvres captifs, elle ressemble à la chaleur, qui se dilate aisément : aussi elle s'étendit si fort entre eux qu'elle devint publique, d'où naquit une confiance qui donna la liberté aux François d'ébaucher quelque commerce. Les Mores alloient aux navires avec franchise, & les François en terre avec seureté. Quelques jours s'etans passés de la sorte, on eut tout sujet de se promettre un succès avantageux de l'entreprise. Ce qui confirma cette créance fut que le sieur Cizifaré ', gentilhomme more qui avoit été en France, comme nous avons dit, aporta un passe-port du Roy en bonne forme, signé de sa main >k scellé du sceau des armes de Sa Majesté, par lequel il promettoit " au commandeur de Razilly »S; aux siens asseurance dans ses Etats \

1. Sur ce gentilhomme maure, V. supra. rendre auprès de lui, mais il aurait limite à p. 100, note 6. deuilenombredespersonnespouvantdébar-

2. Le texte porto: permetloit. quer. Saint-Mandrier écrivit dans ce sens

3. D'après Cespedes, le Chérif ainait au Chevalier ; mais les gens de Safi ouvriaccordi' à Razilly un sauf-conduit ])Our se rent et retinrent sa lettre, envoyant seule-

HISTOIRE DE LA MISSION' DES Pl>. CAl'UCINS AU MAROC I G"

Sur cette foy publique, il descendit à terre avec les trois PP. capucins, suivy de (rente person nés les plus considérables de son équipage, bien couverts à: en bon ordre, à dessein d entrer dans la ville de Maroque" avec éclat, pour de là rendre ses respects au Roy & luy proposer le dessein de son voyage, présentant ses pouvoi^-s. 0 traliison étrange, qui n'a pu naître que d'un esprit barbare ! Aussi il est certain que la mauvaise foi combat ouvertement les principes de nostre nature. Comme il ariva au consul Cornélius Asina, qui fut opprimé par les Carthaginois, l'ayant appelle sous prétexte de vouloir parlementer, se saisirent de luy avec une visible preuve de la perfidie des Africains, aussi après une asseurance si autentique, le gouverneur de Safy, qu'ils pcnsoient estre veim pour les recevoir au nom du Roy son maistre, les aresta tous prisonniers, les ayans dépouillés de tout ce qu ils avoient de meilleur. On les fait monter à cheval, & liés, furent conduits captifs dans l'armée du Roy, au milieu de son camp, qu'ils appellent en leur langue LuIiikiIkiIu, \ furent logés dans une tente assés proche de celle du Prince, où on les pourveut des choses nécessaires pour leur vivre à la façon du pays. En cet état ils purent dire, comme de celle célèbre Académie de Grèce, pour grande & peuplée que fût la ville, elle n'eloit pas moins une grande solitude. Aussi ces prisonniers se treuverent dans un désert à la cour d'un roy \ au milieu d'une armée ; là ils furent abandonnés ; aucun de la Cour n'osoit les visiter. Quelques pauvres Arabes y venoient en cachette, ne voulant pas y être reconnus, quoy que ce ne fut par humanité, mais en espérance de quelque profit. Ils coiitre-

mcnt à Razilly le sauf-conduit. Entre temps sonnerie de.s cloches, il fat surnommé par

ils excitèrent Moulay Zidàn à la défiance : les Moriscos ; Zi/-7'V/;!7iC'«mprm(;ro. La cloche

les vaisseaux de Razilly, d'après eux, étaient de l'.Vngelus, Tarkeiujlocke , introduite en

d'une grandeur inaccoutumée ; ils avaient à i/jij6 parle paj)o Calixte III pendant le

bord de nombreux et brillants soldats, ainsi siège d(^ Belgrade par Maliomet II, devait

que des moines qui apportaient des cloches être particulièrement désagréable à des

{llistoria de D. Felipe IV..., p. 5o6). — On oreilles musulmanes. — .Vu Maroc, les mis-

sait que l'usage des cloches est réprouve par sionnaires, dans l'exercice de leur ministère

les musidmans. La capitulation donnée par auprès des captifs, se contentaient d'imiter

le klialifaOmarhen el-lvhattab aux chrétiens les muezzin et ils appelaient les fulèlcs à

de Jérusalem portait: « Us ne sonneront la prière par la salulatiun : .lie Muria,

l)as leurs cloches, ils se contenteront de les hermanos.

tinter. » Quand, après la prise de Grenade, i. Dniis la ville de Manv/iie. Il f.iut [iro-

le cardinal Ximenès rétablit dans la ville la habh ment ent<!idre : dans Safi.

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faisoienl les officieux, pour leur aporter des nouvelles qui bien souvent n'étoient pas véritables ; ils les inventoient pour servir de prétexte au petit gain qu'ils en prelcndoient : ce peuple est extrêmement mercenaire.

Ce fut en celle ocasioii où le /ele du P. Pierre commença de produire SCS premiers éclats, aiiliiKiul ses compagnons dans cet essay de soufrance par l'exemple de sa constance ik de ses paroles. Comme il vid que cette captivité n etoil pas pour finir bien tùt, il distribua le temps en divers petits employs, afin d'adoucir leur peine par cette innocente tromperie. Ils avoient les heures destinées pour taire leurs prières en commun, sans préjudice de celles que les Pères avoient choisies pour leurs dévotions particulières.

C'est dans les petits sujets, comme celuy que je vais dire, quon peut remarquer les plus grandes merveilles de la Piovidence. Un jour, le Roy passant assés près de la tente de nos prisonniers, à l'heure qu'ils faisoienl les prières publiques, le P. Pierre, qui avoit la voix belle, chanloil les litanies de la Vierge; Sa Majesté s'aresta pour l'entendre & en témoigna l)eaucoup de satisfaction, de sorte que souvent il soulageoit son esprit par ce divertissement, ^: s'y rendit si assidu qu'un jour, le Père ayant discontinué de chanter, le Roy leur en envoya commander la continuation, les asseurant du plaisir qu'il en recevoit.

Monsieur le Commandeur, sortant un soir entre les autres, & le P. Pierre avec luy. hors la tente, d'où ils s'éloignèrent un peu, s'entretenant sur les efcts miraculeux de la Providence de Dieu, qui conduit souvent ses ouvrages à leur perfection entière par des moyens contraires à nos raisonnements iS: à nos prévoyances; et ce discours fini, le Père Pierre, par un mouvement dune ferveur extraordinaire, dit à ce bon chevalier qu'il le conjuroitde se résoudre d'estre serviteur de la Mère de Dieu. Et comme si c'eût été un oracle du Ciel qui luy eût fait ce commandement, il fait vœu de servir éternellement une si grande Reyne. Ce vœu ne fut pas plustôt achevé qu'un homme qu'ils ne connoissoient point se mit au milieu d eux, qui leur dit : « Rejouissés-vous, le Roy a résolu de vous renvoyer en France. » A l'instant il disparut, sans demander recompence, comme c'est la covitume de ce pays pour le moindre service. Je ne décris point leur etonnement pour le persuader; il est trop aisé à

croire, d'autanl plus que moins ils y reconnoissoient d'aparence. Ainsi se relirercnt-ils avec leurs compagnons.

Mais ils le furent bien d'avantage le lendemain au matin, qu un alcaïde les vint treuver de la part du Roy, pour leur proposer sa bonté »k sa clémence, qui. encor que Sa Majesté sceût leur mauvais dessein, il leur oITroitla permission à quelques-uns de retourner en France pour faire entendre le sujet quil avoit de se pleindre des François v^ en raporter la satisfaction, que pour cet efet il leur commandoit de choisir ceux qu ils vouloient envoyer tV leurdoniieroit passe-port. 11 est vray qu'un Provençal en bonne posture près de ce prince', piqué de jalousie, luy avoit persuadé que les noires dévoient aiiver à dessein de surprendre Safy, sous prétexte dune proposition d'alliance entre les deux couronnes. Monsieur le Commandeur, étonné de ce raport autant que des ofres, repartit qu'il suplioit très-humblement le Roy luy permettre l'honneur de le saluer lV que Sa Majesté connoitroit à son visage, par sa science de physionomie, en laquelle il étoit expérimenté, s il avoit 1 esprit susceptible dune lâcheté pareille ik d'une trahison si honteuse. Cette proposition succéda avec grand heur, comme nous dirons.

Tandis que lalcaïde fut faire son raport au Roy, nos prisonniers se mirent en devoir de choisir ceux qui retourneroient, selon les ofres qu'on leur a^oit faites. Monsieur le Chevalier proposa le P. Pierre, «^ luy monsieur le Commandeur", ce qui fut suivy du sentiment commun. Mais ne pou\ant s'y résoudre, le P. Pierre dit qu'il faloit deniander à Dieu <[u il luv pleut leur faire connoitr'e sa volonté. Ils in\oquerent le Sainct Esprit. Leurs prières achevées, cliacun continua dans son premier avis, que monsieur le Chevalier y devoit aller, avec Frère Rodolphe d'Angers, le troisième des PP. Capucins, >K: son valet de chambre.

Celte resolution prise, ils attendirent celle du Roy, qui. ayant agréé la ic|)artie du Commandeur, luy envoya la permission pour le venir lieu ver. En efet il y fut, &forl hienrcceu. Ce Prince reconnut

I. Ce Provftiirnl on bonne posture prrs Sanit- Mandrier n'aui'ait pas vir tel rpie le

de Monlay Zidàii est Saint-Mandrier. Sur raconte Cf.spfdus. Cf. SH/)ra. p. io('),notc3.

ce persoiHiage, V. supra. Introduction, no- 3. Jj 'auteur désigne Isaac de Razilly dans

tice biographique. — On voit tpie, d'a])rés la même phrase sous deux titres différents,

le P. François d'.Vngcrs, le rôle joué par celui do chevalier et celui de commandeur.

1 lô ifia.l-ins'i

une si grande ingénuité sur le visage de ce Chevalier qu'il luy donna pouvoir, sur sa parole, de retourner en France faire éclater ses pleintes à la Cour contre un certain François, qui se disoit envoyé du Roy, quilacusoit d'un vol considérable, d'autant que, se voyant assiégé d'une armée si puissante qu'il eut sujet de creindre d'être chassé de ses Etats, dans cette appréhension il luy confia pour un million d'or de pierreries ik un grand nombre de volumes d'une rare l)ibliothecque, pour aporter en France, afin d'y conserver le tout'. Ce pauvre homme, faisant sa route, fut rencontré d'un vaisseau d'Espagne qui se rendit maistre du trésor, après l'avoiretédu navire. Le roy de Maroque croyoit que ce fût un fourbe & en demandoit la réparation comme d un vol >k d'une perfidie. Sa Majesté fist délivrer au sieur Chevalier un mémoire de ce que Sa Majesté prelendoit pour réparation de cet afront insigne A: le dédommagement d'une si notable perte'. Il y a une circonstance qui rend ce crime plus énorme, de ce qu'il fut commis sur la foy publique, ce qui choque le droict des gens, qui a toujours été religieusement observé &: tenu avec grand respect dans toutes les nations de la terre.

Monsieur le Commandeur partit de ^laroque^ avec passe-port & les instructions du Roy. Il mena avec luy F, Rodolphe d'Angers, religieux ca[)iicinlaïc, le troisième de ceux qu'il yavoit menés, >kun ou deux des siens. Il arivaen France par la Holande, A son retour, il rendit compte au Roy, à Son Eminenee, & au R, P, Joseph de tout ce qui s'etoit passé, des propositions de Sa Majesté de Maroque, qui furent jugées raisonnables. Mais avant de découvrir l'issue de cette négociation (aussi fut-elle longtemps à se résoudre, à cause des guerres civiles qui travailloient la France, le Roy ayant à cet efet des armées sur mer & sur terre, tous les vaisseaux du Roy étoient employés, dont le nombre étoit lors bien petit), il faut retourner à Maroque treuver les RR, PP, Pierre >S; Michel, dans la prison où nous les avons laissés avec plusieurs autres François de l'équipage

I. Il s'agit ici du capitaine Castelane, 2. Le mémoire où Moulay Zidàn expo-

Moulav Zidàn lui avait confié son trésor et sait ses revendications n'a pu être re-

ses livres pour qu'il les transportât à Aga- trouvé.

dir et non en France, comme le dit inexac- 3, De Marocjue. Entendez: du Maroc,

tement l'auteur. V. sur cette affaire, /" Isaac de Raziilv dut partir en novembre

Série, France, t. II, p. ôii. Sommaire. 1624. V. infra, p. i3o, noie 4.

de monsieur de Razilly, comme nous avons dit ; aussi bien font-ils le principal sujet de celte histoire.

Bibliolhhque Nationale. — Impriméx. O^j 1 1'3. L'histoire de la mission des Pères capucins de la province de Toureine au royaume de Maroque... ', pp. 139.

i . l^f titre complet de cet ouvrage est : L'histoire de la mission des Pères capucins de la province de Toureine au royaume de Ma rogue en Afrique, parles ordres du H. P. Joseph de Paris, prédicateur capucin, commissaire apostolique des missions étrangères. Ce volume in-S" parut à Niort en i644, sans nom d'autour, mais une lettre placée

en tète, datée de Niort i""' juin i644 et adressée au R. P. Michel de Nevers est signée : F. F. D. A. C. I. (Frère François d'Angers, Capucin Indigne). D'ailleurs le permis d'imprimer qui se trouve en tète de l'édition prlncips, daté de Rome, 20 juin 1643 est adressé à : Francisco AnJccavensi.

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