‹ Les sources inédites de l'histoire du Maroc de 1530 à 1845Chapitre 117 sur 362 · Avec le présent. Ce « présent », qui et p. i5i · texte numérisé non relu

Avec le présent. Ce « présent », qui et p. i5i

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royaume de Dieu dans ce canton de l'Afrique les tenoit toujours altentii's, afin de discerner au vray les intentions du Koy, pour tâcher de faire que ce négoce s'achevât heureusement, par des moyens qui satisferoient son inclination avec éclat. Ce fulpourquoy ils donnèrent avis au R. P. Joseph que la somme qu il avoit obtenue de la magnificence du Rov, qui étoit de cent cinc[uante mil livres, fût employée en étofes diferentes. comme draps d'Angleterre, escarlate, velours ik satin à lleurs & plein de la Ilolande, quelques pierreries, des instruments de mathématique'.

De ce moyen, il y avoit aparenccqucdeii\ choses en réussiroient. La première que le roy de Maroque, recevant ces marchandises comme des présents, en tireroit de la gloire, ce qu'il ne feroit avec tant d'avanlage, si on composoit pour de l'argent, comme le trafic d'une marcliandisc. encor (juil aimât 1 argent avec passion. La seconde & la plus considérable est que, sur les étofes, il y avoit à gaigner cent pour cent, qui étoit un moyen excellent pour multiplier la somme & de petite la rendre fort grande. Enfin tous jugeoient que l'afaire devoit estre traitée avec éclat.

La piété & la naissance donnent de bonnes inclinations. Ces hons Pères, qui ne manquoient pas de ces deux qualités, étoient si reconnoissans de la courtoisie qu'ils avoient receue de l'alcaïde Amar, vice-roy. qu'ils conjurèrent le R. P. Joseph de ne leui- pas refuser le moyen de luv témoi'mer leur irralilude. Ils demandèrent des drogues, qu'il leur avoit témoigné désirer, pour luy faire un présent conforme à son souhait, comme theriaque, rheubarbe, scamonée, agaric, aloës, séné, conserves de pié de chat (k de romarin, confection d'alkermès. &c.

En celte année un Juif de considération, très-sçavant en la loy de Mahomet, le meilleur rabbi qui fût en ce pais, pressé de sa conscience, reconnut sou erreur \ témoigna à ces bons Pères un grand désir de venir en France. Ils le proposèrent au R. P. Joseph, &. pour ce qu'il n'étoit pas aisé de le faire sortir, donnèrent l'invention de le faire demander par M. l'ambassadeur futur, de la part de Sa Majesté Trcs-Chrestienne, pour enseigner l'hébreu à Paris ^,

1. Cf. Doc. XXIII, p. 120. ayantenseigncriitbreuauCollogetlel'Vance

2. Celte idée ne'fut pas suivie d'exécu- à cette époque. Cf. G. Duval, Le Colletje tion, r.Tr on no Iroiivp mention d'aucun .lui f rnral de France, pp. 27-38.

HISTOIUE DE LA MISSION DES PP. CAPUCINS AU MAROC 1 Oy

en quoy il excelloit, comme aussi en langue arabique, autant & plus que les Arabes mêmes. Il y avoit grand nombre de jeunes enfans chrestiens. qui éloient en pcril de renoncer leur créance, que l'on proposoit d envoyer en France, qui eût été une cbarité excellente >S: rendre du bien pour du mal, selon le conseil apostolique.

Au mois d'aoust mourut dans les prisons le sieur Vachot, esclave, autrefois commis aux Finances sous le sieur de Beaumarchais'. Je remarque cette mort, pourceque s'étoitl'un des chers enfans de ces bons Pcres. Ses compagnons le regreterent beaucoup. Néanmoins cette mort leur fut utile, ils en tirèrent sujet de magnifier l'infinie bonté de Dieu, d'autant qu'en France il avoit vescu comme un démon incarné au milieu des délices, & en Barbarie il y a passé ses jours en ange. Il s étoit obligé par un vœu particulier, longtemps avant la maladie de laquelle il mourut, d estre capucin. Les merveilles de sa conversion meriteroient un livre, ce qu'à peine croiront ceux qui l'ont connu. Ce sont les fruicts des exemples «k de la charité de ces bons Pères. Et la peste commença lors à saprocher d'eux.

Le 17 septembre de cette année, jour que l'Eglise employé au souvenir de la grande merveille d'amour que Dieu opéra en S. François", le roy de Maroque Molezidan mourut assés jeune ^ : car. comme a chanté David, « les hommes qui versent le sang, & pleins de tromperies, n'ariveront jamais à la moitié de leurs jours' ». Il étoit furieux, yvrongne, cruel, voluptueux, & par tout jusqu'à l'excès'. Son fils aisné Mole Abdclmclec luy succéda. Ses deux frères cadets" se mirent en campagne, ce qui n'empesclia pas qu'il ne fût reconnu prince vaillant & amoureux d'honneur. Ces Pères

1. Vincent Bouhier de lieaumarchaîs, Ij. Il est bon do se rappeler que la financier, intendant de l'ordre du Saint- plupart des auteurs chrétiens ont presque Esprit de i.^gg à iG3i. trésorier de l'E- toujours tracé des portraits fantaisistes des pargne. cliérifs du Maroc, un peu par prévention,

2. On lit en marge: « Les Stigmates ». mais aussi beaucoup par ignorance du

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