I. Celte iliite est placée en marge dans l'édition princeps
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tous les esclaves ; ceux-cy se rejouissoient. \' le Roy y treuvoit à redire c[u'on eût pris ce moyen & qu'on se fût servi de ses ennemis pour l'aire la paix avec luy'. Ces bons Pères ne furent pas moins réjouis de la venue de leur ancien compagnon que les autres captifs l'étoient du secours qu on leur envoyoit par son moyen.
Ce qui leur toucha d avantage le cœur fut de considérer les efets admirables de la tendre afcction qu'avoit pour eux le R. P. Joseph. Leurs lettres sont pleines des ressentimens qu'ils en avoient, du soin oITectif qu'il prenoit pour les soulager, en l'attente qu'il se promeltoit de leur entière liberté. Mais ce qui les mit dans le ravissement, c'est qu il les asseuroit que, si la hberlé commune de tous les esclaves ne se pouvoit ménager, il étoit résolu de ne rien épargner pour réussir en la leur particulière. Jay rencontré un lambeau de lettre que le R. P. leur en écrivoit : je pense qu'il en manque deux pages; le reste commence ainsi, au milieu d'une période :
Lettre du P. Joseph aux capucins captifs au Maroc.
fl s'est occupé de concert avec le chevalier de Razilly d'envoyer des secours aux Pères capucins captifs à Merrakech. — Le capitaine de la patache affrétée pour cet objet s'est livré à des actes de piraterie au lieu d accomplir sa mission. — Le P. Joseph a eu alors recours aux bons soins de Samson Napollon qui s'est enç/afjé à faire parvenir d'Abjer des secours aux capucins et même à payer leur rançon.
Vous vous souviendrés que les prémices de nostre Ordre, offertes à Dieu en sacrifice de louange, commencèrent par Maroque. & puis cette ferveur s'étendit en plusieurs autres lieux. Ainsi pourrons-nous dire cstre arivé en ce dernier temps : car vous verres combien les Missions se sont dilatées depuis vostre parlement. Nous avons main-
I. Il faut, entendre que le Cliérif était Espagnols. Moulay Al)d el-Malck finit froissé qu'on voulût traiter avec lui par la d'ailleurs par consentir à ce que la négovoie de Maza^an et de ses ciuiemis les riation se fit à Mazafran. V. p. 166.
IIIPTOinE DE Z\ ■MISSION DES PP. CAPUCINS AU MAROC
tenant quatre de nos l'eres logés dans Constantinople, avec une belle église >k un joly auspice, que les Clirestiens de ce lieu-là leur ont donné. Ils y sont dés le septième juillet de Tannée passée. . .
Jajouteré que l'on a eu soin de vous aider en vostre nécessité de vivres en plusieurs sortes. Il v a plus de six mois que monsieur de Hazilly envoya une pataclie pour aller à Maroc, qui portoit argent >S>: meubles nécessaires. Celuy qui la commandoit étoit tenu pour fort homme de bien, ik cependant ce mauvais homme ne fut pas sitôt en mer qu'il se mit à voler les sujets du Roy, les vaisseaux duquel le poursuivirent de telle sorte qu'il fut contraint de se sauver dans un esquif, ik, laissant la barque à l'abandon, elle fut pillée.
J'ay aussi usé d'un autre moyen qui est que le Roy, ayant obtenu du Grand Seigneur que les cajififs d'Alger fussent rendus, cette afairc fut commise au sieur Samson Xapolon ' , demeurant à Mu rseille , qui eut charge delà part du conseil du Roy, & me promit, étant fort de mes amis et de notre Ordre, qu'étant à Alger il iroil ou enverroit des hommes fidèles pour vous porter quelque secours d'argent & même payer votre rançon pour vous deux, si on la vouloit accepter, et disposer que les autres fussent délivrés ou dès lors, ou quand on aura la plus grande somme.
Je ne sçav si vous aurés eu des nouvelles dudit Samson.
Voila ce <jue j'ay pu lire de cette pièce, car l'écriture en est h demi efacée, le papier fort déchiré, ^; ceci suflil au dessein que j'ay eu de le transcrire.
I. Gîudîcclli, gcnlilhonirnc d'orii^lnf' cliargi' par le duc Je Guiso, gouverneur tle
corse, devenu marseillais d'adoption et plus I*ruvence, il'aller négocier la paix avec
connu sous le nom de Samson Napollon, .VIgcr. Il arriva à Alger le 20 juin i(ji6.
agent liabilc et énergique, s'était signalé Les pourparliTS durèrent de 1626 à iG'icS.
comme consul à .\lep. Le Roi l'avait nommé C'est à cette mission de Samson Napollon
getitilliomme do sa chambre. En r6u3, il <|ue fait allusion le P. Joseph dans la pré-
fut charge d'une mission de confiance à sente lettre, (^f. I'lantet, Correspondance
Constantinople pour obtenir du Grand des deys d'Alrjer et I^. M\sso.\, Hist. des
Seigneur des ordres rigoureux contre les Elabl. et du Coinmeree fraiirais dans le
IJarbaresques. De retour en iGaC, il fut Leoanl. aux index alphabétiques.
Tj'ai'deur de soufrir qu'avoient ces deux excellons religieux s'opposa à cet eiet; ils trouvèrent de la lionte à sortir sains de ce combat, croyant que ce seroit une ofence notable à leur générosité, s'ils n'en voyoient l'issue. Ils refusèrent ces ofres avec des instances seules dignes de leur vertu. vS; suplierent le R. P. Joseph de n'y penser plus, car, outre que le zèle qui les avoit conduits là leur faisoit treuver du plaisir dans leurs peines et étoit la raison principale de leurs refus, néanmoins ils en avoient encor une, qui ne pouvoil sortir d'autre principe que celuy de la charité. Suposé que le roy de Maroque eût consenti à leur élargissement seul, ce que les maximes d'Etat ne luy conseilloient pas, ils asseurerent qu'il ne leur étoit possible de se séparer de ces pauvres captifs pour les laisser à la mercy de tant de misères & de cruautés...
Le cœur s'ouvre à la joye & se dilate si fort qu'il semble ne se devoir jamais remplir, >k se rend si présent à la jouissance de ce plaisir qu'il oublie facilement tout ce qui n'est point ce qu il possède. Et la satisfaction est d'autant plus grande que le sujet de son allégresse a été long temps attendu. Cela n'ariva pas à ces bons Pères, car encor qu'ils eussent beaucoup désiré ik longtemps attendu ce peu de respit à leurs longues peines, ils n'y abandonnèrent point tant leurs cœurs, qu'ils en oubliassent les choses nécessaires. Et de vray ils tâchèrent alors, par toutes sortes de moyens, de sçavoir les intentions du roy de Maroque sur le traité de paix entre les deux couronnes : d'où il auroit gré qu'on y travaillât, à Mazagan ou Saphy, quoy qu'il eût assés de sujet pour croire que le dernier ou Salé luy seroient moins suspects, encor que depuis peu cetuy-cy fût révolté contre luy '. Toutesfois il étoit nécessaire d'avoir de luy-mème sa résolution. 11 luy survint une incommodité qui retarda sa réponce.
Il y avoit grande aparence qu'il refuseroit Mazagan. d'autant qu'il étoit ennemi juré d'Espagne', ce qui y rendoit même le commerce des François périlleux, et les Espagnols de ce havre étant
1. V. Introduction critique, pp. igi-igS. de Mazagan, des rapports très bienveillants.
2. Malgré cette haine de Moulay Zidàn Cf. Ckspedes, p. 5o6, et /''' Série, Espa pour l'Espagne, la nécessité avait créé entre gne, avril 1627; Angleterre, flc/a/ion rfc lui et D. Gonçalo Coutinho, le gouverneur J. Hurrison. il septembre 1637.
HISTOIRE DE LA MISSION DES PP. CAPICINS Al MAROC 100
soupçonnés d'estre les autheurs ou les complices du désastre des Fiaiiçois', outre l'antipathie extrême décos deux nations.
Aprc's que le roy de Marocjue eut recouvert sa santé, les Pères apprirent ses intentions par le moyen de l'alcaïde Amar, vice-roy de ce pays-là, touchant le voyage de F. lUxlolphe, qui les asseura que Sa Majesté en avoit reçeu heaucoup de contentement, et, quant aux ombrages qu'on croyoit qu'elle eût de monsieur le commandeur de Razilly, qu'ils n'étoient pas véritables, & qu'en efetil pouvoit rcloui'Ufr eu asseurance avec le présent^; & promit de faire réponse aux lettres que ledit sieur luy écrivoit. Pour preuve de celte bonne disposition dans laquelle étoit le Uoy, l'Alcaïde leur donna de la part de son maistre trente ducats, ce qui leur fit justemeut croire qu'en vérité le Uoy étoit satisfait ; et leur commanda faire translater leurs lettres en espagnol, afin qu'il les pust montrer au RoY- Nous dirons bientost comme ils employèrent cette libéralité rovale, aussi bien que celles qu'ils ménageoient d'ailleurs.
Pour donner plus de jour à cette afaire, il est certain qu'il étoit plus à propos iS: plus honorable au roy de Maroque que l'alliance & liberté des captifs se traitât dans quelqu'un de ses ports, & par quelqu'un qui agît de la part du roy de France comme ambassadeur que par le simple commerce des marchands particuliers, qui retiennent tant qu'ils peuvent le rachapt des esclaves, afin que l'argent profite entre leurs mains : l'interest propre est le dieu de leur police en ces côtes de mer. Et le roy de Maroque tenoit à grand honneur l'ambassade aparente d'un si grand prince que celuy de France. La paix & la liberté se fussent achevées avec plus d'heur & de promptitude. Il y avoit même du profit à faire, par le trafic temporel, mais sans comparaison plus pour les âmes, après cet acommodemcnt.
La passion véhémente qu'avoient ces heureux Pères d étendre le
1. .\llusion à l'emprisonnement de Ra- était l'objet important de la négociation zilly et de son escorte en 162/1. On se rap- pendante entre la France et le Maroc, pelle que Saint-Mandrier était soupçonné devait être ofl'ert h Moiilay Zidàn par le d'avoir, à l'instigation des Espagnols, pré- chevalier de Rjizilly pour l'indemniser de parc ce guct-apcns. V. p. 109 et note 1 ; la perte de son trésor et de ses livres. Sur p, ii'i3. ce « présent )i, V. p. 1 10 et note i ; p. 1 '|i)