HOC
// a obtenu du roi de France la somme promise par Razilly au Chérif poarle rachat des captifs. — • Razilly est retenu en France par le sercice de Sa Majesté. — Bonnes dispositions de Louis \lll à l'c<jurd île Monlay Zidàn. — Le P. Pierre encourarjera les captifs et les assurera de l'aide du roi de France.
S. 1., 2y novembre lOiti.
Mes très-intimes amis & très-chers compagnons en l'œuvre de Nostre Seigneur.
Je ne vous puis exprimer la consolation que reçoit nostre Très-R. P. General & plusieurs de nos provinces de voir vos courages (Si fermeté.
Or, pour en venir au point de vos afaires, je vous dire que j'ay été longtemps grief vement malade 6c que depuis mes dernières lettres
HISTOIRE DE LA MISSION DES PP. CAPICINS AI' MAROC I Iq
les troubles du royaume se sont accieus. Monsieur le ciievalier de Razillv et moi n'avons cessé de soliciter et, nonobstant toutes ces dificultés, nous avons obtenu du Uoi la somme promise par monsieur le ciievalier de Razilly au roy de Maroque. Je vous asseure. en vérité, que l'afaire est en ces termes que le Roy en a déjà lait et aprouvé le don pour les pauvres captifs en son conseil d'Etat, lequel don est aussi aprouvé et vérifié au conseil des Finances.
Cela étant, la chose est asscurée. ik ce qui reste maintenant à faire est de lever les deniers et relirer les assignations ' . De bonheur, le surintendant" est grandement de mes amis, généreux et pieux ; le controlleur ne l'est pas moins ; ainsi toutes choses concourent assés bien. Sans ma maladie, au lieu de cette lettre vous aurlés vostre argent. Or. maintenant, je ne perdre aucun temps pour votre commune délivrance. Monsieur le Chevalier, toujours occupé & commandé par le Roy, a été employé pour son service en tous ces rcmumens, iS.:. outre qu'il n'a pu, étant retenu par Sa Majesté pour les raisons susdictes, il n'a pas jugé utile d'aller, les mains vuides, trouver le roy de Maroque. qu'il aime & honore parfaitement.
Une dificnllé a retenu longtemps messieurs du conseil du Roy, considérant qu'il n'était de su dignité de payer cette somme comme pour rançon & que cela ne doit estre entre deux grands rois où la courtoisie mutuelle doit avoir lieu\ Aussi Sa Majesté ne prétend pas que le roy de Maroque reçoive celle somme que comme un témoignage d'amitié singulière que désormais elle veut luy porter.
L'on est icy très-marry des sujets de mécontentement que le roy de Maroque a reçeu des méchants & infidèles Français indignes de ce nom ; mais quand toutes choses seront pacifiées, nostre roy est disposé à témoigner tant de bienveillance à: rendre de si bons efels, aux ocasions, au roy de Maroque, qu'il aura sujet de se louer de la générosité & fidélité des Français, entre lesquels monsieur de Razilly a une passion si extrême de servir le roy de Maroque et le peut faire si utilement en ses guerres civiles (jue sans doute le
1 . Assignations, sommes que lo Roi don- ral des finances (ifiaG-iôSa).
nail à prendre sur ses fermiers ou sur son 3. Les rois de France, au moins dans les
Trésor. actes officiels, n'admettaient que l'échange
2. Le snrinlrndnnl, .Vntoine (loilTier de des captifs et ne voulaient pas être obligés Ruzé, marquis d'ElTiat, surintendant gêné- îi payer une rançon.
malin esprit y a aporté les mauvaises rencontres que vous y avés éprouvées'. Si Dieu vous laisse la vie, vous pourrés vous expliquer plus au long au roy de Maroque sur ce sujet & plusieurs autres plus importans à son service.
Il est vray que moy-même, vous envoyant vers ce roy, renommé pour plusieurs grandes parties que l'on dit estre en luy, je me suis senti touché d'un mouvement fort particulier de le servir, & vous savez que sans cela je ne vous eusse pas envoyé au milieu de tant d'hazards, vous aimant chèrement comme je fais. Enfin, s'il plaist à Dieu vous conserver la santé & la bénignité du Roy d'y concourir, je me promets qu'il en arrivera du bien.
Vous asseurerez ces messieurs qui sont avec vous, et les autres pauvres captifs françois, de la bonne afection qu a nostre roy de les aider. tS; les conjurerés de se consoler «Si fortifier en l'espoir de Dieu et de leurs amys. Vous leur pouvez remontrer combien ils seront consolés, retournant dans leur pays, d'avoir montré de la constance & combien cela les rendra dignes d'honneur & d'être employés en de bonnes occasions, chacun selon sa condition.
Je ne vous envoyé point de livres, puis que je croy que vous scrés bientost rachetés. Que si après cela le roy de Maroque trouve bon que vous demeuriés en son pais pour le servir, pour faire voir la diference qu'il y a de vostre genre de vie & de vostre sincérité & simplicité avec les santons, souvent rebelles à Sa Majesté, contre la loy de Dieu & le droict commun, alors je vous enverré tout ce que vous aurés besoin.
Voila une partie de 1 employ du R. P. Joseph à la Cour'. Que l'on demande maintenant ce qu'il y i'aisoit 1 Le reste se verra en d'autres ocasions. Je ne sçay pas positivement le temps que les
I. Ce passage semble ctîiblir que le che- 2. On reprochait au V. Joseph de trop
valicr de l^azilly avait autrefois otVert ses vivre à la Cour et de négliger les devoirs
services à Moulay Zidàn pour combattri' les de son état. Le P. François d'.\ngers fait
rebelles du Maroc. Cf. p. ad, note 3 ; encore allusion plus loin à ces reproches
pp. 100 et 3i5, note 2. V. infra. p. S^g.
Pères receurent cette lettre ; mais je conjecture qu elle fut leceuë l'année suivante, peu avant ranivée du F. l\odolplie. capucin, qui y lui renvoyé, comme nous dirons c\-après.
Les maux que nous ressentons en ce monde ne sont jamais si extrêmes qu'ils ne nous laissent quelque moment libre pour prendre un peu de respit. C'est comme une surseance d'armes entre deux combatans, pour rentrer dans la lice avec plus de vigueur. Le R. P. Joseph, qui ressentoit l'esclavage de ces Pères avec des tendresses que je ne puis exprimer qu'en le comparant à cette mère légitime de l'cnianl que la marâtre vouloit partager, par une jalousie plus que barbare, car vrayement ces entrailles lurent émeues sur son fils, et le sentiment pressoitce grand homme de treuver les moyens pour les aracher des prisons de ce tyran. En efet, il renvoya, en l'année 1627. à Maroque Frère Rodolphe, capucin, duquel je vous ay déjà [jarlé, pour leur porter des commodités Cjui leur étoient plus nécessaires.
Il ariva à Mazagan. qui est un port que le Roy Catholique tient en ces côtes de Barbarie, en\ iion le mois de juin de cette année, >k ne luy fut possible de passer outre, quelque instance qu'il en fisl au Gouverneur, qui ne luy voulut permettre. La nouvelle de sa venue l'ut portée jusques à la cour du roy de Maroque, ce qui ne fut pas peu utile. Car ainsi il reconnut asseurement cpie 1 on travailloit à l'exécution des promesses que luy avoit fait monsieur le Commandeur, ce qui l'ôta de l'erreur dans laquelle il éloit que l'on n'y pensoit plus, & servit aussi à relever l'esprit abatu de tous les pauvres captifs, & principalement des gentilsbomnu's frunrois (pii avoient suivy ce brave chevalier.
Les nouvelles sont comme les boules de neige, qui se grossissent à mesure qu'elles roulent dessus, car elles s'augmentent aussi en passant dune persoruie à l'autre. De la veinie de Frère Rodolphe, on conjectura qu'il aportoit les présents pour le Roy &i le rachat de